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6 octobre 2017 5 06 /10 /octobre /2017 15:14

 

               En parlant de victoire de la culture du néo protestantisme au sujet de l'élection d'Emmanuel Macron, Régis Debray n'a pas convaincu tous les protestants. Certains l'accusent de ne pas connaitre en profondeur le protestantisme français, bien différent du protestantisme américain. Pour le philosophe, le Président Macron est porteur de nombreuses attitudes caractéristiques du monde protestant. De Luther soucieux de son salut, il aurait retenu l'examen de conscience qui pousse à la transparence et à la moralisation du politique. De Calvin il aurait pris cette idée forte selon laquelle les intermédiaires ne sont pas utiles puisque tout homme peut "se brancher directement sur le Saint Esprit". De Max Weber , il retient la rigueur et la valorisation du travail au service de l'économie. Pour couronner le tout, le président de la république se réfère à Paul Ricœur avec qui il a travaillé. De lui il retient l'importance du dialogue et du compromis. De là viendrait le fameux en même temps qui permet de penser ensemble les choses les plus hétérogènes comme la libération du travail et la protection des précaires.

            Les remarques de Régis Debray semblent pertinentes. Les Protestants Réformés se plaisent à maintenir une tension entre les oppositions afin d'arriver à un compromis ainsi enrichi. Mais ils retiennent aussi le "ou bien ou bien" de Kierkegaard qui invite à choisir et auquel les protestants se réfèrent au nom du libre arbitre. Par ailleurs, des théologiens avertis tiqueraient sur les extrapolations faites à partir de quelques éléments de la pensée des Réformateurs. Le champion de la transparence et de la moralisation est un certain François Bayrou qui bien que s'intéressant au pays de Navarre ne se réclame pas du protestantisme. Les catholiques connaissent aussi l'examen de conscience y compris sous d'autres formes que celles connues et pratiquées dans les milieux protestants. Chez Calvin le Saint Esprit est là pour éclairer les Ecritures afin que chaque lecteur retrouve la liberté de l'interprétation loin des pensées obligées des clercs. Il n'est pas certain pour autant que le Saint Esprit justifie toute mise à l'écart des corps intermédiaires !

            Notons que Régis Debray reprend ici la thèse de Mark Alizart dans son livre la pop théologie. L'auteur y fait l'inventaire des domaines où la pensée protestante s'est imposée pour être à l'origine des situations actuelles. Désormais nous serions tous des protestants y compris lorsque nous ne le croyons pas!

            Régis Debray ne prend pas en compte les conséquences de l'œcuménisme à savoir la convergence du protestantisme avec le catholicisme. Cette conséquence est confirmée par les enquêtes. Dans les pays d'Europe comme aux Etats Unis, les protestants se considèrent , parfois jusqu'à 80 %, similaires à tous les chrétiens. Ce taux baisse au dessous des 60% chez les catholiques, probablement de par l'importance de leur rites et des dogmes qui restent figés et très spécifiques. De plus en plus nombreux sont les chrétiens pour qui le schisme de plus de cinq siècles est terminé. Pour eux les grands clivages dogmatiques sont atténués, en voie d'être dépassés. Un compromis semble se dessiner pour ce qui est du salut entre les partisans de la bible et des Ecritures d'une part et les partisans de l'Eglise et les traditions d'autre part. Ainsi ce ne sont pas les catholiques qui se protestantiseraient comme semble le dire le notre philosophe mais l'inverse. Le crédo catholique deviendrait celui des protestants par manque d'affirmation et de détermination de ces derniers. Quand il n'est pas d'accord, le protestant ne s'oppose pas, il écoute et se tait.

            Les deux analyses ne s'excluent pas. Debray comme  Mark Alizart ont raison si on considère l'évolution de la société. Cette évolution a fait sienne la plupart des idées fortes du protestantisme. Celui-ci apparait comme une passerelle du religieux à la laïcité. Il est une porte ouverte sur la modernité . Il invite à sortir de nos frontières , celles de la religion, du pays, des institutions, d'une morale figée et immuable, d'habitudes jugées d'un autre temps, mal adaptées au monde actuel. La société c'est donc "protestantisée". Elle est devenue moins religieuse malgré les apparences voulues par des intégristes de tous bords. Elle n'est plus soumise à l'autorité d'un Dieu mais aux droits de l'homme .

            Il en va tout autrement de la religion chrétienne proprement dite. Ici les détracteurs de Régis Debray sont plus près de la réalité. Les protestants de par leur souci d'unité et de fraternité semblent s'être rapprochés des catholiques. Leur esprit d'ouverture, de tolérance, leur souci de faire confiance à l'autre pour qu'il choisisse lui-même et accède à sa singularité les ont empêché d'affirmer clairement leurs positions. Certes ils n'ont pas opté pour le culte des reliques, l'adoration des saints, l'obéissance au pape et le culte marial mais leur silence ne permet plus de les reconnaître. "Catholique ou protestant, c'est pareil" disent ceux qui ne fréquentent pas les Eglises et ne mènent aucune réflexion sur les sujets de la foi. Dans le protestantisme dit évangélique, c'est l'éthique catholique qui est reprise tout particulièrement en ce qui concerne la famille. On s'oppose à l'avortement, au mariage pour tous, à la contraception.  On récupère le salut par les œuvres puisque la foi devient une œuvre obligatoire pour être sauvé.

            L'œcuménisme a cru que la fraternité passait par une imitation de l'autre. Dire son désaccord sur telle ou telle attitude d'une autre religion est devenu religieusement incorrect. C'est probablement une erreur. Respecter, apprécier et aimer son prochain, ce n'est pas chercher à lui ressembler. C'est se réjouir ensemble des différences et de la diversité. Vouloir annuler ces différences, c'est annuler la joie d'être ensemble.

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10 juin 2017 6 10 /06 /juin /2017 11:05

 

             Nous apprenons par les médias que 130 imans de Londres refusent d'officier pour des obsèques religieuses concernant les trois terroristes qui ont tué à London Bridge, avec une voiture lancée dans la foule à plus de 80 Km / heure et avec des couteaux poursuivant leurs victimes jusque dans leur abri. Ces imams considèrent que ces terroristes ne sont pas des musulmans. A leur yeux, seuls le vrai musulman est autorisé à recevoir cet acte religieux.

            En dehors de toutes considérations religieuses, on ne peut qu'apprécier cette position, non parce qu'elle serait juste, je ne suis pas habilité à porter un tel jugement, mais parce qu'elle est utile et nécessaire à la protection de vies futures.

            Tout d'abord parce que ces hommes et ces femmes qui se préparent à tuer au nom de leur Dieu peuvent avoir un sursaut de conscience en se sachant désavoués  par ceux qui croient au même Dieu mais le perçoivent tout autrement, miséricordieux et porteur de paix. Certes la part du religieux dans ces entreprises de meurtres semble mince. Il ne faut pas pour autant désespérer de l'humain et tout faire pour qu'il décide lui-même de changer de direction et découvre la richesse qu'il y a à considérer tout humain comme un frère à respecter et aimer. Le religieux, y compris lorsqu'il est pris en otage pour des intérêts particulier, ici par idéologie, traduit  ce qu'il y a au plus profond de l'homme. Il sert de chape protectrice à tous ceux pour qui l'angoisse existentielle est devenue insupportable. L'histoire nous enseigne que les guerres et les cruautés en reviennent toujours à une source religieuses, quelle que soit la religion concernée. Hitler pour donner de la force et de la puissance à la guerre lui a donné un aspect religieux en s'attaquant aux juifs.            

            Plus encore, cette attitude des imams londoniens peut rassurer ceux qui trouvent que les musulmans ne condamnent pas avec force et détermination de tels actes et de telles personnes. C'est une critique que l'on a souvent entendue en France. On  l'entend aujourd'hui  en Angleterre. Pour beaucoup, les musulmans sont les mieux placés pour repérer ceux qui  glissent vers le terrorisme. Ils doivent être plus vigilants et mieux collaborer avec toutes les forces de sécurité. En refusant d'officier pour des obsèques, la communauté musulmane a enfin manifesté clairement qu'elle désavouait de tels actes et désapprouvait cette conception de Dieu et de la religion. Elle a porté le débat sur le plan religieux. C'était attendu et utile pour convaincre les occidentaux que l'islam est bien une religion de paix qui sait s'adapter au monde occidental. En effet là est la crainte des pays européens en particulier qui perçoivent et comprennent l'islam à travers les pays où il est majoritaire, pays où religion et état ne font qu'un.  

