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8 novembre 2017 3 08 /11 /novembre /2017 22:09

 

             Les chrétiens, pour citer la bible, leur livre de référence, parlent de "la Parole de Dieu". Cette expression est paradoxale dans la mesure où une parole est orale alors que la bible est un écrit. Elle vise à donner à la bible une autorité particulière en lui assignant un caractère divin. Notons toutefois que de nombreux chrétiens refusent d'utiliser cette expression prétextant que le "dire de Dieu" ne peut se réduire à des textes. Pour eux il n'y a pas de textes sacrés autrement dit d'écrits venant directement de Dieu. Tout texte est une création humaine soumise à l'interprétation des lecteurs. Un texte se lit, une parole s'écoute. La parole n'est pas seulement un langage, une suite de mots et de phrases. Elle est ce que j'entends, ce que je comprends. Elle est au-delà du texte et ne se laisse pas enfermer en lui.  Pour le croyant Dieu parle non seulement dans le livre mais aussi dans la nature, dans l’événement, dans la parole des autres. Cette parole est toujours individuelle parce qu'elle sollicite la pensée, la mémoire et l'intelligence de chacun.

            C'est ce que l'auteur du quatrième Évangile, l'apôtre Jean, a voulu signifier en écrivant que la Parole a été faite chair.  Elle pénètre chacun individuellement. Avec le Christ la parole est presque reçue dans sa totalité, c'est ainsi que beaucoup ont vu en lui un fils de Dieu.  La parole crée l'homme Jésus comme la Parole selon le mythe de la Genèse a créé le monde. Jésus prendra soin de dire qu'il n'est pas Dieu en faisant remarquer que seul Dieu est parfait. Tout humain peut recevoir la parole autrement dit tout humain peut recevoir Dieu en lui. Jamais toute la parole, jamais Dieu dans sa totalité. Comment le pourrait-il si Dieu est infini. Il ne peut y avoir qu'un Dieu mais il y a du Dieu en tous. Jésus le Christ est bien la preuve que cette présence de Dieu en soit est possible et que plus elle est forte, plus le monde change, plus il s'approche d'un royaume inconnu mais pressenti parce qu'il correspond à ce dont l'humain aspire au plus profond de lui: un royaume de paix, de liberté et de vérité. Le Royaume n'est pas ailleurs il est déjà là. La résurrection de Jésus peut-être interprétée comme un démenti des affirmations selon lesquelles le royaume n'est possible qu'après la mort, dans un autre monde. Il apparait bien vivant dans ce monde-ci et pour l'époque à ceux qui sont considérés comme les plus faibles et les moins crédibles: les femmes. Aujourd'hui une place autre est heureusement faite aux femmes, mais des faibles, des rejetés,  il y en a toujours dans ce monde. 

            L'apôtre Paul dans ces épitres ne dira pas autre chose lorsqu'il écrit que la mort est vaincue. "O mort, où est ta victoire? O mort, où est ton aiguillon?". Il continue disant que l'aiguillon c'est le péché autrement tout ce qui s'oppose à la vie et l'entrave.  L'homme peut donc rester sur terre.  La résurrection est  une invitation à ne pas fuir hors de la terre, au ciel par exemple,  pour y trouver ce que l’homme ne trouve pas dans ce monde. Quant à la victoire, elle est donnée par Jésus Christ, autrement dit par la "Parole" de Dieu en nous. La victoire est possible ici même. Quitter ce monde pour la trouver serait une défaite puisque le Christ est venu.  La présence de Dieu en tout être est une réalité. Le royaume est possible ici et maintenant parce que la parole est créatrice lorsqu'elle est entendue. 

            Lors d'une  lecture en commun chaque écoutant doit pouvoir entendre la parole qui lui est adressée personnellement. Vouloir faire du texte écrit la Parole de Dieu c'est empêcher l'écoutant d'entendre ce qui lui est adressé, c'est neutraliser sa pensée, renier ce qu'il est, ne pas le reconnaitre comme individu. Et s'il doit y avoir une route commune, cette route n'est pas définie par le texte écrit appliqué à la lettre, elle est définie par les échanges sur ce que chacun a entendu. Ces échanges contribuent à la construction et à la définition de l’Église.  

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23 octobre 2017 1 23 /10 /octobre /2017 09:03

 

            Les trois religions monothéistes se réfèrent à un livre: la Thora pour les juifs, la bible pour les chrétiens et le Coran pour les musulmans. Pour la plupart ce livre est considéré comme sacré. Beaucoup de protestants refusent ce terme pour qualifier la bible.  La pratique en fait toutefois un livre sacré. Il est la base quasi exclusive de la liturgie et du culte.  La constitution de ces livres s'est faite sur plusieurs années. Plus de cinq siècles pour l'Ancien testament, un siècle pour le nouveau et au moins deux siècles pour le Coran. Les livres ne sont pas tombés du ciel, ils sont faits de mains d'hommes. A la base il y a eu un ou plusieurs hommes : pour la Thora Moise et les prophètes, pour les Chrétiens , Jésus et les apôtres, pour le Coran Mahomet et d'autres encore. Ces hommes disent avoir reçu, d'une manière ou d'une autre, ces textes par révélation ou par inspiration à l' exception de Jésus qui comme Socrate trois siècles avant lui n'a jamais écrit ou prétendu recevoir directement des dieux ce qu'il avait à dire. Les apôtres comme Paul dans ses épitres feront la différence entre ce qui vient d'eux et ce qui vient de Dieu.

            Au cours de l'histoire, ces textes ont souvent été mis à mal, non seulement pour leur interprétation mais pour la place acquise ou non au sein du canon. De nos jours, celui-ci  parait de moins en moins contesté. Les textes qui y sont insérés sont l'assise indispensable à la stabilité de la religion qu'ils représentent. Seuls quelques chercheurs s'intéressent aux textes non canoniques. Tout l'enjeu est l'interprétation des textes. A travers les diverses interprétations chaque religion veut montrer qu'elle est la plus conforme à la vérité , à la modernité et à l'espérance des humains. Certains pensent que ces interprétations conduiront à un moment donné à une vision et une réconciliation de toutes les religions.   Nous en sommes encore loin, mais ce désir d'une religion universelle est un puissant moteur pour lutter contre les intégrismes de tout bord et pour rapprocher croyants et incroyants au nom d'un humanisme commun à tous. Le dialogue inter religieux est devenu un cheval de bataille pour une paix universelle.

            Jusqu'à la fin du siècle dernier les religions considéraient qu'à travers ces textes Dieu s'adressait aux hommes et les guidait dans le droit chemin pour ceux qui voulaient le suivre.  Il y avait les lois de Dieu, elles étaient irréfutables. Elles passaient largement avant les lois des hommes. Ces lois façonnaient la société et indiquaient la manière de vivre. Elles étaient le plus souvent appliquées avec contrainte, parfois avec violence. L'Eglise du moyen âge s'est  ainsi déshonorée. Aujourd'hui certaines branches de l'islam sont tout aussi cruelles pour appliquer la charia selon leur interprétation.  En Birmanie ce sont les bouddhistes qui persécutent les  musulmans.  Ne nous laissons pas aller toutefois au pessimisme. Il est évident que dans de nombreuses régions du monde les choses se sont améliorées. Les droits de l'homme sont reconnus dans de nombreux pays et s'ils ne sont pas toujours respectés reconnaissons qu'ils modèlent nos sociétés tout particulièrement pour ce qui est du monde occidental.  L'abolition de la peine de mort, le droit à l'avortement ou encore le mariage pour tous en témoigne sans oublier le combat pour le droit des femmes présent dans de nombreux pays.

