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7 juin 2017 3 07 /06 /juin /2017 09:53

 

           Notre approche de Dieu nous amène à renoncer à le défendre. En effet si Dieu est "deus sive natura " ( Dieu c'est la nature) comme l'écrit Spinoza ou si pour le dire autrement il est l'âme ou encore la force du monde, le défendre n'a aucun sens. Si tout est en Lui et Lui en tout, son existence n'a pas à être défendue. Ce serait une absurdité. Sa place n'a pas à être gardée , il occupe toute la place. Dieu ne peut pas ne pas être. Nous ne pouvons qu'en revenir à Pascal pour qui Dieu s'éprouve, il ne se prouve pas. Il est là au même titre que l' univers et nous n'y pouvons rien. Notre liberté se limite à le reconnaitre ou à le nier et à l'expérimenter. Si Dieu se définit par l'infinité de sa puissance, de son intelligence et de son cœur, prétendre le défendre c'est nier tout cela ou pour le moins en douter. Vouloir le défendre c'est se placer dans une situation psychologique intenable qui peut conduire à la violence. En effet comment l'être fini que nous sommes pourrait-il défendre un être aux attributs infinis? Le faire serait avouer un doute que l'on cherche à chasser avec violence parce que insoutenable. Le fanatisme serait alors caractérisé non par une absence de doute comme on l'entend dire souvent mais par un doute devenu insupportable. L'acte violent permet de cacher le doute aux yeux des autres. Le croyant qui s'intéresse à l'homme est capable de supporter le doute chez lui et chez les autres. Le croyant qui ne s'intéresse qu' à Dieu est désemparé et s'accroche par crainte de le perdre. Il est dans l'auto persuasion, la répétition, allant jusqu'à la violence. Nous avons tous connu des hommes et des femmes aux attitudes religieuses et aux convictions insupportables devenir subitement les persécuteurs de ce qu'ils ont adoré. L'apôtre Paul était en quelque sorte un de ceux là puisqu'il était un fanatique de la religion juive le conduisant à persécuter ceux qui ne s'y reconnaissaient pas jusqu'au moment où il reconnait en Jésus un modèle pour l'humanité. Paul n'est pas passé d'une religion à une autre comme on le croit trop souvent mais de l'adoration, par le moyen de la loi et des attitudes religieuses, d'une divinité à la reconnaissance de l'humanité révélée de manière pleine et entière en Jésus Christ. L'apôtre qui vivait en vase clos dans sa religion s'est subitement ouvert au monde qu'il s'est mis à parcourir, s'adaptant chaque fois aux populations rencontrées, ce qui lui vaudra les reproches de Pierre et d'autres apôtres d'origine juive soucieux de garder les habitudes et les traditions de la religion juive. Au cours des siècles qui ont suivi, l'Eglise s'attachera à monter que Paul a une révélation divine alors qu'il vient d'avoir une révélation humaine. En effet, c'est Jésus qui lui répond : "je suis Jésus que tu persécutes". Par la suite l'Eglise a voulu faire de Jésus un Dieu.

           Vouloir défendre Dieu est une approche perverse qui ne permet pas de faire l'expérience de Dieu. On peut dire sans risque de se tromper que ceux qui se placent dans une telle position n'ont pas éprouvé Dieu pour reprendre le terme Pascalien. Eprouver Dieu, ce n'est pas aller à sa rencontre, ce n'est pas le protéger ou veiller sur lui, c'est se laisser rencontrer et transformer par lui. Pour reprendre une terminologie Freudienne, nous dirons que le "moi" qui cherche à régner et à dominer en chaque être sans jamais y parvenir, d'où sa nature agressive, se laisse métamorphoser en un "soi" qui est une force, un élan de vie non replié sur l'être même mais tourné vers l'universel et en union avec lui. Nous pourrions dire en quelque sorte qu'il entre en Dieu en s'associant à la vie de tous. Il n'a rien à défendre.