            Peut-on faire pour autant de ce refus d'assurer les rituels des funérailles pour les terroristes un absolu ? Je n'entrerai pas dans les positions particulières de chaque religion. Je sais combien tout refus peut être douloureux pour les familles. En effet tous les parents ne sont pas responsable de ce que leur fils, petit fils ou neveu soit devenu terroriste. Il m'est arrivé d'être sollicité pour les obsèques d'un adolescent de 16 ans qui s'était suicidé. Le prêtre, obéissant à l'évêque m'a-t-il dit, refusait que le corps du suicidé entre dans l'Eglise.  Il ne pouvait pas célébrer les obsèques. Les parents étaient désemparés. En tant que protestant j'ai pu assurer les obsèques et convaincre le prêtre de venir au cimetière ce qui a apaisé les parents. Devant la mort il est important de se situer sur un plan humain avant de passer au plan religieux.

            Dans une société laïque, si les religions doivent garder le droit d'assurer ou pas des obsèques, l' état - la république dans le cas de la France- ne peut que manifester d'une manière ou d'une autre sa présence auprès des familles et veiller à ce que le  corps des défunts soit respecté quelles que soit les causes de la mort. Le contraire serait compris comme une vengeance. Or on ne répond pas au meurtre par la vengeance ,que celle-ci prenne la forme d'une riposte en tuant le meurtrier ou d'un mépris de la dépouille en refusant une inhumation digne.  Respecter l'humain c'est respecter sa vie hormis le cas de légitime défense comme se fut le cas aux attentats de London Bridge. C'est la dépouille qui est alors respectée.   

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27 mai 2017 6 27 /05 /mai /2017 21:33

Le protestantisme ignoré.

Au moment où l'Europe se penche sur Luther et la Réforme il est pertinent de se demander ce qu'est le protestantisme aujourd'hui et plus particulièrement en France. En effet celui-ci est passé sous silence par les médias qui l'assimilent au catholicisme jusqu'à utiliser les mêmes mots comme par exemple la messe au lieu du culte, l'eucharistie au lieu de la Cène, ou encore l'autel à la place de la table de communion. Le musée du désert, rassemblement protestant annuel est devenu un pèlerinage. Les protestants sont rarement représentés dans les débats y compris ceux concernant les religions comme s'il n'y avait plus de pensées ou de positions protestantes en tant que telle dans le pays.

Les raisons de cette ignorance.

Le peu de place réservé au protestantisme a plusieurs explications. Nous en retiendrons deux.

Tout d'abord le mot protestantisme recouvre plusieurs réalités bien différentes. S'il existe un protestantisme de tradition se référant directement à la pensée des réformateurs comme l'Eglise Luthérienne ou l' Eglise Réformée qui vient de changer de nom, plus nombreuses encore sont les Eglises se réclamant Evangéliques. Parmi elles, celles de la fédérations protestantes de France ne renient pas les liens qui les rattachent à la Réforme et le plus souvent marquent leurs différences par des positions éthiques plus conservatrices et un rapport à la bible très encadré par les doctrines qu'elles se donnent. Il y a aussi de nombreuses communautés indépendantes, agrégées autour d'un homme reconnu comme pasteur, sans qualifications universitaires et puisant, au hasard, dans la bible, des versets sensés servir de guide aux adeptes. L'Eglise catholique désigne ces communautés par sectes protestantes tant elles sont repliées sur elles mêmes, certaines de détenir la vérité et accusatrices de tout ce qui ne leur ressemble pas. Certaines refusent d'être désignées par le mot de protestant dans un souci d'être séparées des autres.

Viennent ensuite les conséquences de l' œcuménisme. Comme nous le précisons à chaque fois, il ne s'agit pas de dénoncer ce qui depuis plus d'un demi siècle a permis d'apaiser des tensions encore vivaces, au sein du christianisme. L'œcuménisme a conduit à libérer les esprits des carcans religieux dans lesquels ils se sentaient enfermés. Catholiques et protestants, dans la plupart des cas, se sont sentis libres de collaborer, de changer d'Eglise, de se marier entre eux, bref de choisir la manière de vivre leur foi sans être soumis aux jugements des Eglises. Certes il existe encore des réticences actuellement renforcées par le retour de l'intégrisme. Notons toutefois qu'une porte a largement était ouverte, il sera difficile de la refermer. Au-delà de cette évidence conduisant à la concorde des catholiques et des protestants, l'œcuménisme a considérablement réduit du moins en apparence les différences qu'il pouvait y avoir entre eux. Que de fois ai-je entendu le refrain: "catholique ou protestant, c'est la même chose". Ma réponse: "Ce n'est pas la réalité, c'est vous qui le réduisez à la même chose". Dans cette réduction, ce sont les mots du catholicisme qui, tout naturellement, ont triomphé de par un protestantisme très minoritaire, tolérant, peu arc-bouté sur ses positions et amoureux de la liberté de penser. Le catholicisme considéré comme la religion du pays voire de la république malgré les lois de séparation de l'Eglise et de l'Etat s'est imposé tel un état de fait. Le protestantisme a été assimilé . Il a perdu sa spécificité au profit du christianisme qui n'est autre qu'un catholicisme qui ne dit pas son nom. Les mentalités ont la peau dure lorsqu'elles sont soutenues par un environnement où la religion est matérialisée et visible (cathédrales, lieu saints, crucifix, statues), et scandé par les rites religieux ( 15 aout, Toussaint) . Les mots faisant les choses, on comprend pourquoi le protestantisme s'effrite en tant qu'Eglise, tout particulièrement le protestantisme issu de la Réforme, le protestantisme évangélique ayant été peu affecté par l'œcuménisme et se définissant contre les autres religions au sein desquelles ils va puiser les nouveaux adeptes.

Trois caractéristiques fortes caractérisent le protestantisme Réformé.

Après avoir mentionné deux des raisons qui rendent confuse la réponse à la question qu'est-ce que le protestantisme en France? demandons nous ce qui a jusqu'ici caractérisé le protestantisme Réformé. La trajectoire suivie par Luther, le réformateur le plus connu en Europe, permet de mieux préciser les choses.

Du mal être au bien être

Tout commence par un très grand mal être dans lequel se trouve le personnage. Il a peur de la mort. Comment ne pas voir que son souci du salut post mortem n'est autre qu'un mécanisme de défense contre la mort. Tout événement provoque chez lui une émotion intense comme le décès subit d'un camarade qui lui fait craindre le pire à la suite d'une blessure à la cuisse ou encore ce violent orage dans la forêt où il invoque sainte Anne et lui promet de se faire moine. Un chemin de Damas qui tournera mal, le sien ne menant plus à Rome! Ce mal être, contrairement à une idée reçue , n'est pas que religieux. Il est d'ordre psychologique. Il concerne la personne toute entière. Ce n'est pas par vocation que Luther entre au couvent, c'est en vue d'un apaisement. Son attitude et son comportement sont à ce point empreints d' angoisse qu'au couvent, ses supérieurs s' inquiètent. "Remets-toi à Christ au lieu de te focaliser sur ta propre indignité" lui déclare son confesseur. L'histoire retient avec humour le fameux "ne fais pas un péché de chaque flatulence " du vicaire Staupitz chargé de l'accompagner et ému par ce jeune moine plein de tristesse, de culpabilité et d'actes de contrition. Tous ces religieux faisant fonction de guides spirituels et par la suite sa démarche intellectuelle ont permis à Luther de s'affranchir de ce que nous appellerions aujourd'hui un état névrotique. Bien avant Freud, Luther a pratiqué son auto analyse. En investissant les Ecritures pour la recherche il a donné une autre voie à l'angoisse qui le paralysait. Ce serait une erreur de penser que la problématique de Luther était purement religieuse. Le religieux ne peut pas être séparé de l'être. Corps et âme sont une seule et même chose. Cette chose inclus le religieux . Celui-ci fait toujours écho a des problématiques bien plus larges concernant toute la personnalité.

Nous avons là une des principales caractéristiques de la Réforme: libérer l'être humain. Non seulement des rites et des dogmes, de l'Eglise et de ses chefs, mais le libérer en toute chose et dans tous les domaines. La religion issue de la Réforme devrait pouvoir arracher l'homme à ce qui l'enferme, l'illusionne et le trompe. Elle veille à ce que l'esprit soit à la fois critique et constructif. Elle doit pouvoir créer et inventer pour répondre à toutes les situations. Elle devrait pouvoir réorienter l'angoisse pour qu'elle s'investisse et se transforme dans des objets utiles et nécessaires: le travail, les relations amicales, fraternelles, d'affaires ou diplomatiques , la connaissance, la science l'art ou la culture. Mais alors, peut-on encore parler de religion? Le mot semble tout à fait inapproprié tant il désigne ce qui enferme, rend obéissant et suiveur.