            Dans un interview au Nouvel observateur l'islamologue Rachid Benzine regrette que le mouvement féministe musulman cherche à s'appuyer sur quelques versets choisis du coran comme si ceux-ci "contrôlaient l'ensemble du corpus textuel" ou comme s'ils avaient été mal interprétés jusqu'à aujourd'hui. Selon lui, ces féministes font de Mahomet un féministe avant l' heure alors que les textes du Coran sont truffés de normes patriarcales selon lui.  Pour l'auteur - avec le rabbin Delphine Horvilleur, de "des milles et une façon d'être juif ou musulman", vouloir à tout prix "magnifier" le texte et "sauver Dieu" pose un problème de méthodologie. Une déconstruction des textes est absolument nécessaire dans un premier temps afin de saisir et comprendre la norme du contexte social, politique et historique dans lequel le texte a été produit. Cette déconstruction permet de quitter le texte pour ne pas enfermer l'émancipation  voulu par le féminisme dans le religieux uniquement .

            La remarque de l'islamologue concernant  le féminisme en milieu musulman peut-être étendue à la relation des chrétiens avec la bible, tout particulièrement pour les protestants qui font de cette relation le fondement de leur foi. Les exégètes cherchent à défendre le texte, à le justifier quitte à lui donner une interprétation très lointaine de ce qu'il semble dire. C'est particulièrement vrai avec les épitres où la pensée de Paul, sur les femmes par exemple,  va à l'encontre des droits de l'homme.  Chez les chrétiens , ce comportement  va de pair avec leur volonté à vouloir "sauver Dieu  et Jésus-Christ" en cherchant à éliminer tout ce qui cherche à les discréditer, oubliant au passage que ce n'est pas l'homme qui sauve Dieu mais Dieu qui sauve l'homme comme le suggèrent  avec force les Evangiles. Si les chrétiens ne se réfèrent plus au blasphème comme le fait l'islam,  leur attitude correspond parfois à la lutte contre le blasphème. Dans le domaine de l'art tout particulièrement, ils interviennent afin d'interdire ce qui n'est pas conforme aux habitudes religieuses.

            Dépassons la pensée de Rachid Benzine. En effet, s'il affirme que le texte ne porte pas en lui-même l'émancipation , on peut se demander pourquoi il faut le privilégier de manière aussi exclusive que ne le font les religions. Est-il nécessaire de s'y référer systématiquement lorsque des positions nouvelles doivent être prises? Je me souviens de ce conférencier qui au sujet de l'abolition de la peine de mort refusait de chercher à la justifier par des passages tirés de la bible ou par les décrets des religions.  Elle "doit être- disait-il en se référent à Cesare Beccaria qui a été  au 18eme siècle un des premiers juriste à renoncer au modèle de l' Eglise,  parce qu'elle nous est commandée par l'humanité elle-même sans en passer par Dieu".  L'actualité lui donnait raison. Beaucoup de chrétiens étaient et sont encore  pour la peine de mort. Elle est toujours en vigueur dans de nombreux pays où la lecture des livres dits "saints" fait partie des habitudes. Aux U.S.A elle est en vigueur dans de nombreux états à majorité chrétienne. Quant aux pays musulmans elle y apparait tout à fait naturelle. En France, l' ACAT, association contre la torture, a mis plusieurs années pour prendre position contre la peine de mort alors qu'Amnesty international sans références religieuses explicites, militait pour son abolition. Les décisions à prendre pour répondre à la modernité n'ont pas toutes besoin d'être confrontées aux textes religieux. Ils ne disent rien sur les possibilités d'une modernité qu'ils ne connaissaient pas. Or cette absence de connaissance donne lieu a des interprétations conservatrices, parfois délirantes y compris lorsqu'elles sont examinées de manière collégiale , par la hiérarchie comme dans l' Eglise catholique qui s'oppose encore à l'avortement, à la PMA, à la GPA, au mariage pour tous... Elle s'exprime à mots couverts sur la contraception , elle maintient le culte des morts.

            Osons le dire, les textes dit sacrés ne sont pas les seuls utiles et nécessaires à la guidance de l'humain. Comme tant d'autres textes ils entrent dans un ensemble de données qui nourrissent la pensée et conduisent à prendre les décisions utiles pour l'élévation de l'homme.  Par ailleurs notons qu'ils ne sont pas le seul accès possible à Dieu. Ceci fait l'objet d' un autre développement.

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31 juillet 2017 1 31 /07 /juillet /2017 17:03

         

            Il est tout à fait possible pour un chrétien d’accepter sa religion telle qu’elle est, de croire ce qu’elle dit et de pratiquer selon les habitudes communes à tous.  Il peut même être convaincu personnellement du contraire de ce que son Eglise professe tout en la suivant dans sa pratique. C’est ainsi que l’Eglise est encore sollicitée pour les baptêmes, les mariages ou les enterrements. Les demandeurs sont peu convaincus mais sacrifier à une tradition est une nécessité pour eux pour faire comme tout le monde, peut-être aussi  par superstition, celle-ci témoignant d’une interrogation à la fois profonde et non exprimée. Prêtres et pasteurs ne sont pas dupes, ils parient sur cette interrogation pour faire passer le message sur l’intérêt d’une vie spirituelle.

            Il y a des chrétiens, convaincus que la bible ne tombe pas du ciel et que l’Eglise, avec ses dogmes et ses rites, est une construction humaine, qui  fréquentent régulièrement l’Eglise et participent à ses activités. Ils  ne croient pas au surnaturel tout en se comportant comme s’ils y croyaient. Ils se placent dans une situation d’attente impossible à vues humaines.  Pour eux, les avancées de la science démentent clairement ce que dit leur religion et pourtant, ils font comme si tout cela était vrai.

            Ces chrétiens sont-ils pour autant des imposteurs ? Ce serait méconnaître et nier la complexité  de la nature humaine que de s’en tenir à un tel jugement. Ils ne sont pas dans une attitude d‘imitation ou pire encore, de singerie,  ils hésitent entre prendre parti pour la réalité qu’ils reconnaissent sans le moindre doute et un « on ne sait jamais » qui les interpelle avec malignité. Ce décalage entre ce qu’ils savent de la réalité et ce qu’ils pratiquent n’a rien à voir avec par exemple l’attitude d’un protestant qui participant à un office catholique, fera le signe de croix ou se tournera vers la vierge Marie pour faire comme tout le monde ou par amitié avec ses amis catholiques. Il s’agit dans ce cas d’une imitation conventionnelle qui n’interroge en rien la foi ou la non- foi de celui qui pratique occasionnellement ce geste imitatif.