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6 mai 2017 6 06 /05 /mai /2017 15:43

 

Pour rendre mon propos plus clair, je dois au lecteur que vous êtes, une confidence importante. Il y a six mois, j’ai appris que j’étais atteint d’un cancer. Dans un premier temps je devais être opéré puis, à la suite d’examens complémentaires en vue de cette opération, il s’est avéré que le cancer s’était étendu. Plus possible de m’opérer. Seul recours possible : une chimio thérapie bien corsée. Après trois cures bien difficiles à supporter mais laissant apparaitre un léger mieux, il m’est demandé de continuer sans aucune garantie de voir disparaitre ce mal qui me ronge.

Au courant de cette mauvaise nouvelle, parents, amis et voisins se sont manifestés. Leurs visites sont toujours un grand encouragement y compris lorsqu’il m’est difficile de les recevoir longtemps. Leurs courriers, par mail ou par lettre sont les traces d’une amitié qui se grave au fond de moi, me modèle et me constitue, toujours et encore. L’humain n’arrive jamais au bout de ce qu’il peut être. Jusqu’au dernier souffle, le corps et l’âme, inséparables par nature, sont enrichis par l’expérience du moment. C’est pourquoi, il n’est pas possible de dire « c’est fini ». L’existence cesse, l’essence continue. Or, l’essence est divine. Si Dieu est en nous, s’il est cet esprit qui nous anime, comment pourrions-nous mourir sans l’entraîner avec nous? Faudrait-il qu’il nous quitte au moment du trépas ? Et s’il mourrait avec nous cela signifierait-il qu’il n’est pas Eternel ? Dieu vit en nous et nous vivons en lui. Rien ne peut défaire ces deux axiomes.

Ces mots qui me sont adressés, par oral ou par écrit, viennent de croyants, comme d’incroyants. Certains font appel à Dieu. D’autres veulent l’ignorer. Peu importe. Ces mots, je les ressens porteur de tendresse. Ils sont comme une caresse sur ce mal à la fois physique et moral. A travers eux, l’interlocuteur se donne comme un frère y compris lorsque ce terme de frère n’est pas reconnu par lui tant ce mot a été utilisé au cours de l’histoire pour tuer la fraternité et faire de l’autre un obligé voire un esclave. L’esclavage n’a pas disparu. Il s’est modernisé. La maladie bouleverse la perception des uns et des autres. Percevoir l’autre comme un esclave ou comme un maitre devient impossible. Il n’y a plus de rapport de force. La maladie est insupportable à celui qui voudrait retrouver ce rapport. Sinon, elle fait de l’autre un prochain. Quelqu’un qui aime et que l’on peut aimer.

Parmi ceux qui font intervenir Dieu dans les propos d’encouragement, certains ont des mots qui touchent. « Dans mon groupe, nous portons votre Nom devant Dieu » écrit une dame. La formule est belle. Le malade a parfois un sentiment de dépréciation. Le Nom le rétablit dans son être. Pour nier l’être de quelqu’un, il suffit de lui enlever le Nom. Les religions s’y emploient encore lorsque leur souci n’est pas la personne mais leur système. L’être n’est plus celui qui est donné par la nature mais celui qu’elles imposent. Ce n’est plus Dieu, le potier qui modèle son pot. C’est leur doctrine et leurs dogmes. Un ami me dit en me quittant : « Je te confie au Seigneur de la vie ». La vie envisagée comme une seigneurie ouvre un espace dans lequel on a envie de rester ou de s’engouffrer pour celui qui aurait le sentiment de l’avoir quittée. Et peu importe qui est le Seigneur si son royaume c’est la vie. Il sera reconnaissable par tous. Il y a aussi celui qui dit « je te bénis toi et tout ce qui t’entoure, les êtres et les choses». Une bonne manière de réhabiliter et régénérer ce que la maladie laisse voir comme enlaidi. Bref, ces formules sont un vrai bonheur. Elles ouvrent de nouveaux horizons.

