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29 octobre 2014 3 29 /10 /octobre /2014 17:22

Les maîtres de la loi    

                                                                                  ou de l' écrit au vécu 

                                                                   commentaire de Matthieu 23 verset 1 à 12

 

                  Les scribes et les pharisiens sont les responsables religieux et politiques du peuple d' Israël du temps de Jésus. Tous les pharisiens ne sont pas scribes mais tous ont les plus hautes responsabilités et sont considérés comme chefs du peuple. Nous dirions aujourd'hui que ce sont les cadres de la société. Dire qu'ils sont assis dans la chaire de Moise n'a rien de polémique. C'est la description d'une situation tout à fait normale et Jésus ne remet pas en question leur enseignement et leur référence à la loi de Moise.  Jésus ne les dément pas, il ne conteste pas la loi de Moise "vous devez donc leur obéir  et accomplir ce qu'ils vous disent" dit-il. Il ne demande pas une rupture. Ce que Jésus leur reproche, ce n'est pas la doctrine , c'est leur hypocrisie  car ils disent et ne font pas.. Ils ne mettent pas en pratique ce qu'ils enseignent. La Thora a été donnée pour la mettre en pratique : apprendre/enseigner/garder/accomplir. C'est ce qu'ils ne font pas.


            Cette attitude ne devrait pas nous scandaliser. Elle n'est pas exceptionnelle. En effet, qui de nous n' a pas ressenti cet écart entre ce qu'il voudrait faire et ce qu'il fait . L'apôtre Paul lui-même écrit dans sa lettre aux Romains 7 v19 : " Je ne fais pas le bien que je veux mais je fais le mal que je ne veux pas". N'est-ce pas d'ailleurs un des buts de la confession des péchés de nous faire prendre conscience de l' écart entre ce qui nous est demandé et ce que nous faisons?


            Jésus ne se trompe donc pas . Il constate cet écart. Notre nature  est  ainsi faite! Autrement dit tout cela est normal. Lorsque j' exerçais mon ministère j'avais  l' habitude de dire du haut de la chaire à ceux qui m'écoutaient  " faites ce que je dis, ce que je prêche  et ne faites pas forcément ce que je fais". Cela m' était parfois reproché parce que l'on attend du pasteur qu'il soit sinon  parfait en tout cas un modèle et l'on est déçu lorsqu'il ne l' est pas ou plus exactement lorsque l'on a le sentiment qu'il ne fait pas beaucoup d'efforts pour l' être. Ce qui dit en passant me parait juste. Un pasteur ne peut pas être parfait comme d'ailleurs tous les humains, il ne peut pas se dispenser d'essayer de l' être. Reste ensuite à définir ce que peut être la perfection!


            Mais Jésus me semble ici aller plus loin qu'une reconnaissance de notre nature dans ce décalage entre le dire et le faire. Il est très sévère: "malheur à vous, maîtres de la loi et pharisiens hypocrites" répète t-il. Jésus ne remet pas seulement en cause un comportement humain  somme toute très naturel. Il remet en question l'interprétation et l'utilisation de la loi de Moise. Il le fait par cette remarque: "Ils attachent des fardeaux pesants, les mettent sur les épaules des hommes et ils ne veulent pas les remuer du doigt. . La loi de Moise n'est pas remise en cause.  C'est ce qui en est fait qui est insupportable.  Les scribes et pharisiens la rendent pesante et lourde . Ils ne font rien pour l' alléger. Ils ne tiennent pas compte de la possibilité des humains. Ils sont dans la "sphère Dieu" telle qu'ils la conçoivent. Ils ne sont pas  dans celle des hommes. Ils ne descendent pas sur terre. Ils ne tiennent pas compte des possibilités et des besoins humains. Ce sont des bigots. Ils portent des phylactères qui sont des boites , sortes d'amulettes dans lesquelles sont enfermés des versets de la thora et des franges pour rappeler qu'ils appartiennent à Dieu. En squattant les premières places, en exigeant d'être appelés maitre selon l'usage; ils cherchent à montrer qu'ils sont à Dieu. Ce n'est pas par les bons sentiments qu'ils montrent cette appartenance , c'est par le paraître.  Ce n'est pas par la tendresse du cœur, c'est par la force et la violence de l' apparence. C'est donc une réforme en profondeur qu'apporte ici Jésus en contestant cette soumission faite d'apparences et se traduisant par des mots comme "Maitre"  ou des attitudes  telles les salutations publiques en lieu et place de la fraternité. Jésus qui s'adresse ici à la foule et aux disciples leur dit en substance, vous n' êtes pas liés à des maitres dans un rapport de hiérarchie, vous n'êtes pas soumis à une doctrine, et je ne vous en apporte pas une nouvelle, vous êtes frères par votre appartenance au seul vrai Maître, frère parce que vous avez un seul Père. "Le plus grand parmi vous sera appelé serviteur" non par un classement hiérarchique , par domination de l'un sur l' autre, mais parce que vous vous reconnaissez comme frères.   


            Ce premier dimanche d'octobre est la fête de la Réformation. Permettez moi un parallèle entre la réforme proposée par Jésus ici et celle de Luther, Calvin et autres réformateurs. Revenons à ce qui se passe avant la Réforme. Les chefs religieux font peser sur le peuple de lourds fardeaux. Sur ces fidèles comme sur les autres par le truchement des forces politiques que sont les  rois, les princes…  Pour les réformateurs, ses fardeaux ne sont pas bibliques. Ils sont une vision découlant d'une Eglise qui se veut toute puissante et qui donne une interprétation de la bible  tout à fait partisane. En proposant de revenir à la bible par son fameux "Sola scriptura" Luther n'envisage pas de remplacer le pouvoir de l' Eglise par le pouvoir des textes de l' Ecriture. Il propose une autre interprétation voulue et reconnue par tous. Il ne veut pas substituer la loi de  la bible à la loi de l' Eglise. Il ramène à l' Ecriture pour que puisse s'engager une réflexion. Il ne s'agit pas de remplacer l'ordre de l' Eglise par un ordre biblique . Il s'agit de donner à  chacun la possibilité de réfléchir et de s'engager sur ce qu'il comprend de la bible.


            C'est ainsi qu'aujourd'hui  le "sola scriptura" me parait bien mal compris lorsque pour défendre une cause, les chrétiens partisans de cette cause disent :" la bible dit que". Ou qu'ils veulent s'en référer à une anthropologie biblique pour l'appliquer à notre actualité. Ils ne se rendent pas compte qu'en appliquant une telle anthropologie ils reviennent à des attitudes archaïques comme la place de la femme dans la société ou encore celle donnée à    la violence et à la peine de mort.  Il n'y  a pas, par exemple ,de femmes parmi les douze disciples. C'est en tout cas ainsi que le présentent   les auteurs de l' Evangile. Il faut être cohérent et ne pas choisir le verset qui nous arrange ou l'attitude qui nous convient pour justifier ce qui nous plait et rejeter les autres versets au gré de nos convictions et de nos réactions.


            Le sola sciptura ne renvoie pas à de nouvelles lois. Il renvoie à  Jésus autrement dit à l'humain, Jésus étant le premier d'entre les humains. C'est l' amour apporté à l' autre qui doit dicter les choix de vie. Ce ne sont pas les lois. Les pharisiens croient au prima de la loi.  Jésus leur propose de mettre l' amour au dessus de la loi .  Et aujourd'hui  comme hier il peut arriver que l'intérêt des humains aille à l'encontre de certains passages de la bible qui correspondaient  à une époque donnée mais  qui ne s'adaptent plus à la vie d' aujourd'hui.


            Quand Luther lance son "sola scriptura" c'est dans un contexte particulier. Il dit non à la puissance et au pouvoir de l' Eglise Romaine pour ramener à  Jésus Christ. Il veut conduire chaque être à vivre avec Christ d'abord. C'est  cela le salut: Etre  avec le Christ vivant.  Emboiter son pas y compris lorsqu'il diffère de celui de l' Eglise. Retrouver le Christ à travers la bible voilà le souci de Luther et des réformateurs.


            Ainsi, ce n'est pas un fardeau qui est mis sur la tête des humains comme le faisaient les pharisiens du temps de Jésus, comme l'a fait l' Eglise au moyen âge et avant la réforme, et comme elle le fait encore aujourd'hui. C'est au contraire une libération, un délestage de ce qui  pèse à l'humain sans que la religion vienne ajouter d'autres fardeaux encore. Montrer que l'on est bien dans les clous de la religion ne peut être un but premier. Paraitre encore moins. Mon premier souci ne peut être que reconnaitre en l' autre un frère parce que Jésus est notre  frère ainé à tous et que nous avons le même père.


            La réforme a voulu rendre l'homme libre en lui permettant d'emboiter le pas  au  Messie, un certain Jésus de Nazareth.   Il appartient à cet homme libre de décider en fonction de ce qui lui parait plus juste, plus utile et meilleur pour l'humain . Il y a eut passage de la loi de Moise au Christ Jésus. Ceci tient en une phrase, celle de l' Evangéliste Jean:  "la Parole a été faite chair".

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1 mars 2013 5 01 /03 /mars /2013 10:49

  Luc 9 v 28-36            1 Corinthiens  15 :45-49          Exode 33/7-9


Et de la nuée sortit une voix qui dit: celui-ci est mon fils élu. Ecoutez-le


            A l'université, un de nos professeurs nous faisait travailler sur des textes dont le sujet principal était "l'amour". Ce matin là, nous devions nous pencher sur un texte du cantique des cantiques. Nous étions en 68 et le monde étudiant était en ébullition. C'est peut-être pourquoi une dizaine d'étudiants chahutèrent le prof en refusant qu'il explique le texte en question. Selon eux il parlait par lui-même. Le décortiquer c'était le dénaturer et noyer le sens dont il était porteur. Le risque était de le réduire à ce que nous voudrions lui faire dire. Il fallait le laisser parler au-delà même de notre compréhension.  Je n'ai gardé aucune acrimonie contre mai 68 ou ces étudiants impertinents. Bien au contraire , j'ai appris depuis à laisser parler en moi les textes sans les soumettre à ma  réflexion, sans chercher à comprendre.  Pasteur,  on est amené à ouvrir la bible pour son travail. Je me plais aussi à la lire pour rien. Lire le texte et le laisser parler.  Mon vécu vient, par bribes successives, s'y ajouter, s'y coller ou s'y fondre. C'est alors qu' un sens nouveau en émerge, qu'une découverte se  présente. Pour autant, l'étude du texte est indispensable. Je dirai seulement qu'il y a un temps pour tout. Les deux approches se complètent et nourrissent notre foi.

            Laisser vagabonder le texte dans notre esprit, n'est peut être pas possible avec tous les textes . Celui d'aujourd'hui  s'y prête. Le lire et le laisser parler sans chercher à le commenter. Le laisser nous entraîner au-delà même de notre réalité quotidienne. Il nous élève au dessus de ce que nous pouvons comprendre et au fur et à mesure que se déroule la lecture, nous nous laissons emporter jusqu'à  être présent sur cette montagne et participer à l' événement avec les trois disciples assistant à la transfiguration de Jésus.  

            Vous  l'aurez compris, il ne s'agit pas ici d'un événement historique que tout le monde peut voir mais d'une rencontre intime entre Jésus et les disciples. Notons d'ailleurs  que Jésus n'a pris que trois de ses disciples. Les autres n'étaient-ils pas prêt à assister à cette transfiguration?  Pourquoi Pierre, Jacques et Jean? on peut toujours  imaginer qu'ils connaissaient parfaitement l' AT, qu'ils savaient le haut des montagnes propice aux théophanies. Enfin qu'ils connaissaient bien les récits de Moise, d' Elie  et de la tente sur laquelle venait se poser la nuée.

              Tous ces éléments de l' histoire d'Israël sont présents ici dans ce texte, un peu comme dans un rêve.  En effet dans le rêve, des choses de la vie viennent s'empiler sans ordre logique. C'est la raison pour laquelle il nous apparait incohérent. L'ordre chronologique  n'y est pas respecté. Des parties d'événements qui ont eu lieu à plusieurs années de distance se trouvent rassemblées dans le rêve. Les lieux sont  recomposés, bouleversés. L'histoire y est condensée. Les paroles entendues sont détachées du contexte initial. Le rêve recompose le temps, les lieux, l'espace,  les personnages.  C'est ce qui se passe ici dans ce texte de la transfiguration. On y retrouve des éléments de l'histoire et de la culture de ces trois disciples et la mise en scène de tous ces éléments dans une réorganisation nouvelle,  concourt à leur faire découvrir qui est Jésus Christ.

