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11 juillet 2017 2 11 /07 /juillet /2017 09:01

 

Bonjour François,

            J’ai bien rit ce matin en ouvrant mon journal. En effet j’apprends que le Vatican refuse l’hostie sans gluten et tant pis pour les allergiques. Ils auront droit à l’hostie allégée mais pas question de prendre du sans gluten. La raison en est que pour être transformée en corps du Christ il y faut du gluten.  Apprenant cela, je me suis rué sur le résultat des prélèvements sanguins auquel j’ai droit depuis de long mois pour cause de maladie grave et je n’ai vu aucune trace de gluten dans mon sang. Ceci dit, l’affaire est un peu faussée puisque comme  chacun sait, il n’y a pas de transformation du pain en corps charnel chez les protestants. Impossible donc de déceler par analyse s’il y a eu gluten ou pas permettant au pain de devenir corps. J’ai toujours trouvé admirable que notre organisme, suivant qu’il est catholique ou protestant décèle s’il faut transformer le pain en corps du Christ !   

            Ce que je trouve de plus étrange encore est que ce même Vatican décrète que les OGM soient autorisés, sans doute parce que transformable en corps du Christ. Et peu importe s’il y a des doutes sur l’effet des OGM sur la santé. Les cardinaux semblent privilégier le dogme de la transsubstantiation à celui de la bonne santé et aux recommandations scientifiques.

            Un point positif tout de même. Le vin peut être remplacé par du mout sans alcool. Ouf, les anciens buveurs n’auront pas à transgresser l’ordre médical de ne plus toucher à l’alcool afin de ne pas se laisser entrainer à se re-alcooliser. Il est vrai que l’eucharistie ayant la plupart du temps lieu  sous une espèce seulement, l’affaire ne concerne que les prêtres. Ici encore je suis étonné que le vin rouge ne soit pas obligatoire, il parait  tellement plus près du sang.  

            Bien sûr rien de sérieux dans tout cela. Je  n’ai aucune envie d’entrer dans de telles discussions. D’abord par respect aux catholiques qui sont libres   de croire ce qu’ils veulent. Il en est ainsi de toutes les religions aux conditions qu’elles ne cherchent pas à  imposer leurs vues à la société et qu’elles respectent le cadre défini par la  république.  Ensuite parce que je ne partage pas cette théologie de l’eucharistie. Elle fait débat depuis plus de 2000 ans et en toute liberté j’ai choisi une option autre. Enfin parce que ces considérations me paraissent désuètes et d’aucune utilité aux vues des préoccupations de nos contemporains.

            Ceci dit la liberté exige que je puisse m’exprimer à ce sujet. D’abord pour ne pas que de telles préoccupations s’imposent à tous faute de réactions. Si personne ne dit rien c’est parce que c’est juste penseront ceux qui ne sont pas enclins à la réflexion sur le sujet. S’installent alors des habitudes qui peuvent être très dommageables sans jamais remettre en question des pratiques installées. Enfin l’humour laisse une porte ouverte à une multiplicité d’interprétations. Il invite ainsi que tout propos soit pris pour une condamnation. Le propos sera pris au sérieux pour les uns, comme un calembour pour les autres. L’humour protège la liberté de celui qui s’en nourrit.

            Ce qui m’interroge le plus et, pour en finir avec cette correspondance, c’est l’image du christianisme que de telles décisions donnent à celui qui lui est extérieur. Que peuvent-elles lui apporter d’utile dans sa vie ? La religion et la foi, devraient, me semble-t-il, aider l’homme à se construire et acquérir la liberté comme le fait Jésus tout au long de l’Evangile. Je ne vois pas en quoi l’hostie avec gluten obligatoire et les OGM possibles y contribuent. J’ajoute qu’il n’est pas question ici de remettre en cause la théologie de la transsubstantiation à laquelle n’adhèrent pas les protestants. Il s’agit de faire prévaloir la raison sur la superstition pour ce qui est de la vie quotidienne actuelle. On peut comprendre que les dogmes établis il y a plusieurs siècles sur les connaissances  de leur époque, ne puissent pas être remis facilement en question ne serait-ce que par respect envers ceux qui les ont pensé. Il est incompréhensible que des chrétiens responsables et cultivés ne puissent pas prendre en compte les données d’aujourd’hui pour définir les nouvelles possibilités de vivre la foi. Une foi apportant l’épanouissement à l’humain.      

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8 mai 2017 1 08 /05 /mai /2017 14:02

Bonjour François,

Hier soir à l'annonce du président élu pour notre République, je nageais dans le bonheur. Les français avaient repoussé la candidate de l'extrême droite sans programme et avec un seul objectif: déconstruire l'Europe et la France pour imposer la dictature de son parti. Tu auras surement l'occasion de rencontrer Emmanuel Macron. J'espère seulement qu'il refusera d'être chanoine du Latran. En effet un président de la république se doit, dans sa fonction, de se tenir à la même distance de toutes les religions afin de sauvegarder la liberté que leur accorde la République. Croyance ou incroyance ne doivent pas déborder de sa vie privé. Le peuple n'a pas à être au courant.

J'ai été très étonné de ta remarque selon laquelle tu ne connaissais pas l'histoire de ce candidat. En effet, j'imagine que tu ne peux pas connaitre tous les candidats aux plus hautes fonctions de l' Etat de tous les pays où le catholicisme est présent. Alors pourquoi cette remarque? J'ai cru comprendre que par cette pirouette tu esquivais la possibilité de prendre position dans les élections françaises. C'est exactement ce que les évêques de France ont fait. Ils ont évité de donner des consignes de vote.