Enseignement et éducation comme priorité

Suivant toujours l'itinéraire de Luther nous découvrons combien cet homme, avant d'entrer au couvent s'adonnait à ses études et cherchait à agrandir son champ de connaissance. Les penseurs grecs, tel Aristote qu'il conteste dès le début n'ont pas de secret pour lui. La philosophie scolastique qui met l'accent sur la toute puissance divine éveille son esprit critique. Il comprend que Dieu n'est pas ce que cette théologie en dit. Il s'intéresse vivement aux penseurs de son temps, synthétise et prolonge leur pensée. Il n'engagera son combat contre l'Eglise romaine et la papauté qu'après ce long cheminement intellectuel et en réponse aux agressions de celles-ci qui tuent ceux qui les conteste.

Ce cheminement de la pensée est le deuxième point fort de la Réforme. Comprendre, connaitre, instruire passe avant les deux sacrements retenus, le baptême et la cène qui n'ont de sens que s'ils sont bien compris. Le " petit et le grand catéchisme" sont des outils nécessaires pour instruire le peuple tout entier. L'art et plus particulièrement la musique font partie de cette instruction nécessaire. " Après la théologie, je donne à la musique la première place et le plus grand honneur" écrit Luther. Le protestantisme Réformé est resté attaché à cette nécessité d'avancer dans la connaissance des choses. Faire passer cette connaissance avant les rites, les dogmes , les pratiques est une constante qui se nourrissait de la lecture de la bible comme la pratique le Réformateur. Cette lecture stimule l'intelligence, éveille les consciences et permet à chacun de formuler les principes éthiques utiles à la liberté et à la vie en commun à l'humanité tout entière. Il y a aujourd'hui une méprise sur ce que signifie le "sola scriptura". Lire la bible est devenu une injonction religieuse utile et nécessaire à la pratique de la foi. Les calendriers nous invitent à lire un texte chaque jour comme l'on égrène le chapelet en vue du salut. La lecture de la bible est devenu un rite sans que pour autant cette lecture soit un remue méninge comme elle l'était pour les Réformateurs. A cet égard, je me souviens des arrières grands parents, grands parents et parents qui lisaient la bible selon les moments de leur vies, selon les situations, certainement selon leur questionnement. Mais ce livre n'était ni fétiche, ni sacré. Il était avec d'autres livres , plutôt rares il est vrai, étant donné leur situation sociale très modeste. Ils devaient relire des passages déjà connus comme nous le faisons des livres qui nous ont marqué et nous marquent encore parce que la bible, de par sa composition et la force de certains passages reste actuelle. La lire parce que l'on se dit chrétien et que l'on s'y croit obligé est une servitude, une manière déguisée de forcer le salut à notre avantage. La lire parce que l'on est en recherche est un vrai bonheur. Une telle lecture donne le goût de l'échange, du partage et prépare l' avenir.

De la grâce de Dieu à la construction de soi et à la liberté pour tous.

Enfin et sans que ces trois caractéristiques épuisent ce qu'est le protestantisme Réformé, Luther de par sa trajectoire, nous fait toucher du doigt ce qu'est l'affirmation de soi. Parti d'un mal être qui aurait pu s'avérer très incapacitant et faire de lui un homme asservi à une institution, à des personnes, à une idéologie ou a une religion, il acquiert la liberté et l'autonomie vis-à-vis de tout ce qui l'entoure. Sa théorie du sacerdoce universel n'est pas seulement une prérogative et un pouvoir retirés aux prêtres, c'est l' affirmation que tous les êtres sont égaux et que pourvus d'une solide culture, ils peuvent prendre par eux même les décisions qui conviennent et sélectionner ce qu'il est possible de croire ou de rejeter. Aujourd'hui encore, les femmes semblent être les premières bénéficiaires de cette doctrine . C'est dans les pays à majorité luthérienne qu'elles ont obtenu les premières le droit de vote. Dans l' Eglise catholique elles n'ont toujours pas accès à la prêtrise. Cette autonomie s'étaye comme c'est toujours le cas, sur une relation à la vérité qui place le réformateur en position privilégiée dans tous les contacts humains qu'il a pu avoir. Luther ne se dérobe pas à l'observation de la réalité telle qu'elle se présente à lui. Il ne recule pas devant les difficultés qu'il rencontre et s'oppose à elles, soucieux d'amener au grand jour l'évidence plus souvent tue et combattue qu'ignorée. Il ne fuit pas et n'abandonne rien de ce qu'il a découvert et qu'il défend avec force ne laissant aucune place au doute ou à l'hésitation lorsque la chose est établie dans son entendement. Il est persuadé que le Dieu tout puissant de la scholastique, ne l'est pas par ses décisions arbitraires et liées à nos mérites mais par sa présence et par la grâce permanente dans laquelle baigne le monde. Dieu est une promesse qui siège en chacun sans aucun autre intermédiaire. Un siècle et demi plus tard, Spinoza, juif exclu de la synagogue d'Amsterdam, prolongera cette idée d'un accès à Dieu immédiat en précisant que Dieu est cette force primitive qui pousse chaque chose à persévérer dans son être . . Cette confiance totale à la grâce de Dieu amène le Réformateur à reconnaitre que les deux royaumes, spirituel et temporel sont ainsi institués par Dieu et que par conséquent les deux sont utiles et nécessaires à l' homme. La théorie des deux règnes revalorise les autorités politiques et le rôle du citoyen chrétien amené à participer au fonctionnement de la société dans la paix et l'harmonie. Cette théorie des deux royaumes, il y a 500 ans préfigure déjà la séparation de l'Eglise et de l'Etat. Les protestants issus de la Réforme se reconnaissent encore aujourd'hui dans cette position et continuent à plaider pour une laïcité faisant la place à tous. Ils restent très circonspects lorsqu'une religion veut imposer à l' état sa manière de percevoir les choses. Ils le soutiennent lorsqu'il légifère en vue d'agrandir l'espace de liberté pour tel ou tel groupe de citoyen. L'adoption du mariage pour tous en est un exemple. Il prouve aussi, étant donné les oppositions rencontrées, que tous les protestants ne s'inscrivent plus dans le droit fil de la Réforme y compris lorsqu'ils sont membres d'une Eglise dite Réformée.

Résumons-nous. Aujourd'hui, être protestant ce n'est pas seulement se positionner théologiquement par rapport aux dogmes, aux doctrines et aux traditions de l'Eglise. C'est opter pour un mouvement qui, à l'intérieur du christianisme et en relation avec l' ensemble des religions comme avec les non-croyants, permet à chacun de s'affranchir de ce qui l'enserre sur le plan individuel comme collectif. C'est mettre tout en œuvre afin que chacun puisse trouver sa place dans la société quels que soient ses choix de vie, ses origines , sa religion. C'est être partie prenante de la laïcité pour assurer la liberté et la démocratie dans le pays et assurer la possibilité d'émancipation de chacun sans aucune discrimination. Enfin, c'est faire passer l'amour du prochain et sa liberté avant toute loi fusse-t-elle attribuée à Dieu parce que le protestant est persuadé qu'instruit, réfléchi et sensible à la vie des choses et des êtres il lui est donné de décider de la bonne attitude à tenir selon les situations. Il sait que par le biais de la recherche et de la connaissance Dieu est en lui et lui en Dieu .

De la recherche à l'exploration de Dieu.

De nombreux croyants et parmi eux des théologiens, soucieux de ne pas apparaitre enfermés dans des croyances de plus en plus rejetées se disent "chercheurs de Dieu ". L'expression a le mérite de ne pas faire du fidèle une "brebis" comme se plait à le dire la vox populi mais une personne active s'interrogeant sur le domaine du spirituel. Sans remettre en cause l'existence de Dieu, ces croyants, chrétiens pour la plupart, s'interrogent sur une perception autre de Dieu. Sœur Emmanuelle refuse de voir en Dieu un interventionniste permanent. Dans le protestantisme, le mouvement libéral refuse un Dieu théiste, extérieur au monde, influencé par la prière des hommes, décidant selon ses appréciations et ses jugements . Cette même expression, laissant penser que l'homme a les moyens de chercher Dieu, fait de celui-ci une entité soumise aux possibilités humaines. Fini les caractères d'infini, d'omniprésence et d'insaisissable du divin. Dieu serait une entité parmi d'autres, un être, à la portée de l'homme. Comment ne pas s'interroger alors sur l'affirmation de la bible selon laquelle Dieu cherche l'homme et non l'inverse. Comment ne pas entendre la proclamation du Coran selon laquelle "Dieu est grand" . Peut-on encore chercher ce qui est plus grand que tout, qui est lui-même le Tout? Le navigateur au milieu de l' Océan cherche t-il l'eau?