            Il est toujours possible de répéter un geste rituel sans qu’il traduise pour autant une aspiration profonde et cachée, une sorte de mimétisme superficiel et sans suite. Dans ce cas il n’y a pas de croyances à prendre en compte. Intéressons-nous aux deux possibilités de ceux qui restent fidèles à leur religion sans croire ce que celle-ci professe.

            Notons dans un premier temps que la religion peut servir le  merveilleux dont l’homme a besoin. Elle remplit alors le rôle de la science-fiction. Ainsi, il est tout à fait possible que des chrétiens, bien qu’au courant et convaincus des découvertes concernant la formation de la bible, la nature de Dieu et les dogmes des Eglises, se plaisent à vivre la religion comme un roman de science-fiction. Dans ce cas, leur présenter les Ecritures comme une œuvre, ou Dieu comme une conception humaine, leur est insupportable. Ils ne sont pas niais, ils ont fait un choix. Ce choix pourrait se comparer au choix de ceux qui ont choisi de fumer et qui savent pertinemment que le tabac tue. Ils ont besoin de tabac comme eux ont besoin de croyances loin de toutes réalités.

            Le plus vraisemblable pour ces chrétiens pratiquants mais convaincus que la réalité est tout autre, reste toutefois leur difficulté à anticiper une conception des données de la foi autre que celle qu’ils connaissent. Pour eux il n’est pas imaginable que l’on puisse repenser Dieu, Le Christ, les dogmes et les traditions qui ont fondé la religion chrétienne. Dire que la bible est  œuvre humaine, que le Christ est un homme, que Dieu se manifeste par la nature qui nous entoure, qu’il n’y a pas de surnaturel, que Dieu n’est pas un être suprême mais une présence dans la nature, c’est sortir de la religion. Selon eux il n’y a pas d’autres manières d’envisager la religion chrétienne. Celle-ci ne peut se manifester qu’au travers de l’Eglise. Relativiser les écrits de la bible c’est les rejeter, remettre en cause les dogmes et les traditions c’est renier sa foi. C’est ainsi que loin de renouveler la religion ces chrétiens qui auraient la possibilité de participer à ce renouvellement entrent dans la tradition.

Tout notre travail est de rassurer ces chrétiens sur le fait qu’il est possible de penser les fondamentaux de leur foi sans pour autant renier celle-ci. Leur montrer qu’ils ont tout à gagner à faire de leur foi une création personnelle qui les fera entrer dans la sphère de la liberté et de la joie. La religion cessera alors d’être une croyance simplement pour devenir le chantier de la vie à construire, la sienne et celle des autres.  

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29 novembre 2016 2 29 /11 /novembre /2016 11:47

Devenir ce que nous sommes déjà.

            Qui ne connait pas le célèbre aphorisme de Simone de Beauvoir : « on ne nait pas femme, on le devient ». La philosophe voulait montrer que la féminité n’est pas une donnée de la nature mais un produit de la culture et de la civilisation. Pour elle « l’éternel féminin est un mythe » auquel on se réfère pour enfermer les femmes dans des fonctions subalternes et des conditions sociales abêtissantes.

            Elle ne pouvait pas ignorer la déclaration d’Erasme selon laquelle on ne nait pas homme, on le devient. Le grand humaniste voulait dire que l’homme accompli est une construction. Il ne nait pas dans cette situation. JJ Rousseau, laisse penser que tout est dans la nature, la féminité comme l’accomplissement de l’homme. C’est la société qui par son formatage empêche l’éclosion de ce qui est naturellement donné. Autrement dit, là où Beauvoir voit dans la civilisation la possibilité d’améliorer les choses, Rousseau y voit le risque d’un étouffement du meilleur logé en tout humain.

            C’est du théologien carthaginois au IIIème siècle après JC, Tertullien, que vient la formule initiale « On ne nait pas chrétien, on le devient. » Il s’inspirait directement des Ecritures et de la parole de Jésus pour qui tout homme peut naître de nouveau. L’Eglise aujourd’hui en reste à cette formule. Celui qui opte pour vivre avec Christ est un être nouveau. Le « Vieil homme » n’est plus dira l’apôtre Paul qui se donne en exemple depuis qu’il a rencontré Dieu par une révélation sur le chemin de Damas.

            Qu’il s’agisse du féminisme, de l’humanisation ou du christianisme, cet aphorisme décliné sous ces trois formes renvoie à la liberté humaine qui serait capable de transcender les héritages sociaux. Nous sommes là en pleine philosophie Sartrienne. On sait l’horreur qu’éprouvait Sartre devant ce que nous appelons « déterminisme ». Ce dernier ne peut qu’entraver la liberté et aliéner sa conscience.

            On ne peut pas nier que la féminité, l’humanisation ou encore la christianisation d’un être ne soit pas le résultat d’une construction culturelle. L’humain est en formation toute sa vie et ses choix dépendent de cette formation. On voit d’ailleurs l’intérêt à diversifier celle-ci si on veut éviter que tous les humains se ressemblent comme les voitures sortant d’une même chaîne de montage. On ne peut pas parler pour autant de rupture comme le laissent entendre ces proclamations. La vie est un continuum. Il y a un capital de départ qui est naturel, non seulement par les gènes, la biologie mais aussi par l’histoire. Jésus lui-même hérite des gènes de sa mère Marie, de son père Joseph ou d’un inconnu. Il a aussi toute une généalogie qui le précède. Il est l’aboutissement de cet ensemble. Et c’est à partir de là qu’il construira sa vie en s’instruisant à la synagogue, en apprenant un métier, en s’intéressant à la politique de son pays lorsqu’il dira par exemple: rendez à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu. Il est fils de Dieu par continuité et non par rupture. L’élection de Dieu ne l’arrache pas à l’humanité. Il n’est né en Dieu, il meurt et réapparait en Dieu. Il a cru être abandonné dans sa souffrance. Il ne l’était pas.

            Aujourd’hui, ces aphorismes ne doivent pas nous piéger. La femme devient femme à partir de ce qu’elle est. L’homme devient homme à partir de ce qu’il est. Le chrétien le devient à partir de qu’il était. Combien de chrétiens se sont dit chrétiens pour rompre par la suite avec ce qu’ils avaient cru être. Combien d’hommes ayant atteint une stature d’homme pleinement humaine sont devenue des bourreaux, combien de femmes ont épousé la liberté pour se rendre esclave par la suite. Simone de Beauvoir elle-même dans sa correspondance avec son amant en Amérique nous dit combien il est jouisif pour elle d’être l’esclave de celui qu’elle aime. Chez tous la nature a repris ses droits. Ils avaient voulu l’attaquer de front, ils ont échoué. Les passions sont revenues avec plus de force encore. Seuls, tiennent ceux qui savent composer avec les vents contraires sans chercher la rupture. Ils s’adossent à eux pour utiliser leur force éolienne sans se laisser aller dans la direction imposée.