Cette position semble raisonnable. L'Eglise ne doit pas s'immiscer dans la politique. Toutefois c'est au nom de la responsabilité citoyenne que les autorités religieuses protestantes, juives et musulmanes ont appelé ,dans leur communiqué commun , à voter pour Emmanuel Macron. Dans le village où j'ai été élevé, catholiques et protestants vivaient en parfait accord. Je n'ai entendu qu'un reproche fait à l'Eglise catholique, c'est d'avoir un curé qui disait à ses paroissiens, qui d'ailleurs ne le suivaient pas toujours, pour qui ils devaient voter. Il était très à droite ce qui désespérait les protestants plutôt à gauche. C'est clair, il est préférable que les religions ne se mêlent pas de politique. C'est le principe même de la laïcité qui a posé en 1905 la séparation de l' Eglise et de l' Etat.

En même temps, dans notre pays, les religions ont tout intérêt , mais aussi l'obligation de défendre la république. Or dans le cas de l'élection française au deuxième tour, la candidate de l'extrême droite non seulement ne défendait pas la République mais la dénigrait. Elle ne se soumettait pas aux convocations des juges, elle écartait de ses meetings la presse qui ne lui était pas favorable, elle faisait naître et attisait la haine vis-à-vis de ses adversaires les faisant siffler dans les meetings, et semble t-il, elle était au courant des réseaux sociaux qui accréditaient dans le pays des mensonges sur son concurrent, le diffamant régulièrement. Je passerai sur des valeurs chrétiennes comme l'accueil de l' étranger ou le respect et l'amour du prochain qui ne peuvent pas être pris ici en considération lorsqu'elles restent valeur d'une religion seulement. L'Eglise catholique a manqué à son devoir en laissant le libre choix à ses membres. Les évêques n'ont pas été très courageux.

Si on en croit les enquêtes d'opinion, 38% des catholiques pratiquants ont voté à l'extrême droite et plus particulièrement lorsque la droite classique est éliminée au premier tour comme c'était le cas. Les évêques auraient donc eu peur de perdre des fidèles et de surcroit, les plus fidèles! Leur inquiétude peut se comprendre mais ne peut justifier une telle position, dangereuse pour la république et en contradiction avec la recherche de la vérité demandée par l'Evangile. Par cette attitude, les évêques se sont joints à ceux qui, des leaders politiques, ont eu la même position pour des intérêts personnels et partisans, peu soucieux de notre devise républicaine liberté, égalité fraternité.

Certes, me dit-on, quelques évêques courageux ont été plus explicites. Ils ont clairement invité à voter pour M. Macron. Nous ne pouvons que les soutenir. Ils ne peuvent toutefois pas servir de faire valoir à une Eglise qui pour ne pas perdre des fidèles prend le risque de nous faire perdre la République qui nous protège. La mission de l'Eglise n'est pas de se protéger elle-même, elle est de protéger les autres y compris lorsqu'elle a le sentiment qu'elle disparait. Rien ne dit qu'elle doit être éternelle. Elle ne peut pas se substituer au Royaume des cieux.

Bien à toi.

 

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3 mars 2017 5 03 /03 /mars /2017 15:37

Bonjour François

Voilà bien longtemps que je n'avais pas écrit. Ce n'est pas par négligence, encore moins par mépris. La vérité est que je m'intéresse de moins en moins au fait religieux y compris lorsqu'il vient du grand chef spirituel que tu es. En effet , contrairement à ce que l'on entend souvent, je pense que le religieux prendra de moins en moins d'importance en occident, peut être même dans certains pays d'orient. Paradoxalement, c'est parce que la religion compte de moins en moins dans la vie quotidienne que certains se crispent jusqu'à sombrer dans le radicalisme. Cette crispation dépasse les groupes terroristes qui tuent au nom de leur dieu pour toucher des croyants qui ne jurent plus que par les dogmes et les doctrines bien loin de toute raison.

Si je crois que la religion mènera de moins en moins le monde, c'est d'une part à cause de l'importance prise par les droits de l'homme. Petit à petit même les religieux les plus réticents y prennent goût car il se rendent compte que cette déclaration les protège. Certes, il reste encore beaucoup de progrès à faire dans certains pays parce que les politiques utilisent la religion pour asseoir leur pouvoir . Notons toutefois, qu'à long terme, la mondialisation aura raison de leur turpitude. D'autre part, la science a fait de tels progrès dans tous les domaines que la superstition, vision première des religions qui attribuent une sorte de pouvoir magique à leur dieu ne peut que perdre du terrain. Par ailleurs, toutes ces découvertes amènent petit à petit à un nouvelle définition de Dieu, plus juste, plus adéquate et plus utile à l'homme.

  1. si je t'écris aujourd'hui, c'est parce que j'ai appris par la presse qu'un curé, plutôt moderne pour la célébration des messes, se marie. Quel bonheur pour lui! De quelle force a-t-il été animé pour passer outre à tous ces engagements qui l'avaient conduit à la prêtrise. Je le dis et redis, il n'y a pas de plus grand bonheur pour un homme que d'aimer toute une vie, jusqu'au dernier souffle, la même femme. La réciproque est vraie. On oublie trop souvent et, sous de faux prétextes, ce verset de la bible selon laquelle " l'homme quittera son père et sa mère et s'attachera à sa femme et ils deviendront une seule chair ". Il ne s'agit pas de complétude entre l'homme et la femme, il s'agit d'une identité nouvelle ainsi créée. Cette identité nouvelle est en devenir en tout homme et toute femme dès la naissance. Soit dit en passant, elle peut se créer à partir de deux êtres de même sexe. Il est bon, cher François de le rappeler à l'Eglise catholique qui bien sûr ne veut pas l'admettre.