              C'est ainsi que Elie et Moise  sont rassemblés alors qu'ils n'ont pas vécu à la même époque . Ils ont seulement  un point commun, celui de ne pas avoir de tombeau visible sur cette terre. Le visage de Jésus est rayonnant comme celui de Moise dans ex 34/30, son vêtement éclatant comme c'est écrit dans l' ecclésiaste 8/1. Il y a la tente de l' alliance et le moment  théophanique où Dieu apparait sur la montagne. Tous ces éléments se retrouvent en un bouquet sans logique pour dire aux trois disciples voilà Jésus. Ainsi, ils saisissent la nature de Jésus à travers ce qu'ils savent et qu'ils pensent ne pas savoir. Tout au moins, ils ne faisaient pas le lien entre ce qui est enregistré au plus profond d'eux-mêmes depuis la nuit des temps, et l'identité non révélée de Jésus.

            C'est bien leur inconscient qui parle. Ils n'ont pas réfléchi, ils n'ont pas étudié. Tout ce qui est latent et dispersé au plus profond d'eux mêmes prend corps et leur désigne la  nature autre de Jésus. S'ils avaient voulu comprendre par la recherche, l'étude, l'enquête de la personnalité, ils auraient échoué. Ou alors, tout cela serait resté de l'ordre du livre, de la science et du savoir. Ils seraient restés extérieurs à leur découverte. Ici, ils sont en plein dedans. La preuve ils sont secoués par leurs émotions. La découverte agi sur eux. Elle les transforme autant que Jésus leur a apparu transformé.  Ils découvrent que Jésus est bien plus qu'un homme extraordinaire, ayant autorité par la parole et par l'action. Ils découvrent que ceux qu'ils tiennent pour les plus grands, Elie et Moise, s'entretiennent directement avec lui et qu'il est plus éblouissant qu'eux. Plus grand qu'eux. Quelle prise de conscience!! La transfiguration de Jésus les grise au point qu'ils veulent s'installer là et ne plus en bouger comme ces personnages étranges  et de légende que rencontre Ulysse au cours  de son odyssée, les Lotophages qui après avoir mangé leur lotos à la place du pain et du vin dont se nourrissent les hommes, ne se souviennent plus de rien, ne savent plus ni d'où ils viennent ni où ils vont . Et les compagnons d' Ulysse, après avoir mangé de cette nourriture réservée aux Dieux,   veulent rester là où ils sont dans une espèce de bonheur qui paralyse toute remembrance. Ulysse devra les prendre par la peau du cou et les jeter dans son embarcation.

            Les disciples vivent bien autre chose qu' une connaissance descriptive et objective de Jésus. Comme Dieu, Jésus échappe à notre compréhension dans sa partie divine et s'il ne nous est pas révélé nous n'en percevons qu'une partie. O certes une partie extraordinaire car ses paroles, ses actes sortent du commun. Mais ils peuvent être discutés et ils le sont. Pour certains, Jésus est un prophète. Pour d'autres un révolutionnaire. Pour d'autres encore un sage. Mais son histoire ne peut pas être suivie comme celle d'un homme fut-il extraordinaire. Les Evangiles  ne sont pas des biographies. On ne peut pas raconter Jésus comme on raconte  Mahomet, Luther King, Gandhi, Guevara, les Réformateurs ou encore les saints. Jésus est bien plus qu'un personnage extraordinaire . Celui qui le rencontre ne peut plus s'en tenir à ses traces terrestres. Il ne peut pas le réduire à ses paroles et à ses actes.

            Chez Jésus, ce qui va au-delà de la personne exceptionnelle qu'il est, ne peut être que révélé. Notre intelligence n'y suffit pas. Notre recherche  non plus. Pas même notre compréhension. Jésus n'est pas un objet de connaissance ou de savoir. Il se rencontre dans la prière, dans la contemplation. Là notre conscience, autrement dit la partie intelligente de notre esprit, celle qui réfléchit, est informée par notre inconscient c'est-à-dire par cette partie de nous même qui nous échappe. Cet inconscient contient toute notre histoire depuis les origines de l'humanité. Pas seulement le passé proche de quelques générations qui nous ont précédés mais tout ce qui a été depuis le début, depuis la nuit des temps. Nous, nous ne savons rien sur nous et sur le monde mais l'inconscient en sait plus sur nous et sur le monde, que nous n'en savons.  C'est pourquoi il nous présente Jésus qui était avant même qu'il vienne sur cette terre. Paul dans l'épitre aux Corinthiens parle de Jésus comme d'un deuxième Adam (1Cr 15/45). Le premier celui de la Genèse nous a introduit dans le vivant, dans notre nature, Jésus, le dernier Adam nous introduit dans l' Esprit vivifiant.   Or, nous voyons bien qu'il serait restrictif de cantonner Adam à un être humain seulement, le premier géniteur. Il représente l'humanité. De même il serait restrictif d'enfermer Jésus dans  un humain aussi parfait soit-il. Jésus représente l'humanité tout entière dans son rapport avec Dieu. Il nous révèle Dieu. Et selon moi, il en change même l'idée que nous nous en faisons à priori, tout naturellement. Nous ne prenons pas suffisamment la mesure de ce changement. Ainsi dans nos vies, Dieu reste le Dieu d'avant Jésus et Jésus seulement un personnage d'exception. Ici dans le texte, les disciples perçoivent Jésus incarnant Dieu.

            Pour conclure, je dirai qu'il y a deux erreurs à éviter. La première serait de considérer Jésus comme un homme exceptionnel seulement caractérisé par son genre, ses talents, sa sagesse, sa lucidité, sa compassion et même sa mort pour une cause, pour des convictions. Bref tout ce qui peut caractériser un humain quelque peu exceptionnel. La deuxième serait de dire que Jésus est Dieu. Dans ce cas, y aurait-il deux Dieux? ou aurait-il supplanté le Dieu père? Un dieu à forme humaine est-ce possible, ne serait-ce pas de l'idolâtrie?

            Il serait trop long de s'appesantir sur ces deux erreurs, elles pourraient faire l'objet d'une autre prédication. Je m'en tiendrai à une formulation classique pour désigner Jésus. Je dirai qu'il est le fils de Dieu. Dieu s'incarne en lui, le logos est fait chair. Je rappelle que le mot logos peut être traduit par parole et par raison. N'hésitons pas à utiliser les deux traductions possibles. Jésus est homme dans laquelle la parole s'incarne.  Nous pouvons ainsi entendre, peut-être comprendre quelque chose de Dieu. Mais c'est difficile ! Nous attendrions et nous aimerions que Dieu s'incarne dans un roi, un césar, un empereur tout puissant. Qu'il s'incarne dans l'homme qui va périr sur une croix nous apparait scandaleux comme le dira l'apôtre Paul. Quel mauvais choix. C'est la fin d'un Dieu tout puissant, qui n'a pas su choisir le bon cheval pour arriver à ses fins, pour gagner, en tout cas par la force.

            Mais disons-le avec force: l'incarnation de Dieu en la personne de Jésus mourant sur une croix est le pilier principal de la foi chrétienne. C'est ce pilier qui aujourd'hui est sérieusement attaqué parce que le monde est toujours à la recherche d'un Dieu tout puissant et c'est ce que veulent offrir toutes les religions. Le christianisme saura t-il faire exception?


                                      

 Ps: J'ai voulu montrer dans ce texte que la partie divine de Jésus ne peut être connu que par la révélation. Mais celle-ci n' a rien de magique, elle ne tombe pas du ciel. L'inconscient nous y conduit et nous permet cette expérience.

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17 mai 2012 4 17 /05 /mai /2012 08:15

                                           lectures bibliques :  Jean 15 /  1-8      Ephésiens 4 /4-7   Esaie 5/1-7

 

            Nous constatons tous les jours  combien les humains ont besoin de s'attacher   aux êtres ou aux choses, de manière individuelle ou collective. La plus connue de ces choses est l'argent. IL faut choisir dira Jésus à son sujet:        " Dieu ou l'argent". Le risque dû à l'argent parcours l'Ancien comme le Nouveau testament. S'attacher à l'argent est destructeur pour l'homme. Les faux dieux peuvent aussi prendre la place d'objets auxquels l'humain s'attache. A Babylone, en Canaan, en Egypte  en Grèce,  chez les Romains, ces dieux prenaient la forme de figurines, de statuettes,  ou d'entités imaginaires. Plus près de nous ces faux dieux sont des superstitions et autres croyances. Dans la société actuelle, le culte rendu aux manifestations sportives par des millions de gens a toute les allures d'une religions de masse.  Les idéologies politiques ou religieuses captent des foules  nombreuses qui s'enflamment sans retenue pour une cause sans jamais la remettre en question  tant elles sont subjuguées.  Jésus a parlé de "foules sans berger" pour signaler  leur errance. Un musulman, Ibn Khaldun sociologue et historien arabe, mort au Caire en 1406,  écrit que l' être reste attaché à son clan, qu'il a un "esprit de corps", une sorte de solidarité  d'attachement et d' appartenance aux ancêtres du même sang et qu'il persévère sans se soucier du monde qui l'entoure. Cet attachement sans condition on peut le retrouver chez des gens sensés pensant être dans le bon droit.   Je me souviens de deux sœurs qui ne se pardonnaient  pas d'avoir suivi Pétain jusqu'en 1944. Elles considéraient que les résistants n'étaient que des terroristes comme le disait la propagande de l' époque.  Soucieuses d'être fidèles à l'Evangile elles appliquaient le conseil de l' apôtre Paul " soyez soumis aux autorités", sans s'interroger davantage.  Elles obéissaient.  Il avait fallu toute la persuasion du Pasteur de l' époque et de quelques amis voisins pour les faire changer d'idée et prendre de nouvelles mesures en désobéissant aux consignes données par le gouvernement de Vichy. Pour elles c'était le plus difficile parce que c'était ne pas suivre ce que dit la bible.  Cet exemple, nous montre le danger de suivre à la lettre des Ecritures plutôt que l' Esprit. Les textes bibliques parce qu'ils ne tombent pas du ciel doivent être soumis à la raison. Ceci est vrai pour tous les livres dits "sacrés".

            L'antidote de cette tentation, qui est de suivre et de rester dépendant de quelque chose ou de quelqu'un,  serait selon l' évangéliste Jean,  de s'attacher à Jésus.  Chaque humain peut ainsi devenir entièrement libre, indépendant de son clan, de son groupe,  de son ethnie. Fini l'appartenance religieuse , politique, tribale... Jésus est le cep,  souche universelle  à laquelle tous les humains sont attachés.  

 La première réaction serait alors  de dire:"  en quoi s'attacher à Jésus? est-il plus libérateur que de s'attacher à un autre humain"? . Il faut bien constater que l' Eglise n'a pas toujours  prêché  l'indépendance et l' autonomie de l' être . Elle l'a enfermé dans des dogmes et des croyances  dénuées de toutes raisons . Reich, le contemporain de Freud raillait les bigotes qu'il décrivait comme prisonnières du Christ jusqu'à en être amoureuses et à renoncer à s'unir à un homme. Aujourd'hui encore beaucoup de chrétiens sont dépendants de leur curé ou de leur pasteur. Ils ne peuvent ni penser par eux même ni prendre des décisions sans en référer à celui qui s'établit et qu'ils établissent comme leur directeur de conscience.   

            Jésus semble  répondre à trois conditions,  trois raisons, qui font que l'on ne peut pas devenir prisonnier de sa personne

            -  La première  est que celui à qui l'on s'attache ne se présente pas comme un chef de clan et de parti. Qu'il soit en quelque sorte inclassable. Vous savez le mal  que se donne les historiens et les théologiens pour rattacher Jésus à tel ou tel courant de pensée. A peine ont-ils trouvé un lien de parenté qu'une autre information vient la démentir et ainsi de suite . Jésus est vraiment au dessus de tout ce qui est connu: il n'est pas pharisien, il n'est pas saducéen, il n'est pas zélote, il n'est pas de la secte de Qumram... mais il est un peu tout cela. C'est peut-être une des  raisons pour laquelle on dit qu'il vient du  ciel.   Aujourd'hui,  après la résurrection, Jésus est présent parmi nous -non plus en chair et en os mais  en esprit. Il  nous laisse   libre de le penser et de le concevoir, de l'accepter ou de le refuser. Allons plus loin: c'est l'esprit du Père qu'il nous donne. Pas le sien. Il pose même une distance entre lui et nous afin qu'il ne devienne pas une idole pour nous. Il est médiateur entre le père et nous. Il ne peut pas devenir une idole. Seul Dieu est esprit.

            -La deuxième, Jésus n'est pas un chef ou un gourou mais un maître . Un chef , c'est celui qui nous commande. Vous obéissez. Il n'y a pas à discuter. Vous êtes à son service. C'est lui le responsable. Vous, vous passez au second plan. Un gourou c'est quelqu'un qui vous fascine et qui vous séduit. Vous avez le sentiment qu'il réalise ce que vous êtes incapable de faire. Il vous enlève tout esprit critique. Avec le chef vous avez parfois le sentiment qu'il confisque votre liberté et votre initiative, qu'il vous contraint. Avec le gourou, vous êtes dans l'illusion que vous faites ce que vous souhaitiez faire  en toute liberté. Vous pensez avoir choisi. Le gourou vous amène où il veut et vous pensez au plus profond de vous même que c'est bien là que vous souhaitiez aller. Le maître ne vous commande pas. ll ne vous séduit pas davantage. Il ne confisque pas votre liberté. Il vous permet de devenir vous même, un adulte responsable, capable d'initiative et de création. Vous ne le suivez pas, vous ne vous identifiez pas à lui, vous vous inventez. Vous devenez l'unique.  "Je t'ai appelé par ton nom dit Dieu". Il  vous amène à ne pas être seulement un individu parmi d'autres mais un sujet, avec toute votre singularité. C'est comme sujet que vous vous intégrez à la communauté des humains. Jésus sera le maitre qui vous fait accoucher de vous-même comme le reconnait le jeune homme riche ,Marthe , Marie et ceux qui le rencontraient. Un maître en détachement comme celui que cherche  Alexandre  Jollien dans le philosophe nu.   