            Il n’est pas possible de violer la situation passée pour construire le présent. Cette situation ne peut qu’être intégrée pour être transformée, sublimée pour reprendre un terme de la psychanalyse. Vouloir une rupture c’est prétendre pouvoir couper les racines à partir desquelles nous avons grandi, c’est sortir de l’« en Dieu » dans lequel nous étions avant même la naissance. C’est aussi perdre une part de liberté puisqu’il s’agit d’échanger un mode de vie contre un autre. Il croit avoir choisi. Ce n’est qu’un leurre. Il y a liberté lorsque l’être domine la situation qu’il est appelé à vivre, lorsqu’il ne se laisse pas emprisonner par elle et qu’il arrive enfin à la dépasser. Le Born gain n’est souvent qu’une fuite, une illusion. Affranchi de cette illusion, il comprend qu’il ne peut que rester inscrit dans le déterminisme de la nature.

            Plagiant nos trois auteurs nous dirons que l’on ne nait pas femme, on ne nait pas homme, on ne nait pas chrétien, on devient ce que nous sommes déjà et qui est encore caché en naissant. La vie heureuse est la vie qui permet que se réalise le potentiel que chacun porte en lui depuis toujours. Ce potentiel se révèle au fur et à mesure que se déroule la vie.

 

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10 décembre 2015 4 10 /12 /décembre /2015 21:15

A en croire de nombreux chrétiens, le doute serait devenu le critère d'une foi juste, intelligente et vraie. Il nous permettrait de ne pas nous laisser enfermer dans des certitudes et des pensées figées. Il serait une sorte d'agent libérateur et nous permettrait ainsi de rester ouvert aux autres, aux nouvelles idées et à la modernité. Grâce au doute, nous échapperions aux pensées et aux attitudes ringardes.

Le doute nous fait croire que nous sommes à la pointe de la modernité. Il fait de nous des non conformistes, des personnages pas comme les autres qui osent se remettre en question là où les autres suivent la pensée dominante sans autres réflexions ; des personnes qui participent au renouveau de la foi. Bref : vive le doute !

Et si le doute, loin de nous libérer, nous aliénait ! S'il nous déstabilisait pour nous rendre dépendant. Ce n'est peut être pas par hasard si les meilleurs compagnons du doute sont trop souvent les anti dépresseurs et les anxiolytiques, matières pour le moins addictives ! Le doute nous paralyse et nous fait désinvestir le monde. Il nous empêche de regarder la réalité, de la voir et de la comprendre. Il nous rend indifférent comme Pyrrhon, le fondateur du scepticisme qui un jour, passa sans sourciller près d'un marécage où était en train de s'enliser un de ses compagnons. Pris par le doute Pyrrhon ne porta pas secours à son ami qui périt dans la vase. L'apologie du doute est renforcée par ces Chrétiens renommés, tels Mère Thérésa ou l'abbé Pierre, qui l'ont publiquement exprimé. Mais leur engagement et leurs œuvres suffisent-ils à leur donner raison ? Pouvons-nous faire du doute une vertu indispensable à la foi à partir de leur témoignage ?

Et si nous doutions de Dieu parce que nous avons une mauvaise conception de Lui ? Perçu comme responsable de tout ce qui arrive, le bon comme le mauvais, Dieu ne peut que susciter le doute. Le Dieu, à la fois providence et destin, est insupportable à l' homme. Le doute commence lorsque ce que nous attendons de lui ne se réalise pas. Il apparait lorsque soudain, Dieu ne nous apparait plus raisonnable, œuvrant à l' encontre du bon sens, acquiesçant à l' injustice, favorisant le malheur.

Le doute est le fruit de la culpabilité. Est-ce que je fais ce qu'il faut pour convaincre Dieu et déclencher en lui les bonnes réactions ? Ce que je crois, est-ce bien ce qu'il faut croire ? Le doute peut aller jusqu'à mettre en cause l' existence même de Dieu sans qu'il soit possible de penser les modalités de cette existence. Il est destructeur parce qu'il enferme, développe les mécanismes obsessionnels. Il ne permet pas d'accéder à des questions d'ouverture qui faciliteraient la redéfinition des choses y compris du divin. Le doute est la conséquence d'une pensée qui s'est figée et qui ne supporte plus que la chose envisagée ne fonctionne pas. Le doute n'interroge pas le concept même de Dieu. Il l'approuve ou le met d'emblée hors jeu.

Celui qui doute a, nous semble-t-il, tout intérêt à se rapprocher du Dieu des philosophes qui ne se définit pas par des termes relevant de l'anthropologie. Dieu ne supporte aucune comparaison avec l' humain. Il est impersonnel. Sans matérialité possible y compris au niveau des représentations. Il ne peut pas être pensé comme un haut personnage parce qu'il rassemble tous les attributs possibles-ce qui est impossible à l' homme. Quelques uns seulement sont reconnus, retenus et privilégiés. Pour Spinoza Dieu est comme la nature. Tout en elle ramène à Dieu. Le doute est donc impossible. Pour Épicure Dieu a deux caractéristiques essentielles : Il est incorruptible (éternel) et bienheureux (dans la béatitude). Autrement dit, il n' a pas une volonté intentionnelle d'action. Il est exempt de colère et de jalousie et on ne peut trouver en lui qu'un véritable modèle de sagesse. Dieu est un tout. Tout est donné d'avance. Aucun doute n'est possible. Seules des suppositions fausses - celles de la foule selon Épicure- incompatibles avec sa béatitude peuvent semer le doute.

En conclusion Dieu n'agit jamais intentionnellement comme un agent moral . C'est l'idée que nous avons de lui qui peut nous être bénéfique ou dommageable. Le doute apparait lorsqu'on suppose des idées fausses à propos de Dieu. Mère Thérésa et l' abbé Pierre ont été de grands témoins de l'amour de Dieu mais leur doute reste une mauvaise visée du divin.

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15 septembre 2014 1 15 /09 /septembre /2014 14:31

La peur de l' Islam


Oser dire la vérité


           Dire que dans notre pays - mais aussi dans l'ensemble de l’Europe à en croire la montée des partis de l’extrême droite,   l’islam fait peur c'est  affirmer au grand jour ce que le monde politique essai de taire par crainte de faire monter le racisme. Il  oublie que la vérité cachée cherche toujours des chemins détournés pour s'afficher. Elle est alors subtilement captée par ceux qui vont l'utiliser pour accéder au pouvoir. Là est le danger. Il devient alors indispensable de prendre les devants et d'afficher cet état de fait sans crainte, afin de redonner sa place à la chose suscitant la peur. Ce n’est pas adhérer aux thèses de Samuel Huntington selon lesquelles les conflits ont une  origine ni nationaliste, ni idéologique ni économique mais civilisationnelles à fort substrat religieux que d'affirmer que l’Islam fait peur. Il n'existe d'ailleurs pas un islam mais plusieurs et actuellement il y a plus de morts au sein même de cette religion que dans les religions entre elles.  N'oublions pas que dans certains endroits du monde des chrétiens se battent encore entre eux. Ne dressons pas les religions les unes contre les autres en se référant à des thèses qui n'affichent qu'une partie de la réalité. Cette partie ne peut être prise pour le tout. Il n'est pas possible d'affirmer que la progression de l’histoire humaine passe désormais par le combat entre les civilisations.