Si je me réjouis pour ce prêtre, ce n'est pas par provocation vis-à-vis de Toi et de ton Eglise. C'est tout simplement parce que je fais passer le bonheur des humains avant le règlement des institutions religieuses ou autre, l'Eglise y compris. De la même manière, ce bonheur passe avant la référence au Livre fut-il dit "sacré". Bien sûr, on me dira que les doctrines, les dogmes et autres règlements sont fait pour rendre l'homme heureux et qu'ainsi, il est impératif de les suivre. C'est oublier et nier que les conditions du bonheur, j'oserai dire du salut, sont différentes d'un individu à un autre, différentes aussi selon les situations. Elles ne peuvent pas être dictées. Il appartient à chacun de se glisser dans ces conditions.

Selon la presse, tu as rencontré cet homme avec son meilleur avocat, le cardinal Barbarin. Je ne doute pas un seul instant de ta compassion à son égard. En fin connaisseur de la nature humaine, tu ne l'as pas relevé de ses fonctions par condamnation mais par fidélité à ton Eglise. J'aurais envie de dire bravo mais je ne pourrais le faire que lorsque l'Eglise catholique renoncera à ces archaïsmes et le célibat des prêtres en est un, qu'elle a inscrit tout au long de l'histoire dans son fonctionnement contre toute écoute de l'humain et contre toute logique scientifique. Une question me taraude: les religions arriveront-elles un jour à faire passer l'intérêt des humains avant leurs préceptes ou sommes nous réduits à souhaiter leur fin pour que l'humain retrouve son humanité totale, entière et libre? Je crois , peut être naïvement, que le protestantisme s'est posé parfois cette question. J'ai le sentiment qu'aujourd'hui il se la pose de moins en moins. Il ne cherche plus à sortir du religieux. Dommage! Il perd du terrain.

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3 août 2016 3 03 /08 /août /2016 14:22

Bonjour François,

C'est avec joie et reconnaissance que je salue ta déclaration au retour des JMJ de Pologne concernant la violence et les religions. En disant qu'il n'est pas possible de parler de la violence Islamique sans parler de la violence catholique , non seulement tu as donné une parole de réconciliation mais tu nous rappelles que le temps ne peut pas être seulement observé dans l'ici et maintenant. Tu as ainsi très justement défini l' Eternité qui intègre tout ce qu'il y avait avant, ce qu'il y aujourd'hui et ce qu'il y aura demain. Et si aujourd'hui la religion chrétienne semble engendrer moins de violences que l'Islam nous ne pouvons pas nous arrêter à ce seul moment de l'histoire . L'humanité est un tout qui se déploie dans le temps. C'est ce tout que nous devons prendre en compte si nous voulons éviter les erreurs de jugement.

As-tu remarqué combien ta déclaration est venue perturber non seulement l' extrême droite mais aussi une partie de la droite française. C'est d'autant plus remarquable que ces politiciens là s'abritent toujours derrière la religion catholique. Il la prenne à témoin pour justifier leurs attitudes conservatrices quand ce n' est pas leur comportement xénophobe et raciste. Ils se plaisent à montrer que l'injustice et l'inégalité sont des faits naturels donc acceptables. La justification des énormes écarts de salaires en est un exemple. Grâce à ta remarque, leur fond de commerce se révèle au grand jour, un fond basé sur le rejet de l'autre pour diviser et, bien sûr régner, car comme tu le sais, la droite réactionnaire française a beaucoup de mal à accepter l'alternance. Elle cherche à accréditer dans l'opinion, l'idée selon laquelle la gauche est illégitime lorsqu'elle est au pouvoir. Tout est bon chez elle pour reprendre et garder ce pouvoir.

Lors de séjours au Etas Unis, au Canada au Mexique ou même en Espagne et pour y avoir fréquenté les milieux catholiques, j'avais déjà remarqué combien le catholicisme y était beaucoup plus ouvert qu'en France. Les réactions à tes propos des politiciens Français de l'extrême droite et d'une partie de la droite le confirment. Ce faisant, ils ne rendent pas service au catholicisme et à la religion chrétienne en général qu'ils font apparaitre comme une religion ringarde, peu favorable au progrès , à l' intelligence et à la modernité.

De récents sondages montrent que depuis ta mandature la participation aux offices catholiques augmente. Tout cela prouve que de nombreux catholiques ne suivent pas ces politiciens et qu'ils s'ouvrent à la modernité et à l' humanité comme tu le proposes régulièrement. Ils croient à la différence, la respectent et l' encouragent. Ils croient que l'injustice et les inégalités doivent être combattues. Ils font passer les recommandations de l' Evangile avant l'idéologie politique. Cette idéologie que l'on pensait toujours à gauche mais qui depuis quelques années s'est largement glissée à droite tout en laissant croire en se réclamant pour cela du christianisme qu'elle n' existe pas.

Comme tu l'as deviné, je ne me retrouve pas dans la pratique de la religion catholique. Son monothéisme niellé par la place faite au Christ, le culte rendu à la vierge et aux Saints, sa croyance au surnaturel, sa notion du sacré, sa hiérarchisation et la place faite à l'Eglise comme intermédiaire entre Dieu et les hommes, tout cela m'éloigne de cette pratique de la foi chrétienne. Mais il me semble que dans notre pays la communion avec le catholicisme serait plus facile si la réalité de l' Eglise telle que tu la présentes au monde n'était pas travestie par des politiciens qui l'instrumentalisent pour servir leurs propres intérêts. Ils utilisent la religion pour flatter les instincts les plus bas : peur et rejet de l'autre, désir du même et de l'identique, jugement sans appel, demande de toujours plus de sécurité. Ils donnent de l' Eglise une image qui fait peur et éloignent beaucoup de "chercheurs de Dieu et d'humanité". Ils freinent aussi son évolution et son choix pour la modernité parce qu'ils la privent de nouveaux venus, plus jeunes , à l' esprit créatif et inquiet comme tu l'as rappelé. En mettant en exergue ce qu'il y a de plus contestable dans le catholicisme , ils jettent un voile sur ce qu'il a de plus beau, de plus vrai et de plus profond. Plus grave encore, ils portent atteinte à la fraternité et à l'union entre les religions, entre croyants et incroyants, ils désavouent et condamnent ceux qui ne font pas leur choix. Ils mettent notre pays en danger.