Si Dieu est ce grand Tout dans lequel tout prend vie et qui n'a d'autres causes que lui-même, il serait plus exact de dire que nous pouvons être des explorateurs de Dieu. En effet, Dieu n' est pas remis en cause. Il appartient à l'homme de chercher à le connaître comme l'explorateur cherche à découvrir l'antarctique. Connaitre Dieu, c'est naviguer en lui. C'est ce qu'a cherché à initier la Réforme en arrachant Dieu au clergé en faisant de lui un accès direct et sans intermédiaire. Tout être, de ce monde et d' ailleurs, peut entrer en communication avec Dieu puisque Dieu est partout et se donne à tous. Aujourd'hui, et plus précisément encore, c'est ce que devrait demander le protestantisme réformé lorsqu'il invite à creuser le sens d'une vie spirituelle. Il ne s'agit aucunement de revenir pour soi au Dieu que nous aurions perdu, encore moins de ramener à Dieu la brebis égarée comme le laisse entendre, à tort et à regret, le terme d'évangélisation. Il s'agit de regarder la réalité telle qu'elle se présente à nous et de l'analyser avec tous les moyens existants, de formuler des hypothèses, sans les considérer comme des croyances, pour les vérifier et avancer.

Connaitre Dieu c'est connaitre le monde

Si Dieu n'est plus celui que l'on cherche mais celui que l'on explore en explorant le monde dans lequel il se trouve, l'homme est libéré de la tension qui accompagne la recherche de tout objet perdu. Il n'y a plus de quête, plus de crainte d'échouer pour soi comme pour les autres. Nous sommes ici dans le prolongement de la pensée de Luther pour lequel l'homme n'a pas à lutter pour son salut. Il lui est acquis d'avance. Ce qui importe c'est la connaissance des choses, leur compréhension et l'action pour l'amélioration de ce qui est et l'invention de ce qui n'est pas. Il n'y a pas de place pour le surnaturel, l'illusion et la superstition. Tout mystère peut être levé parce que tout a une cause. Par la suite, les causes s'enchainent. La découverte du fonctionnement de tout ce qui constitue l'univers, les êtres et les choses, est une découverte de la réalité de Dieu. Il n'y a pas de révélation miraculeuse du divin, le divin se révèle à travers les possibilités qui sont données à l' homme. Le croyant n'a pas à recevoir d'instruction pour faire ce qui est bon. Il n'a pas à s'en remettre à une puissance qui viendrait d'ailleurs. Il lui suffit de regarder ce qui se présente à lui et décider de ce qui convient pour l'intérêt non seulement de l'homme mais de tout ce qui compose la nature. Le protestantisme poursuit ce qu'avait initié la Réforme en son temps et cherche à poursuivre cette réforme. C'est ainsi qu'il a souvent été au premier plan dans la lutte pour le respect des êtres en organisant les sociétés avec le plus de justice possible, voir les pays d'Europe du Nord souvent enviés, c'est aussi sa présence pour plus de paix et de conciliation qui marque le monde aujourd'hui. Dieu est dans ces agissements.

Aujourd'hui le  protestantisme devrait aller bien au-delà de la pensée des Réformateurs. Selon l'adage de Luther la Réforme est toujours à Réformer, parce qu'elle doit s'adapter aux nouvelles situations. Les dernières découvertes, le déroulement de l'histoire ont permis d'ouvrir de nouvelles pistes y compris sur la compréhension de Dieu. Les découvertes des deux derniers siècles par exemple ont permis de vérifier ce qui n'étaient que des hypothèses pour les penseurs grecs. L'histoire est linéaire. Le protestantisme s'inscrit dans cette ligne. Il est à l'écoute des humains et ne défend pas des positions qui seraient issues de doctrines ou de dogmes vénérés, qui ont eu leur raison d' être mais qui ne correspondent plus à l'intérêt des humains et de la planète. Dans un pays comme la France qui s'arque boute sur des attitudes induites par une Eglise catholique qui a bien du mal à s'émanciper des doctrines des siècles passés et malgré les progrès de Vatican II, le protestantisme Réformé étonne parfois et scandalise comme sa prise de position au sujet de la bénédiction des couples homosexuels.

L'esprit d'une minorité.

En France être protestant c'est appartenir à une minorité qui tourne autour de 0,5 % si l'on ne retient que le protestantisme issu de la Réforme. Certes il y a eu des moments de l'histoire comme la troisième république très marqués par l'esprit du protestantisme. L'enseignement gratuit et obligatoire avec Jules Ferry en est un exemple. Nous pourrions citer aussi les lois de 1905 avec la séparation de l' Eglise et de l'état où les protestants ont joué un rôle déterminant parce qu'il en allait de leur liberté. Ils surent apporter de la modération dans les négociations là ou d'autres, souvent d'anciens défroqués, voulaient se venger de l'Eglise catholique. Cette présence forte du protestantisme s'explique par un nombre proportionnellement supérieur de protestants dans les milieux intellectuels, à cause de l'insistance sur l'enseignement et l'éducation qui a toujours été une priorité protestante. Dans de nombreux villages, les protestants, bien qu'inférieurs en nombre tenaient les postes clé comme médecins , pharmacien, notaire, instituteurs. Persécutés en France, ceux de la religion prétendue réformée comme on se plaisait à le dire sous Louis XIV prirent l'habitude de s'exiler pour éviter d'abjurer ou pour sauver leur tête. Ainsi non seulement le pays s'appauvrit mais nombre de protestants durent vivre dans une quasi clandestinité. Cette situation forgea leur comportement religieux. Ils apprirent à vivre sans vitrine, dans la discrétion et la vigilance. Durant la dernière guerre et plus particulièrement dans le midi de la France, les protestants se méfiaient à tort ou à raison des catholiques, avec qui ils étaient liés par ailleurs dans la résistance, lorsqu'ils mettaient en place des sauf conduits aux populations juives traquées par le gouvernement de Vichy. Notons au passage que si dans les débuts, les protestants furent trop nombreux à soutenir un tel gouvernement, conduits par leur esprit critique dû à leur situation trois fois centenaire et au respect porté aux juifs à travers la lecture de l' Ancien testament, ils s'opposèrent vite aux décisions du Maréchal Pétain et son équipe de collaborateurs. Etre minoritaire dans une société et une culture donnée aiguise l'esprit d'observation, favorise l'intuition et pousse à la discrétion. C'est la raison pour laquelle les Réformés rechignent toujours devant ce que d'autres appellent l'évangélisation qui consiste à se montrer et à présenter l'évangile sur le modèle de la propagande. Pour le réformé, évangéliser c'est vivre au plus près de ce qui est juste pour tous et pas seulement pour quelques uns. Dieu se découvre dans la qualité de la relation que l'homme peut avoir avec les êtres et les choses de ce mode. Dieu ne se prêche pas. Il n'est pas une morale. Il n'est pas un produit à proposer. Il ne rassemble pas des adeptes. Il surgit des actes et des paroles qui libèrent. Il est une force qui parcourt les êtres et les choses de ce monde. Cette force Jésus-Christ l'appelait "Père" parce qu'elle est génitrice de nouveauté, d'harmonie, d'équilibre. Elle permet à chaque chose, de persévérer dans son être pour qu'éclose sa nature. Elle réorganise le monde en permanence. Elle ne s'arrête pas. Elle n'est pas figée. Elle s'adapte sans cesse.

 

De la messe au culte : le retour du religieux.

En France à la différence de l'Allemagne et des pays d'Europe du Nord le culte s'est souvent pratiqué dans la clandestinité , dans les bois, les grottes ou chez l'habitant. Ainsi ce culte est devenu d'abord un lieu de rencontre et d'échange où les participants s'encourageaient, se soutenaient et s'entraidaient. C'était bien la volonté de Luther qui reprochait à la messe de ne pas impliquer les fidèles, de maintenir l'assemblée passive et d'être célébrée en latin, langue que peu de fidèles comprenaient. Il voulait aussi que ce soit un lieu où le public est enseigné et instruit. Dans les assemblées en France cela allait de soi. L'enseignement tenait toute la place avec les chants et la prière. Pas de liturgie élaborée, pas de resacrifice du Christ.

Aujourd'hui, ce protestantisme centré sur l'enseignement a fait place à des liturgies aux formules peu renouvelées. La cène, célébré il y a encore un demi siècle aux fêtes carillonnées devient hebdomadaire comme s'il ne pouvait plus y avoir de culte sans eucharistie. Bref, le protestantisme est devenu religieux. Il s'est replié sur lui-même. Peut être par influence dans le cadre de l'œcuménisme, sûrement parce que le religieux revient au galop dès que la vigilance cesse. Il cherche à s'installer partout. Il sacralise tous les domaines. Le sport et la politique en sont des exemples flagrants. Il rassure, évite l'engagement et l'effort de compréhension. Il unit de manière facile mais illusoire. Si aujourd'hui, dans notre pays, le protestantisme est en perte de vitesse, on peut se demander si la cause n'est pas ce glissement vers le religieux avec son surnaturel, ses superstitions et son invitation à la paresse au détriment de la raison et de la connaissance. Il n'est pas impossible que nous soyons à l'aube d'une nouvelle Réforme attendue mais non encore formulée par ceux qui se détachent des Eglises chrétiennes qu'elles soient catholiques ou protestantes. Cette Réforme là portera une vision renouvelée de Dieu comme du Christ. De par sa radicalité, il sera difficile d'y voir le prolongement de l'ère chrétienne bien que celle-ci l'ait en quelque sorte engendrée.

