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8 février 2016 1 08 /02 /février /2016 15:46

A dix jours d'intervalle, deux femmes viennent d'être jugées. Les deux avaient un point commun important : elles avaient tué leur mari. Toute leur vie ces deux femmes ont dû souffrir de violences diverses et variées de leur conjoint abusant de l' alcool. Les enfants des couples ont eu, eux aussi à supporter l'agressivité de leur père parfois jusqu'au viol incestueux.

Ces deux femmes ont toujours hésité à dénoncer leur mari aux autorités compétentes ou plus simplement aux services sociaux. Elles ont enduré la violence pendant des années, elles ont supporté les outrages fait à leurs enfants , jusqu'au moment où elles ont craqué : elles ont tué pour que leur enfer cesse.

La première a été jugé deux fois à dix ans de prison ferme. Les circonstances atténuantes n'ont pas été retenues. Aussitôt , une levée de bouclier dans la population. Non seulement les défenseurs de la cause féminine, de nombreux artistes et intellectuels mais aussi une majorité de français selon les sondages s'insurge contre une telle décision injuste qui condamne à la prison une femme qui a eu bien peu de bonheur pendant près de quarante ans. Appel est fait à la grâce du président de la république qui graciera juste ce qu'il faut pour que la condamnée ne reste pas en prison.

Quelques juges, quelques avocats s'insurgent parce que les décisions des jurés ne sont pas respectées. Ils contestent la grâce du président parce qu'il aurait cédé à la vox populi qui ne saurait rien de l' affaire, repoussant, voire humiliant les jurés qui avaient eu en main les données du dossier d'accusation.

Dix jours plus tard, dans une affaire semblable, la deuxième femme jugée pour une affaire semblable, n'écope que de cinq ans de prison avec sursis. La question se pose alors: pourquoi des jurés pour des affaires semblables prennent des décisions aussi discordantes? La réponse est simple: parce que les jurés sont soumis au vent qui souffle. On l'a vu avec les cas de pédophilie. Après les deux cas qui ont secoué la France et la Belgique, les jurés ont maximalisé leur condamnation dans les procès. Ils agissent selon la demande de la foule parce qu'ils la représentent. Et c'est bien ainsi. On ne peut pas le leur reprocher. Ils représentent le peuple. Disons seulement que le peuple n' a pas toujours raison. Il se laisse emporter par ce qui lui semble être l'horreur. Il perd la mesure de la sagesse et du juste milieu.

C'est pourquoi, même si ce droit de grâce est un reliquat du pouvoir royal et arbitraire, il est indispensable pour faire pendant aux excès des jurés qui n'ont pas toujours les moyens de ne pas se laisser emporter par l' émotion de l'horreur. Ils sont sincères, pas forcément justes. Une autre solution peut- être: confier ces jugements à des professionnels. On dira alors : mais où est la justice du peuple? Et on n'entendra plus que le hurlement des foules . Comme il est difficile de juger loin de toutes passions!

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12 janvier 2016 2 12 /01 /janvier /2016 17:36

Il ne s'agit pas pour nous de rapporter un bilan général de l'ouverture des mosquées. Nous voulons simplement avancer quelques remarques à partir de notre visite.

La mosquée visitée était la plus petite des trois mosquées de cette ville de 40 000 habitants. Dés notre arrivée plusieurs hommes étaient là pour gérer le parking et les allers et retours incessants de voitures. La centaine de places ne suffisant pas, de nombreux véhicules stationnaient sur le bord de la route reliant la mosquée à la ville à 3 km de distance. L'accueil très chaleureux des chargés du parking était redoublé par ceux qui veillaient sur le buffet copieusement garni de pâtisseries sans oublier le thé à la menthe. Le premier atelier proposé était situé dans une salle de prière. Là, devant une cinquantaine de personne un professeur nous fit un exposé magistral pour nous présenter l' Islam. Un discours clair, bien charpenté et des propos sensés recevables par tous. Il insistait sur le fait que dans l' islam Dieu est révélé à la fois par la nature et par les prophètes le plus grand étant Mahomet venu en clore la série. Il rappelait que dans l'islam rien n'était caché, tout était rationnel et logique et que personne n'y détenait une parole infaillible. Il distinguait ce qui dans l' islam vient de la tradition et de la culture et ce qui vient du Coran et ne peut subir aucun aménagement. Il soulignait que l' islam avait ordre de s'adapter aux habitudes du pays où il se trouvait, pour la France de respecter la démocratie et la devise de la République. Les questions brulantes actuelles étaient toutefois passées sous silence.

La séance de questions réponses permettait de donner quelques précisions sur ce qu'est le salafisme et le soufisme. Les différences entre les chiites et les sunnites étaient minimisées. Nous apprîmes aussi qu'il y avait plus de 500 fidèles à la prière du vendredi, plus encore pour les fêtes. Les deux autres mosquées recevant près de 1000 fidèles ce qui porte à plus de 2500 fidèles pour la ville.

Trois autres ateliers installés dans des salles destinées à l' instruction des enfants, des adolescents et des convertis nous attendaient. Les animatrices toutes voilées exposaient leur travail pour apprendre l'arabe et sensibiliser les enfants à la foi musulmane sans oublier un soutient scolaire pour les enfants en difficulté. Les questions sur la laïcité et la place du voile fusaient dans le groupe mais un responsable y mit fin prétextant qu'il fallait respecter le temps pour ne pas désorganiser la visite. Une jeune femme avait eut le temps de nous dire que le voile était le signe de l' approfondissement et d'une avancée dans la foi.. La visite pouvait se terminer par la mosquée où recevait l' imam très accueillant venu d'un pays étranger.

L'assistance était en majorité composée de gens ayant atteint la cinquantaine et plus. La plupart venait de l'Eglise catholique. Ceci se ressentait fortement dans les questions posées où la laïcité était fortement remise en question accusée d' être laïcarde et de ne pas accepter que les enfants puissent parler de Dieu à l' école. Certains encourageaient même à la création d'école privée confessionnelle musulmane. Un autre proposait une instance commune dirigeante remplaçant la parole papale pour parler au nom de l' Islam.