Encore merci pour tes paroles de paix qui raisonnent dans la réalité de notre vie à la française.

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1 août 2016 1 01 /08 /août /2016 10:52

Bonjour Pape François,

Je comprendrais que mes remarques te paraissent tout à fait inconvenantes. Sachant que tu es un homme d'écoute et de compréhension je me permet de te les confier. Je pense même que rien de ce que je vais te dire ne t'a échappé. Et si mes propos ne te heurtent pas , ils peuvent en heurter beaucoup et je me garderai de porter un jugement . .

Je ne reviendrai pas sur le crime affreux perpétré dans cette Eglise de Saint Etienne du Rouvray. Nous sommes tous en émoi et nous le resterons longtemps encore avec cette crainte que de pareilles horreurs se reproduisent. Mais voilà, depuis qu'est apparu le visage de ces deux tueurs il monte en moi un esprit de compassion à leur égard. J'ai cru déceler le même sentiment dans le témoignage des deux religieuses .Je me trompe peut être .En effet j'ai toujours été émerveillé par la tendresse et la bienveillance des religieuses qui nous ont accueillis dans des circonstances très diverses en groupe comme en famille. Depuis elles m'apparaissent toutes sensibles à l'humanité qui peut se cacher derrière des monstruosités. Était-ce le cas ce matin là devant les deux tueurs? Ont-elles vu en eux ceux-là même qui ont crucifié Jésus sans raison et auxquels Jésus a pardonné? Étaient-elles préparées à mourir comme Jésus lui-même? Voyait-elles dans la mort injuste et ignoble du prêtre un accomplissement de l'amour total que risque celui qui est empli de l'esprit de Dieu? Je ne sais pas. Elles m'ont semblé être prises à la fois de la plus grande tristesse et de la pitié la plus sincère.

Quoiqu'il en soit, leur témoignage m' a conduit à porter sur ces deux hommes un regard qui ne soit pas seulement une diabolisation. Il me revient aussi cette remarque de ma mère qui me disait "n'oublie jamais que derrière le plus grand criminel, il y a toujours cette partie d'humanité que Dieu aime". Et oui! derrière ces deux personnages assassins il y a la partie que Dieu aime, ce Dieu à qui nous donnons des noms différents selon les religions et les cultures. Le penser, le dire , l' écrire, me donne des frissons. Ce qu'à dit et fait Jésus Christ m'y oblige. Il a demandé au Père de pardonner à ses bourreaux.

Ces deux jeunes avaient 19 ans. Un âge bien tendre. Si tendre que cela vous donne envie de pleurer comme c'est le cas lorsqu'à la guerre on tue de jeunes soldats. On les appelait "chair à canon". C'est l'âge où la personnalité se cherche, l'âge où elle veut s'affirmer, devenir adulte. Les médias parlent de ces deux jeunes comme deux hommes. C'étaient des hommes du point de vue du genre, mais ils étaient en formation, ils étaient stagiaires en humanité, pas encore accomplis. Que leur a-t il manqué, qu'ont-ils vécu pour que cet accomplissement ne soit pas possible autrement que d'aller chercher la mort pour eux comme pour les autres? Où la société, la famille, l'entourage, l'école ont-ils été défaillants? Il ne s'agit pas en posant ces questions de chercher des coupables mais de réfléchir et voir comment de telles situations pourraient être évitées

Selon le témoignage des religieuses, l'un de ces deux hommes est revenu sur la divinité du Christ qu'il contestait. Peu importe la réponse donnée. La religieuse n'a pas craint de maintenir sa conviction. C'était courageux dans une telle situation. Elle a osé sa vérité et cette vérité avait le mérite de ne pas tromper son interlocuteur. D'autres chrétiens ne reconnaissent pas un Dieu en Jésus Christ. Pour eux, être Dieu et être fils de Dieu n' est pas la même chose Tous les humains sont fils de Dieu sans être Dieux eux-mêmes. Une telle réponse aurait-elle pu changer quelque chose chez le jeune homme qui venait de tuer? Je ne le pense pas. Sa remarque montre seulement le désarroi spirituel dans lequel il était. Il y avait chez lui une quête de vérité qu'il n' a pas pu mener jusqu'à la fin parce qu'il ne supportait plus la différence entre ce qu'il pensait croire et ce qu'il cherchait. Il craignait de le trouver. La vie lui était devenue insupportable, la sienne et celle des autres.

Ce terrible événement me renvoie à cette parole de Jésus: "Aimez vos ennemis, bénissez ceux qui vous maudissent, faites du bien à ceux qui vous haïssent et priez pour ceux qui vous maltraitent et vous persécutent". Comme c'est difficile. Mais aimer ce n'est pas approuver. Ce n'est pas vouloir changer l'autre. C'est être fils de Dieu. L'amour n'est pas conditionné.

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29 juillet 2016 5 29 /07 /juillet /2016 15:02

Bonjour François,

Tout d'abord bravo pour tous ces évêques et autres responsables catholiques qui après ce terrible drame de Saint Etienne du Rouvray ont appelé à lutter contre la barbarie par la prière et la fraternité. Cette attitude m' a fait penser aux premiers temps du christianisme. Il est reconnu que le christianisme a pu dès le IV siècle s'étendre en Europe et dans le monde par la volonté de l'Empereur Constantin qui l'a imposé à travers conciles , synodes et forces militaires. On oublie trop facilement que de nombreux chrétiens sont morts parce qu'ils étaient avant tout des apôtres de la paix comme l'avait montré le Christ, ce Christ, qu'ils ne voulaient pas défendre mais suivre. Ils ont refusé de répondre à la violence par la violence comme Jésus lui-même l'avait fait . Ils ont opté pour l'amour contre la haine au prix de leur vie. N'en faisons ni des saints ni des martyrs, n'exaltons pas leur courage. Plus simplement faisons d'eux des disciples, autrement dit des hommes et des femmes qui ont suivi Jésus Christ et qui n'ont pas craint la mort tellement ils étaient pleins de Dieu. Ils ne criaient pas Dieu, ils ne le proclamaient pas. Ils le vivaient. Cette force qui était en eux à plus contribué à l'extension du christianisme que ne l'ont été la force et la ruse du pouvoir politique en place et du pouvoir religieux qui s'installait.