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1 mai 2017 1 01 /05 /mai /2017 15:40

 

       Durant la campagne électorale, nous avons vu fleurir de nombreux drapeaux dans les meetings de tous les candidats. Le plus souvent il s’agissait du drapeau français, très rarement du drapeau européen, plus souvent des drapeaux noirs ou rouges invitant à chanter l’internationale. Le drapeau se veut être un symbole. Mais de quoi le drapeau français est-il le symbole aujourd’hui?

       Pour certains candidats le drapeau est lié à un discours nationaliste réclamant plus d’ordre, d’autorité et d’indépendance. Il cherche à s’opposer au drapeau européen tant ces candidats voudraient que l’union européenne disparaisse ou ne soit plus qu’une potiche. Dans cette ambiance, le drapeau a bien du mal à retrouver son sens premier qui est celui de l’unité d’un pays mais aussi de la paix et de la réconciliation avec les peuples voisins. Il apparait aujourd’hui comme facteur de division et lorsqu’il est placé sur un balcon d’appartement ou accroché au mur d’une maison il ressemble à une provocation. Il se veut un défi pour tous ceux qui le regardent. Il représente une certaine idéologie. Il est un instrument de propagande.

       Cette dérive de la signification du drapeau se lit à travers l’histoire. En effet si le drapeau a pu représenter à ses débuts la liberté guidant le peuple, très vite il est devenu l’emblème des patriotes luttant contre l’ennemi. Le drapeau est synonyme à la fois de guerre et de victoire. La victoire unit le peuple vainqueur. Elle humilie le vaincu qui ne peut que préparer la guerre suivante avec un esprit de revanche. Le drapeau sert alors d’incitation à la haine et à la guerre contre le peuple désigné comme ennemi. Tout le monde s’y met. Fait plus étrange encore, l’Eglise et les chrétiens qui selon les Evangiles devraient être animés d’un esprit de paix, ont enseigné qu’il faut protéger et sauver la patrie par tous les moyens, peu importe celle de l’ennemi qui doit être conquise ou détruite. Certains propos de poilus (il fallait bien se donner du courage) ou le contenu des catéchismes d’avant-guerre sont atterrants. N’oublions pas que Jean Jaurès a perdu la vie pour avoir refusé la guerre. Le chrétien converti Péguy s’est réjoui de cette mort.

        L’utilisation du drapeau lors des compétitions sportives est très équivoque. Les compétitions sportives remplacent symboliquement la guerre au même titre que les échanges commerciaux. Elles ont été un vrai progrès permettant d’éviter les conflits entre nations. Le drapeau national dressé aux jeux olympiques lors de la victoire d’un athlète représente la nation du vainqueur. Son peuple exulte. C’est une victoire pour tous ses concitoyens. Il devient important aujourd’hui de veiller à ce que ce drapeau ne soit pas pris en otage pour représenter la couleur de peau, la religion, une tribu, ou un groupe politique dissident. En effet, dans de tels cas il n’est plus facteur de paix entre les nations. Il apporte la division voire la haine.

       L’envers du décor est que ce même drapeau dressé aux jeux olympiques renforce l’idée de nation à un moment où l’histoire nous appelle à supprimer les frontières comme le voudrait l’espace « Schengen » pour l’Europe. Il est vrai qu’il faut tenir compte des résistances très fortes qui se manifestent dans la population pour mieux préparer les peuples à s’unir et ne faire qu’Un au-delà des couleurs de peau, des religions et des cultures. Il faut apprendre à vivre ensemble sans pour autant vouloir se ressembler. Là est la richesse d’un pays. Là est l’origine de créations nouvelles.

        Aujourd’hui, ceux qui dans les meetings politiques brandissent le drapeau l’utilisent à des fins partisanes. Le drapeau est devenu signe d’un repliement sur soi et d’un refus de la différence jusqu’à rejeter celui qui refuse de me ressembler. Dans une incohérence sans pareille, ils critiquent l’égalitarisme concernant la propriété et les revenus. Une manière pour eux de préserver biens et avantages possédés tout en rejetant le partage. Cette attitude ne les empêche pas de militer pour une même identité. Les français devraient avoir selon eux la même origine, la même couleur de peau, les mêmes références, les mêmes idées et la même religion. Cette plaidoirie pour l’identique n’est pas avoué clairement mais elle est bien réelle. Le refus de l’étranger en est la preuve

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17 août 2016 3 17 /08 /août /2016 15:33

Les nouveaux responsables d’un restaurant social de la région lyonnaise où viennent manger tous les jours des personnes âgées ont cru bon de changer les menus afin d’améliorer leur santé et de prolonger au maximum leur vie. C’est ainsi que les repas ont été allégés, les matières grasses supprimées, le sel et le sucre réduits au minimum. Nul doute que ces nouveaux promoteurs s’attendaient à des « bravos de prendre soin de nous ». La réaction a été tout autre. Les habitués de ce restaurant ont demandé un retour aux repas auxquels ils étaient habitués arguant qu’ils avaient envie de bien manger et peu importe si cela devait leur raccourcir leur existence. Ils voulaient profiter de la vie jusqu’au bout de leur vie.

Cette réaction parait très salutaire. En effet la société actuelle s’astreint par tous les moyens à prolonger la vie coute que coute. Et cela coûte très cher. C’est ainsi que les dépenses de santé sont devenues exponentielles et les prélèvements pour y faire face insupportables. Le système actuel menace de s’effondrer sans que les vraies questions soient posées concernant les soins à prodiguer et dans quelles limites. Les recherches sont purement économiques. Tout est question d’argent. Des familles, après avoir élevé leurs enfants se voient contraintes de vendre leur maison pour payer la maison de retraite des parents. Quant aux soins à domicile ils sont devenus souvent impossibles étant donné le prolongement de la vie dans des situations de plus en plus compliquées. Il faut des structures spécialisées pour prendre en charge la personne âgée pour des pathologies de plus en plus lourdes qui durent longtemps.

De plus, et là est la réclamation des clients de ce restaurant social, est-il sage et moral de vouloir prolonger la vie au prix de privation de ce que l’on aimait et qui faisait le bonheur quotidien sans qu’il y ait des excès. Bien manger, bien boire, bien dormir, bien se détendre semble être le minimum nécessaire pour être heureux. Alors, pourquoi se priver et entrer ainsi dans un prolongement de la vie qui sera vécu comme une attente insupportable, sans espoir d’aucune amélioration, l’âge faisant tout simplement son œuvre.

C’est à se demander si l’espérance en une vie au-delà de la mort , dans un lieu où la vie terrestre pourrait indéfiniment se prolonger dans ce qu’elle a de meilleur, n’a pas, avec la déchristianisation, fait place à la tentative désespérée de prolonger le plus possible sur cette terre quelles qu’en soient les conditions. Constatons simplement que dans les deux cas nous sommes dans cette tentation qui est de nier la mort et de la vaincre par nos forces et nos moyens. Au ciel on y allait à coup de repentance et d’expiations, sur terre nous y restons à coups d’opérations et de médicaments. Pourvu que la mort ne nous atteigne pas !

Et si le message de la résurrection était d’abord une invitation à laisser venir la mort lorsque le moment est venu. Jésus lui-même ne s’est pas débattu contre la mort. Il a sué du sang à grosses gouttes tant cette mort était injuste. Il ne s’est pas révolté pour autant. De par la méchanceté des hommes et étant donné son parcours et sa filiation, le moment était venu pour lui. Il l’a accepté dans des circonstances épouvantables de souffrances et d’abandon de tous.

La résurrection a toujours été interprétée comme une porte qui s’ouvrait sur une autre vie. Elle peut être aussi vue comme un encouragement à mourir quand la mort est devenue inéluctable Elle valide le temps de la vie passée sur terre. Elle ne dit plus que tout va continuer ailleurs. Elle dit que tout est advenu sur cette terre comme c’était prévu. Le point final peut être posé sans aucun regret. Un film ou un roman ont besoin d’un tel point pour rendre la liberté au spectateur ou au lecteur. De la même façon, la vie a besoin de la mort pour acquérir toute sa dimension et toute sa force. Ne dit-on pas de la mort qu’elle est délivrance ? Les protestants appellent la cérémonie des obsèques « culte de reconnaissance ». Ce terme peut exprimer en effet qu’une page est tournée comme elle devait se tourner. C’est fini. Nous entrons tous et le monde avec nous dans la vie de celui qui vient de la terminer. Ce n’est plus la sienne. Elle est offerte à tous. Un peu comme nous entrons dans la vie de ces résistants qui ont donné la leur pour notre liberté. Nous sommes au bénéfice de la vie de tous ceux qui sont passés sur cette terre.