Que retenir de cette visite ?

-Tout d'abord la qualité de l'accueil avec une gentillesse très agréable et peu commune dans notre pays mais semblable sur bien des points à l'accueil qui est fait aux visiteurs du pays à laquelle la mosquée est rattachée.

- Vient ensuite la force qui se dégageait de cette communauté. Beaucoup d'hommes et de femmes relativement jeunes, probablement plus d'une centaine pour nous accueillir Les trois quart environ sont loin d'atteindre les 50 ans. Tous paraissaient unis dans un Islam qui voulait aller dans le même sens et s'adapter à notre République. Ils étaient des pratiquants fidèles se connaissant bien.

- Enfin, la société y était bien représentée avec une forte proportion de cadres, de médecins ou d'enseignants .

Ma conclusion:

L'islam est en passe de devenir la première religion de France sinon en nombre, du moins par la force qu'elle représente. D'autres la rejoindrons parce que la force et le nombre attirent et que l'humain n'aime pas, à quelques exceptions près, être dans la minorité. Il serait illusoire de comparer les 54 000 Eglises et les 2500 mosquées pour juger de l'importance d'une religion. Les premières sont souvent vides, en déshérence ,en pleine déstructuration, leur public a les cheveux blancs, les autres sont pleines à craquer leurs fidèles en pleine activité et cherchent à se structurer.

Demain, beaucoup de ses membres seront les cadres du pays. Il reste à souhaiter que l'islam saura prendre les bons tournants pour que les principes et la devise de la république soient respectés et que l' Etat reste laïque. La condition pour que cela se réalise me parait être la possibilité pour le musulman d'interpréter les textes sacrés par la pensée universelle (ou philosophique) et par la raison. Il nous a été dit lors de cette visite que ce travail avait commencé par une recherche du contexte dans lequel les textes ont été formulés et écrits. Le protestantisme qui avait introduit au moment de la Réforme cette démarche critique des textes bibliques (dits sacrés) avait conduit à la laïcité. Il a par la suite accompagné la formation de celle-ci. Son affaiblissement actuel menace cette laïcité qui se retrouve ainsi privée de son défenseur religieux.

Nous ne pouvons pas oublier pour autant qu'une grande majorité de français, issus de toutes les religions présentes dans notre pays ne se reconnaissent plus dans aucune, ni dans celle de leur père ni dans les nouvelles qui se présenteraient. Ils se disent agnostiques, indifférents ou athées. La grande manifestation après les attentats de Charlie Hebdo et à laquelle ils se sont joints pour être probablement les plus nombreux montre qu'ils tiennent à la liberté de s'exprimer et de choisir. (Nous serons plus réservés sur leur soucis de d'égalité et de fraternité). Ils ne doivent pas oublier que les religions dans l' histoire ont toujours cherché à imposer leur point de vue tant elles sont persuadées que c'est la seule voie, celle du salut. C'est la raison pour laquelle, le pouvoir politique les instrumentalise pour arriver à ses fins. Il leur appartient donc de rester vigilant. A ce stade les partis politiques apparaissent comme l'outil essentiel à cette vigilance. Encore faut-il que ces partis soient soucieux de vérité et de sincérité. C'est ce que demandent les français lorsqu'ils souhaitent qu'ils puissent mener des projets en commun pour le bien de tous. Ils leur demandent d'arrêter leur démagogie dont le but est d'écraser l'autre et d'emporter la victoire. Dans notre système actuel où seule la majorité décide de tout sans tenir compte de ses opposants, ce n'est pas gagné.

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8 décembre 2015 2 08 /12 /décembre /2015 12:11

En ce temps de Noël, circulent un certain nombre de pétitions à signer favorables à l'installation de crèches dans les mairies. Ces pétitions émanent soit de l' extrême droite ou de la droite dure, qui par ce biais veut défier de manière frontale les musulmans et leur faire admettre que la France est un pays chrétien et qu'ils n'ont rien à y faire, soit de milieux catholiques, peut être sincères mais naïfs, qui pensent aussi que la France est une terre chrétienne où les traditions de l' Église doivent se vivre y compris dans le domaine public. On peut lire dans la presse des articles où des prêtres défendent cette position sous prétexte que la crèche est devenue un fait culturel et que notre "laïcité à la Française" doit être une laïcité ouverte.

Une telle affirmation ne tient pas compte de l'histoire de notre pays. Dans la tradition calviniste, les protestants s'interdisaient - et certains se l'interdisent encore- de dresser une crèche dans leur maison. Ils n'auraient pas apprécié d'en trouver une dans l' école publique ou dans une salle municipale. Il n'en a d'ailleurs jamais été question dans la plupart des villages du midi. Affirmer que la crèche fait partie de la tradition chrétienne n'est vrai que si on élimine une partie de la chrétienté.

Il faut noter par ailleurs que faire glisser des traditions religieuses et cultuelles vers le culturel pour justifier qu'elles soient imposées à tout un pays n'est pas très honnête et ne profite à personne. On peut comprendre que dans notre pays, l' Église catholique - comme d'ailleurs toutes les Églises chrétiennes - en perte de vitesse soit tentée de sauvegarder des traditions marquantes. Cela va-t-il pour autant faire rayonner le catholicisme et fortifier la foi? On peut en douter si on regarde ce que sont devenues les religions de la Grèce antique représentées encore par quelques temples dédiés à leur divinités. Un tel glissement ne peut qu'irriter ceux qui ne se reconnaissent pas dans cette tradition de la crèche parce qu'ils confessent une autre religion, parce qu'ils ne partagent pas la même vision de la foi chrétienne ou encore parce qu'ils n'appartiennent à aucune confession et ne sont attachés ni à des rites ni a des représentations religieuses.