Devant une aussi belle attitude, je ne peux que regretter les propos du Cardinal André XXIII au sujet des valeurs. Je n'entrerai pas dans la polémique selon laquelle il condamne ici le mariage homosexuel. Il est contre avec toute son Eglise. C'est son droit. Mais pourquoi se rapprochement avec ce drame. Le cardinal Barbarin lors des débats sur le mariage pour tous avait lui aussi fait du mariage entre homosexuel, la porte ouverte à l'autorisation de l' inceste. Comment de tels hommes à la fois réfléchis, respectables et soucieux de l'humain peuvent-ils revenir sur ce sujet touchant à la sexualité et tenir des propos pour le moins contestables en dehors même de toute appréciation morale. N'y aurait -il pas là la conséquence d'un célibat devenu la norme pour être prêtre?

Certes les vœux de chasteté ne sont pas imposés. Ils sont choisis et demandés par celui qui aspire à la prêtrise ou par celles et ceux qui veulent vivre une vie monastique. Mais un tel choix peut-il être lié à une fonction d'une part, peut-il durer toute une vie d'autre part? Autrement dit le célibat peut -il être un état? Des hommes et des femmes peuvent choisir d' être célibataire un temps sans qu'ils puissent en déterminer la durée puis, au cours de la vie, il peut y avoir des changements importants au plus profond d'eux même qui les conduisent à rencontrer un partenaire. Ils découvrent alors qu'ils n'ont plus la liberté de suivre le courant de leur vie. Ils ne leur reste plus que deux solutions: la transgression, légale ou pas, qui engendre inévitablement de la culpabilité qu'elle soit cachée ou officielle. L’auto-justification de leur célibat qui les amène à rejeter tout ce qui ne va pas dans ce sens. Ceci aux prix de défenses rigides et hors de toute raison. C'est ce que semble illustrer les propos de ces deux prélats.

Par le passé l'Eglise a beaucoup contribué au fondement du couple et de la famille. La sexualité pouvait ainsi s'y épanouir et trouver un équilibre. Le désir d'être père ou mère devenait possible. Aujourd'hui, la sagesse serait, me semble t-il, que cette situation soit une possibilité offerte à tous, religieux y compris. L'obligation d'un célibat ne prend pas en compte la nature de l'humain. La sexualité y est niée alors qu'elle est constitutive de sa personne. Les désirs qui peuvent naitre au cours d'une vie ne sont pas reconnus. Il reste encore à l'Eglise de nombreux progrès à faire pour prendre en compte l'humanité de chacun et faire passer cette humanité avant les dogmes et les traditions que l'on voudraient immuables dans la plupart des religions. L'humain n'a pas à craindre les revendications de son corps et de son âme . Il ne peut que les reconnaitre. Les regarder en face et s'assurer que ces revendications ne portent préjudice à personne .

Encore une fois, bravo pour l'attitude de paix prise part l'Eglise au milieu de la tourmente. Je m'y associe pleinement.

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16 juillet 2016 6 16 /07 /juillet /2016 18:55

Salut François!

Il y a des jours, pour ne pas pester contre l'Eglise catholique, il faudrait être un saint ou un naïf! Je ne veux être ni l'un ni l' autre et tant pis si cela te fâche!. Comme tu le sais la ville de Nice a été sérieusement endeuillée . Seule consolation bien mince au regard d'une pareille tuerie mais très grande pour les valeurs humaines : la solidarité de la population avec toutes les victimes. Les gens ouvraient leur cœur et leur porte spontanément et en toute simplicité à tout le monde quelle que soit sa croyance, sa religion, son parti, sa couleur de peau…

Alors je m'interroge : était-il si urgent d'organiser une messe , présidée par l'évêque, une messe qui parce qu'elle n'était pas œcuménique divise obligatoirement la population si solidaire comme je viens de le dire. Je ne peux pas m'empêcher de penser qu'il s'agit d'une récupération religieuse. Elle ne serait pas immorale s'il s'agissait simplement d'évangéliser comme le prétend l'Eglise. Dans notre pays laïque c'est tout à fait possible et, heureusement pourvu que toutes les religions aient le même droit. Le problème est qu'ici elle utilise le malheur des gens. Bien sûr comme le disait des participants à cette messe il s'agit de témoigner de l' amour aux endeuillés et aux blessés de la vie. On ne témoigne pas de l' amour dans n'importe quelle condition. Témoigner de l'amour commence par le respect de la croyance de l'autre. Que peuvent penser ceux qui ne veulent pas entendre parler pour ce qui les concernent de croyance en l'au-delà ou encore d'appel à la vierge Marie? J'ai envie de leur crier: cesser de prier pour moi et pour les miens Vois-tu aujourd'hui, j'ai du mal à croire que l'Eglise catholique à vraiment renoncé à imposer sa croyance à tout le monde au nom d'une fraternité et de l'œcuménisme.