Les raisons de la peur


               Les  raisons de la peur sont diverses et variées pour ce qui concerne notre pays. Il y a d'abord l'augmentation importante du fait de l'immigration et  de la natalité. Alors que des Eglises et des temples ferment, la construction de nouvelles mosquées explose. Elles sont très fréquentées y compris par des jeunes. Les boutiques halal se multiplient sur l’ensemble du territoire. Dans les cantines, d'enfants comme d'adultes il est demandé de ne plus servir de porc. Dans la rue les jeunes femmes voilées, bien que peu nombreuses, mettent mal à l’aise dans un environnement où le corps est magnifié et où la lutte des femmes pour une place égale à celle des hommes n'est pas encore terminée. A tout cela s'ajoute le chômage. Il  touche en premier les populations issues de l’immigration et dont les emplois sont souvent précaires. Ces populations  font souvent l’objet d’un  rejet et plus particulièrement à l’embauche. Les français dits de" souche " et bien que ce terme ne soit pas pertinent, prétendent que ces populations, souvent  immigrées leur ravissent le travail. Plus encore les conflits menés par les jiadhistes ou tout autre groupe intégriste en Irak, en Syrie, au Mali, en Centre Afrique, au Nigéria contre des chrétiens insécurisent y compris ceux qui ne se reconnaissent plus dans le christianisme et qui s'affranchissent de toute référence à  Dieu. La prise d'otages ou encore les menaces terroristes dans les transports sont de moins en moins supportables jusqu'à transformer la peur en haine. Enfin, ajoutons-y l’intolérance  à l' égard de tout ce qui touche aux symboles sacrés de la religion.  Il est insupportable que les humoristes ne puissent pas s'amuser là-dessus même si on peut comprendre que ce genre d'humour est difficilement accepté par tous. Ironiser sur le Christ en Croix est blessant pour les croyants mais dans une société laïque c'est possible. Il est insupportable que cela ne le soit pas pour toutes les religions.  Cette intolérance culmine dans les fatwas visant à donner la mort. C'est sûr, tout cela fait peur. Le crime entraine le crime et plus particulièrement lorsqu'il est soutenu par un groupe quelque soit sa nature. Il déclenche la guerre qui devient alors une autodéfense généralisée.


            Bien évidemment cette peur n’est pas à généraliser. Il y a d’abord les huit millions de français attachés à l’islam et qui à travers cette religion cherchent la paix, et la justice. Il y a ceux qui se réclament du christianisme et qui mettent tout en œuvre pour une bonne entente des religions. Il y a tous ceux qui sans se réclamer d’un Dieu se battent pour  garantir  la liberté à tous, quelles que soient leurs croyances et leurs convictions. Ainsi, la peur ne concerne qu’une minorité. Il n’en faut toutefois pas davantage pour troubler le vivre ensemble nécessaire à une nation. La peur étant très mauvaise conseillère tout doit être fait pour qu’elle cesse. La première exigence est que tout soit mis sur la table, qu’il n’y ait plus de non dit et de rumeurs. C’est ce que nous essayons de faire. La deuxième est d’entamer un dialogue constructif avec tous ceux qui font peur. Ce dialogue sera la preuve que l’islam n’est pas une religion secondaire dans notre pays. Qu‘il y a toute sa place et qu’il y est utile. Nous proposons dans le paragraphe suivant de poser les bases de ce dialogue. 

 

 

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15 septembre 2014 1 15 /09 /septembre /2014 14:28

La Bible et le Coran

 

                Récemment, lors d'un débat télévisé sur la guerre menée par les groupes jiadhistes, un journaliste s'aventurait à regretter que dans cette guerre les autorités musulmanes françaises et étrangères ne condamnent pas avec plus  de sévérité et de convictions les agissements des terroristes. Il condamnait les textes du Coran qui prescrivent à la femme une soumission totale à l'homme, qui font des non-musulmans des populations de seconde zone, n'ayant pas les mêmes droits. Le seul débateur musulman était pris au dépourvu. Sous le fard de son visage on percevait la rougeur monter. Il se défendit en disant qu'il n'était pas un spécialiste du Coran mais qu'il ne voyait pas les choses ainsi. L'attaque était imprévue, maladroite et peu fraternelle. Il aurait pu répondre que dans la bible se trouve aussi des passages qui poussent au crime. Le prophète Elie égorge 50 prophètes de Baal. Le Dieu de l’Ancien testament est un Dieu vengeur, qui soutient le crime de guerre. C'est  un Dieu exclusif qui invite à détruire les opposants. Il faudra attendre  Jésus Christ pour voir apparaitre une attitude de non condamnation et de non violence. Jésus acceptera de mourir plutôt que de faire  mourir. Ceci dit, certains textes dans les Evangiles  ( Mat24 et 25) comme dans les épitres et les écrits de l' apocalypse opposent les bons et les méchants, les sauvés et les condamnés. Pour ce qui est de la femme, et en contradiction avec les actes et les paroles de Jésus lui-même, elle est placée sous la tutelle de l'homme dans les épitres ( 1Cor 11). Il est d'ailleurs fort regrettable que prêtres et pasteurs prêchent toujours à partir du verset qui vient tempérer ce que disent les versets qui précèdent et pour lesquels il n'y a aucune ambigüité: "femmes soyez soumises à vos maris" ou encore "l'homme n’a pas été créé pour la femme, mais c'est la femme qui a été créée pour l'homme".   C'est ainsi que l'on peut se demander si le Prophète Mahomet dans son souci de fidélité à Dieu mais aussi aux traditions et aux écrits sacrés qu'il connaissait puisqu'il les a repris, n’a pas été influencé par ces textes   durs avec les femmes.


Pour sortir de l'impasse.


              On le voit, la Bible contient des textes qui  condamnent les membres d'autres cultes ou qui placent la femme dans une position inférieure. Notre journaliste devrait s'imposer de lire et le Coran et la Bible! Faut-il pour autant comme il semblait le préconiser supprimer ces textes. L'histoire nous apprend que la censure n'a jamais été une solution à plus forte raison pour des textes qui ont plus de 1500 ans pour l'un et 2000 ans pour l’autre. Respecter dans leur forme les livres dits "sacrés" c'est aussi respecter l'histoire et la foi de nos ancêtres. Ce n'est pas parce que le contenu de la foi s'adapte au monde afin de garder sa force, que celui auquel se référaient nos ancêtres doit être méprisé.  Sachons être reconnaissant à travers ce qu'ils nous ont transmis  par leurs clairvoyances comme par leurs  erreurs. Pour sortir de l'impasse qui mène à des conflits, nous retiendrons deux pistes.