Les mairies comme les écoles, les préfectures et autres bâtiments publics représentent l' Etat et doivent rester neutres. Ils n'ont pas à hiérarchiser les religions sous prétexte que l'une est plus ancienne et plus nombreuse que les autres. Il y a quelques années, la question de la présence d'un crucifix dans la salle de mariage d'une mairie s'était posé. Les défenseurs de cet insigne mettaient déjà en avant le fait culturel. Pourquoi ne pas mettre alors des statues de la vierge sous prétexte que c'est notre culture puisqu'il y en a sur de nombreuses collines dominant les villages et ceci depuis des siècles ?

Interdire les signes religieux, quels qu'ils soient et d'où qu'ils viennent, dans les lieux représentant la république est une garantie pour la liberté de toutes les religions qui peuvent s'exprimer dans les lieux qui leur sont consacrés. C'est aussi une garantie pour ceux qui ne se réclament d'aucune confession. La laïcité vise à donner à chacun sa place dans notre société sans subir la pression organisée de celui qui ne pense pas de la même manière et qui ne fait pas les mêmes choix. Notre république n'est ni catholique, ni musulmane, ni protestante, ni juive elle est laïque. On peut d'ailleurs se réjouir que l' association des maires de France où sont regroupés les édiles de droite comme de gauche demandent aux maires d'éviter de dresser des crèches dans les mairies. Les évêques devraient la soutenir officiellement et sans hésitations.

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19 avril 2015 7 19 /04 /avril /2015 13:39

 

          Lorsque la retraite arrive, on ne peut pas s'empêcher de penser avec ou sans nostalgie selon le cas, au vécu qui est derrière nous , au travail bien sûr mais aussi aux différents lieux, pays, régions et villes où nous a conduit ce travail .  Il y a bien sûr le logement, appartement ou maison. Il dépend de la condition sociale de chacun. Plus le salaire est élevé,  plus il sera confortable et situé dans un quartier tranquille, bien exposé avec des voisins raisonnables !


            C'est de la ville et de la façon dont elle est gérée dont je voudrais parler ici. Sans hésiter je dirai que ce sont les villes administrées par des communistes qui nous ont offert le plus de possibilités et plus particulièrement pour les enfants. Les équipements sportifs nombreux, bien équipés permettaient à chacun de choisir son sport. Au centre culturel, les activités diverses et variées ne manquaient pas d'intérêt. On pouvait y applaudir les grandes vedettes du moment: Nougaro , les frères Jacques, Brassens pour n' en citer que quelques uns, des pièces de théâtre de tous horizons. La bibliothèque était bien fournie. On y trouvait tous les journaux, de toutes les opinions. Comme l'école de musique  et de nombreuses autres activités elle était gratuite. Le centre Social offrait de nombreux services et la collaboration avec les associations était bonne. L'école publique était privilégiée. Les sommes attribuées à chaque élève importantes au regard d' autres communes. Les classes vertes ou de neige étaient nombreuses et très largement subventionnées par la mairie  qui possédait des centres de vacances dans les Alpes ou au bord de la mer. De nombreux enfants pouvaient ainsi partir en vacances avec seulement les bons vacances  des allocations familiales.


            A ce moment là, l' équipe municipale était élue avec plus de 70% des voix. Les commerçants, les artisans, plutôt classés à droite n'hésitaient pas à voter pour la liste communiste. Pour eux les communistes savaient gérer et s'efforçaient d' être justes. Ils appréciaient les efforts fait pour la culture, l' école et les services sociaux.


            Aujourd'hui, la plupart des ces mairies ont changé de bord politique et celles qui restent ont du mal à offrir les avantages d'il y a  vingt ou trente ans. Il y a de quoi s'interroger sur les raisons qui ont conduit à la disparition des communistes. Elles sont nombreuses. Je citerai celles qui m'ont paru venir le plus souvent sur le devant de la scène.


            Il y a d'abord l'urbanisation. Persuadés que tout le monde à droit à un logement et soucieuse de voir disparaître les bidonvilles de la ceinture parisienne, les mairies communistes ont laissé se développer sur leur territoire des cités dont le contrôle leur a progressivement échappé. L'arrivée massive d'étrangers, très mal contrôlée par les gouvernements successifs y a fortement contribué. La vie y devenait de plus en plus difficile. Les premières familles installées, plus stables, ont déménagé laissant place à des populations mal intégrées et sans travail.


         Viennent ensuite les positions officielles du parti communiste français et tout particulièrement son inféodation totale à l' URSS. C'est ainsi qu'il a approuvé plus ou moins implicitement le mur de Berlin, les chars en Tchécoslovaquie. Il n' a pas vu que l'économie soviétique était malade , que le régime était rejeté par le peuple. et que le système allait s'écrouler.


            Tout aussi grave, est l' exclusion des intellectuels dès qu'ils se montraient critiques à l' égard des positions du parti. Il fallait adhérer, se taire. ou partir Cette attitude dont le secrétaire général, Georges Marchais s'était fait le champion à l' époque a été d'autant plus regrettable qu'à la fin de la guerre le parti communiste jouissait d'une grande reconnaissance de par ses positions contre le nazisme. Les plus grands intellectuels y étaient encartés ou étaient sympathisants.


            Enfin, il faut considérer "l'union de la gauche". Elle a permis à la gauche d'accéder au gouvernement ce qui était indispensable pour l'alternance nécessaire au maintient de la démocratie dans notre pays. Mais, elle a laminé complètement le parti communiste qui se retrouve à 1 ou 2 % des voix là où il y a trente ans il représentait près du quart de l' électorat. De plus, le système de l' URSS s'effondrant, il a perdu sa capacité à proposer une nouvelle organisation de la société. On pourrait comparer cela à l' œcuménisme, indispensable lui aussi pour la réconciliation entre protestants et catholiques mais ayant eu pour conséquence d'éliminer les protestants issus de la réforme. Ces derniers sont passés d'un statut d'opposants aux traditions du catholicisme à celui d'assimilés. Ils n'ont plus grand-chose qui les distingue ,aux yeux du peuple, des positions de Rome. Ainsi leur nombre se réduit d' année en année sans grand espoir de retournement, les jeunes étant absents des temples.