Pire encore: il y a aussi une récupération religio-politique tellement criante qu'elle fait honte à la démocratie et à la république. Tu as pu remarquer combien les caméras étaient fixées sur toute l'équipe de la droite "sarkosiste" et de l' extrême droite. Les deux se valent. Ces politiciens là ont passé la journée à récupérer ce tragique événement en critiquant le gouvernement avec des mensonges gros comme le bras sans que par ailleurs, la parole soit donnée à ceux qui auraient pu répondre. Je pensais que cette alliance du sabre et du goupillon était terminée. Je découvre stupéfait qu'il n'en est rien. L' évêque paradait auprès de ces politiciens d'opposition sous l'œil des caméras. Il se faisait ainsi le complice de leur propos dont le but n'est autre que de diviser une population qui jusque là s'était montrée unie. Que ne ferait-on pas pour gagner une présidentielle. Et quelle aubaine si l'occasion permet de s'associer l' Eglise catholique! Catholique et de Droite: voilà le binôme parfait !

Oui, cher François, hier à Nice l'Eglise catholique officielle a donné une bien triste image d'elle-même et de la Bonne Nouvelle. Je sais. Il y a dans l'Eglise catholique comme ailleurs de vrais fidèles. Ils sont de droite ou de gauche. Ils sont porteurs de paroles et de gestes d' amour. Ils ne possèdent pas la vérité mais la cherchent. Ils se font tout petits et discrets. Ils ne pavanent pas aux côtés de ceux qui cherchent le pouvoir. Ils sont, hélas! relégués par leur hiérarchie au rang des insignifiants. C'est dommage pour l’évangile.

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16 juillet 2016 6 16 /07 /juillet /2016 18:38

Cher François,

L'actualité est souvent tragique. Elle fait mal. Lorsqu'elle est amusante, il faut saisir l'occasion. Amusante ne veut pas dire drôle et qui fait rire. Laissons aux gags cette fonction. Disons " inattendu" sans que cela soit pour autant le fait du hasard.

As-tu remarqué que les deux principaux pays d'Europe sont dirigés par deux filles de pasteurs, l'une luthérienne, en Allemagne, l'autre anglicane au Royaume Uni. Je ne tiens pas compte du "brexit" dans cette remarque. Il est trop nouveau. Par ailleurs, la position géographique me parait déterminante.

Alors, pourquoi des filles de pasteurs pour d'aussi hautes fonctions. Avec la pointe d'anti catholicisme qui la caractérisait, ma bonne grand-mère aurait dit avec ironie: "parce qu'elles ne peuvent pas être filles de curé" . Oh, elle n'était pas très méchante ma grand-mère. Elle pouvait être généreuse avec Mr le curé. Mais elle aurait cent quarante ans. Elle vivait avec son temps où l'on disait se souvenir encore des guerres de religion et où les enfants de l'école libre et ceux de l'école publique se lançaient des pierres pour" se faire mal" disaient-ils. Chez grand-mère, le plus souvent, la passion l'emportait sur la raison bien qu'elle dise le contraire avec un aplomb à faire redresser toutes les murailles de sa vieille maison.

De manière tout a fait simple, je pense tout d' abord que ces deux femmes sont au bénéfice de la place faite aux femmes dans les Églises où leurs pères exerçaient. Elles y sont pasteurs, évêques et peuvent accéder à toutes les fonctions y compris les plus hautes. Cela n'a pas été sans mal et dans l'église anglicane certains ont préféré rejoindre l'église catholique, les pasteurs devenant ainsi des prêtres mariés avec enfants le plus souvent.

Ces deux femmes ont appris à se battre . En Allemagne, contre un régime entièrement inféodé à l'empire soviétique qui privait le peuple des libertés élémentaires. En Angleterre pour une meilleure organisation de la société où les plus riches veulent l'être toujours davantage au détriment des plus pauvres comme partout, avec encore plus d'ostentation.

Ces deux femmes ont appris à vivre sinon dans l'ascèse, en tous cas avec modestie et simplicité. Ainsi va la théologie protestante, se contenter du nécessaire et de l'utile, ne pas chercher à paraitre, marcher droit au risque d'un trop de rigidité et de détermination.

Sur l'échiquier politique ces deux femmes sont membres des partis conservateurs. En France , il a été dit que les protestants étaient plutôt socialistes et de gauche. C'est une fausse réalité française. Face à une droite dure et maurassienne le protestantisme y apparait comme épris de liberté et de tolérance, laissant à chacun son choix de vie. Ils n'adhèrent pas pour autant à des "dogmes" et à un "prêt à porter", qu'ils soient religieux ou politiques. Dans son fondement le protestantisme se veut la religion de l'analyse, de la mesure, de l'équilibre et de la rigueur, celle là même qui nous manque en économie et dans la gestion du pays en général. Pas de démagogie, Il se veut porteur d'une éthique de responsabilité. Il met tout en œuvre afin que chaque talent prospère au profit de tous sans toujours y parvenir. Il fait passer l'universel avant le singulier. L'adaptation aux situations nouvelles est son souci principal. Marqué par la philosophie d' Hegel philosophe luthérien, il pense que la meilleure politique possible pour que les hommes soient heureux est un état fort politiquement mais libéral sur le plan économique et social. Le centre, de droite ou de gauche lui correspond mieux du point de vue politique. C'est bien là que se situent ces deux femmes. Ont-elles raison pour autant? L'histoire le dira.

Voilà, Cher Pape, un point de vue sans doute partial et partiel au sujet de l'accession au pouvoir de ces deux femmes. Mais peu importe. Ma lettre vise à interpeller toutes les religions, y compris les Églises, qu'elles soient catholiques ou protestantes puisqu'elles n'ont pas toutes l'ouverture des luthériens ou des anglicans, à donner aux femmes les mêmes places , les mêmes droits et les mêmes fonctions qu'aux hommes . Exclure les femmes de la prêtrise, du pastorat et autres responsabilités me semble être d'un autre siècle. Il est urgent de le dépasser très vite sans qu'il puisse y avoir la moindre tergiversation. Il faut prendre le risque de l'égalité des droits pour tous, hommes et femmes, le risque de contredire les traditions religieuses les plus ancrées. Renoncer à ce risque, c'est condamner les femmes à la servitude dans laquelle elles sont toujours dans de nombreux pays, quelles que soient les religions.