            La première de ces pistes est déjà bien avancée pour ce qui concerne les écrits de la bible. Elle se développe petit à petit pour ce qui est du Coran et autres écrits. Il s'agit de        l'application de l’analyse historico critique.   Savoir d'où vient un texte écrit, dans quel contexte il a été écrit, en savoir plus sur son auteur, la date de publication et les conditions qui lui ont permis de passer à la postérité  permettent de retrouver le message qu'il a voulu transmettre à un moment donné. Il est aussi possible de voir ce que l'auteur a retenu au moment où il écrivait, ce qu'il a volontairement ou pas laissé de côté. Cette méthode humanise le texte et, si elle le relativise puisqu'il apparait comme venant de l'homme et non du ciel, elle le rend plus vrai. Qui croit encore qu'un texte peut venir du ciel directement ou indirectement? Ce qu'il était possible de croire il y a 20 ou 15 siècles ne l'est plus aujourd'hui. Ce serait faire fi de toutes les découvertes qui ont eu lieu et qui continuent encore aujourd'hui. Soulignons d'ailleurs que ce sont souvent ceux qui connaissaient le mieux la Bible ou le Coran qui sont à l'origine de ces découvertes. Comme quoi leurs écrits ne tirent pas en arrière mais poussent toujours vers l’avant si nous refusons de nous laisser enfermer dans ce qui désormais est devenu obsolète, y compris au sein des textes eux-mêmes.


            La deuxième de ces pistes concerne la nature même de Dieu. Depuis Spinoza qui redéfinissait Dieu comme la nature, Deus Sive natura ou ce Tout auquel nous appartenons,  il y a comme un refus de se pencher sur cette question. Les conséquences en  sont tragiques. En effet soit la divinité est comprise comme une supra-personnalité munie de tous les pouvoirs et extérieure à l'humanité ; elle est alors rejetée par le  plus grand nombre tant ce qui se passe dans le monde parait peu vraisemblable et compatible avec l’actualité. Soit  elle est acceptée au prix d'une grande servilité derrière laquelle disparait la dignité de l’humain. Ces deux attitudes se retrouvent dans le Christianisme  comme  dans l’Islam. C'est la raison pour laquelle il ne me parait plus possible de s'intéresser à Dieu isolément au sein d'une seule et même religion uniquement. La théologie se doit de devenir un champ de réflexion commun à toutes les religions. Recherche et dialogue sont non seulement la condition pour un renouvellement des religions mais encore la condition pour que l'humanité franchisse une étape supplémentaire pour la  paix et la bonne organisation du monde. Aujourd'hui le reproche qui est fait aux autorités musulmanes de manquer de conviction dans la dénonciation des guerres menées par les jiadhistes me parait un peu rapide. D'une part parce que la plus grande partie  d'entre elles le font avec les moyens qui sont les leurs. D'autre part parce qu'il est difficile d'apparaitre se désolidariser des préceptes du Coran mis en avant de façon maligne par les jiadhistes lorsqu'on veut être un musulman fidèle.  Une recherche et un dialogue sur la nature même de Dieu pourrait éviter l’étau dans lequel ces autorités son prises. Ceci est vrai aussi pour les chrétiens. Ceux pour qui Dieu est  amour de  par sa nature même et non par intention et volonté délibérée, sont encore bien peu nombreux. Lorsqu'ils osent l’affirmer haut et fort, ils sont traités d'incroyants et d’apostats. Revisiter la nature même de Dieu, c'est rapprocher les religions entre elles, et, en leur sein, c'est préparer une réconciliation entre les différentes tendances.


            Pour conclure, nous dirons qu’une réflexion sur l’interprétation des textes tels la Bible ou le Coran et un réexamen du concept même de Dieu devraient permettre la mise en route d’un dialogue approfondi entre chrétiens et musulmans dans un premier temps et entre croyants et incroyants après les avancées du premier temps.

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15 septembre 2014 1 15 /09 /septembre /2014 14:22

Islam et théologie protestante

 

           Il est de mode de faire un parallèle entre  Socrate, Bouda et Jésus. Le philosophe Frédéric Lenoir souligne que ces trois hommes n'ont rien écrit, qu'ils ont eu une naissance mystérieuse et une mort cruelle. Ils sont devenus à leur manière  les fondateurs d'une ère nouvelle. Ne pourrait-on pas se risquer à mener ce parallèle entre Jésus et Mahomet.  Certes les deux hommes sont très différents. Que Jésus soit considéré comme un Dieu  semble rendre toute comparaison impossible.  Or, nous savons qu'un nombre important  de Chrétiens  et plus particulièrement de protestants, refusent ce statut à Jésus. (1). Pour eux Jésus est homme. On ne peu pas être moitié Dieu et moitié homme. Une telle conception ne peut relever que de la mythologie, en aucun cas de l’Evangile. Marie n'est pas la mère d'un Dieu mais d'un homme. Elle n'est pas "tombée enceinte du Saint Esprit". Jésus a su incarner parfaitement ce que Dieu est, à savoir l’Amour. Cette incarnation ne se situe pas au niveau de la nature de Jésus. Ce n’est pas une essence divine qui serait  venue en Jésus.  Il n'est pas fils de Dieu parce que  né du "sperme de Dieu". On parle d’incarnation à cause du dire et du  faire de Jésus.  Là se trouve la raison pour laquelle il a été reconnu Dieu par ses proches. Cette reconnaissance est une confession de foi. Elle ne définit pas la nature de Jésus. Celle-ci est tout autre. Elle est celle de tout humain. Rappelons que le propre d'une confession de foi, c'est de dire ce qui est cru.  Une confession de foi ne décrit pas. Elle proclame.

                Cette position rapproche de l’Islam pour qui il y a un seul Dieu, Jésus étant un prophète et Mahomet  le plus grand des prophètes. Les deux ayant maille à partir avec les religions en place du moment.  Jésus témoigne de Dieu par ses actes, sa pensée, les conditions de sa mort. Mahomet  reçoit la parole directement de Dieu par l'intermédiaire de l'ange Gabriel. La parole écrite tient lieu de représentation de Dieu là où pour le chrétien, Jésus tient cette place. Voilà la différence. Elle porte sur la façon dont Dieu se manifeste à son peuple.  Nous sommes en présence de deux types de révélations. Pourquoi s'excluraient-elles? Chacun choisit celle qui l’interpelle. Si nous comparons la religion à l’art dans la mesure où chacun de ces domaines exprime ce qu'il y a de plus profond et de plus intime en l'humain, choisir la peinture nous amène t-il à rejeter la musique et inversement? Le  problème, est la question de la nature de Dieu. Cette question n'est jamais évoquée alors qu'elle est essentielle si on veut inviter les conflits, les oppositions et si on ne veut pas entrer dans une compétition entre religions.  La peinture ne fait pas la guerre à la musique ni à la sculpture  ni à la danse. Les religions, si elles expriment ce qu'il y a de plus profond et de plus précieux en l’homme doivent arriver, elles aussi, à ne plus se faire concurrence. Récemment dans un bulletin municipal les  quatre Eglises de dénominations différentes du village présentaient leurs activités. L'une d'elle étalait le nombre de baptêmes, de communions, de professions de foi et de mariages célébrés.  Elle était la plus forte!  La religion doit- elle chercher des adeptes, par la contrainte et par la force dans certains pays, ou doit- elle s'attacher à offrir à tous une rencontre avec un Dieu qui sous différents noms, ne peut être qu'universel et pour tous comme l'est la nature? Un Dieu qui ne peut être qu'amour sans condition. Un Dieu appelé le Miséricordieux dans le Coran.  Et pour aller plus loin encore, pourquoi l'humain ne pourrait-il pas recevoir et s'exprimer en partie dans telle religion, en partie dans telle autre  et hors toute religion. Ne peut-on pas être peintre et musicien à la fois?