            Enfin , la troisième condition - certainement la plus importante -  est que Jésus n'est pas perçu seulement comme un humain parmi les autres  mais comme celui représentant l'ensemble de l'humanité. Il n'est pas seulement le corps de l' Eglise comme nous avons l'habitude de le dire reprenant très partiellement une pensée de l' apôtre Paul,  il est le corps de l'humanité tout entière ce qui nous oblige d'ailleurs à ne rejeter personne. Avec Jésus nous ne sommes pas devant un prophète qui parlerait de la part de Dieu,  nous sommes devant l'humanité tout entière et c'est dans cette humanité que la parole de Dieu, jusqu'ici faite entendre au prophète, s'incarne dans l'humanité tout entière, Jésus en étant en quelque sorte le prototype.   ( bien que nous soyons nombreux, nous formons un seul corps 1cor10/17) ou encore: "il y a un seul corps et un seul esprit de même qu'il y a une seule espérance. Il y a un seul Seigneur, une seule foi, un seul baptême, un seul Dieu le père de tous. Eph4/4-5) Il ne s'agit pas pour nous de ramener des gens à Jésus par adhésion par exemple, il s'agit de reconnaitre en tout homme quel qu'il soit et- plus particulièrement quelle que soit sa religion,  sa place dans le corps de Jésus. Tu peux être chrétien, musulman, juif, bouddhiste, athée, tu as ta place dans le corps de Jésus, tu es un frère. J'insiste! ce n'est pas de la récupération, c'est reconnaître en Chacun- sur cette terre en tout cas- sa place dans l'humanité. Et tout ceci crée des obligations que les humains ont bien du mal à assumer.   Se référer à Jésus,  c'est se référer à l'humanité toute entière. Paul le dira autrement disant "qu'il n'y a plus ni juifs ni grecs... Gal3/28 col 3/11" Nous pouvons ajouter aujourd'hui ni croyants, ni incroyants, ni musulmans, ni juifs, ni chrétiens, ni bouddhistes. Tous les sarments se rattachent à lui y compris ceux qui ne portent pas de fruits.

            Ainsi, les humains ont tout à gagner à rester attachés au cep c'est à dire  à Jésus,  et par extension à l'humanité, car à partir de là, Dieu peut tailler, émonder, purifier, quelle que soit la conception que je puisse avoir de Lui. Rester attaché à l'humanité c'est se mettre à la disposition de Dieu, afin d' acquérir toute la dimension humaine, porter des fruits et mettre en scène dans ce monde ce que doit  être l' existence humaine. Inversement, se soustraire à l'humanité en s'enfermant dans une religion, une nationalité , un camp - quel qu'il soi-, c'est se soustraire au Dieu de Jésus Christ, au Père de l'humanité. Un philosophe chrétien dont vous avez certainement  entendu parler , Gabriel Marcel, signale l'opposition radicale qu'il y a entre ' l'être et l' avoir. L'avoir, c'est le régime sous lequel nous vivons  dans notre monde moderne. L'homme y est amené à posséder, à s' approprier le plus possible de choses et à s'attacher à elles sans que ce besoin d'avoir" toujours plus" prenne fin.   Mais,  tous ces avoirs, toutes ces possessions, deviennent pour lui  des problèmes, des obstacles infranchissables sur la route de la vie. Il est leur prisonnier. Dans cette parabole de" la vraie vigne", Jésus nous invite non à posséder mais à être. Etre est un mystère qui m'entraine à aller plus loin, à découvrir de nouvelles choses,  à porter des fruits. Jésus nous arrache à ce monde de la consommation et de l'attachement, nous pourrions aller jusqu'à dire de l'esclavage. L'esclave est celui qui est  enfermé dans un statut où aucune liberté n'est possible.   

             Mais, attention! L'humanité est réuni au même cep, nous baignons dans la même existence. L'autre n'est pas séparé de moi. Il n'est pas un "lui" séparé de moi mais un "tu", pas un problème mais un mystère dira Gabriel Marcel. Loin de l'autre, je suis ce rameau qui sèche, inutile, bon à être jeté. Plus de sève, plus rien ne me nourrit. Loin de l'autre, je suis aussi loin de Dieu qui est le fondement de toute chose. Sa gloire ne peut plus participer à ma transformation  .

 

Conclusion

            Ce texte est très souvent lu - il suffit d'en regarder sur internet les commentaires- comme une mise en garde, un tri entre les bons et les méchants, un avertissement pour ceux qui n'adhéreraient pas à Jésus Christ. "Si quelqu'un ne demeure pas en moi, il est jeté dehors comme un sarment, il se dessèche, puis on le ramasse, on le jette au feu et il brûle". Cette lecture ne me semble pas autorisée. En effet, au verset 9 le texte se poursuit ainsi: "Comme le père m'a aimé, moi aussi je vous ai aimé. Demeurez dans mon amour." Et au verset 12: "Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés. Nul n'a d'amour plus grand que celui qui se dessaisit de sa vie pour ceux qu'il aime".  Autrement dit, si Jésus se présente  comme le cep, comme la vraie vigne (traduction plus exacte mais  s'accordant moins avec l'attachement du sarment, une vigne est composée de plusieurs ceps) c'est par amour pour l'humain. Ce n'est pas pour le rejeter. Jusqu'à présent la vigne était le peuple d' Israël planté et protégé de dieu, elle aurait dû produire les fruits de justice , de sainteté. Désormais c'est Jésus qui devient la vigne. Comme je le disais au début , Jésus représente bien l'humanité, le nouveau peuple, il n'est pas seulement une personne à laquelle j'adhère, il est l'humanité tout entière. Il ne s'agit pas ici d'une substitution, d'un remplacement d'Israël par Jésus, comme l'a parfois prêché l' Eglise (ce qui a entretenu l' antisémitisme) et comme nous le reprochent  les penseurs juifs comme Levinas, mais il s'agit d'un élargissement à toute l'humanité incluant bien sûr le peuple d' Israël. Celui-ci n'est pas rejeté, exclu mais intégré à l'humanité toute entière. L'élection, l' amour de dieu qui étaient  des données de la pensée juive pour elle même, (seul le peuple juif était l' élu) devient avec Jésus, universelle. Et aujourd'hui le peuple juif doit être fier de ce que sa découverte d'un dieu qui élit et aime ne s'adresse pas qu'à lui mais au monde entier.  Il n'y a plus un peuple juif, un peuple chrétien, un peuple musulman, un peuple d'athées, il y a un peuple de Dieu qui témoigne de manière différente de cet amour de Dieu et de son choix de l'humain. Dieu, le père, le vigneron cultive l'humanité toute entière même si son champ est divisé en parcelles différentes et si le jus du raisin a des goûts différents quelle que soit sa couleur. Jésus nous fait percevoir que Dieu est le Dieu de tous.

  

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21 mars 2012 3 21 /03 /mars /2012 21:51

 textes bibliques  :   Timothée6/6-10            Ezéchiel 28/11-19                Marc10/17-21

 


            Récemment un numéro du journal Réforme titrait: "Sus à la corruption".  L'éditorialiste y reprenait une information furtive et jamais commentée parue dans les médias selon laquelle la France était descendue au 26 ème rang pour ce qui concerne la corruption. Cette information avait été donnée par l' ONG "trans parency International".

            Je dois avouer, pour être allé, dans des pays où la corruption peut se constater tous les jours que cette information m'a touché et je suis reconnaissant  au journal Réforme d'avoir été l'un des rares à la reprendre . Mon pays venant seulement au 26éme rang après le Chili et les Bahamas. Mais où est donc "ma France", celle de Jean Ferrat ou encore celle de Du Bellay exilé à Rome au service de son oncle cardinal: "France mère des arts des armes et des lois tu m'as nourri longtemps du lait de ta mamelle".   Détrompez-vous,  je ne sombre pas subitement dans le nationalisme comme le fit Charles Péguy et si je devais choisir,  j'opterais pour celui qu'il n'aimait pas et contre lequel il écrivait à la veille de la guerre de 14-18: " Dés la déclaration de guerre, la première chose que nous ferons sera de fusiller Jaurès, nous n'avons pas besoin d'un traitre pour nous poignarder dans le dos".   Jaurès et Péguy aimaient la France.  Pour sa grandeur, l'un voulait la paix, l'autre la guerre.  Les deux sont morts.  Jaurès a été assassiné défendant la paix un stylo à la main.  Péguy, le fusil entre les siennes a perdu la vie au combat d'une balle dans la tête. Ils n'avaient pas choisi la même méthode pour  défendre leur pays. Au quel des deux l'histoire a- t-elle donné raison?

            L'histoire ne donnera jamais raison à la corruption. Ceux qui choisissent cette méthode non seulement  ruinent leur pays tout en prétendant le soutenir mais encore ils contreviennent totalement à l' amour du prochain, pilier de l'enseignement de Jésus. Tout ceci alors qu'une grande majorité s'accordent sur l'origine de cette corruption.

            - Tout d'abord un système de gouvernement oligarchique où le pouvoir est concentré entre les mains de quelques uns. On pourrait parler d'une oligarchie financière. Il est vrai que dans notre pays  les pouvoirs accordés par la constitution au président de la république favorisent ce système si ce même président manque de sagesse et de prudence.

            - Une aggravation des inégalités. Les enquêtes nous apprennent que les riches sont de plus en plus riches et que les écarts se creusent avec le reste de la population;

            - Enfin j'ajouterai le discours ambiant qui fait de l'argent la première préoccupation . Nous pourrions ici plagier Karl Marx en disant: "L'homme n'existe que parce qu'il possède et lorsqu'il n'a rien il n'existe plus".  Dans mon village natal, quelque part dans la montagne du Tarn, les habitants de conditions bien modestes disaient à peu près la même chose parlant de leurs voisins: "- il est laid mais il a de nombreux biens"; ou " Il n'est pas très intelligent mais il a réussi ou encore "sa femme n'est pas belle mais il a de l'argent". Nous, chrétiens qui voulons regarder l'homme à travers Jésus Christ nous ne pouvons que dire hélas! hélas!

            J'ai osé espérer que la Fédération et plus largement l' Eglise prendrait position par rapport à cette situation qui est une situation d'injustice mais je n'ai rien vu ou presque.  Avec humour, je me disais que le CNEF allait pouvoir s'occuper du ciel et la fédération de la terre. Peu de chose , peu de  retentissement dans les médias.

            Et cependant, il y aurait de quoi faire. Comme le montre dans son dernier livre TZEVETA TODOROV on essaie de dresser notre esprit à l'acquisition de l'argent. Avec le taylorisme on dressait notre corps. L'ouvrier devait répéter toujours les même gestes d'une manière stéréotypée. Maintenant c'est la pensée qui doit être façonnée. L'homme doit comprendre qu'il n'a de la valeur que par rapport à l'argent. N'êtes vous pas impressionnés par cette  présidente d'une grande organisation patronale qui justifie des salaires de plus de 10 millions d'euros par an   nous disant que ces hommes valent bien çà tant ils sont compétents? De qui se moque -t-on? Dieu aurait-il créé des êtres qui ont besoin de 4 ,2 millions d'euros par an , puisque c'est la moyenne, pour vivre là ou d'autres doivent se contenter de 350 euros (1 euro par jour) et encore!

Ces jours -ci lors d'un débat à la télé sur les dépassements d'honoraires, des chirurgiens étaient dans l'incapacité totale d'admettre qu'ils pourraient gagner moins. Certains pratiquaient des dépassements d'honoraires de près de 10000 euros pour l'ablation de la prostate. Ils se plaignaient de gagner moins que les footballeurs! Mais , ce que j'ai trouvé de plus dramatique,  c'est qu'ils ne cherchent pas l'argent parce qu'ils en ont besoin ici et maintenant   mais parce qu'il leur garantit  l'avenir, il les assure dans le temps, il sert à apprivoiser l'inconnu. L'argent  remplace ici la vie Eternelle. A travers lui c'est l'idée de la mort qu'ils refusent, l'idée de limite.  Il leur semble que l'on a toujours un futur lorsque l'on a de l'argent. C'est exactement de cela que souffre le jeune homme riche: "maitre que faut-il que je fasse pour avoir la vie Eternelle"? Le besoin de l'argent est de l'ordre du religieux.   Parce qu'il me sert à lutter  contre la mort,   il n'y en a jamais assez. La mort étant la pire des choses qu'il puisse arriver à l'homme, toute somme d'argent est insuffisante  pour y faire obstacle d'où une accumulation sans fin.  Comme le remarquait déjà Epicure 350 ans avant Jésus-Christ, il n'y a pas de limite  intrinsèque à la possession de l'argent, aucune raison d'en avoir assez. Non il n'y a pas de degré raisonnable, de possession sage, de satiété naturelle, on veut toujours en avoir, encore et encore...