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23 juillet 2016 6 23 /07 /juillet /2016 21:18

La répétition et l'horreur des attentats en France mais aussi en Europe fait ressurgir le débat sur la peine de mort. Il en va ainsi toutes les fois que des populations innocentes et tout particulièrement des enfants sont tués avec une cruauté dépassant l'imaginable. Ce débat devient d'autant plus vif que des attentats comme celui de Nice semblent imparables.

A y regarder de près, on s'aperçoit vite que la peine de mort ne changerait rien à de telles situations. D'abord parce que ceux qui les perpètrent s'engagent à mourir. Parfois même ils se font sauter alors qu'ils sont seuls lorsqu'ils ont raté leur cible comme au stade de France. Quant à leurs complices capturés vivants, les condamner à mort serait allumer un feu de haine qui ne s'éteint plus. Les traités de paix se terminent toujours par des amnisties y compris pour ceux qui ont tués.

Le désir de vengeance qui est en chaque être s'étaie sur la pulsion de mort . Il doit être entendu si l'on ne veut pas qu'il ronge celui chez qui il s'est installé.

Dans l'ancien Israël, il y avait la loi du talion qui consistait à rendre œil pour œil et dent pour dent. Autrement dit on ne tuait que celui qui avait tué, on n'en tuait pas davantage pour éviter l'escalade. L'application de cette loi permettait de désamorcer le désir de vengeance et la victime pouvait ainsi retrouver la paix son désir de vengeance assouvi..

Revenir à cette loi, autrement dit revenir à la peine de mort serait un recul considérable de la civilisation. Jésus, né dans la société où elle était en vigueur, la condamnait avec force et détermination. Le monde a mis plusieurs siècles à le suivre y compris le monde chrétien. De nombreuses associations se réclamant du christianisme étaient réticentes pour réclamer l'abolition de la peine de mort. Aujourd'hui cette dernière est soutenue par de nombreuses Eglises protestantes et évangéliques aux USA et en Afrique. Quant à l' Eglise catholique elle l'a associée à la lute contre l'avortement au nom du respect de la vie comparant un embryon de 3 mois et une personne consciente des années de sa vie. La position est plus idéologique que réaliste.

Se pose alors la question: comment faire refluer ce désir de vengeance chez celui dont le sentiment d'injustice à son égard est insupportable? La question se pose dans le cas des victimes du terrorisme mais aussi pour des affaires de justice ordinaire et de droit commun.

Voici trois réponses, non exhaustives bien évidement, qui se veulent ouvrir des pistes de recherches.

- Tout d'abord agir au niveau de la prévention. Le discours de Daech invitant à tuer lève les inhibitions de la pulsion de mort qui se manifeste alors sans aucune barrière chez les personnes psychiquement fragiles. De tels propos doivent être éradiqués de la communication publique. Les médias eux mêmes devraient faire preuve de plus de retenue en évitant de rapporter régulièrement de tels propos qui ne sont pas forcément utile à l'information y compris dans un pays démocratique

- Vient ensuite le temps des procédures jusqu'aux décisions. Ce temps est long. L'enquête ne peut être bradée. L'état de droit doit être respecté et défendu. Les politiques, qui pour plaire et rassurer leur électorat voudraient le court-circuiter mettent la démocratie en danger. Il en est un des piliers. Mais, s'il est tout à fait compréhensible que l'instruction pour des crimes préparés longtemps à l' avance, soit longue, on comprend moins que les conditions de détention des terroristes soient plus favorables que celles des autres prisonniers. Ils n'ont pas à être traités différemment selon des régimes spéciaux. Il est tout aussi inacceptable que la prison puisse devenir le lieu du radicalisme. Ce radicalisme est la conséquence de l'oisiveté et de la paresse dans laquelle est placé le prisonnier. Se pose-t-on sérieusement la question sur le but de la prison et ce que l'on attend d'elle?

-Enfin , et ici il y a beaucoup de réflexions à mener, que fait-on des condamnés et plus particulièrement des terroristes puisque le problème est nouveau et qu'il se manifeste à grande échelle. L'inefficacité de la prison est prouvée. Le bracelet électronique devient un gadget. Le suivi (fiche S) est inapplicable tant il faudrait de moyens. La dé-radicalisation parait impossible au vu des spécialistes de la question. Bref, nous sommes sans solution, pris entre le respect des droits de l' homme et la nécessité que ces actes meurtriers cessent.

Et si on se proposait de ramener à la vie réelle tous ces meurtriers? La vie réelle, c'est travailler pour gagner sa vie. C'est payer ce que l'on a détruit. C'est voir comment on peut réparer une partie de ses erreurs sachant qu'elles restent irréparables pour une grande partie. Tuer 84 personnes avec un camion ne se répare pas y compris lorsque l'on est resté seulement complice. C'est accepter les contraintes qui empêchent de faire du mal aux autres lorsque l'on n'a ni la force ni l'intelligence de ne pas le faire par soi même. Ces contraintes peuvent être de nature très différentes. C'est accepter que le prévenu se donne la mort s'il le décide après que le jugement ait eu lieu.

Tout est à inventer mais cela ne sera possible que si on a le courage de dépasser les interdits que l'histoire nous a posés. Prenons un exemple: celui des camps de travail. Depuis la dernière guerre, le mot fait frémir. C'est compréhensible puisque sous ce mot se cachait des camps d'extermination. Le travail servait de torture. Mais soyons raisonnable. On peut dire que notre vie est aussi un camp de travail puisqu'il faut travailler pour vivre. Parfois c'est facile. Parfois c'est plus dur. Il y faut des efforts . Et puis, il y a des moments de loisirs, des moments de repos, des moments de joies et des moments de pleurs. Tous ces moments sont contenus dans un espace temps qui n'est le même pour personne. Ceci varie d'une situation à une autre, d'une classe sociale à l'autre, de la chance ou de la malchance que l'on a eue . Cet espace temps ne sera pas le même pour celui qui a commis des crimes. C'est tout cela la vie. Et cette vie transforme, elle nous change. Elle nous déradicalise parce qu'elle nous fait descendre de l'imaginaire à la réalité. Elle nous oblige à des efforts, pose des contraintes. Nous fait mettre en colère. Bouscule nos affects. Nous rend responsable. Le criminel n'a jamais connu tout cela. Il est temps de le lui faire découvrir.

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28 juin 2016 2 28 /06 /juin /2016 10:39

Le succès du référendum sur le brexit amène ses partisans à clamer haut et fort que la démocratie a été appliquée et que le peuple a parlé. C’est ainsi que tous les mouvements populistes d’Europe leur emboitent le pas réclamant pour chacun de leur pays respectif un référendum sur l’attachement à l’Europe et tous autres sujets devenus leur fond de commerce. S’ajoutent à ces mouvements souverainistes des leaders politiques soucieux de leur avenir. En proposant un référendum, ils cherchent à plaire au peuple et à démontrer qu’ils sont plus démocrates et républicains que leurs adversaires.

Dans ce contexte, il est regrettable que si peu de personnes et tout particulièrement parmi les politiques, les médias et les intellectuels, pose la seule question qui vaille par les temps qui courent: le référendum est-il vraiment un instrument adéquat pour que vive une démocratie ? Dit autrement, peut-on dire que le peuple a parlé après un référendum ? Plus précisément encore a-t-il dit ce qui est juste pour défendre la démocratie, avec ce qu’elle porte en elle de plus précieux à savoir la liberté et la justice ?

Notons tout d’abord que ceux qui réclament un référendum sont ceux qui par le biais de nos institutions n’arrivent pas à imposer leur manière de voir. Le référendum devient pour eux l’instrument leur permettant d’arriver à leur fin. Ils ne s’intéressent pas à l’opinion du peuple, ils veulent l’emporter. La création de l’aéroport de Nantes en est la parfaite illustration. Au départ, les opposants demandent un référendum pensant qu’ils vont le gagner. Le référendum après de très longues et nombreuses tergiversations a lieu. Craignant que le résultat du vote ne soit plus en leur faveur les opposants se disent prêt à ne pas respecter le verdict du peuple ce dernier n'étant pas, selon eux, averti des nuisances que créera cet aéroport. Ils contestent aussi le périmètre désignant les votants. Bref, ils ne veulent plus de référendum. Ils veulent que le projet soit annulé et qu’ainsi leur position triomphe.