            Des raisons plus générales peuvent s'ajouter à ce tableau comme la fin des trente glorieuses autrement dit la fin d'une période de prospérité pour notre pays ou encore les changements géopolitiques et les nouvelles découvertes et les progrès de la science. Mais ces raisons affectent l' ensemble des partis et pas seulement le parti communiste.


            Le problème aujourd'hui est que, sur l' échiquier politique, le Front National est le parti qui aux yeux de la population représente une autre politique possible même si au vu de la réalité elle ne tient pas la route et mettrait la France dans une position catastrophique sur le plan économique comme sur le plan de son fonctionnement démocratique. Avec le parti communiste il y avait peu d'espoir que la France devienne un satellite de l' URSS et s'engage dans un système communiste. Avec le Front National on n'est pas assuré que le pays ne puisse pas basculer dans  un chaos dont il serait difficile de sortir. L'histoire de France est pleine d'exemples (Napoléon III, Pétain…) où ce chaos redouté est devenu possible. Le pays l'a payé très cher.


            Les choses vues ainsi il n'est pas sot de souhaiter au parti communiste de redevenir une force politique importante dans notre pays où se retrouveraient ceux qui ne croient plus aux politiques  de la droite comme de la gauche.  Dans une démocratie, il est normal que des citoyens ne se retrouvant  dans aucune des politiques qui disent-ils "se ressemblent" se retrouvent dans un parti. Il est indispensable qu'ils puissent s'organiser, réfléchir, s'exprimer et se présenter aux élections. Ils ont beaucoup à apporter à la république. Ils peuvent aussi lui éviter le pire.

             

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1 avril 2015 3 01 /04 /avril /2015 21:42

 

         Dans les années soixante, soixante dix; le protestantisme me faisait rêver. Les protestants étaient le fer de lance de l'opposition aux tortures en Algérie, ils demandaient l'accélération du processus de décolonisation. Ils s'opposaient aussi à la guerre au Vietnam et demandaient à la France de revoir sa politique de fabrication et d'exportation d'armes. Ils luttaient pour l' abolition des différences ethniques et se sentaient meurtris lorsque Martin Luther King fut assassiné.


            Sur le plan éthique, ils militaient pour l' abolition de la peine de mort, pour le droit à l' avortement. Il furent à l'origine de nombreux centres de planning familial à travers tout le pays. Bien sûr ils n'étaient  pas les seuls . Ils étaient  en première ligne et soutenaient toute avancée dans ces domaines. Bien sûr certains s'opposaient à tout changement mais ils restaient minoritaires.


            Sur le plan intellectuel, Jacques ELLUL et Paul RICOEUR éclairaient de leur lumière la société tout entière. Ils ne manquaient pas de colorer leurs spécialités avec les convictions et   la foi qui étaient les leur, inspirées des pensées de la Réforme..


            Dans le village où j' ai grandi, les protestants réformés  ont été les premiers à suivre des études. C'est ainsi que les deux médecins et  les deux pharmaciens étaient protestants ainsi que le notaire et le maire du village.  Et Félicie aussi . C'était une des institutrices. Elle même fille d'un hussard  noir de la république. A cette époque, à l'école publique, il n'y avait que les fils et filles de protestants, de communistes ou d' anarchiste. Quant aux rares familles catholiques qui osaient y inscrire leurs enfants, elles ne manquaient pas de courage. Elles s'attiraient plus particulièrement ,parait-il, les foudres de Mr le curé.


            Cinquante ans plus tard, que reste-t-il de tout cela? Où sont les protestants, jadis aux avant postes de ce qui a fait la société ,ces dernières années telle la laïcité par exemple.? Il est bien difficile de le dire. Mais auraient-ils tourné la veste pour que l'on ne les voit plus qu' à ce qui s'oppose à tout progrès; On les a vu aux avant postes de la manif contre le mariage pour tous. On les entend hurler contre la PMA, la GPA. Ils signent pour s'opposer aux dispositions de fin de vie. Ils ne pensent plus. Ils suivent. Ils haïssent la gauche. Ils se satisfont des injustices et des inégalités  prônées par les conservatismes les  plus obscurs. Arrivant à la fin de leur vie, les protestants d'hier disparaissent. Leurs enfants ne prennent pas la relève. Seuls subsistent les plus religieux et les plus intégristes d'entre eux. Les Ecritures auxquelles ils se réfèrent ne sont plus interprétées à la lumière des besoins des humains.


             Un espoir tout de même : Un reste. Ce reste qui toutes les fois où le peuple d'Israël était dispersé, déporté, restait fidèle pour continuer et commencer  du nouveau.  Un reste qui a permis que la vie continue à la recherche de toujours plus de paix, plus de liberté, plus de justice.  Un reste qui a conduit et conduit encore à  Jésus- Christ.  Un reste pour ne pas désespérer de l' esprit protestant tel que le définissaient les réformateurs, pour qui tout dans la vie est toujours à réformer.

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3 février 2015 2 03 /02 /février /2015 18:51

 

           La place des religions dans la société Française  se pose avec beaucoup d'acuité  actuellement. Les attentats de Charlie Hebdo et de la superette de Vincennes n'ont fait que rendre plus urgent le débat sur cette question à laquelle il faudra répondre au fur et à mesure des événements.