             Le pire,  est que le pauvre - ou tout simplement les gens de condition modeste - est accusé d'être pauvre. Il est accusé de ne pas vouloir travailler,   de profiter du système. Il ruine la sécurité sociale. Il assèche les Assedic. Il abuse d'une retraite précoce, d'une durée du travail trop courte. Jacques Ellul, dans son livre "l'homme et l'argent"  s'attache à montrer, bible en main, le pourquoi de cet invraisemblable reproche. C'est parce que dit -il, le riche est remis en question par le pauvre. Il est exaspéré. Le riche perçoit, que par l'intermédiaire du pauvre, c'est Dieu qui questionne "et le riche répond avec dureté à la demande du pauvre, (prov.18/23).  il  méprise et domine le pauvre" Ecl 9/16. Ce qui anime le riche, c'est l'esprit de puissance. Dans le livre d' Esaie et des psaumes, nous pouvons entendre la plainte du pauvre qui est opprimé, détesté; Et le fils de Dieu, à son tour vivant comme un pauvre, supportera la haine  et la puissance du riche. Le riche fait payer au pauvre la haine qu'il porte à Dieu. Il refuse d'écouter Dieu pour ne pas se sentir responsable de la misère du pauvre.

            On peut dire que d'un bout à l'autre de la bible retentit une malédiction sur le riche. Il n'y a pas de bon et de mauvais riche . La réalité même de la vie du riche est nécessairement contraire à Dieu. En dehors de cas exceptionnels comme , Abraham, Job, Salomon, il n'y a pas de riche juste. Leurs maisons sont remplies de ce qu'ils ont pris par fraude, c'est pourquoi ils sont devenus puissants et riches, gros et gras, il n'y a pas de limite à leurs méfaits, ils ne rendent pas la justice, , ils ne tiennent aucun compte du droit du pauvre  Jér5/27-28; et encore: Vous les riches vous avez vécu sur la terre dans le luxe et les plaisirs, vous vous êtes engraissés, vous avez condamné et mis à mort des innocents. (Jacques 5/5); et lorsque la richesse a été acquise honnêtement elle est aussi condamnée: Tu t'es constitué une fortune grâce à ton savoir faire et à ton intelligence. Tu as amassé des trésors d'or et d'argent. Tu as accumulé des bénéfices grâce à ta grande habileté commerciale et toute cette richesse t'a gonflé d'orgueil. Tu t'es cru l' égal de Dieu. (Ez 28/4-6)

             On peut être surpris par cette attitude radicale. Elle s'explique parce que la richesse sépare de Dieu. Ces jours-ci, le journal le monde rapportait les résultats d'une batterie de tests montrant que plus on est riche et moins on a de morale. Il faut choisir Dieu ou Mammon, mais on ne peut pas servir deux maîtres à la fois. L'argent ne peut pas ne pas corrompre.  Si j'obtiens tout par l'argent, je ne peux plus espérer de Dieu. L'espérance est barrée. C'est pourquoi le riche n'a pas d'autres solutions que de tout vendre et de suivre Jésus.  "Il te manque une chose: va, vends tout ce que tu as et donne l'argent aux pauvres, alors tu auras des richesses dans le ciel; puis viens et suis-moi". Jésus vient en lieu et place de l'argent.  Dans l' ancienne alliance,  la richesse était signe de bénédiction. Il paraît qu'il l'est encore dans les Méga Church aux Etats Unis! Plus besoin de ce signe, il est devenu caduc. Désormais   la richesse c'est Jésus.

 

            Il n'est pas impossible que l'humain ait besoin de s'attacher à quelque chose. Les psychanalystes diraient à un objet.  La pensée Sartrienne selon laquelle l'humain serait entièrement libre et autonome me parait devant être sérieusement nuancée. Il suffit de regarder ces foules s'agglutiner derrières des idéologues religieux ou politiques, s'exalter dans les tribunes d'un match et dès qu'elles en sont descendues, se précipiter pour une consommation effrénée d'objets divers et variés. Jésus avait déjà perçu un troupeau sans berger. Et malgré cela, il y a toujours un reste d'insatisfaction. Alors il faut toujours plus de sexe, toujours plus de religion, toujours plus de médicaments, toujours plus d'alcool, toujours plus de Dieu dans la précision de sa représentation. Et bien sûr toujours  plus d'argent parce qu'il est par excellence à la fois,  l'objet qui donne le plus  d'illusions et celui qui ne comble jamais. L' argent  dans l' épitre à Timothée crée toutes sortes de maux et de douleurs dans les cœurs. L' argent   devient très vite un piège. Il est une addiction.  L'homme riche est dans cette démarche du toujours plus. Il a tout. Y compris une bonne morale puisqu'il  connaît et applique les commandements . Il vient même de trouver un "bon maitre"! Et Jésus l'envoie promener :" pourquoi m'appelles-tu bon"? Et, malgré cela , il est en manque! L'accumulation des choses le laisse bien seul devant sa finitude. Et Jésus l'invite à ne plus amasser mais à  se séparer, à quitter et à suivre Jésus; Et  suivre Jésus, c'est s'engager dans la foule, auprès des plus riches comme des plus pauvres, des malades comme des biens portants, des gens de mauvaise vie comme de ceux qui se disent purs. Suivre Jésus, c'est se tourner vers l'humain et vivre sa réalité dans toutes ses dimensions.  

            Je pourrais m'arrêter là puisque je viens de vous inscrire dans la suite de Jésus et dès lors,  face à chaque être humain présent sur cette terre. Permettez- moi deux remarques:

            La première est en souvenir de ma grand mère. Elle me rappelait sans cesse qu'il y aurait toujours des riches et des pauvres et elle semblait penser que c'était nécessaire. Après tout ce que je viens de vous dire, qui interpellerait les riches s'il n'y avait plus de pauvres? Qui se ferait le porte parole de Jésus, lui le plus pauvre d'entre -nous ? Elle me disait aussi qu'il n'y aurait pas de grand soir quelles que soient les révolutions; et que cétait dangereux de s'enfermer dans une telle croyance parce que le royaume de Dieu reste un appel, une vision, qu'il n'est jamais accompli, qu'il reste un avenir toujours possible, jamais réalisé et qu'il attise le désir qui nous fait vivre et espérer.  Le grand soir est une croyance, le royaume de Dieu est une espérance.

            Ma deuxième remarque elle vient de tout l'intérêt que je porte à ce qui n'est pas dans la bible, qui nous vient de l'extérieur et qui nous est aussi très utile pour notre bonheur. Il s'agit de la question de l'utilisation de l'argent. Dans son œuvre maitresse "le capital", Marx cite Aristote pour qui l'accumulation de l'argent est immorale. Aristote distingue l'usage normal de l'argent -l'économique- d'un usage anormal -la chrématistique. L'économique c'est l'art d' acquérir  les biens nécessaires à la vie, utiles à la famille et à l' Etat. Elle se borne à cela. C'est un échange. La chrématistique au contraire , c'est l'art de s'enrichir, d'accumuler de la monnaie pour la monnaie en produisant des biens de consommation en grande quantité sans se demander s'ils seront utiles et nécessaires. L'économique est limité et propose autre chose que de l'argent. La chrématistique ne l'est pas et poursuit son augmentation. Elle est blâmable car elle détourne l'argent de l'usage pour lequel il a été inventé à savoir non pas faire de l'argent mais permettre l'échange des marchandises.

            Ce n'est pas à l'argent de tout mesurer, surtout pas la valeur des hommes. C'est aux hommes de se modérer eux mêmes dans l'usage de l'argent en le remettant à sa place d'intermédiaire et d'échange, et en le soumettant à d'autres valeurs comme l'utile et le bien .

            L'argent ne peut pas être considéré comme une fin mais comme un moyen. Kant, le grand philosophe considérait que la seule façon d'échapper à l'envie insatiable de l'argent était de faire de l'homme une fin et pas un moyen, autrement dit de placer l'humain par dessus tout. N'est-ce pas ce qu'à fait Jésus? Et si la vie Eternelle résidait dans ce lien  mis en place avec mon prochain?

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20 mars 2012 2 20 /03 /mars /2012 11:37

    Lectures bibliques     2 Rois 2/9-18   Ps 51/12-14           Jean 3/ :1-8      Eph 4/ 29-32


            L'évocation du saint Esprit est le plus souvent source de moquerie  et   d'ironie. Il semble que l'expression "enceinte par le saint Esprit " soit le point de départ de ce rejet de  l'Esprit. En effet, les hommes prisonniers de l'instinct animal de conservation de l' espèce, ne peuvent imaginer qu'une jeune fille puisse être enceinte sans que cela vienne d'eux.  Pour eux désigner le St Esprit comme cause principale de la grossesse c'est cacher la vérité. Le déroulement de l'histoire de Jésus jusqu'à nos jours fera de la naissance virginale l'élément fondateur de la culture prenant le pas sur la nature des choses. Désormais, la foi transcende le naturel.

            Cette attitude consistant à se moquer du Saint Esprit témoigne aussi de la déchristianisation du monde d'aujourd'hui puisque pécher contre le saint Esprit selon l' Evangile de Matthieu est impardonnable. "Celui qui parle contre le St Esprit ne sera pardonné ni dans le temps présent, ni dans le temps à venir" Mat 12/32.

           Le Saint Esprit échappe à toute définition. Il est indescriptible, impossible à enfermer dans des mots. Dans l' Ancien testament il est traduit par vent, souffle ou encore respiration. Le vent ne peut être enfermé dans une boite. Ouvrez par exemple une boite face au vent, puis fermez là. Quand vous arrivez chez vous, ouvrez la. Il ne se passe rien. Pas de vent.  Il ne peut être ni  conservé ni thésaurisé. Il ne peut pas se peindre. C'était d'ailleurs la réponse à mes enfants lorsqu'ils étaient petits et qu'ils disaient :" qu'est-ce qu'on fait Papa"?.  Et moi très sérieux " Essayez de peindre le vent".  Puis on cherchait et riait ensemble.  Et pourtant , le vent existe! Qui oserait prétendre le contraire?

            Le vent fait tourner les éoliennes. On l'entend souffler dans les branches. Il ondule les champs de blé; Il gonfle la voile et fait avancer le bateau. C'est ce que Jésus dit à Nicodème Jean 3/8:" Le vent souffle où il veut; tu l'entends mais tu ne sais pas d'où il vient ni où il va. Il en est ainsi de quiconque est né de Dieu." Cependant, il reste insaisissable. On ne peut que d'écrire ses effets.

            Il y a un philosophe connu et qui est une référence qui a bien compris cela: Hegel. Il a écrit un livre intitulé "la phénoménologie de l' Esprit". Il y approche l' esprit non en tant que tel mais par ses effets dans l'histoire. Certes il ne parle pas directement du Saint Esprit du Christ mais sa conception de l' esprit reste pertinente. Il y rejoint l' Ecriture qui nous invite à voir non pas l' être de l'esprit, sa nature mais ses manifestations. C'est ce que l'on pourrait appeler une approche phénoménologique de l' Esprit.

            Les ouvrages de théologie essaient de nous expliquer ce qu'est le saint Esprit à partir de la trinité. Celle-ci aurait pour but de nous dire Dieu en trois personnes autrement dit de nous définir Dieu à partir du fils et du saint Esprit tout en préservant un équilibre entre ces trois identités.  Ces explications m'ont toujours parues compliquées à lire , interminables, enchevêtrées et confuses. C'est d'ailleurs ce qui explique ,me semble t-il, les querelles sur la trinité dont la formulation la plus connue est celle du symbole des apôtres,  les uns prétendant qu'elle n'est pas biblique les autres affirmant le contraire .

            Je pense que la formule trinitaire est une démarche pédagogique et en aucun cas une tentative pour expliquer qui est Dieu, qui est Jésus et qui est le Saint Esprit. Elle n'est pas un dogme mais un outil pour l'enseignement. Les trois entités échappent à toute définition. Les mots ne suffisent pas quand il ne sont pas comme le dirait Lacan "meurtre de la chose" elle même.  Les trois termes doivent être pris dans l'ordre  parce que c'est ainsi qu'ils apparaissent dans l'histoire de chacun comme dans l'histoire de l'humanité.

            Dieu : On pourrait dire qu'il apparait avec la conscience de tous les  humains. La question de Dieu est comme innée. Selon le philosophe Edgar Morin, les pensées et les idées du début de l'humanité se transforment en divinités et entités surnaturelles. Certes pas sous la forme du Père de Jésus Christ, plutôt sous des formes de superstition, de divinités diverses, mais il est là. C'est pourquoi les humains éprouvent le besoin de le rejeter, de le confesser, de douter. Ils ne peuvent pas être neutres même s'ils se plaisent à jouer les indifférents. Dieu est là quelle que soit la forme qui lui est donnée par les humains.