Prenons l’exemple du premier ministre anglais. Pour emporter les élections il promet aux partisans du brexit un referendum sur l’attachement à l’Union Européenne. Ceux-ci persuadés qu’ils l’emporteront un jour, volent à son secours et l’élisent. En fait, Monsieur Cameron croit que les anglais diront non à une sortie de l’Europe. Il en profite pour arracher à Bruxelles de nouveaux privilèges qui ne suffiront pas, à la surprise générale, à faire triompher le « remain ». Il est pris à son propre piège. Il ne peut que démissionner. Quant à ceux qui ont voulu quitter l’union européenne, les voilà bien embarrassés car leur discours ne visait pas à apporter une autre politique mais à prendre le pouvoir. Les travaillistes avaient bien compris la supercherie et à quelques exceptions comme celui de la députée qui a perdu la vie, ils ne se sont pas battus au côté du premier ministre bien que convaincus qu’il ne soit pas bon pour le Royaume de quitter l’union. Encore une fois, le référendum servait les intérêts politiques de quelques-uns pas ceux du peuple. Les non-dits, les contre-vérités et les promesses impossibles ont fait triompher le « brexit ».

Imaginons maintenant que le président François Mitterrand ait fait un referendum pour ou contre la peine de mort ? Plus de 70% des français auraient voté contre son abolition. Est-ce là la voix de la sagesse et de la civilisation ? Le monde doit-il avancer en éliminant ce qu’ils pensent mauvais ou doit-il travailler à les changer ? Reconnaissons que les foules ont bien du mal à se poser de telles questions et lorsqu’elles se les posent, la peur, le sentiment d’insécurité les fait toujours répondre dans la même direction: éliminer l’autre pour éliminer les risques. De plus, la foule est versatile. Au début du quinquennat de François Hollande 65% des français étaient favorable au mariage pour tous, deux ans après, s’il y avait eu un référendum la possibilité de ce mariage n’aurait pas atteint les 40%. La preuve est faite que dans un référendum on ne vote pas en répondant à une question, on plébiscite ou rejette ceux qui nous gouvernent ou ceux qui proposent le vote.

Il apparait ainsi que le referendum est loin d’être un bon outil de la démocratie. Il permet que vivent et s’imposent dans le politique les peurs dominantes et les plus bas instincts. Il ne régule pas, il clive et divise. Il n’harmonise pas, ne cherche pas l’équilibre, il rejette dans un camp ou dans un autre. Il n’apporte aucune solution mais renvoie à des lendemains rendus difficiles par les solutions caricaturales prises par référendum.

Certains voient dans le référendum le modèle de la démocratie participative. Or, cette dernière a pour but d’élaborer des projets avec tous ceux qui du peuple se sentent concernés. Cette élaboration n’est pas à confondre avec la sanction que représente un référendum. Il appartient aux élus, selon les différents niveaux, de prendre en compte les résultats de l’élaboration et après une évaluation de ces derniers sur leur pertinence et leur faisabilité, d’entamer les procédures qui conduiront à l’application de celle-ci.

Dans l’union Européenne 4 pays dont l’Allemagne et la Belgique ne peuvent avoir recours à des référendums sinon pour redéfinir les frontières régionales. Dans 13 pays des citoyens ou des corps constitués peuvent au-delà d’un certain nombre demander un référendum. Enfin dans 10 pays dont la France et l’Angleterre l’état garde la main sur le référendum. Il a donc suffi que le premier ministre anglais le veuille pour que le référendum ait lieu. C’est ainsi qu’il a servi des intérêts personnels avant de servir les intérêts de la réalité du pays.

Le référendum s’inscrit dans une démocratie directe qui, nous semble-t-il, n’est possible qu’à un échelon local et pour des questions très précises dont les réponses sont accessibles à tous. Pour des questions générales, d’ordre social, économique ou politique il appartient à ceux qui savent et connaissent de décider. La démocratie représentative nous parait la meilleure formule. Pour décider il faut connaitre et comprendre. Des hommes et des femmes sont élus pour cela. Le référendum favorise l’ignorance, l’incompétence ainsi que l’influence qui peut être exercée sur le citoyen lorsque celui-ci n’est pas suffisamment armé pour comprendre ou pour résister. Le recours au référendum est une imprudence qui peut remettre en cause la démocratie dont il se réclame. Il est une facilité à la fois dangereuse et illusoire.

Pour ce qui est de la France et pour éviter ce qui vient de se passer en Angleterre, nous devrions nous interroger sur la nécessité de fixer dans la constitution les conditions d’un référendum afin qu’un chef D’état et ses soutiens ne gardent pas la main sur la possibilité d’un référendum et ne puissent y avoir recours. En France, le chef de l’état a, sous certaines conditions, la possibilité de dissoudre l’assemblée si le pays lui parait ingouvernable. Le peuple choisit alors de nouveaux représentants qui votent les lois et accompagnent le pouvoir exécutif. Ils encadrent ainsi le Président de la république qui par le biais d’un référendum flattant les ardeurs du peuple que d’autres auraient éveillées, s’émanciperait de tout contrôle. Il pourrait conduire le pays dans les pires catastrophes. C’est ce que craignent beaucoup d’anglais pour leur pays. Ils commencent à comprendre qu’ils ont été trompés et quelles que soient les insuffisances de l’Europe actuelle, et elles sont réelles, le « brexit » apparait comme n’étant pas une bonne solution pour personne. L’utilisation de référendum est une grave erreur de gouvernance.

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1 juin 2016 3 01 /06 /juin /2016 19:07

Après que la ministre de l'éducation Nationale ait annoncé la revalorisation du salaire des enseignants, un journal local faisait une enquête pour demander qui était d'accord pour une telle augmentation et qui était contre. A cet instant, sur plus de 10000 personnes ayant répondu à l' enquête 64 % sont contre et 36 % sont pour.

Dans la mesure où cette proposition vient du gouvernement assimilé à François Hollande que plus de 85% de français vomissent, il n'est pas étonnant que la réponse soit aussi négative. Nous avons plus à faire à un non au gouvernement qu'à un non aux enseignants. Par ailleurs, on sait que l'opposition s'oppose systématiquement sans discernement de ce qui serait bon pour la France et de ce qu'il serait préférable d'éviter ce qui discrédite cette même opposition au gouvernement autant sinon plus que le gouvernement ne l'est en ce moment.

Tout de même, il est très inquiétant de voir une majorité de français s'opposer à cette proposition dans la mesure où ils ont été informés que les enseignants français sont les moins bien payés d'Europe et d'Amérique. Ils savent aussi que l'enseignement a du mal à recruter des professeurs de part la difficulté qu'ils rencontrent sur le lieu de travail. Ce métier est de plus en plus déserté.

Alors pourquoi ce mépris à l' égard des enseignants? Pourquoi ce manque de reconnaissance de ceux qui enseignent et forment la génération de demain alors qu'il est démontré que la France souffre d'un déficit de formation dans la plupart de disciplines?

Il faut oser le dire: notre peuple se plait dans la médiocrité. C'est ce qui explique que de nombreux pays comme ceux d'Europe du Nord ou l'Allemagne vont de l' avant et son bien plus développés que nous ne le sommes. Ce ne sont pas les politiques choisies qui font que notre pays est à la traine, c'est le niveau d'un peuple qui ne cherche pas et ne réfléchis pas. Un peuple qui refuse d'analyser et de comprendre. Et pour tout dire un peuple qui se laisse enfermer dans des lourdeurs administratives de tous ordres parce qu'il ne sait pas être responsable et tenir la route sans être guidé , tenu et enfermé. Il n'y a pas des brebis que dans les Eglises comme le veut la vox populi. Notre peuple est moutonnier, peut être par héritage, sans doute par manque d'instruction, de connaissances et d'entrainement à la réflexion.

Bien sûr dans ce peuple il y a des hommes et des femmes responsables qui osent inventer la vie au lieu de la suivre et la subir. Mais ils sont bien trop peu nombreux pour entrainer la masse de ceux qui se plaisent dans l'ignorance, les croyances surannées et qui ne s'intéressent qu'à des futilités. Pire encore, qui ne s'intéressent qu'à eux mêmes creusant ainsi encore un peu plus le fossé de la médiocrité dans laquelle ils stagnent sans le savoir.

Nos professeurs ont du boulot, encourageons les, aidons les dans leur tâche et payons-les à leur juste mesure ce qui n' est pas le cas actuellement. .

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15 avril 2016 5 15 /04 /avril /2016 12:12

L’engagement social et citoyen est l’essence même du protestantisme. Celui-ci n’a rien à défendre autre que la préservation de la nature, l’organisation des sociétés et la place que les êtres et les choses y occupent. Gérer le monde qui lui a été confié, telle est la mission de chaque être se réclamant du protestantisme. Il n’est pas attaché à des dogmes ou des doctrines qu’il voudrait pérenniser. Il ne juge pas en leur nom. Il ne cherche pas à se transformer en une institution qui aurait du pouvoir et commanderait au monde. S’il se réfère à Dieu c’est pour élargir le champ de ses investigations et ne pas laisser l’humanité s’enfermer dans l’espace fini et connu. S’il regarde à Jésus- Christ c’est parce qu’il est le symbole de la pleine humanité en l’homme. Cette humanité est semble-t-il, enviée aujourd’hui par tous les peuples y compris avec violence contre les oppresseurs dont l’intérêt est de la confisquer. A travers les guerres de religion, le protestantisme réclamant sa place dans la société a connu cette violence dans notre pays. L’immigration en Allemagne, dans les pays du nord de l’Europe et aux États Unis a souvent été pour les protestants la seule réponse possible pour avoir le droit de vivre.