            On pensait il y a encore à peine  une vingtaine d'année que les questions religieuses étaient définitivement réglées dans notre pays. L' œcuménisme entre catholiques et protestants avait définitivement mis  fin à toutes sortes de conflits. Les conflits larvés qu'avait connu la génération des 80 - 100 ans où dans de nombreux villages les filles catholiques allaient systématiquement  chez "les sœurs" pour que ne se retrouvent à l' école publique que des communistes et des protestants sont bien terminés. Fini aussi ces sorties d' école où les enfants se jetaient des pierres traduisant ainsi le discours de leur parents. Fini ce temps où le paysan catholique traitait ses vaches désobéissantes d'huguenotes et le protestant les siennes de catholicaille.  


            L'arrivée  importante jusqu'aux années 50-60 d'immigrés italiens,  espagnols et portugais a pu laisser craindre l'installation d'un catholicisme plus  réactionnaire. Il n'en a rien été beaucoup étant chassés de leur pays par des régimes politiques soutenus par Rome.  Ces populations se sont fondues entièrement et très vite  dans la société du moment sans que les politiques aient à prendre des décisions particulières favorisant l'intégration. La valise en carton s'est tout naturellement transformée en valise de cuir.


            Il en va tout autrement de l'intégration de l' islam dans la société française. C'est tout à fait compréhensible. Cette immigration est plus récente d'une quarantaine d'année environ. Toute comparaison serait donc prématurée pour évaluer son intégration. Par ailleurs la religion musulmane s'est développée dans des  pays au climat et au relief très différents des nôtres qui demandaient une autre manière de vivre et de s'organiser. Montesquieu avait raison. Par ailleurs, cette religion est porteuse d'une culture tout aussi riche que la culture occidentale mais très différente. Les moments les plus en pointe de cette culture n'ont pas été les mêmes. Il y a eut enfin de la part des pays à dominante musulmane le sentiment d'être asservis aux occidentaux qui n'ont pas hésité à se servir de leurs inventions et de leur techniques pour conquérir le monde.


             D'une certaine manière, aujourd'hui encore, lorsqu'on va en guerre au sein de ces régions où règne l' islam à 90 %  avec des armes surpuissantes, on est en droit de se demander si ce n' est pas encore une supériorité de l'occident  qui cherche à s'affirmer. Certes cette supériorité se donne de bonnes raisons à savoir éviter le massacre d'innocents et l' extension des conflits. Y réussit-on. L'invasion de l' Irak par les américains a apporté plus de morts et de difficultés qu'en a apporté Saddam Hussein lui-même ou encore Kadhafi dont la tyrannie n'est pas à démontrer.  Derrière eux ils ont laissé le chaos que l' occident a provoqué. L'aboutissement d'une histoire harmonieuse ne serait -elle pas arrivé plus vite à travers ces deux tyrans si on les avait laissés en place. L'intervention de l' occident semble avoir fait reculer encore plus tout espoir de paix dans ces régions. Ne faut-il pas laisser les peuples  de même religion et de même culture se débrouiller eux-mêmes?  Aurait-il était imaginable que des forces des Etats musulmans viennent séparer les catholiques et les protestants? Alors notre rôle est-il de séparer les sunnites des chiites pour faire court? L'extension des conflits est-il à craindre quand on sait que ces mêmes conflits affaiblissent les protagonistes au point qu'ils en perdent leurs forces?


            Cette supériorité de l' occident affirmée par des faits de guerre, n'aide pas l'islam à s'intégrer dans la société française existante car celui-ci se sent toujours désigné comme inférieur même si la très grande majorité des musulmans partagent les options de la France contre le terrorisme. Cette religion a le sentiment que toute la place ne lui est pas donnée y compris la place promise par la laïcité. Ce sentiment de frustration est d' autant plus grand que la société sans l' affirmer clairement - et c'est un vrai problème- tient à des traditions que l'on pourrait appeler Judéo- chrétiennes et ne veut en aucun cas que des traditions religieuses musulmanes viennent s'y ajouter ou les supplanter. Les affaires du voile, des salles de prières dans les entreprises ou les lieux publics autre que les mosquées, de la liberté de la presse , du blasphème non reconnu dans notre pays, montrent les limites de ce que l' Etat autorise de la religion.


            Tout ceci doit être dit explicitement et les limites posées avec clarté. Quant aux autres religions, elles ne doivent pas faire de la surenchère. Il est par exemple regrettable que les protestants évangéliques défendent cette femme fonctionnaire dans une mairie et qui distribue à ses collègues des calendriers illustrés d'un verset biblique. Il est regrettable qu'ils confondent liberté de conscience et  prosélytisme.  Il est regrettable que des élus ou des associations installent des crèches dans les lieux publics où toutes les religions doivent se reconnaître. Aucun lieu public ne peut et ne doit être utilisé pour la propagande religieuse. Il n'y a rien de plus désagréable d'aller faire ses courses dans un grand magasin et de se faire  interpeller par une association religieuse, syndicale ou politique. Les lieux  où la propagande est possible doivent être définis et identifiés.


            Pour ce qui est du christianisme il faut tout de même rappeler, que l' évangile ne cherche pas à faire des adhérents. Il ne cherche pas à convaincre. Il ne cherche pas à ramener à lui. Il est une invitation à se soucier de l' autre, de ses maladies, de sa condition sociale.  Là où l'humain retrouve sa liberté, l' Evangile est prêché. Celui qui retrouve sa liberté, va ensuite où il veut. Il se dit croyant ou incroyant.

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28 novembre 2014 5 28 /11 /novembre /2014 17:43


            Le livre de Piketty "le capital au XXI ème siècle"  s'est vendu contre toute attente à plus d'un million d'exemplaires dans le monde. Ses données sur les inégalités que les milieux financiers comme la city de Londres ont voulu faire passer pour fausses et ridicules dans un premier temps interpellent les états en Europe mais plus encore  l' Amérique (USA, Canada ) et l' Asie ( Chine , Corée). Sa fameuse formule  selon laquelle la rentabilité du capital est supérieure au taux de croissance  ce qui entraine  de  manière implacable les inégalités ( r>g) fait débat dans tous les pays et tout particulièrement auprès des jeunes.