            Jésus : Il peut être accueilli par tous en tant qu'homme. Tout le monde s'accorde à dire que ses paroles comme ses actes sont exceptionnels et qu'ils ne peuvent qu'être reconnus.  Certains vont jusqu'à reconnaitre en lui un prophète. Par contre seuls les chrétiens reconnaissent qu'il incarne la Parole, le Verbe et qu'à ce titre il est Dieu . Il faut regarder à Jésus pour "voir" Dieu en quelque sorte. " Personne ne sait qui est le fils si ce n'est le père et personne ne sait qui est  le père si ce n'est le fils et ceux à qui le fils veut bien le révéler ". Luc 10/21

            Le Saint Esprit :  Lorsque Jésus annonce à ses disciples qu'il doit partir il leur dit: "il est préférable pour vous que je m'en aille car si je ne m'en vais pas, le consolateur (l' esprit) ne viendra pas vers vous; mais si je m'en vais je vous l'enverrai". Autrement dit, l' Esprit est celui qui remplace Jésus auprès de ses disciples après le départ de celui-ci. Tout cela se vérifiera  lorsque Jésus apparait à ses disciples et qu'il leur dit: "la paix soit avec vous! comme le père m'a envoyé, moi aussi je vous envoie. Après avoir dit cela, il souffla sur eux et leur dit; "Recevez l' esprit Saint" (Jean 20/21-22) L'Esprit leur est donné, ils vont pouvoir demeurer en Dieu et se laisser conduire dans toute la vérité. Jésus a rejoint le père mais les disciples ne sont pas abandonnés. Il a dû se retirer pour qu'ils deviennent des chrétiens responsables et adultes.

            Que conclure, sinon qu'aujourd'hui nous vivons le temps de l' Esprit; Il y a eu le temps de Dieu, le temps de Jésus (c'est un temps charnière), Aujourd'hui celui de l' Esprit. Mais ces temps ne pouvaient que se succéder et si Jésus prend sa source en Dieu, l'esprit prend la sienne dans les paroles et les actes de Jésus ( mort et résurrection compris bien sûr). C'est la connaissance de l'œuvre de Jésus qui renouvelle l' esprit qui est sur nous. Elle le met en mouvement.  C'est pourquoi nous ne cessons pas de nous laisser interpeller par les Ecritures . Par elles  l' Esprit qui repose sur nous se renouvelle et nous conduit dans ce monde, comme il a conduit les disciples pour affronter tout ce qui fait obstacle au bonheur des humains, à leur liberté et à la dignité qu'ils ont reçues en naissant . Et c'est dans ces combats que d'autres pourront reconnaitre L'esprit puisque celui-ci ne peut se reconnaître qu'à ses effets.

            Ce temps de l' Esprit que nous vivons demande deux précautions. Ces précautions se sont imposées à moi après que j'eusse fréquenter et le mouvement du renouveau charismatique et le mouvement des chrétiens libéraux.*

            - la première est de ne pas chosifier l' Esprit Saint . Nous avons rappelé qu'il est comme le vent, insaisissable. Ajoutons y aussi comme le dit Jésus que nous ne savons pas où il va ni d'où il vient. L'Esprit n'a pas déposé Elie sur la montagne où sont allés le chercher les cinquante prophètes. C'est une erreur que de vouloir le diriger, penser qu'il est ici ou là. Il n'est pas possible de se servir de l' Esprit, de l'instrumentaliser dans le but de parvenir à ses fins. En faire une chose, un objet revient à de l' idolâtrie.*

            - la deuxième précaution est de ne pas isoler L'esprit Saint de ses sources. La trinité nous les rappelle: Dieu le père, Jésus le fils. Je comprends que rappeler la trinité uniquement à travers le symbole des apôtres puisse agacer. Ce n'est pas une raison de la jeter aux oubliettes parce quelle correspond à la démarche de la foi pour chaque être. Refuser la trinité c'est aussi refuser l' Esprit Saint qui hors de ses sources (Dieu et Jésus) n'a plus de fonctionnalité. Beaucoup de chrétiens réduisent le contenu de la foi en faisant de Jésus un SUPER homme, le parfait, un héros, celui que l'on peut  admirer. Vu ainsi, il y a d'autres hommes et d'autres femmes extraordinaires: Luther King, Gandhi,  Mère Theresa et bien d'autres soigneusement  choisis selon ses convictions.  Mais Jésus est au delà de ces humains extraordinaires. Il Porte en lui l' Esprit de Dieu, cet Esprit qu'il envoie sur les disciples.*

            Au moment où nous nous acheminons vers Pâques et la résurrection, n'oublions pas que la résurrection et l' Esprit sont indissociables. La résurrection n'est pas un fait historique. Elle est une expérience spirituelle. La bible ne nous dit pas  qui a roulé la pierre ni comment Jésus est sorti .  Elle nous dit que le tombeau était vide  et que Jésus précède les disciples en Galilée. Paul écrit dans 1 cor15 5-8:"Il est apparu à Céphas puis aux douze. Ensuite il est apparu à plus de 500 frères à la fois...Ensuite il est apparu à Jacques et à tous les apôtres. après eux tous, il est apparu à moi aussi comme à un avorton."C'est par l' Esprit que la résurrection est saisie et que Jésus est "vu". Ainsi,chaque fois que je parle de l' Esprit, je dois me souvenir qu'il renvoie au Ressuscité.

            * Ces deux mouvements s'excluent l'un l'autre sans ménagement. Si vous dites à un charismatique que vous vous  intéressez au mouvement  libéral, vous provoquez chez lui immédiatement une éruption de boutons. Cela peut aller jusqu'à la syncope tellement il a le sentiment qu'il est en face d'un païen. Si vous dites à un libéral que vous participez à des rencontres charismatiques vous êtes catalogué au mieux d'être un illuminé, au pire d'être un infirme intellectuel. Dans les deux cas vous êtes mis de côté.

            * Le Renouveau Charismatique et le pentecôtisme ont eu  l' intuition  que nous étions dans le temps de l' Esprit depuis la résurrection de Jésus. C'est là leur force. Leur faiblesse est bien celle signalée ici à savoir une volonté à peine cachée de vouloir eux-mêmes diriger l' esprit comme s'il était un objet possible à maîtriser, et d'attribuer à Dieu une puissance miraculeuse et immédiate qu'ils confondent avec le déroulement  de l'histoire  individuelle et collective. Jésus n'a pas voulu transformer   les pierres en pain.

                * La force du  mouvement libéral est de nous mettre en garde contre l'image que nous nous faisons de Dieu (une idole) et une théologie sacrificielle: Jésus serait mort en lieu et place de l'animal que l'on sacrifiait pour expier les péchés , son sang venant apaiser la colère de Dieu . Sa faiblesse serait d'en rester au temps de Jésus sans Jésus négligeant volontairement le temps de l' Esprit et croire que l'homme a une vocation à la liberté pure. Mais l'homme n'est libre qu'en Jésus-Christ.  

                              

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11 novembre 2011 5 11 /11 /novembre /2011 21:32

        

 

            La Toussaint arrive.  C'est le jour férié le plus fêté, je dirai le plus suivi puisque les morts sont concernés. Etrange calendrier de nos fêtes publiques avec jours férié à la clé puisque les deux les plus suivies ( le 15 août et la toussaint),  ne concernent  que les catholiques; deux (8 mai et 11 novembre) fêtent la victoire des deux dernières plus grandes guerre. Aucune fête publique pour reconnaître les 2 autres grandes religions de France : l'Islam et la religion juive.  Il y a de quoi s'étonner que dans un état laïque il n'y ait pas un peu plus d'équilibre et de reconnaissance pour tous. Il est remarquable aussi de noter (si l'on en croit les sondages) que la plus grande partie de nos concitoyens ne savent pas à quoi   correspondent nos fêtes publiques.  Nous avons eu cet été la polémique sur le 14 juillet qui posait la question du sens de cette fête à savoir notre liberté a -t-elle été conquise par les révolutions , par la guerre ou par les deux à la fois? Dommage, le débat à dégénéré en querelles politiciennes. Concluons pour faire court, que la guerre  reste toujours une horreur à éviter bien évidement.

            La toussaint garde toute son émotion parce que la mort ne s'arrête pas  et qu' il y a toujours dans les cœurs la peine d'avoir perdu ceux que nous aimions.  Alors quelques fleurs, quelques prières pour nous consoler, ce n'est jamais de trop. Je sais bien que cette fête n'en est pas une pour les protestants pour qui il n'est pas nécessaire de prier pour les morts mais comment s'empêcher d'avoir une pensée pour ceux qui nous manquent ou d'apporter quelques  fleurs, comme un symbole, au cimetière où sur le lieu où un être cher a perdu la vie. Regardez le bord de nos routes , les bouquets y sont nombreux et je vous avouerai que je les préfère à ces silhouettes noires qui nous rappellent qu'ici quelqu'un s'est tué dans un accident de la route.. Elles  donnent la trouille jusqu'à en perdre le contrôle de votre voiture! Faire peur est-il un bon moyen pour améliorer la sécurité? Les politiques devraient s'emparer de la question.

             La mort nous dit-on est la plus grande préoccupation de l'homme qui  aurait du mal a accepter sa finitude. Il aurait très peur de la mort. Il ne voudrait pas mourir.  La mort serait ainsi à la source de toutes les religions dont le but premier serait de nous permettre de la supporter. Le philosophe Luc Ferry pense que la réussite du Christianisme et son extension rapide vient de ce qu'il apporte les meilleures propositions , les meilleures réponses à la mort en promettant la résurrection. L'homme récupérerait ainsi l' Eternité dont il a le désir. Freud conteste  l'affirmation selon laquelle l'idée de la mort est le point de départ de toute réflexion et de toute spéculation sur Dieu et sur  la vie. Pour lui l'homme primitif triomphe auprès des cadavres de l'ennemi qu'il vient de tuer sans avoir à se creuser la tête sur les énigmes de la vie et de la mort. Mieux encore, il montre que l'humain  est animé par deux pulsions antagonistes, la pulsion de vie et la   pulsion de  mort et que cette dernière l'emporte très souvent: l'homme a envie de mourir.  Pour Freud, ce qui pousse l'homme à réfléchir, "ce ne fut pas l'énigme intellectuelle ni la mort en général, mais le conflit affectif qui s'élève dans son âme à la vue d'une personne aimée fut-elle étrangère et haïe". L'homme ne pouvait pas songer à la mort avant que la disparition d'un être cher lui fasse toucher du doigt que la mort est une rupture avec l'être aimé. Admettant alors sa propre mort, difficile de faire autrement, l'homme refusa d'y voir une disparition totale, définitive. Alors il imagine des esprits. Le souvenir persistant des morts devient la base de la croyance à d'autres formes d'existences. Ce fut le point de départ des religions de croyances en Dieu ou a des dieux.  bref à des forces surnaturelles.

   Ce serait donc à cause des relations aux autres et de l'amour qui leur est porté que sont nés les sentiments religieux qui ont par la suite évolués du polythéisme au monothéisme, d'un dieu confondu avec la nature  à un dieu de la pensée.  

            Tout cela pourrait paraître anodin et sans intérêt si Jésus n'avait pas  fait de l'amour et de la relation aux autres la chose la plus importante pour l'homme , le commandement essentiel. " Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ta force et de toute ta pensée  et ensuite,  Tu aimeras ton prochain comme toi même". Entendant ces deux commandements,  nous faisons comme si cet amour était un devoir, un impératif et comme si l'amour était  la valeur essentielle et spécifique de la foi Chrétienne. Après tout peu de valeurs retenues par la société sont chrétiennes,  alors au moins ayons l'amour! Or,  il me semble  à la lecture attentive  des textes du NT, qu'en parlant d'amour Jésus ne nous demande pas seulement une bonne morale ou encore une grande générosité pour les autres, il nous propose une identité, un type d'humanité.  L 'amour organise nos vies, définit nos croyances , donne la personnalité. La crainte de la mort s'efface et perd son pouvoir. L'Amour   fait notre vie et l'oriente. Il  nous construit.    Jésus  fait  passer la  demande d'amour du plan moral -aimer est une exigence-à un plan existentiel: aimer va faire ta vie, ton identité. Aimer c'est ce qui va te guider, tu seras ceci ou cela suivant que tu aimeras,  haïras ou resteras indifférent. Dans son épitre 1 corinthiens 13, l'apôtre Paul reprendra ce thème: si je n'ai pas l'amour je ne suis rien. (outen eimi c. à d mot à mot, rien ne je suis) Il est constitutif de ma personne. Et s'il  y a des croyance, des religions, une foi, c'est l'amour qui en déterminera la nature. Nous pouvons prolonger: Si tu n'as pas l'amour tu feras de Dieu une idole: tu le définiras par ta pensée, tu t'en feras des représentations de toutes sortes, tu lui attribueras des pouvoirs et des fonctions qu'il n'a pas,  tu te poseras à son sujet des questions sans réponse et tu te complairas dans les réponses que donnent les hommes qui croient savoir sur Dieu. (Or Dieu est par excellence le lieu du non savoir).  Si tu n'a pas l'amour tu te mettras à croire en n'importe quoi, à dire  et faire n'importe quoi. C'est l'amour qui  donne les points de repère,  qui borne le champ des possibles,  qui met  dans la bouche les mots utiles.  