 

                Je reste convaincu qu'en remettant Jésus à sa juste place à savoir celle d’un homme accomplissant le dessein de Dieu, en écartant la trinité qui fait de lui un Dieu et de Marie une déesse, en retirant à la nativité et à la résurrection le statut d'événements surnaturels surgis dans la réalité  pour voir en elles une confession de foi, il est possible d'entreprendre une recherche sur l'interprétation de la Bible comme du Coran. Il est possible aussi de reconsidérer la nature de Dieu afin de le comprendre à la lumière des découvertes actuelles.  Une telle recherche nous entrainerait bien plus loin que l'œcuménisme qui a eut du mal à engager un dialogue au-delà des réalités institutionnelles.  Les différences théologiques sont toujours les mêmes en tout cas dans les textes  officiels  de l’Eglise.  Ici nous serions au cœur même de la théologie. Encore faut-il que les chrétiens et plus particulièrement les protestants (plus proches théologiquement de l’islam sur certains points)   soient prêts pour ce dialogue ce qui  ne semble pas être le cas.


                Je suis convaincu que de la même manière que le christianisme est né du judaïsme, l’islam du judaïsme et du christianisme, viendra le jour où une religion nouvelle naîtra à la fois du judaïsme, du christianisme et de l’islam. Sera-t-elle meilleure pour autant ? Impossible de répondre à une telle question.

 

(1)     Voir par exemple le livre «  Jésus » de l’ évêque Anglican John Spong ou encore certains aspects du christianisme libéral en France  .

 

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20 juin 2014 5 20 /06 /juin /2014 12:04

 

            Je voudrais te remercier pour ton intervention dans notre groupe. Ton exposé était empreint de lucidité. C'était un parler vrai concernant la situation des Eglises du protestantisme historique. Il contrastait avec ce que nous disent habituellement les autorités de l' Eglise protestante Unie . Ceci se résume en  trois mots: Tout va bien. Il en est ainsi depuis trente ans.


            Tu as pu mesurer les réticences qu'il y avait dans l' assemblée. Les uns  te trouvaient pessimiste, les autres regrettaient que tu ne loues pas suffisamment le passé pour ce qui a été réalisé.. On peut comprendre cette attitude. En effet, quels retraités seraient prêts   à reconnaitre les échecs de la boite pour laquelle ils ont consacré leur vie? On voudrait qu'elle reste dans l' état où elle était lorsqu'on l' a quittée. Il faut bien résister au temps qui passe d'une manière ou d'une autre.


            J'ai regretté que le débat n'ait pas permis de reprendre les points que tu as soulevés. Parmi eux je retiens tout particulièrement :


            La bible ne fait plus autorité. En effet elle a perdu de sa superbe y compris dans le protestantisme. Entre de nombreux évangéliques qui la disent infaillible tel un pape,  et l'Eglise catholique où le prêtre l'élève telle une relique avant la lecture de l' Evangile,  une lecture , critique, animée par la raison,  motivée par la recherche, se fait de plus en plus rare.  La vision d'un Dieu qui conduit le monde et la vie de chacun selon son bon plaisir; un Dieu doué de volonté et de jugement  impartial   pour ce qui est de l' Ancien testament  puis d'un homme Dieu sortant du champ de l'humanité par des actes surnaturels pour le Nouveau Testament font perdre tout crédit à la bible qui n'est plus en phase aves la vision du monde actuel. On la lit comme si la compréhension du monde n'avait pas changé depuis 20 siècles.

            Evangéliser n'est pas une exception, un acte à part. C'est la nature même de l' Eglise. Ce n'est pas demander à des gens d'adhérer à nos convictions, encore moins d'entrer dans une institution, d'appliquer un règlement. C'est mettre en place tout ce qui va libérer l'homme de la maladie, des conditions sociales qui l'enferment , de l' ignorance, de ses pensées destructrices,  bref, de tout ce qui ne participe pas à son bonheur. Se soucier de l' autre qu'elles que soient les situations dans lesquelles il se trouve c'est vivre l' Evangile.  Ces situations peuvent lui être défavorables, favorables ou trop favorables parce qu' au détriment des autres, dans tous les cas il mérite d'être interpellé. Notons aussi que l' Evangile ne peut être réduit à la Parole et que celle-ci ne peut être assimilée à l' Evangile que si elle a un rôle libérateur pour l'individu.


            La bienveillance des catholiques à l' égard des protestants à éloigné ces derniers  de leurs convictions. L'œcuménisme de par son esprit de réconciliation a fait perdre au protestantisme une partie de sa spécificité qui était de se distinguer du catholicisme. Il ne faut pas oublier que l'œcuménisme a été la volonté des classes supérieures protestantes qui ne supportaient plus d'être ainsi à l' écart d'un monde qui s'unifiait. L'œcuménisme a mis du temps pour convaincre, d'une part, les classes populaires qui ont trouvé refuge dans des Eglise Evangéliques qui le refusaient  et d'autre part, les classes rurales qui ne voient plus la différence entre protestants et catholiques. Le bonheur de l' œcuménisme a été la réconciliation avec l' Eglise Romaine, son malheur est d'avoir affaibli la laïcité en laissant croire que la paix passait par l'abolition des différences. Nous en sommes aujourd'hui à privilégier l'unité plutôt que la vérité. Le journal Réforme en est l'illustration parfaite et représente bien à cet égard ce qu'il reste du protestantisme officiel. Sa devise implicite est : "Veillons à plaire à tout le monde."