            Selon Piketty, nous sommes en train de revenir au début du XX ème siècle  où les inégalités étaient très grandes  puisque 10% des plus riches captaient 45% des revenus et détenait 90 % du patrimoine.  Comme le propose Vautrin à  Rastignac dans le père Goriot,  pour devenir riche il vaut mieux hériter qu'obtenir des diplômes. C'est grâce aux guerres mondiales de 14-18 et 39-45  que les inégalités ont été réduites de manière importante et que les rentiers ont perdu leur patrimoine. Pendant les  trente glorieuses les inégalités sont restées basses, elles sont reparties à la hausse depuis les années 80 et montent en flèche . Les grosses fortunes grossissent bien plus vite que les petites et le capital privé progresse plus vite que la dette publique.


            Paradoxalement les impôts sur les très gros salaires et sur l' héritage ont été  très réduits et les bonus des "super manager" ont explosé comme on le voit par exemple avec les retraites chapeaux. Cette situation a démarré aux USA et gagne l' Europe. Depuis les années 2000 les 10% des plus riches captent 45 % des revenus. Les détenteurs de biens immobiliers et autres capitaux remplacent les  propriétaires terriens du temps de Balzac.  Ajoutons que ceux-ci sont en train de reconstituer un patrimoine important. L'héritage reprend le pas sur le mérite dû à la compétence et au travail.


            Pour stopper les inégalités, l' économiste propose:


1)  un impôt sur le revenu très progressif avec un taux de l' ordre de 80% pour les revenus supérieurs à 400 000 euros.


2) Un impôt progressif sur les grandes fortunes qui seraient taxées de 1% au-delà d'un million d' euros et 2% au-delà de 5 millions d' Euros. Cet impôt n'étant possible que s'il est mondial ou pour le moins continental. Sans cet impôt, le stock de patrimoine des rentiers grossit sans limite.


            Plusieurs critiques, souvent très techniques ont été émises à l' égard de l'œuvre de Piketty. Nous en retiendrons celle sur la fiscalité.  En effet pour certains économistes , les trente  glorieuses ont montré  qu'il existe au sein  des sociétés capitalistes  des forces qui s'opposent victorieusement aux inégalités. On ne peut pas s'en tenir aux taux de croissance et de profits pour expliquer les inégalités dues au capitalisme. Il faut prendre en compte les institutions régulatrices de l' économie. Malheureusement ces instances régulatrices ne sont pas en mesure de fonctionner. On le voit avec la louable intention du président Hollande qui est de tabler sur des accords entre partenaires sociaux. Les choses n'avancent pas. Les rapports les plus sérieux le  démontrent. Le chômage aussi. Le capitalisme n' a qu'une loi :   le profit. Cette loi ne peut pas être combattue parce qu'elle est inscrite dans le cœur de chaque humain. Les communistes ont cru y échapper. Cela a  donné les apparatchiks, autrement dit une autre forme de pouvoir et de "capitalisme" qui de surcroit appauvrissait tout le peuple par manque de liberté.  La conclusion de Piketty, selon laquelle seule la fiscalité est en mesure d' agir pour stopper la dérive inégalitaire nous parait très pertinente.

 

              N'est-ce pas cette même proposition que l'on retrouve dans ce qui fonde les religions à savoir le danger de l' argent. Certes les institutions religieuses se sont enrichies sans vergogne tout en prêchant la pauvreté. Les écrits fondateurs sont toutefois clairs : l' argent est le plus grand ennemi de l' homme lorsqu'il devient un Dieu. Le jeune homme riche de l' Evangile en fait la triste expérience. Les hébreux pour lutter contre les inégalités avaient mis en place des jubilés où l'on remettait tout à plat afin de redistribuer les richesses. Il semble que cela n'ait jamais bien fonctionné. L'intention  était là. Aujourd'hui non seulement les inégalités s'accroissent mais il n'y a pas de volonté pour les réduire.  Le Dieu argent règne sans partage dans les milieux économiques comme dans les milieux politiques. La proposition de Piketty mérite d' être soutenue ardemment à la fois contre la gauche et contre la droite. Agir sur la fiscalité semble être la façon la plus directe et la plus efficace pour stopper la dérive des inégalités.

              

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3 novembre 2014 1 03 /11 /novembre /2014 14:21

 

             Nous étions en mai 68. La plupart des étudiants défilaient dans les grandes manifestations officielles comme dans celles improvisées et souvent non déclarées, parfois même interdites. Face aux CRS , certains , bien que très rares, lançaient parfois des  projectiles tirés le plus souvent de leur sac, la rue au macadam parfait refusant de livrer les siens.

            Ce week-end là, c'était en juin, je retournais dans la famille comme je le faisais une fois par mois.  Je sentis ma mère inquiète. Elle ne m'en dit rien. Nous échangeâmes librement sur ce qui se passait . Elle approuva ma participation aux manifestations affirmant qu'il faut oser dire haut et fort ce qui n'allait pas en vue de l' améliorer.  Puis, au moment où notre conversation se terminait, elle ajouta: " Il y a une chose que tu ne peux pas faire, c'est lancer des pierres sur les CRS parce que sous leurs uniformes, il y a des hommes comme toi. Eux aussi ont été créés par Dieu. Ce sont tes frères".  Le propos me surprit. Il était sans commentaire. C'était un impératif. Il m'impressionna parce que ma mère ne parlait jamais de Dieu sous cette forme. Elle ne le mettait pas à  toutes les sauces. Elle ne lui attribuait ni le bien ni le mal.