            En faisant de l'Amour le primat de nos attitudes, de nos pensées, de nos paroles,  en mettant l'amour au dessus de tout comme le demande l' apôtre, Jésus apporte  une véritable révolution et l'on comprends alors Paul lorsqu'il dit que la loi n'est plus suffisante ou pas utile:  "Celui qui aime les autres a accompli la loi"  et Paul précise :  En effet les commandements tu ne commettras point d'adultère, tu ne tueras point, tu ne convoiteras point et ceux qu'il peut encore y avoir, se résument dans cette parole: "tu aimeras ton prochain comme toi même"  . L'apôtre si souvent contesté et semblant confondre parfois ce qui ne relève que de sa culture et l'universel, ici vise juste et nous ne pouvons pas nous empêcher d'être saisi par la force qu'il donne au message de Jésus. Cela a été la grande découverte de Luther découverte trop souvent sans suite,  sans application   ou enfermée dans des expressions devenues des dogmes comme "la justification par la foi". Comment comprendre ce que cela veut dire si nous n'expérimentons pas l'amour dont parle Jésus.   

            L' amour a été compris comme une valeur,  la bonne action indispensable, très rarement comme  l'essence même de ce qui fait  l'homme. L'amour est la matière même avec laquelle l'homme est construit. Sans l'amour l'humain reste infirme, handicapé. Il n'accède pas à sa pleine humanité, il est mal pétri et ne peut que rester dans le pétrin!

            L'amour construit l'humain et je conclurai en donnant deux de ses fonctions principales.

              L'amour est une invitation à ne pas passer notre temps à lutter contre la mort  comme si nous pouvions transformer notre vie en Eternité .  La  lutte nous épuise d'un point de vue psychologique, il semble qu'elle épuise aussi tous nos moyens, c'est à discuter! Ne devrions nous pas assigner à la mort la place qui lui convient dans la réalité,  dans nos idées et nous incliner devant sa vérité.  N'est-ce pas le message de la résurrection, repris par l' apôtre Paul lorsqu'il nous dit qu'elle n'est plus un scandale "oh mort où est ton aiguillon?" (1 cor. 15/55). La mort ne peut pas être notre préoccupation première si nous voulons nous rendre la vie supportable. El le ne doit pas mobiliser toute notre énergie. Le souci de la  mort nous confisque la première des libertés:  celle d'exister sans crainte et dans la joie. Lorsque la mort est là notre devoir est d' être prêt pour l'accepter, voire l'accompagner (soins palliatifs)   pas de la rejeter, de la nier. Les acharnements thérapeutiques ne sont qu'une façon de nier la mort. La surenchère  des croyances et des actes religieux aussi. Pourquoi chercher à définir l'au delà, maintenir sa crainte et multiplier rites et conditions pour y accéder?  Il est d'ailleurs significatif qu'au moment de la déchristianisation il y ait encore autant de demandes de  cérémonies religieuses pour les enterrements. Ah comme la mort coûte cher à la vie!

            Enfin et j'en termine par là , l'amour c'est me laisser confronter à ce qui émane de  l'autre , son visage  et me laisser mettre en question par ce visage jusqu'à en être dérangé, traumatisé, destitué voire même violenté nous dit Levinas, ce philosophe qui à connu les camps d'extermination. L'amour ce n'est pas la charité, l'altruisme. Ces deux choses me font du bien et me confortent dans mon identité, l'amour dont parle Jésus me bouleverse. Dans le geste altruiste quelque chose de ma puissance trouve à s'exercer et la justice est reléguée à un second plan. Dans l' amour de Jésus, celui qui est en face de moi a priorité sur moi, je suis son otage et il commande mes attitudes, mon éthique dirons-nous plus savamment.  Ainsi les enfants, les plus démunis, les étrangers passent avant moi. Ils deviennent mes maîtres en humanité .  Ce ne sont pas les élans affectifs qui règlent les rapports humains  mais des rapports solidaires et libres.  Pour Levinas l'éthique se retrouve dans cette banale formule "après vous, je vous en prie". Elle est la clé du monde et la règle de vie individuelle comme collective. Pareille formule est fondatrice et repérable dans bien d'autres registres

             Je fixe mon regard sur l'Autre , depuis Jésus jusqu'à la dernière personne  que je rencontrerai au soir de ma vie. Je ne raisonne pas, je ne déduis pas, je suis saisi et requis par sa présence. A travers ce qui le dépasse et émane de lui, il m'apparait nu, faible, démuni, à la fois vulnérable et inviolable. J'entends de lui "tu ne tueras pas", "tu sera juste".  Il me commande ce que je dois être, ce que je dois faire, ce que je dois dire.  Il me charge d'une responsabilité entière envers lui. Cette responsabilité, je ne peux la déléguer à personne,  elle me constitue. Je n'aime pas mon prochain parce qu'il est moi- même ou comme moi- même mais je  deviens  moi- même dans l'amour que je lui porte .                                                                 

                                    

 

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21 août 2011 7 21 /08 /août /2011 21:37

    (Matthieu 16  v 13 à 17)

 

 

            Il est à remarquer que les théologiens se débinent lorsqu’il s’agit d’aborder la question de qui est Dieu et plus encore celle de l’existence de Dieu. Beaucoup de croyants hésitent aussi devant cette question. Dans les pays musulmans s’interroger sur la question de l’existence de Dieu apparaît comme sacrilège. La question semble pour le moins tabou pour la plupart des croyants comme si Dieu était une évidence ne pouvant en aucun cas être mise  en cause. Toute interrogation apparaît incongrue.

            Cette attitude coupe le monde en deux, d’un côté ceux qui croient et de l’autre ceux qui ne croient pas ou qui pour le moins osent poser la question de l’existence de Dieu. Elle rend impossible tout dialogue entre les deux tant les positions semblent inconciliables. Chacun reste dans son camp, au mieux tolérant le camp adverse, au pire le combattant par différents moyens pouvant aller jusqu’à la violence.

            Certes entre les deux – ceux qui croient et ceux qui ne croient pas- il y a ceux que certains appellent les « quelques chosistes »c'est-à-dire ceux  pour qui il y a quelque chose mais leur soupçon ne génère aucune recherche pouvant les amener à rencontrer les autres et à s’enrichir de par les échanges et de par la place faite à ce que l’on désignerait par Dieu.

 

            Il est rassurant ici de voir Jésus poser la question lui-même sur sa propre identité sous deux formes différentes :

1-  Au dire des hommes, qui est le fils de l’homme ?

 2- Puis à ses disciples : « Et vous qui dites-vous que je suis ? »

            En posant la question pour lui, Jésus la pose indirectement pour Dieu.

 

            Combien de fois ai-je entendu cette question sous des formes différentes ? Mais c’est qui Dieu ? C’est quoi ? ou encore : Et ce Jésus alors, c’est quoi, un homme, un Dieu ? Un révolutionnaire ? Un illuminé ? Etc.… etc.…Les réponses sont difficiles. Jamais satisfaisantes et rarement convaincantes. Elles provoquent des réactions et des remarques qui n’ont pas de réponses que ce soit sur la question du mal, de la souffrance, de l’injustice, de la morale. Dieu est directement mis en question sans qu’il soit possible de le réhabiliter parce que ce qui est en cause c’est bien sa représentativité. L’image et l’idée de Dieu que nous avons ne permettent pas de lui rendre justice.

            Il est d’ailleurs à noter que cette remise en cause de Dieu n’empêche pas de le prier et de s’adresser à lui. Récemment sur France culture, une journaliste demandait à un reporter, romancier s’il croyait en l’existence de Dieu. Et celui-ci répondait disant : «  Hélas non, je n’ai pas cette chance, mais il m’arrive de prier ».  Curieuse  réponse puisqu’il ne croit pas en Dieu mais prie. On a alors envie de  lui dire : « il ne  dépend que de vous de croire ou pas ». Et si ce n’était pas aussi simple ! La théologie catholique dit que croire est un don que l’on a ou que l’on n’a pas. Peut-être faut-il se demander quel est ici l’obstacle à la foi ? Et si c’était la représentation de Dieu lui-même qui fasse obstacle ?

 

            Au cours des 19 et 20 ème siècles il y a eu la critique du théisme qui a permis de passer d’un Dieu tout puissant, seul juge à un Dieu d’ amour, compatissant correspondant au Dieu père de Jésus, mais cela n’a pas suffit pour arrêter le rejet de Dieu ou pour stopper une sorte d’idolâtrie que l’on retrouve dans des attitudes religieuses exacerbées où Dieu n’est plus Celui qui nous défend mais celui que l’on défend (comme le font les intégristes vis-à-vis des œuvres d’art qu’ils n’apprécient pas), Celui qui libère mais celui qui enchaîne (dogmes, rites, obligations)   celui qui l’entraine et non celui qui épie et condamne, Celui qui fait vivre et non celui pour qui on vit.

 

            Dans  le texte d’aujourd’hui Jésus approuvera la réponse de Simon Pierre: « Tu es le Christ, le fils du Dieu vivant. ». Cette réponse contraste avec celle des gens du peuple qui ne voient qu’une continuité de ce qui existe. Ainsi Jésus peut être un autre Jean Baptiste ou Jean  Baptiste lui-même puisqu’ils croient à la résurrection, ou un prophète comme Elie ou Jérémie. Comment en effet voir en Jésus autre chose que ce qui a déjà existé et que l’on a connu dans la réalité ou par le livre en l’occurrence la Thora. En faisant de Jésus simplement un prophète il est ramené au domaine du connu et du vécu.

            Seule la réponse de Pierre est une rupture par rapport au passé. C’est ce que relève Jésus en lui disant que ce n’est pas la chair et le sang qui le lui ont révélé mais le père qui est dans les cieux. Le terme « les cieux » signifiant bien cet ailleurs insaisissable pour l’humain.

Je note au passage que le terme « père » pour parler de Dieu est déjà une rupture totale par rapport à ce que les humains s’imaginaient et s’imaginent encore de ce qu’est Dieu.

 

            Il nous reste maintenant à méditer la réponse de Pierre « tu es le Christ, le fils du Dieu vivant ». Je dis bien « méditer » car je ne suis pas sûr que l’on puisse y apporter une réponse collective et définitive car Jésus comme Dieu ne sont perçu que lorsqu’il y a rencontre avec eux. Le mot Christ signifie bien qu’il est vivant et qu’il est Roi mais seule le rencontre et l’expérience peuvent en convaincre. C’est la raison pour laquelle lorsqu’on le dit, cela ne peut pas être cru obligatoirement. Jésus est Christ si je le laisse gouverner aujourd’hui dans le monde que j’entrevois sinon il reste soit un personnage de légende soit une figure intéressante du passé. Il est un personnage de l’histoire. C’est ainsi qu’il est perçu par les non chrétiens, croyants ou pas, mais aussi par de nombreux chrétiens. Jésus n’est pas Jean Baptiste, il n’est pas un prophète. Il est humain perméable au divin comme vous et moi. Il n’annonce pas Dieu comme les prophètes, il vit Dieu en lui, comme tout humain peut vivre Dieu. Le propre de l’humain, sa spécificité est de pouvoir vivre Dieu en toute conscience ou sans le savoir. L’humain et le divin sont mêlés. C’est ce qu’illustre ce reporter dont je parlais au début qui dit ne pas croire que Dieu existe mais prier. Il ne saisit pas Dieu par ses cinq sens –donc Dieu n’existe pas pour lui- mais il peut prier parce que le mot même de Dieu contient ce qui fait aussi son humanité.

            Dieu ne peut être figé ni dans une définition ni dans un lieu ni dans le temps C’est ce que proclame Pierre parlant du « Dieu Vivant ». Dieu n’est pas  dans le vent, il n’est pas dans le tremblement de terre, il n’est pas dans le feu (1 roi19 v11 à 13). Il se fait entendre à Elie. Il n’est pas dans le bois, ni dans la pierre ou toute autre fabrication.  (Jérémie 2 v27 et Esaie 44/17). Il est bien au-delà de la création de l’homme, de son imagination et de tout ce qu’il peut inventer.