            Retrouver pour les Eglises protestantes le fonctionnement d'hier est une entreprise vouée à l' échec. En effet quel sens cela a-t-il d'organiser des cultes tous les dimanches matin dans le temple du village où se retrouvent souvent moins de cinq personnes dont le plus jeune  a dépassé les quatre vingt ans. Par ailleurs quelle signification accorder au fait que pour les enterrements les temples sont pleins alors qu'il n'y a plus d'enfants et d'ados au catéchisme. Est-ce un  retour au religieux le plus trivial où l'on ne pense plus , on ritualise, ou est-ce une aspiration à vivre des rencontres à repenser entièrement bien différentes des cultes, des messes et autres célébrations. Une nouvelle organisation s'impose . Ne serait-il pas plus pertinent de mettre en place par secteurs  ou par territoires et non par villages, des centres, sortes d'Académies du Protestantisme où se retrouveraient ceux qui adhèrent à leurs recherches et à leurs actions. Ces lieux seraient des lieux de rencontres et de vie . Ils intègreraient à la fois le social, le culturel, le politique, et le cultuel dépouillé de ses habitudes instituées depuis près de 2000 ans avec ses dogmes, ses rites et ses croyances . De nouveaux rites sont à inventer. Les sacrements ne sont plus opérants. Ils ne parlent plus y compris à ceux qui les demandent. Dans notre monde, il n'est plus possible de figer ad  aeternam les gestes de l'humain. Pensons à l' Académie de Platon , au Lycée d' Aristote ,ou au jardin d' Epicure qui rayonnaient dans la société toute entière. Laissons les gens choisir et ne les embringuons plus dans des systèmes qui les enferment pour mieux les contrôler. Ne séparons plus le quotidien de nos vies d'une vie dite religieuse qui dans l' état actuel des choses apparait superflue et inutile parce qu'elle affirme (des dogmes, des rites...)  dont on ne voit ni l'intérêt ni la nécessité. A la place, privilégions la recherche, l'imagination et la création.  Qu'est-ce qui est le plus important: célébrer un mariage ou mettre en place durant toute la vie, la réflexion qui permettra à l' amour de durer? Célébrer un baptême où chercher avec l'autre ce qui nous maintien en harmonie avec l'univers, avec les autres et avec nous même? Bien sûr ces académies du protestantisme serait animées par des pasteurs formés à l'université, pas forcément à plein temps. Un travail autre maintient une ouverture au monde importante.


            En quoi croire nous rend-il différent des autres? Si les "Académies protestantes" étaient des lieux de recherche, la frontière ne passerait plus entre croyants et incroyants, entre une religion et une autre. Il n'y aurait plus ni juif ni grecs ni…mais des gens qui ont le souci de construire ensemble, quitte à trouver ailleurs ce qu'ils n'auraient pas dans ce protestantisme renouvelé.  

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3 janvier 2014 5 03 /01 /janvier /2014 09:41

 

            Dix évêques et non des moindres puisque parmi eux se trouvent  le président de la conférence épiscopale, archevêque de Marseille et l’archevêque de Paris, ont signé un appel intitulé : « Les élections municipales : une chance pour le bien commun ». Dans cet appel ; ils demandent à ceux qui sont habités par leur foi en Christ à s’investir dans les élections municipales de mars 2014 afin de renverser « les mentalités dans le sens de l’amour et de l’Evangile. »


            Rien n’interdit l’Eglise ou une religion à appeler ses adeptes à s’engager dans la vie publique et à prendre des responsabilités dans le fonctionnement de notre démocratie. On peut aller jusqu’à voir dans cette démarche une position utile et souhaitable. La loi de 1905 sur la séparation de l’Eglise et de l’Etat n’exclut en aucune manière les adeptes d’une religion à se présenter au suffrage universel et à se rendre utile à notre république.


            Ce qui surprend dans cet appel des évêques c’est le moment choisi pour le promulguer. En effet les positions prises par l’Eglise catholique et, avec elle les trois religions les plus représentées en France à savoir les musulmans, les juifs et les protestants, sur le mariage pour tous avec les manifestations parfois violentes, laisse à penser qu’à travers les élections, l’ Eglise veut obtenir ce qu’elle n’a pas pu obtenir en faisant pression sur le gouvernement. Si c’était le cas, l’Eglise s’affranchirait de la laïcité qui prévoit qu’elle participe au débat, fasse des propositions mais ne cherche pas à imposer ses vues. Dans notre pays, les lois relèvent d’un consensus parlementaire qui conduit au vote des députés. A cet égard d’ailleurs, notons que les manifestations qui ont continué après l’adoption de la loi ont un cadre anti-démocratique ; Il semble d’ailleurs que les responsables de l’Eglise catholique l’aient compris puisque voyant que ce mouvement était aux mains des intégristes et de quelques politiques d’extrême droite ils se sont retirés des manifestations. La question est alors de savoir si par le biais des élections elle ne veut pas réintroduire ce qui dans un premier temps a été rejeté par nos députés. On sait combien l’Eglise catholique a du mal à s’accommoder des lois qui ne vont pas dans le sens de ses dogmes. Il suffit par exemple de voir ce qui se passe en Espagne où elle demande à un gouvernement qui lui est acquis de revenir sur les lois concernant l’avortement.


            En conclusion, si un tel appel n’a rien d’antidémocratique,  on ne peut que constater que le moment choisi pour le promulguer le rend suspect, peut –être même dangereux. On a vu en effet que l’ensemble des religions sont prêtes à s’engouffrer dans l’opposition au mariage pour tous – et au-delà au bannissement de l’homosexualité- et l’on sait ce que cela peut donner  dans les pays où  une de ces religions est dominante. On ne répètera jamais assez combien la laïcité est un facteur incontournable pour la liberté de tous les citoyens, qu’ils adhèrent ou non à une religion. Par ailleurs, diviser la société entre croyants et incroyants, est aussi dangereux  que de privilégier une religion  par rapport à une autre. On l’a vu avec le mariage pour tous, dans un premier temps, les religions font bloc contre ceux qui ne se réclament d’aucun Dieu et d’aucun dogme, pour ensuite se retourner les unes contre les autres.   Les  conflits qui peuvent alors dégénérer en de véritables affrontements tels que nous en connaissons encore dans de nombreux pays en Afrique, en Asie ou encore en Occident.


            L’Eglise, pour rester à sa place et afin que les choses soient claires quant à l’exercice des pouvoirs, devrait éviter de s’intéresser aux élections. Il n’est pas de son ressort d’inviter les citoyens à aller voter ou à se présenter  au suffrage universel. C’est le rôle de la république. L’Eglise est à sa place lorsqu’elle met en garde contre tout ce qui aliène l’homme. L’intervention du pape fustigeant un capitalisme débridé et un libéralisme sauvage où l’humain n’est plus au centre des préoccupations économiques répond au souci que devrait avoir l’Eglise au service de l’Evangile. Une religion est toujours mal placée pour organiser l’Etat. Elle doit s’en tenir au rôle de veilleur. Dénoncer une « économie de l’exclusion », une « économie qui tue », le règne de « la loi du plus fort où le puissant mange le faible et où le travailleur n’est pas seulement exploité mais réduit à l’état de déchet » comme l’a fait récemment le pape, c’est bien remplir la fonction de veilleur. Et peu importe si le raisonnement peut paraître succint. Une alerte a été donnée. Le rôle politique de l’Eglise ou d’une religion doit s’en tenir là.

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Qui suis-je ?

     Titulaire d'une maitrise de théologie et d'un DESS de psychopathologie clinique, j'ai été amené à exercer plusieurs fonctions  et plus particulièrement la mise en place d'un centre socio- culturo- spirituel protestant puis la direction pendant 12 ans d'un centre de cure pour malades alcoliques. J'y ai découvert l'importance d'apprendre à écouter l'humain dans toutes les dimensions qui le constituent. Aujourd'hui, inscrit au rôle des pasteurs de l' Eglise Réformée de France, j'essaie de mettre des mots sur mes expériences et de conceptualiser mes découvertes.
serge soulie

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