            J'aurai aimé répondre: "ne t'inquiète pas Maman, je ne ferais jamais çà". Impossible. Il y avait trop de tendresse dans cette phrase que je n'ai pas pu prononcer. Or dans la relation à ma mère il y avait autant, sinon plus, de respect que de tendresse. Veuve, élevant seule trois enfants, je l' ai vu batailler contre tous les membres de sa famille pour nous envoyer au collège, puis au lycée et enfin à l'université. Ils pensaient qu' étant l' ainé des trois, je devais me mettre à travailler une fois le certificat d' Etudes acquis. Il m'incombait de gagner ma vie  et d'aider ma mère à élever mon frère et ma sœur et mon frère.  Elle rejetait cette proposition avec force. Pour elle, il n'y avait pas d'avenir sans études.  


            Aujourd'hui, je crois pouvoir dire que son combat a engendré chez moi le respect. Ce respect a fait que je ne me suis jamais saisi d'un projectile à lancer sur les forces de l' ordre. Que dis-je: sur mon prochain. La tendresse  m'aurait amené à faire plaisir à ma mère. Mais comment aurai-je pu découvrir que l' autre était mon frère? Comment aurai-je pu éviter de lui lancer des pierres non seulement pour l'instant présent mais pour la vie entière?  Le respect  pour elle  m'a conduit à respecter une loi de fraternité pour tous y compris pour les CRS qui à ce moment là étaient désignés comme les méchants.


            Dans ces manifestations, non seulement autorisées et légales  mais aussi utiles dans un paysage démocratique, la grande absente, ce soir là, à bien  été cette loi de fraternité. De son absence nait la violence vite devenue incontrôlable. La fraternité n'est pas de l'ordre du sentiment. Posée comme un absolu,  elle est de l'ordre de la loi.  Les premiers  à l'enfreindre en sont conscients. Ils le font délibérément. Ce n'est ni par hasard ni par nécessité.  Ils  arrivent armés, cagoulés avec la ferme intention d'en découdre. Par un phénomène de mimétisme, ils en entrainent d'autres qui initialement ne voulaient pas s' associer à cette violence. Il semble que ce soit le cas de Rémi Fraisse. une fois mise en route,  la violence ne s'arrête plus sinon stoppée par une force qui lui est supérieure. C'est l'engrenage. Les forces de l'ordre n'ont plus le choix. La violence résiste, elle ne s'épuise pas. Il faut l' arrêter. Il y a danger de mort. Ce soir là  Rémi est mort. La loi de fraternité  transgressée plus personne ne peut être tenu responsable de ce qui arrive. Un processus de mort s'engage.


            Reste une question essentielle: où les jeunes sont t-ils mis en face de cette" loi de la fraternité"?  A-t-elle était intégrée dans l' Education à leur donner? Plus pertinent encore: a-t-on  pris la mesure de la nécessité de cette loi et de l' urgence à permette à  chacun  de l'intégrer ?  Le temps où l'on se déchargeait de cette tâche sur l' Eglise, sur les religions ou plus paradoxalement sur le service militaire est terminé. La république n'a pas le choix. Elle doit s'en charger en y associant toute sa devise avec la loi de  liberté et la loi d' égalité. Un beau programme pour les petits comme pour les grands.

 

 

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5 juin 2014 4 05 /06 /juin /2014 21:49

 

            Beaucoup de nos concitoyens se sont engagés pour les élections municipales. Dans certains villages près de la moitié des électeurs figuraient sur une liste. Le plus souvent les colistiers avaient construit un programme  pratique et réaliste rendu possible de par la proximité avec les électeurs  démarchés à domicile. Il est alors plus facile de connaître leurs préoccupations. Les colistiers s'étaient pris à rêver. Leur programme était le bon. Les réunions étaient devenues régulières, chacun y trouvait sa place et sa fonction.


            Bien sûr tous les prétendants n'ont pas été élus. Certaines listes n'ont qu'un ou deux représentants. Peu importe, les colistiers continuent à se retrouver.  Ils forment un groupe désormais bien institué. Leur  prétexte: soutenir leur représentant siégeant au conseil municipal. Dans le groupe, chacun garde sa fonction et les discussions vont bon train stigmatisant l'équipe gagnante unie autour de son maire.


            On pourrait se réjouir de voir les battus maintenir la pression sur les élus pour que soient prises en compte les différentes façons d'aborder les questions posées au conseil municipal. Une élection ne doit pas démobiliser ceux qui n'ont pas été entendus ou compris. Une élection ne dédouane pas le citoyen de ses responsabilités qu'il soit élu ou reste un simple électeur.


            On peut s'interroger toutefois sur ce qui maintient le groupe des colistiers à se retrouver régulièrement. Ceci est particulièrement vrai pour les villages où les enjeux municipaux sont moindres et où une opposition structurée ne se justifie pas. Ce serait oublier que des rites ont été mis en place pendant la campagne et qu'il est bien difficile de les abandonner tellement ils sécurisent. Par le passé les rites étaient de l'ordre du religieux. Les offices les cristallisaient. Ce n'est plus le cas . Mais le religieux persiste. Il renait sous d'autres formes. Les plus connues sont celles du sport. Les stades sont des lieux de grandes messes où la ferveur ne manque pas. Le culte fait aux stars du moment participe au besoin de sacré que l'on retrouve en chaque humain. D'une manière générale, les passions sacralisent un objet auquel on rend un culte. C'est bien ce qui se passe avec ces colistiers battus mais non défaits. Leur désir de victoire les a amené à inventer des rites et sacraliser les choses. Ils ne prennent plus l'Eucharistie mais se font une bouffe lors de leurs rencontres. Ils ne proclament plus des dogmes mais leur opposition aux élus majoritaires est  très formalisée. Ils n'ont plus de prêtre mais vouent un culte à leur tête de liste qui les représente au Conseil municipal. Comme l' écrivait Roger Bastide dans le Sacré sauvage, "le sacré d' aujourd'hui se veut un sacré sauvage contre le sacré domestiqué des Eglises". Le sacré qu'ils ont institué et qui devient une nouvelle institution les rassure et les crédite de modernité et d'avenir puisqu'a travers ce sacré ils manifestent qu'ils feraient les choses autrement et se tourneraient vers l'avenir. On est bien loin du sacré domestiqué des Eglises que l'on reçoit par héritage, qui appartient à d'autres, ici le clergé , et qui renvoie à un passé révolu qu'il faut définitivement abandonner. Le nouveau sacré est né de l'imagination, de l'invention et de la participation active de tous là où le sacré de l' Eglise laissait chacun dans sa passivité.  