Bien à Toi. Serge

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12 juillet 2016 2 12 /07 /juillet /2016 18:05

Cher Pape François,

Il y a bien longtemps que je ne t'ai pas écrit. T'aurais-je oublié? Non. La pensée est bien plus profonde que l'écriture. Celle-ci fige le moment présent comme une carte postale. L'autre chemine et mène toujours plus loin. Par ailleurs, tu le sais, les protestants ne se réfèrent pas au pape quelles que soient ses qualités et son intérêt pour les autres. Ils se veulent libres dans leurs appréciations et leurs décisions.

Je suis toujours surpris par mes amis catholiques engagés et pratiquants, de les entendre se référer au pape. Ils sont très attachés à ta personne. C'est incontestable, tu es bien leur chef même si parfois ils osent dire qu'ils ne partagent pas tout ce que tu entreprends. Tu es pour eux une autorité suprême. Ils sont malheureux lorsque tu ne prends pas le chemin qu'ils pensent être le bon. Pour leur paix intérieure, ils se rangent le plus souvent à tes dires. Tu sembles représenter pour eux une vérité universelle si bonne qu'elle ne peut que s'appliquer à tous.

La pensée protestante est tout autre. Elle cherche à comprendre et croit que toute idée est discutable d'où qu'elle vienne. Elle n'est pas à l' affut de tes paroles pas plus d'ailleurs qu'à l'affut de quel-qu’autres leaders. Elle est sensible à ceux qui ont une charge particulière et représentent de nombreux d'adeptes, elle ne leur accorde pas plus de crédit pour autant. Elle sait que le prophète est souvent seul comme c'est le cas dans l'ancien testament. Personne ne veut l'entendre. Et cependant il dit vrai.

Mais j'en conviens, se soumettre à l'autorité d'une personne ou d'un groupe de personne est une inclination naturelle que l'on retrouve partout et plus particulièrement dans le domaine religieux et politique. Il existe des communautés protestantes sans Eglise organisée où le pasteur est un véritable gourou. Il tient tous ses adeptes sous sa coupe sans aucune autorité au dessus de lui. Il est tout aussi navrant de voir et entendre des militants politiques reprendre les idées de leur chef sans aucun esprit critique. Penser librement s'apprend. C'est un exercice difficile.

Si je reviens à toi par ce courrier c'est parce que quelques amis et parents trouvent que je suis dur et agressif avec toi. "Pour une fois où un pape dit et fait des choses extraordinaires, tu le couvres de critiques" me disent-ils. C'est un jugement que je trouve sévère et injuste à l'égard de tes prédécesseurs ! Si mes lettres donnent cette impression, je m'en excuse. D'ailleurs, comment pourrais-je être agressif puisque comme je te l'ai dit tu ne représentes pas un "patron" pour moi. J'observe et écoute sans passion. Je me positionne sur tes dires, pas sur ton statut qui ne m'oblige pas. J'entre tout simplement en dialogue avec toi. Je crains d'ailleurs que les amis et parents protestants me faisant ce reproche aient oublié leur esprit critique pour entrer dans une obéissance servile inconsciente. Les temps ne sont pas à la réflexion mais au suivisme. Ils s'écartent de ce qu'à voulu être la réforme : une école de la pensée. Et si comme le dit le philosophe Paul Ricœur, "penser, c'est croire", il n'est pas étonnant que les églises et les temples se vident. Sans oublier qu'il ne suffit pas de s'asseoir sur les bancs d'une église pour penser! Il est toujours possible de s'y asseoir comme on s'assoit dans les tribunes d'un stade. La différence est que ces dernières ne laissent aucune place à la réflexion. Les places dans l'Eglise laissent la possibilité d'un retour sur soi.

Pour résumer, je dirai que les réformes que tu sembles vouloir dans ton Eglise avancent lentement. Freiné dans ton action tu l'es certainement. As-tu suffisamment de convictions ? Je ne sais pas. Je ne peux pas m' empêcher de penser qu'il faut savoir s'insurger contre l'obligation de célibat des prêtres, contre la mise à l'écart des femmes pour être prêtre, évêque ou pape, contre ces dogmes moyenâgeux qui condamnent sans discernement l'avortement, la PMA, la GPA, le remariage des divorcés… Il faut aussi oser remettre en question les richesses de l' Eglise. Il ne s'agit pas de tout abandonner, de démolir les cathédrales, de brader l'histoire, la culture et l'art qui la parcourt, mais de réfléchir au comment l'Eglise pourrait mettre ses immenses richesses à la disposition des peuples qui en ont tant besoin. Les encycliques et les bulles papales sont le plus souvent intelligentes, de bonne volonté, elles restent insuffisantes pour plus de liberté et de justice. Enfin, et ici je partage pleinement la démarche d'Ernest Renan qui le reprochait aussi aux protestants, comment ne pas aider le christianisme à se débarrasser des scories de la superstition et de la croyance au surnaturel.

Pour moi, cher François, te respecter ce n'est ni te reconnaitre comme une autorité me concernant, ni me taire au nom d'une telle reconnaissance fusse-t-elle voulue par une foule immense. Te respecter c'est te dire haut et fort ce que je pense, c'est appeler chacun à penser par lui-même et à s'affranchir de tout ce qui ne vient pas de lui. La religion chrétienne est à un carrefour important. Soit elle ose se mettre à l'écoute de l'humanité tout entière et de la modernité qui l'anime, prenant ainsi le risque de tourner le dos aux traditions, aux dogmes et aux croyances qui ont été les siennes jusqu'ici. Elle permettra qu'émergent de nouvelles compréhensions, de nouvelles attitudes, de nouvelles espérances pour le monde entier. Elle refondera le christianisme actuel, comme les premières communautés judéo-chrétiennes avaient refondé le judaïsme. Soit elle se laisse réduire à ne plus être qu'un mouvement parmi d' autres. Ce sera alors la fin de son universalité.