 

            Je me tourne vers le philosophe Baruch Spinoza qui à l’âge de 24 ans a été excommunié avec des propos très violents de la communauté juive où il avait grandi pour sa liberté de pensée et qui a été disqualifié dans son dictionnaire par le protestant Pierre Bayle qui l’accuse de panthéiste selon laquelle tout l’univers est de nature divine pour avoir affirmé que Dieu ne pouvait pas être une personne, qu’il n’était pas séparé du monde, qu’il n’a pas créé le ciel et le terre et qu’il ne passe pas son temps à surveiller les êtres que nous sommes. Certes le Dieu judéo-chrétien tel qu’il était vu traditionnellement en prend un coup mais comment ne pas souscrire à l’idée que dieu possède une infinité de dimensions, qu’il est infini, un infini contenant une infinité d’infinis. Comme le dit une religion, Dieu est grand, si grand qu’en faire un slogan et le clamer à tue tête, n’est-ce pas déjà le rapetisser ? Dieu ne peut être saisi par notre entendement et par nos mots,  ce qui n’empêche pas son Nom de fonctionner parmi nous comme une réalité effective.

 

                                                Rochemaure le 12 Août 20011   Serge Soulié

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15 juillet 2011 5 15 /07 /juillet /2011 21:50

 

 

Dieu a tellement aimé le monde qu’il a donné son fils unique…Jean 3 16-18

 

            Nous avons pris l’habitude en lisant ce texte d’entendre que Dieu, dans son grand Amour pour nous, a permis que son fils soit tué à notre place. Jésus est la victime expiatoire comme cet agneau que les hébreux sacrifiaient pour effacer les péchés du peuple. Cette vision est celle du Nouveau  Testament qui présente le sang versé de Jésus comme le prix payé afin de nous racheter. On y trouve près d’une vingtaine de fois l’affirmation selon laquelle le sang de Jésus nous a racheté parce qu’il a donné sa vie en rançon pour nos péchés.

 

            Au XI eme siècle, un théologien célèbre justifiera cette thèse en s’inspirant du droit féodal. Il considèrera que l’Etre humain est un  mauvais vassal qui fait tort à Dieu son suzerain et que de toute façon, la majesté de Dieu étant infinie, l’humain n’a pas les moyens, y compris  par ses bonnes œuvres de réparer les dommages et l’injure faites à Dieu. C’est alors que celui-ci dans sa grande miséricorde envoie son fils pour payer la dette et l’indemnité que les humains ne peuvent régler. Dieu encaisse la rançon. Il y a expiation substitutive.

 

            Cette théologie de la croix pose question aujourd’hui et si elle était acceptable au premier siècle ou réexpliquée au moyen âge, elle semble indéfendable de nos jours. En quoi le supplice d’un innocent- Jésus- à la place d’un coupable satisfait-il la justice ? En quoi Dieu est-il miséricordieux puisqu’en livrant son fils il se préoccupe plus de sa gloire et de ses intérêts ? Si Dieu est un père aimant, peut-il se satisfaire de la mort horrible de son fils ? Enfin si pour sauver l’humanité Dieu a besoin de la mort de Jésus où est sa toute puissance ?

 

            Ces questions sont bien celles de nos contemporains. Elles ébranlent parfois le croyant et donnent raison à l’incroyant. Elles nous invitent dans tous les cas à reconsidérer cette théologie de la Croix qui se profile ici derrière ces quelques versets de Jean, théologie devenue si populaire que l’on a du mal à imaginer qu’il  puisse y en avoir une autre. Il nous faut pourtant replacer ces textes bibliques dans leur contexte ; Lorsque le nouveau testament parle du prix à payer cela avait du sens dans un monde où l’on pratiquait le marché des esclaves et où la liberté d’un humain s’achetait. Du jugement porté sur l’esclave dépendait sa valeur. De même, l’image de la victime tuée sur un autel était parlante puisque à cette époque on sacrifiait à des divinités pour obtenir leurs faveurs.

            Il nous faut donc considérer les textes bibliques comme des prédications et non  comme des dogmes et des doctrines. Ils  disent les choses de manière qu’elles puissent être comprises par les gens de l’époque suivant ce qu’ils vivaient et  pensaient. Il en est de même pour la théologie de Saint Anselme qui était une réactualisation du salut à partir des données de l’époque.

 

            Nous pourrions par exemple lire ces quelques versets de Jean en considérant que ce sont les hommes qui ont tué Jésus. Leur méchanceté, leur jalousie, leur soif de pouvoir religieux et politique sont à l’origine de la haine qui s’est déversée sur Jésus jusqu’à le faire mourir. De ce que voulait Dieu, nous n’en savons rien et il serait inutile, voire risqué de spéculer sur sa volonté et son pouvoir. Nous pouvons seulement constater que Jésus s’est comporté de manière tout à fait non violente et que s’il ne cherche pas la condamnation et la mort, il ne cherche pas à l’éviter parce qu’il est porteur de la paix comme il l’a montré tout au long de son ministère. On peut relever des indices d’hésitations, de difficiles combats, mais Jésus garde toute sa liberté pour mener au bout la mission qu’il croit être la sienne. Et lorsque Jean écrit que Dieu a donné son fils unique ceci ne signifie pas que Jésus n’est qu’un exécutant soumis à la volonté de Dieu mais un homme qui agit selon ce qu’il croit au sujet de la nature même de l’amour. S’il avait évité la mort nous n’aurions pas retenu tous ses actes qui ont marqué son ministère. Avec les techniques modernes, nous dirions aujourd’hui que par sa mort Jésus valide ce qu’il a dit et fait tout au long de ces trois années de ministère.

 

            Il nous est difficile de concevoir Dieu autrement que comme celui qui juge, qui tranche, impose sa loi, un Dieu qui sauve ou qui condamne selon son bon plaisir. Tout le message et toute l’attitude de Jésus consiste à nous sortir de cette ornière dans laquelle nous tombons quasi systématiquement. Il nous fait découvrir un Dieu qui ne manipule pas l’humain et celui qui croit en Jésus est débarrassé de cette image de Dieu. Celui qui ne croit pas à Jésus est soumis à l’image que les humains se font de Dieu. Verset 18 : « celui qui croit en lui n’est point jugé ; mais celui qui ne croit pas est déjà jugé, parce qu’il n’a pas cru au nom du fils unique de Dieu ». Autrement dit, celui qui ne croit pas  à Jésus, reste prisonnier de la représentation de Dieu qui est installée dans le monde, il se sent alors jugé et pratique une religion qui l’asservit ou pense se débarrasser de Dieu en le niant mais continue à être tenaillé par le sentiment d’une condamnation. Le docteur Freud pensait au début de ses recherches que ses contemporains souffraient de sentiments de culpabilité à cause de leurs références au judéo-christianisme et de la croyance en Dieu. A la fin de sa vie il dût reconnaître que ce sentiment de culpabilité ne venait pas de la religion mais qu’il était inscrit au cœur même de toute conscience quelle qu’elle soit. Il ne s’agit donc plus de délivrer le croyant mais l’humain en général.

 

            Jésus se présente donc comme le serpent d’airain. Nombre 21 v 7-9. Tous les hommes sont mordus par la méchanceté, la jalousie mais quiconque regarde à Jésus est délivré du venin de cette morsure. Jésus est une sorte de remède au mal. C’est en regardant à LUI que l’on cesse de vouloir être Dieu et que l’on découvre ce qui reste à faire pour que tout le monde puisse vivre du mieux possible. Jésus n’a jamais voulu être Dieu mais il est reconnu comme tel de par la liberté avec laquelle il agit et de par les paroles et les actes qu’il pose. Mais ce Dieu là n’est pas celui de tout le monde et c’est ainsi qu’il sera rejeté et  crucifié par quelques uns et tout particulièrement par les plus religieux. Jésus nous détourne du désir de la toute puissance de Dieu pour nous ramener à l’acte d’amour. La puissance n’habite pas une divinité mais se trouve dans  l’amour que je manifeste aux autres.  Dieu se produit dans cet acte. Il jaillit de la relation établie avec mon prochain d’où l’insistance –par Jésus- de cette relation à l’autre.

            D’ailleurs n’est-ce pas la qualité de la relation que Jésus établit avec ceux qu’il rencontre qui nous amène à découvrir Dieu ? Et combien d’hommes et de femmes sont venus à la foi, non parce qu’ils ont été convaincu par une quelconque doctrine mais parce qu’ils ont   bénéficiaires et souvent seulement témoins d’actes d’amour. Je pense à cet homme que j’ai accompagné afin qu’il se débarrasse de son alcoolisme et qui quelques mois plus tard m’écrivait : «  Depuis que j’ai quitté votre centre j’ai trouvé la foi. Je n’aurais jamais imaginé pareille chose ». Je ne lui avais jamais parlé de Dieu, je n’ai jamais cherché à le convertir. Rejeté par les siens et ses proches –et comment en aurait-il pu être autrement car l’alcoolique est insupportable- il s’est soudain senti accueilli comme Jésus lui-même accueillait les voleurs, les tricheurs, les profiteurs du système religieux, social, politique, les prostituées et j’en passe. Dieu apparaît dans la rencontre bienveillante, c’est pourquoi on peut proclamer qu’il est amour. C’est ce qu’à vécu Jésus et c’est ce qu’essaie de dire l’apôtre Jean à ces interlocuteurs et à ses lecteurs.

 

            J’ajouterai pour terminer, et ceci dans l’intention non pas de critiquer mais d’interroger, que ces hommes et ses femmes qui découvrent Dieu à partir d’une relation d’amour à leur encontre ou dont ils sont témoins ont bien du mal à retrouver ce Dieu lorsqu’ils se présentent dans une Eglise. Ce dieu qu’ils ont expérimenté dans la rencontre leur semble tout à fait étranger à celui dont on parle dans l’Eglise. Ils ont rencontré un Dieu d’amour, un Dieu Esprit, et ils se retrouvent devant un Dieu de doctrine, figé préexistant à tout mais échappant à la rencontre ; Ils nous interrogent et nous ne pouvons que les entendre si nous voulons que nos Eglises puissent continuer dans la lignée dans laquelle Jésus les a inscrites.

 

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20 mars 2011 7 20 /03 /mars /2011 17:36

 

            Il y a des textes tirés de la bible ou de la littérature en général qui ne demandent aucune explication pour toucher et les cœurs et les esprits. Dès la première lecture, ils atteignent l'âme pour utiliser un mot qui n'a guère plus cours mais qui est toujours bien compris. Nul besoin  de chercher à comprendre. Ils parlent d'eu mêmes. Vouloir les analyser et les expliquer peut  paraître déplacé.  Je me souviens d'un examen dans le cadre de la préparation de la licence en psychologie, où le professeur nous avait donné un texte du Cantique des Cantiques et nous devions démontrer que ce texte pouvait avoir un effet bénéfique sur la  relation amoureuse. C'était pour ce professeur un texte thérapeutique. Quelques étudiants s'insurgèrent alors refusant de commenter ce poème , ils y voyaient là un acte sacrilège, la poésie ne se commentant pas selon eux.

 

            Il est vrai qu'une œuvre d'art peut vous saisir ou, inversement, vous laisser indifférent et il est vrai aussi qu'un  texte peut fonctionner comme  une œuvre d'art.   L'art est un domaine sensible parce qu'il nous met en relation d'une part avec ce qu'il y a de plus profond en nous et d'autre part avec un ailleurs, un au delà, habituellement inconcevable et  inatteignable. L'art a une double dimension, celle de l'horizontalité qui nous lie aux humains et celle de la verticalité qui nous lie à ce qui, nous dépasse, nous transcende, en un mot :au divin.   Pour Hegel, philosophe protestant et Luthérien,  les grandes étapes de l'histoire de l'art, disent le progrès dans la manière dont les hommes se représentent leurs croyances, leurs valeurs, leur dieux. C'est ainsi que les hommes se  sont d'abord  figuré  Dieu sous les traits rieurs et enfantin d'un éléphant (c'est le dieu Ganesh)en Inde, puis en Grèce sous les traits équilibré de l'homme parfait qu'est Apollon (les statues de l'art classique) et enfin à partir du christianisme, Dieu est compris comme pur esprit, il n'est ni animal ni homme et il ne peut donc être représenté. Il se laisse entrevoir dans le regard, la position d'un personnage d'un tableau ou d'une sculpture par exemple. Toujours selon ce philosophe, l'art apparaît à la fin de l'histoire.  Alors qu'en est-il de ce texte biblique écrit au 1er siècle, au soir de l'époque classique (époque gréco-romaine) et à la veille de l'avènement du christianisme? Serait-il une sorte de charnière où les croyances aux dieux grecs vont basculer vers la croyance à un dieu esprit, unique, déjà  adorer chez les juifs, et réactualisé par Jésus? Ceci expliquerait que ce texte nous touche profondément, tel une œuvre d'art sans qu'il n'ait besoin de commentaires explicatifs. Il manifeste le passage d'un temps à un autre.

            Nous pourrions poser la question autrement: Ce texte - et plus particulièrement Jésus- nous fait-il passer d'une culture qui n'est autre que la culture de nos facultés naturelles comme le voulait les philosophes grecs - et comme le vivent les pharisiens prisonniers des lois faites par les hommes- ou à une culture qui est arrachement, rupture avec la culture naturelle, avec la réalité telle que nous la percevons?. Sommes nous invités à prolonger notre nature ou au contraire à la combattre ? Dans ce cas ce texte est libérateur puisqu'il nous arrache à une situation donnée et a un passé qui jusqu'ici ne faisait que se prolonger et se répéter. Pas étonnant alors qu'il nous fasse du bien simplement en le lisant.