            L'efficacité et l'utilité de ces nouveaux rites mis en place par les équipes sollicitant le suffrage de leurs concitoyens sont très contestables. Ils s'effriteront avant les prochaines élections municipales. Quand bien même ils tiendraient le coup, ils n'empêcheraient pas l'imagination de s'enliser et le programme élaboré de sombrer dans l'archaïsme des choses déjà  vues.


            On peut  toutefois s'interroger sur les raisons qui amènent des équipes à s'inventer un nouveau sacré. L'explication selon laquelle l'humain a besoin d'un sacré institué qu'il ne trouve plus dans les Eglise est insuffisante. Il nous faut regarder du côté du fonctionnement de la démocratie municipale. Celle-ci ne s'emploie pas à écouter ses propres électeurs. Elle ignore la culture du consensus. Elle ne sait pas responsabiliser les citoyens qui n'ont d'autres possibilités que de s'enfermer dans une opposition sacramentelle et peu efficace. C'est le bien être de la vie de tous les villageois qui s'en trouve affecté.

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15 février 2014 6 15 /02 /février /2014 21:26

 

            La cour des comptes vient de dénoncer des avantages injustifiés pour les cheminots et leur famille qui bénéficient des transports gratuits dans les trains. Il y a quelques mois elle avait dénoncé les avantages accordés aux familles des employés d’EDF. Curieusement personne ne semble s’mouvoir de ces injustices. Or Au même moment vient d’être publié un sondage où il apparait que pour 72% des français, les enseignants sont suffisamment payés et ne doivent pas être augmentés. Or, on sait que, non seulement ils n’ont aucun avantage financier mais que leurs salaires sont bien en dessous de ceux des professeurs de l’union européenne.  

            Alors pourquoi cette différence de traitement de la part des français qui acceptent les abus chez les uns et qui refusent presque leur dû aux autres.  On pourrait en dire autant  des médecins qui par le biais des dépassements d’honoraires s’octroient des revenus mirobolants au détriment de la santé des plus pauvres sans que personne ne manifeste.

            Si l’on interroge les français là dessus, ils répondent que les professeurs travaillent peu et qu’ils ont beaucoup de vacances. Il est prouvé, et les français qui avancent ces arguments  le savent, que c’est un faux procès. La vraie raison est ailleurs et reste inavouable pour eux : Ils n’aiment pas les intellectuels. Ils n’aiment pas les gens qui prennent du temps pour réfléchir. Ils n’aiment pas ceux qui ont un savoir et des  connaissances. Pire encore, les professeurs transmettent à leurs enfants  ces connaissances qui un jour feront d’’eux des adultes  plus calés que les parents qui se retrouvent ainsi face aux échecs de leur scolarité passée et plus largement de leur vie. Contrairement à ce que l’on croit, beaucoup de parents ne souhaitent pas que leurs enfants avancent dans leurs études. Je l’avais remarqué lorsque j’étais enseignant. J’ai mis du temps à l’accepter. Pour moi c’était impensable. Tout parent devrait souhaiter le meilleur pour ses enfants.

            Si l’école n’était pas obligatoire, le plus grand nombre n’irait pas et n’apprendrait ni à lire ni à écrire. Ainsi on peut dire que le rejet des enseignants, parfois même la haine,   est pour les français une haine contre eux-mêmes, contre leurs propres échecs. C’est aussi une manière de lutter contre ceux qu’ils perçoivent comme supérieurs parce qu’ils ont le savoir. A travers l’enseignement, ils  leur « volent » les enfants en se les mettant  de leur côté. Les revendications actuelles de ceux qui voudraient que l’école ne soit là que pour apprendre à lire et à compter, le reste revenant à la famille exclusivement, témoignent de la peur de voir les enfants d’aujourd’hui devenir demain plus grand qu’eux, plus instruits, plus capables, plus responsables bref, différents. Penser que les enfants doivent rester enfermés et dépendants de la famille,  est néfaste pour ces enfants. C’est dangereux pour la société de demain. Quant à ceux qui s’associent à de tels comportements pour discréditer l’école et ses maîtres, ils sont porteurs d’une société totalitaire qui pourrait arriver au pouvoir et anéantir la république. Attention danger. L’éducation pour tous est le seul antidote à tous les totalitarismes et la garantie de la démocratie.

            Edmond Rostand écrivait que si l’on veut que les hommes renoncent à la guerre, il faut leur armer l’esprit.  Si l’on veut préserver et améliorer la liberté, l’égalité et la fraternité, il faut garantir à l’école la possibilité d’enseigner et d’éduquer. Les deux vont de pair. Le savoir ne peut être acquis que par une pensée libre. Cette liberté ne peut être garantie que par une éducation soucieuse de neutralité, de diversité et de curiosité.  L’école est responsable de l’ouverture d’esprit des élèves. Ce doit être une exigence.

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Qui suis-je ?

     Titulaire d'une maitrise de théologie et d'un DESS de psychopathologie clinique, j'ai été amené à exercer plusieurs fonctions  et plus particulièrement la mise en place d'un centre socio- culturo- spirituel protestant puis la direction pendant 12 ans d'un centre de cure pour malades alcoliques. J'y ai découvert l'importance d'apprendre à écouter l'humain dans toutes les dimensions qui le constituent. Aujourd'hui, inscrit au rôle des pasteurs de l' Eglise Réformée de France, j'essaie de mettre des mots sur mes expériences et de conceptualiser mes découvertes.
serge soulie

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