Bien à Toi

Serge

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17 mars 2016 4 17 /03 /mars /2016 11:59

Bien cher François,

L'actualité m'amène à reprendre contact avec toi par ce courrier. Il en va comme tu t'en doutes peut être de l'affaire Barbarin qui occupe l' espace médiatique. Deux sentiments m'animent devant une telle situation.

Tout d'abord un sentiment de compassion pour cet homme qui tous les jours voit une nouvelle accusation tomber sur sa tête. Peu importe la véracité de ces accusations. Je ne parle pas ici des victimes pour qui justice doit être faite afin qu'ils puissent se sentir solidaires de notre société. Leur terrible vécu les en exclut pour l'instant. Je parle de l'homme Barbarin qui, coupable ou pas, doit être perçu comme un homme et qui ne peut être remis à sa place dans la chaine de l'humanité que par la justice qui passe. Il est ici logé à la même enseigne que les victimes (mineures ou adultes) qu'il n'aurait pas voulu voir en ne prenant pas en compte les méfaits de leur prédateur.

Je trouve qu'il est naturel et presque sain que l'accusé se défende à sa manière. Ne pas se défendre c'est mourir. Nie-t-il délibérément la vérité ou est-il aveuglé au point de croire qu'il est innocent. C'est à la justice de se prononcer. C'est à ses avocats de le défendre. Faut-il pour autant que l'Eglise soit son avocat? Je la verrai plutôt partie civile ne s'exprimant que dans le cadre du tribunal. Elle est victime elle aussi. Or en s'exprimant publiquement comme le font les évêques pour défendre le cardinal et se défendre l' Eglise, celle-ci apparait comme celle qui a toujours raison et qui se sert en premier. C'est le reproche fait aux politiques. Plus généralement c'est le reproche fait à ceux qui ont le pouvoir et qui se justifie en toute chose. Mais est-ce bien le rôle de l' Eglise de détenir le pouvoir. La référence au Christ conduit semble t-il sur un autre chemin : celui de l'humilité et de la faiblesse. "Quand je suis faible c'est alors que je suis fort" dira l' apôtre Paul. Il poursuit: "les choses faibles confondent les fortes". C'est clair. L' efficacité n'est pas dans le pouvoir.

J'ajouterai ici pour reprendre les propos tenus, par des évêques et selon lesquels de même qu'il y a une" raison d' Etat", il y a "une raison d'Eglise", que ce type de raison relève du pouvoir. Or si le pouvoir doit s'incarner dans l'Etat, peut-on encore accepter qu'il s'incarne dans l' Eglise sans faire un pied de nez à la laïcité censée gérer la place du politique et du religieux? Je crains que l'on assiste ici à la résurgence du vieux démon de l' Eglise : commander à la société tout particulièrement sur le plan éthique.

Pour ce qui est de Barbarin, je ne te cacherai pas combien j'ai été non seulement déçu mais choqué par les propos du cardinal. Qu'un homme si haut placé dans la hiérarchie de l' Eglise puisse faire lors de la mise en place du "mariage pour tous", les déclarations où mariage gay, inceste , polygamie, famille sont mêlés, montre un amalgame dangereux et une pensée confuse sur ce sujet. Je ne doute ni de l'intelligence du cardinal ni de ses qualités intellectuelles. Je doute encore moins de sa bonne volonté. Il ne me semble pas au clair sur la nature des passions. Peut-on le lui reprocher pour autant? Bien sûr que non. Nous ne sommes que le produit de l' environnement qui nous est imposé de gré ou de force. Les vœux de chasteté respectés ou trahis mais néanmoins subis avec ou sans accord, me semblent être un facteur de déstabilisation de l' équilibre de la sexualité pour tout humain et quels que soient les motifs. Certes des hommes et des femmes peuvent opter pour une abstinence sexuelle et le vivre avec bonheur. Mais peut-on imposer cette attitude pour accéder à une fonction ? Plus encore peut-on l'imposer sans possibilité de retour. Toutes ces difficultés rencontrées par de nombreux prêtres à travers le monde montre que la réponse ne peut être que négative. Certes des hommes mariés peuvent être pédophiles et prédateurs. Ce type de pathologie existe parmi d'autres. Toutefois, ne nous cachons pas qu'il y a des situations qui favorisent des comportements inacceptables chez des êtres certainement fragiles mais qui ne seraient jamais passés à l' acte sans des circonstances déstabilisatrices. Ces circonstances peuvent apparaitre comme une bonne cause. C'est le cas pour le célibat des prêtres. Elles peuvent aussi produire ce qu'il y a de pire. Il est temps que l' Eglise y réfléchisse sérieusement, osant mettre de côté le dogme du religieux pour privilégier la condition humaine.

A l'amitié que j' ai pour toi et ta volonté réformatrice, j'ajoute mon incompréhension sur ce sujet . Serge

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Qui suis-je ?

     Titulaire d'une maitrise de théologie et d'un DESS de psychopathologie clinique, j'ai été amené à exercer plusieurs fonctions  et plus particulièrement la mise en place d'un centre socio- culturo- spirituel protestant puis la direction pendant 12 ans d'un centre de cure pour malades alcoliques. J'y ai découvert l'importance d'apprendre à écouter l'humain dans toutes les dimensions qui le constituent. Aujourd'hui, inscrit au rôle des pasteurs de l' Eglise Réformée de France, j'essaie de mettre des mots sur mes expériences et de conceptualiser mes découvertes.
serge soulie

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