Mais c’est vrai, il y a aussi ceux qui font intervenir Dieu comme s’il était le responsable, sinon de la maladie, en tout cas de la guérison. Ils laissent entendre qu’il faut prier et que plus nombreux sont eux qui prient, mieux Dieu exaucera les prières. La guérison dépendrait de la foi, celle des malades et de ceux qui l’entourent. Ils font de la foi une œuvre salvatrice. Leur propos s’inscrit dans des attitudes et des croyances religieuses reproduites et répétées. Dieu ne m’a pas donné le cancer. Il n’a pas autorisé un ennemi à me le donner. Implorer Dieu pour la guérison n’a pas de sens. C’est aller à l’encontre de ce qu’est Dieu. Bien sûr, il n’est pas interdit de crier à lui. Il n’est pas interdit de crier « Aïe!» lorsque l’on reçoit un coup de marteau sur les doigts, cela ne guérit pas pour autant. Récemment, une amie s’inquiétait. Elle craignait que je ne perde la foi et ne crois plus en Dieu au vu de la gravité de ma maladie. Mais, à quel Dieu croit-elle ? Dieu n’a pas d’intentions particulières. Il est une source à laquelle je puise sans rien demander. Comme l’air que je respire il m’est donné et me fait vivre. Il est une force mise à ma disposition sans avoir besoin de montages particuliers pour la capter. Dieu ne fait pas la pluie et le beau temps selon son gré.

Ceci dit, je ne veux imposer à personne ce que j’ai été amené à observer, expérimenter, comprendre, penser et croire au cours de ma vie. Ceux qui prient pour moi moi le font selon leur foi du moment. Leur attitude compte avant tout. Elle me fait du bien. Peu importe leurs convictions. Peu importe les miennes. Chacun de nous est amené à faire son chemin. Le bonheur nous vient lorsque nous nous intéressons aux chemins différents des nôtres. Il est plus fort que la maladie. Alors merci pour les paroles, les prières et les encouragements qui me sont adressés. Ils sont pour moi un vrai bonheur.

     

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    19 janvier 2017 4 19 /01 /janvier /2017 10:55

     

    Concernant la place Dieu dans la société, nos contemporains ont le plus souvent des positions tranchées, sans nuances et peu réfléchies.

    Pour les croyants, Dieu a trop peu de place dans la vie des humains comme dans la société en général. Pour eux Dieu reste la garantie d’une bonne morale, de bonnes mœurs et d’une meilleure protection. Lorsque leur vie tourne mal à cause de la maladie, des accidents et autres déboires en tous genre, ils s’auto-accusent convaincus qu’ils ont été infidèles à leur devoir de croyant et qu’ils méritent bien ce qui leur arrive. Dieu ne fait que les corriger. Ils s’inclinent. Si les malheurs touchent les autres, ce sont bien ces autres les responsables de leur propre situation. Il faut qu’ils s’en prennent à eux mêmes. Enfin, si les malheurs sont collectifs ils cherchent des boucs émissaires, le plus souvent parmi les incroyants, qui de par leur comportement auraient attiré les foudres de Dieu sur le pays tout entier. Pour eux tous, il n’y a pas assez de Dieu dans notre monde. Dieu n’est pas suffisamment prié, invoqué et représenté. Il ne reçoit pas suffisamment d’offrandes quelles que soient la nature de ces offrandes, matérielles ou spirituelles.

    L’incroyant est agacé par les références à Dieu. Les signes religieux lui paraissent inutiles voire néfastes. Pour lui religion est synonyme de superstition. Croire en Dieu enferme l’homme dans une fausse espérance et dans l’illusion. Moins il y aura de Dieu et plus l’humain sera libre et responsable. Dieu ne peut qu’être un obstacle au bon déroulement de la vie. Tout ce qui le représente aliène l’homme et fait son malheur. Il déplore les richesses de l’Eglise qui sont pour lui le signe de la supercherie de la religion toujours au service des riches et des puissants au détriment de la plus grande majorité des peuples.