 

            Essayons tout de même de pousser un peu plus loin  l'analyse et voir si à travers elle, nous retrouvons nos impressions immédiates.

            Ce  récit peut se diviser en deux tableaux:

            - D'une part, tout ce qui relève de la réalité telle que nous pourrions l'observer tous les jours:  un homme nommé Jésus, prend avec lui trois de ses disciples Pierre, Jacques et Jean et les emmène avec lui sur une haute montagne. Puis, étant donné ce qu'il a vu Pierre veut dresser trois tentes. C'était une coutume pour célébrer la fête des tabernacles. Enfin les disciples sont saisis d'une grande crainte étant donné ce qu'ils pensent voir,  ils tombent face contre terre.

            - D'autre part, il y a tout ce qui parait irréel, non conforme à ce qui peut advenir naturellement: Jésus est transfiguré, son visage resplendit comme les soleil, ses vêtement deviennent blanc comme la lumière ; Moise et Elie, morts depuis plusieurs siècles s'entretenant avec Jésus apparaissent aux disciples.

 

            Nous avons l'habitude, et les commentaires que l'on peut consulter sur internet le montrent, de diviser le monde entre ce qui est naturel, connu et expliqué par la science, que tout le monde peut observer ou comprendre, et ce qui est surnaturel comme les miracles (les guérisons miraculeuses) et les apparitions ( celles de la vierge Marie sont les plus courantes). Seuls quelques uns ont accès aux événements surnaturel. Ils ne relèvent pas d'une observation universelle.

            Si l'on s'en tient à cette vision des choses, soit on ne croit pas au surnaturel et ce texte peut être classé parmi les légendes et les textes du merveilleux, soit on y croit mais on a du mal à voir ce que cela peut nous apporter aujourd'hui. On se dit que les disciples ont bien eu de la chance mais que cela ne nous est pas encore arrivé. C'est comme les numéros gagnant du loto: on espère toujours, on ne sait jamais. Mais en attendant le gros lot, il ne se passe pas grand chose, il n'y a pas de changement dans la vie. Elle est toujours la même.

           

            Je propose ce nous pourrions appeler une troisième voie, en tout cas une autre manière d'appréhender ce qui se passe ici avec Jésus et ses trois disciples. Cette approche me semble par ailleurs s'enraciner pleinement dans l'esprit de la réforme. En effet, celle-ci a toujours été très prudente vis à vis du surnaturel qui pour elle relève plus du religieux que de la foi. Il y a même des courants théologiques qui rejettent catégoriquement le surnaturel, il est pour eux un obstacle à la foi. Cette troisième voie me paraît assez simple: les disciples vivent ici avant l'heure (puisque Jésus n'a pas encore était crucifié) l'expérience d'une vie avec le Ressuscité. Autrement dit ils expérimentent ce que nous pouvons vivre aujourd'hui avec Jésus-Christ ressuscité à savoir la présence même de Dieu à leur coté. Cette présence nous fait voir et ressentir le monde, tout autrement que ce que nous avons l'habitude de percevoir. La réalité du monde est transfigurée. Non seulement le monde présent avec ses bonheurs (Pierre veut s'installer sur la montagne) et  avec ses drames (les disciples sont saisis de crainte) mais aussi le monde passé (Moise et Elie apparaissent ici dans leur fonction, l'un comme porteur de la loi, l'autre comme précurseur du Messie rétablissant l'alliance par la douceur et la consolation). Quant au monde à venir il n'est pas seulement une espérance hypothétique, il commence ici et maintenant parce que les humains ont la possibilité de le construire dans la présence du Christ ressuscité. Rien à voir avec le numéro éventuellement gagnant du loto, rien à voir avec une attente et une espérance qui n'en finissent pas, fige la vie et l'enferme sans que rien de nouveau ne se passe.  Cette présence du Christ ressuscité apparaît ici sous la forme d'un visage transfiguré, resplendissant comme le soleil, avec des habits blancs comme la lumière. Nous avons ici la description des humains tels qu'ils doivent nous apparaître toutes les fois que la nuée lumineuse les recouvre eux aussi; Ces visages les voyons-nous? Cette vision est pourtant la condition pour que le monde puisse vivre en paix et réconcilié.

            En conclusion , je retiendrai deux idées majeures à la suite de la lecture de ce texte;

                        Tout d'abord, lorsque un récit nous touche, recevons le tel quel. Ne cherchons pas toujours à comprendre et à expliquer. Trop souvent je me suis entendu dire: vous pasteur vous savez, pas moi. La foi n'est pas seulement de l'ordre du savoir même s'il ne doit pas être négligé. La foi nous pousse à chercher. La foi est aussi l' accueil  fait à la parole . La foi c'est  laisser tomber toutes les résistances pour se laisser toucher par ce qui m' est étranger, va peut-être bouleverser mes croyances, ma civilisation personnelle avant de toucher la civilisation en général. Nous l'avons vu c'est ce qui s'est passé avec Jésus. Des vies sont bouleversées, les croyances changées et les valeurs réaménagées. Une ère s'est terminée, une autre a commencé.

                        Enfin, ne nous laissons pas emporter par le côté surnaturel du récit. Le passé ne l'a pas été plus que le présent et le futur ne le sera pas davantage. Les textes de la bible n'ont pas été écrit pour nous rapporter des événements ou la raison n'aurait pas sa place, où elle serait supplantée par le merveilleux. Les Evangéliste comme souvent les auteurs de manière générale, écrivent des textes comme les impressionnistes faisaient des peintures. Ils utilisaient des couleurs surréalistes qui n'avaient rien à voir avec la réalité , traçaient des lignes qui n'en étaient pas parce qu'ils voulaient communiquer des impressions, des vérités au delà de la vérité. Avec ce récit de la transfiguration, les Evangélistes nous communiquent une impression, une vérité au delà de la vérité bien plus puissante qu'un simple fait rapporté  par le meilleur des reporters. La preuve , ce récit -et d'autres- a traversé l'histoire, bientôt 2000 ans et il nous émerveille toujours.  Le merveilleux, c'est de marcher avec Jésus -christ ressuscité. C'est alors que nous recevons tous ses bienfaits; c'est alors que nous voyons les visages transfigurés, notre monde se transformer et poindre le royaume de Dieu dès ici-bas ;

                                                     Rochemaure le 15 mars 2011

                                                                     Serge SOULIE

 

Siracide 45/ 1-5 et 48/ 4-10     Mat. 17/1-9  .   

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18 juin 2010 5 18 /06 /juin /2010 11:56

 

 

Comment aider une famille à se séparer du cercueil de celui ou celle qu'ils aimaient tant sans succomber à des rites laissant croire que la mort est dominée et qu'elle ne sera qu'une rupture passagère. Lors de la disparition d'un ami, sa famille m'avait demandé de prendre la parole au cimetière - où se trouvait aussi de nombreux amis-  avant que ne se referme le tombeau.  En voici le texte.

 

                    Vous connaissez cette parole que  vous entendez souvent lors des enterrements : " Tu étais poussière et tu redeviendras poussière "

            C'est ce que l'auteur du livre de la Genèse, premier livre de la bible, fait dire à Dieu après qu'Adam se soit reconnu tout nu et ait mangé du fruit de l'arbre défendu.  C'est une façon d'expliquer le sens de notre passage sur cette terre.

            Cette explication n'est pas anodine parce que ce passage sur terre ne se fait pas sans de fortes émotions à cause des ruptures qu'il implique.

            - Il y a la naissance ( l'arrivée) qui donne de la joie

            - Il y a la mort ( le départ) qui procure beaucoup de tristesse.    

            C'est pourquoi dans un autre livre, celui du prophète Essaie, celui-ci fait dire à Dieu:

            "Quand les montagnes s'effondreraient, quand les collines chancelleraient ma bonté pour toi ne faiblira pas , mon alliance de paix ne sera pas ébranlée, je t'aime d'un amour éternel et je te garde ma miséricorde ." 

            Ce texte m'inspire 3 choses:

            La première est que dans un jour comme celui-là nous avons besoin de paix  au plus profond de nous. Il y a 15 jour, le lundi,  jour pour jour à la même heure j'étais devant le cercueil de ma mère. J'étais à votre place, j'écoutais et le pasteur parlait. Je ne sais plus ce qu'il a dit mais ses paroles m'ont fait du bien, elles m'ont apaisé. Elles venaient prendre le relais de ce corps que nous mettions en terre  et je puis vous dire que j'avais besoin de paix en mon cœur comme en ont besoin aujourd'hui l'épouse, les enfants et tous ceux qui aiment celui qui nous quitte.  Ce jour là j'ai fait l'expérience que l'homme " ne vit pas de pain seulement mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu" et Dieu pour s'exprimer emprunte la bouche des hommes.  Ce sont les paroles qui nous font vivre . Nous nous souvenons d'elles comme le malade qui repasse les paroles de son médecin pour croire à la guérison,  comme les parents qui répètent  celles du maître de leur enfant pour s'assurer de son avenir ,ou encore les enfants pour se souvenir des bons conseils de leur parents.

            La deuxième chose  est que le départ de ceux que nous aimons  nous invite à regarder  sans crainte la fragilité de notre propre existence et à reconsidérer notre échelle de valeur . La vie est pour beaucoup d'entre nous, difficile , il faut se battre pour survivre, pour que chacun ait sa part, il y a beaucoup d'injustices, nous devons subir de la fatigue mais aussi des contrariétés, des frustrations qui nous éloignent parfois un peu de l'essentiel. Ici le texte nous rappelle que l' essentiel c'est bien l'amour, non pas le sentiment ou la compassion même si elle est indispensable mais  nous devons avoir à l' Esprit le souci d'aimer et d'être aimé autrement dit de vivre en bonne relation avec tout le monde, en communication comme on le dirait aujourd'hui. Ceci ne veut pas dire penser et croire  comme l'autre mais garder la capacité d'échanger et de construire notre monde avec lui. Ceci est vrai dans la famille, avec les voisins, c'est vrai aussi entre les peuples, entre les nations.  L'utopie serait qu'il n'y ait plus  qu'une famille, qu'un peuple, qu'une nation.

            Enfin  , comme le dira un autre  grand personnage  de la bible , l'apôtre Paul, à qui on attribue de nombreux écrits du nouveau testament , si "l'amour ne périt jamais", ce n'est pas l'amour construit par les hommes. Nous le voyons bien autour de nous celui-ci finit trop souvent en  mésententes dans les couples , dans les familles, dans le voisinage, dans le monde sans parler de la mort qui met fin à toute relation et cause beaucoup de peine. Le départ de ceux que nous aimons,  nous invite à regarder un peu plus loin que notre quotidien. C'est tout le message de la foi chrétienne. Elle nous invite à regarder à un homme dans lequel nous pouvons nous reconnaitre , ce n'est pas un illuminé, ni un faiseur de morale , ni un" je sais tout" qui nous écraserait par son savoir, ses origines, ses prétentions. Cet homme appelé Jésus, le Christ, le Messie, l'Emmanuel ou tout autre nom encore selon les traditions, c'est quelqu'un qui vit avec nous ce qu'il pense avoir compris ce qu'est l'amour. Plus je m'intéresse à lui et plus je découvre qu'il a su porter en lui et vivre ce que nous disent les plus sages, les meilleurs philosophes et les penseurs les plus avertis.  Il a su par ses actes et ses paroles, extirper la haine de ce monde, celle qui est dans nos cœurs.  Il a fait de Dieu un Père  alors que les religions en font encore trop souvent un instrument pour porter des jugements, pour exclure, parfois même pour tuer. Dieu y est encore représenté comme un juge qui aurait une balance où il pèserait nos bonnes actions et nos mauvaises afin de  nous condamner selon le plateau le plus lourd.

            Jésus à rendu caduc tout cela , il a arraché cette balance d'entre les mains de Dieu , nous n'avons plus de souci à nous faire de ce côté là, le salut nous est acquis et nous sommes libres pour participer à la construction d'un monde plus souriant où chacun a sa place.  Vous y avez la vôtre, j'y ai la mienne, nous sommes attendus.

 

                                                                      

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Qui suis-je ?

     Titulaire d'une maitrise de théologie et d'un DESS de psychopathologie clinique, j'ai été amené à exercer plusieurs fonctions  et plus particulièrement la mise en place d'un centre socio- culturo- spirituel protestant puis la direction pendant 12 ans d'un centre de cure pour malades alcoliques. J'y ai découvert l'importance d'apprendre à écouter l'humain dans toutes les dimensions qui le constituent. Aujourd'hui, inscrit au rôle des pasteurs de l' Eglise Réformée de France, j'essaie de mettre des mots sur mes expériences et de conceptualiser mes découvertes.
serge soulie

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