Cette vision des choses où la pensée et la raison passent avant le dogme, explique la surreprésentation des protestants au sein des ministères de la troisième république. Celle-ci s’est d’abord attachée à mettre en place l’école qui permettant à l’homme de sortir de l’illusion et de la superstition à travers l’instruction et l’acquisition des connaissances. Elle a donné à l’école obligatoire pour tous, les moyens de sa mission en instaurant la laïcité. C’est ainsi qu’elle a permis à toutes les classes sociales l’accès à la culture, aux formations diverses et variées et à une organisation sociale prenant en compte les besoins de l’homme en séparant le temps du travail de celui des loisirs. En sortant l’homme de l’ignorance elle l’a placé sur la route d’une liberté qu’il n’avait jamais eue. Cette route est aujourd’hui suivie par la cinquième république. Elle fait consensus malgré les différentes approches politiques et les maladresses des uns et des autres.

Au-delà de l’école, le protestantisme s’est attaché à donner une place à ceux pour qui il était difficile d’en avoir une. C’est ainsi que de nombreux orphelinats ont vu le jour, des institutions pour handicapés mentaux mais aussi des cliniques. Si de telles réactions sont le propre de la plupart des religions, le protestantisme a affirmé avec force que ces institutions n’étaient pas à son service. Il ne cherchait pas par ce biais de nouveaux adeptes. C’est ainsi, qu’après s’être assuré que l’école publique et laïque pourvoyait à l’instruction de tous sans distinction il a cédé à l’état tous ses établissements scolaires. Il en est de même aujourd’hui pour de nombreux établissements de santé ou à caractère social. Avec une légère pointe d’orgueil, on pourrait dire que le retrait dans certains domaines des institutions à initiative protestante est un signe positif de l’attention que la république porte à ses citoyens.

Le protestantisme veut tenir un rôle de veilleur dans la société. Non seulement pour alerter, encore moins pour critiquer ou faire le procès de ce qui ne va pas mais pour expérimenter les nouvelles nécessités à mettre en place. A travers l’expérience il ne cherche pas à prouver qu’il fait les bons choix ; il accompagne les mouvements et l’évolution de la société à travers lesquels il descelle les nouvelles avancées utiles au progrès social. Le protestantisme n’est pas révolutionnaire. Il est attentif et ouvert pour mettre en place la société de demain qu’il refuse de voir comme la répétition de celle d’aujourd’hui. A travers ses initiatives, il poursuit la vocation qui l’a fondé : sortir de l’ignorance, des dogmes, des idées reçues et des peurs paralysantes pour que chaque citoyen, dans tous les pays puisse jouir d’une liberté ainsi acquise. Il croit que le désir des peuples va toujours dans le sens de ce qui leur apporte le plus de bonheur. S’il croit que Dieu reste un domaine infini à explorer sans fin, il sait que le cœur et la pensée de l’homme indiquent le chemin vers ce Royaume dont parlait celui qui, à tort ou à raison- est appelé fils de Dieu. Le protestantisme issu de la Réforme ne remet pas à plus tard cette espérance. Il s’exerce à éveiller puis écouter et comprendre le désir de chaque être afin de permettre à cette vitalité de s’exprimer dès maintenant. Telle est sa définition de la foi : faire confiance en l’homme dans un contexte où la nature de Dieu ne peut pas être absente. Comme l’univers, il est une donnée universelle.

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12 février 2016 5 12 /02 /février /2016 13:47

Il n'est pas rare qu'au cours d'une vie allant jusqu'à 80 ou 90 ans au moins, un être humain ait consulté un représentant de toutes les spécialités médicales. Notre corps est ainsi fait qu'il est sujet à des dysfonctionnements ou des atteintes organiques. L'allongement de la vie même s'il n'est pas dû qu'à la médecine, il est incontestable que celle-ci y contribue en grande partie. Commençons donc par être reconnaissant à la médecine et à ses spécialistes.

Les médecins ne sont pas pour autant exempts de toute critique. Il y a bien sûr les critiques dans le cadre des sciences de leur spécialités. Certains sont plus aguerris, peut être plus attentionnés que d'autres. Ici la critique ne peut que relever des professionnels de la spécialité en question. Notre critique portera sur leur attitude vis-à-vis des patients que nous sommes à un moment donné ou à un autre.

Commençons par les généralistes. D'une manière générale ils sont débordés étant donné le manque de médecins d'une part et la population vieillissante d'autre part. Contrairement aux spécialistes, ils sont tenus de recevoir tout le monde et ils diffèrent d'un jour ou deux maximum la consultation demandée. C'est ainsi que certains assurent plus de 50 consultations par jour. Est-ce bien raisonnable ? Dans ce contexte là pourrions nous encore leur reprocher de manquer d'écoute, de disponibilité ou parfois de pertinence dans le diagnostic? Bien sûr que non. Malgré cela, et selon notre expérience , ils sont ceux qui écoutent le plus leurs patients. Ils en sont aussi les plus proches, ceci expliquant cela. On les sent parfois fatigués et certains , si les patients s'y prêtent, éprouvent le besoin de parler, de se dire, bref de se raconter. Au moment de régler la visite, nous nous sommes parfois demandé qui avait été le patient et qui devait être payé!

Les spécialistes, c'est clair, sont ceux qui écoutent le moins leurs patients. Ils ne les laissent pas s'exprimer alors qu'il est difficile de dire sa douleur. Ils ne retiennent qu'une toute petite partie de ce qui leur est dit, partie qu'ils déforment par leur interprétation hasardeuse. S'ils perçoivent l'angoisse de leur patient, ils ne savent pas la gérer. Leurs encouragements sont maladroits quand ils ne se réduisent pas à de simples remontrances. Ils ne savent pas répondre à leur patient qui a le sentiment de ne pas avoir été entendu. Bref ils manquent d'empathie. Cette attitude est d'autant plus incompréhensible qu'ils gèrent le planning des consultations à leur guise ce qui explique qu'il faille parfois attendre plus de six mois quand ce n'est pas un an et plus pour avoir un rendez-vous. La plupart pratique le dépassement d'honoraires ce qui explique peut être qu'ils n'aient pas à surcharger leur emploi du temps pour bien gagner leur vie. Rien à voir avec les 23 euros des généralistes. Ceci dit, nous ne pouvons pas ignorer que par souci d'économie, les pouvoirs publics n'ont pas su gérer le besoin de médecins toutes spécialités confondues et qu'il en manque beaucoup sur notre territoire.

Nous voyons deux causes essentielles à ce manque d'écoute chez certains spécialistes :

D'abord le manque de formation. Écouter l'autre , cela s'apprend. Il y a certes des techniques utiles et indispensables . Il y a aussi un travail sur soi nécessaire. Ce travail est long et demande du temps et de la disponibilité pour prendre du recul par rapport à soi, à son vécu, à ses réactions, à ses convictions. Le temps manque souvent et plus particulièrement pour les médecins hospitaliers.

Enfin il y a l'esprit que véhicule la formation de toutes ces professions. Le médecin spécialiste se laisse parfois enfermer dans sa science. Il est très compétent. Toutefois, il ne doit pas oublier que l'efficacité de la science dépend de l'accueil que lui fait le patient qui doit se sentir en confiance. Or pour un tel accueil, le patient a besoin d'explications qui l'instruisent sur sa situation et le rassurent. Il a besoin de conseils pour s'adapter à sa nouvelle situation de malade et pour la dépasser. Dans ce domaine, l'interaction du malade et du médecin est capitale. C'est elle qui conduit vers la guérison qui est pour chacun de nous, ne l'oublions pas, accès à l'indépendance et à la liberté.

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Qui suis-je ?

     Titulaire d'une maitrise de théologie et d'un DESS de psychopathologie clinique, j'ai été amené à exercer plusieurs fonctions  et plus particulièrement la mise en place d'un centre socio- culturo- spirituel protestant puis la direction pendant 12 ans d'un centre de cure pour malades alcoliques. J'y ai découvert l'importance d'apprendre à écouter l'humain dans toutes les dimensions qui le constituent. Aujourd'hui, inscrit au rôle des pasteurs de l' Eglise Réformée de France, j'essaie de mettre des mots sur mes expériences et de conceptualiser mes découvertes.
serge soulie

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