    Enfin vient l’indifférent, appelé parfois agnostique pour qui la question de Dieu ne se pose pas. S’il ne nie pas son existence, il ne croit pas pour autant à celle-ci. Il veut tout ignorer des questions spirituelles. S’il croit à la chance, il ne l’attribue à aucune puissance. Elle est un pur hasard dû à la main des hommes ou au logiciel sollicité pour tirer le bon numéro. Il reste superstitieux sans croire au ciel. L’opinion, voire les sondages voudraient que les indifférents soient le plus nombreux dans la société actuelle. Rien n’est moins sûr tant la pensée de l’homme peut changer devant l’échec et devant la mort. L’indifférent se met alors, sinon à penser Dieu, tout au moins à lui trouver des substituts.

    Croyants, incroyants ou agnostiques ont en commun de se référer pour l’adorer, le rejeter ou l’ignorer au même Dieu. Un dieu extérieur au monde. Agissant selon son bon plaisir. Cherchant à se faire aimer et adorer. Punissant ou récompensant l’homme à sa guise. Bref, un Dieu qui ressemble en tout point au Roi le plus puissant disposant de tous les pouvoirs et n’ayant de compte à ne rendre à personne. Si ce dieu là satisfait un certain nombre de croyants, on comprend que dans la société moderne, la plupart des humains le rejettent ou l’ignorent. Faire le vide de ce Dieu c’est conquérir une liberté et une responsabilité auxquelles aspirent le plus grand nombre aux vues des moyens et des possibilités dont le monde moderne dispose. Ce Dieu « imperator » a perdu sa place avec les nouvelles découvertes, les progrès de la science et plus particulièrement de la médecine qui place l’homme devant la mort et lui rappelle sa finitude.

    La question se pose alors de savoir s’il n’y a pas une autre conception de Dieu qui serait bonne pour l’homme et la gestion du monde dans lequel il vit. Un Dieu qui ne serait pas l’objet de croyances mais une réalité, non vérifiable par nos sens, sans pour autant échapper à notre pensée parce qu’il est esprit. Nous pourrions reprendre la formule se Spinoza : « Dieu, c’est comme la nature ». Il reste alors, comme la nature, une réalité présente quelle que soit notre décision d’y croire ou de ne pas y croire. Dans ce cas la question de savoir s’il y a trop de Dieu ou pas assez ne se pose plus. Il est une présence pleine et totale, indépendante de notre croyance. Chacun en bénéficie. Celui qui le reconnait et l’accepte en jouit pleinement en toute conscience. Là est la différence avec celui qui ne fait pas la démarche de reconnaissance. Il bénéficie de la présence divine tout en l’ignorant comme il bénéficie de la nature qui l’entoure. La grâce divine n’obéit pas à un marchandage. Elle est pour tous. Pas besoin d’aller à Dieu pour en bénéficier, elle est inscrite dans la création. Le croyant comme l’incroyant ne peuvent ni maitriser ni limiter la présence de Dieu dans le monde. Dieu ne relève pas de leur décision.

     

     

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    Qui suis-je ?

         Titulaire d'une maitrise de théologie et d'un DESS de psychopathologie clinique, j'ai été amené à exercer plusieurs fonctions  et plus particulièrement la mise en place d'un centre socio- culturo- spirituel protestant puis la direction pendant 12 ans d'un centre de cure pour malades alcoliques. J'y ai découvert l'importance d'apprendre à écouter l'humain dans toutes les dimensions qui le constituent. Aujourd'hui, inscrit au rôle des pasteurs de l' Eglise Réformée de France, j'essaie de mettre des mots sur mes expériences et de conceptualiser mes découvertes.
    serge soulie

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