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10 juin 2017 6 10 /06 /juin /2017 11:23

 

          Après plus de six mois de chimio thérapie où les cures se succèdent à un rythme épuisant et où la fonctionnalité de la plupart des organes du corps est en souffrance donnant trop souvent le sentiment que la vie va s'arrêter, je me plais à lire et relire la lettre à Ménécée : "la mort n'est rien pour nous puisque , tant que nous existons nous mêmes , la mort n'est pas, et que , quand la mort existe, nous ne sommes plus". Epicure y soutient que la mort n'est pas à craindre , que hors de la vie, il n'y a rien de redoutable. Pour lui, la connaissance de cette vérité nous rend capable de jouir de cette vie mortelle.

        Au moment où la maladie nous pousse à désinvestir le monde, à nous replier sur soi et à renoncer à jouir de la vie , les propos du fondateur du jardin sont une véritable thérapie. Ils nous invitent, non point à nous préparer à la mort mais à vivre pleinement chaque instant, comme si tout était normal, avec les moyens qu'il nous reste. Il fut lui-même un témoin et un exemple puisqu'il souffrit toute sa vie de maladies chroniques et douloureuses qui l'emportèrent. Deux cents ans plus tard le poète Horace exprimera cette pensée dans son fameux vers épicurien " carpe diem, quam minimun credula postero" (cueille le jour sans te soucier du lendemain). Comment ne pas penser aux paroles de Jésus :"Regardez les oiseaux du ciel, ni ne sèment ni ne moissonnent, ils n'amassent rien dans les greniers mais votre père céleste les nourrit". Et Jésus d'ajouter: "qui de vous par ses inquiétudes peut ajouter une coudée à la durée de sa vie". Il s'agit bien ici de laisser venir la mort sans s'en soucier. La Réforme exprimera la même pensée avec son " sola gracia" (seulement la grâce). Dans tous les cas il s' agit bien de libérer l'homme de la mort et de l'après la mort pour lui redonner la liberté de vivre pleinement sa vie avec le plus de bonheur possible.

       Certains s'offusqueront, fidèles aux traditions et aux dogmes de l'Église plus qu'aux évangiles, de ce que tout soit centré sur la vie terrestre et que soit ignorée la vie Eternelle la porte en étant la résurrection de Jésus. " Si Jésus n'est pas ressuscité alors notre prédication est vaine écrira l'apôtre Paul aux corinthiens". Autrement dit ici, pourquoi la lecture de la lettre à Ménécée d'Epicure serait-elle plus réconfortante et se substituerait à l'épitre de Paul aux corinthiens?

Soyons raisonnables. Une lecture n'exclut pas l' autre. Les deux sont profitables. Elles ont un point commun, chasser l'angoisse devant la mort. Leur démarche est différente.

      -Dans sa lettre à Ménécée, plus de trois cents ans avant celle de Paul, Epicure a une méthode que nous pourrions dire curative. Elle consiste à libérer l'homme des fausses opinions selon lesquelles il y aurait un au-delà et des dieux, s'intéressant aux hommes, maîtres de cet au-delà. La croyance en de telles fausses vérités trouble l'homme et le conduit à redouter la mort et désirer l'immortalité. Or, la consolation et la paix passent par l'ataraxie, autrement dit l'absence de trouble et par une ouverture au présent avec l'accueil des petits et des grands moments de la vie. Le tout avec joie. La mort n'est pas à craindre puisque la souffrance liée aux sensations et à la conscience disparait dès que le dernier souffle est rendu. Pour Epicure, l'âme et le corps, sont constitués d'atomes qui à la mort et après décomposition, rejoignent d'autres atomes pour une nouvelle composition.

      -Pour l'apôtre Paul, la consolation passe par une espérance à la vie Eternelle. Celle-ci n'est pas la continuité de la vie ici bas. Elle n'est pas "immortalité". Elle est une vie autre, dans un monde autre. Une vie céleste, débarrassée des affres et des servitudes de la vie terrestre. Telle est en tout cas l'interprétation que l'Eglise, docile au désir des hommes, a donné aux textes du Nouveau Testament. Cette espérance en une vie éternelle, campée dans un personnage identique à celui que nous étions durant de la vie terrestre, attestée par la résurrection du Christ, est sensée chasser l'angoisse. Ce n'est pas une croyance. C'est, insiste Saint Paul, une réalité basée sur le Christ ressuscité. Une simple croyance, n'aurait pas traversé les siècles selon de nombreux penseurs. Il fallait une preuve matérielle.

      Pour justifier une telle preuve, les chrétiens ont fait de la résurrection un événement historique. De nos jours, les progrès de la sciences, les nouvelles découvertes et l'ensemble des connaissances, rendent difficile la croyance en un événement aussi surnaturel. La sagesse nous conduit à penser la résurrection comme une parabole invitant les vivants à rebondir sans cesse tout au long de la vie et à choisir ce qui va de l'avant sans attendre une nouvelle vie après la mort. La nouvelle vie commence ici, sur cette terre. Chaque jour est un recommencement. Nous y sommes déjà dedans. La mort n'est plus rien. La résurrection est une invitation à se renouveler perpétuellement ici bas parce qu'il n'y a pas d'ailleurs. L'homme est déjà intégré dans ce mouvement, la mort ne peut pas l'en arracher comme c'est le cas dans la pensée d'Epicure pour qui les atomes du corps et de l'âme rejoignent la matière de l'univers pour une nouvelle composition. Autrement dit, la signification de la résurrection rejoint ici la pensée d' Epicure. Les deux nous invitent à jouir de la vie sur cette terre, débarrassés de la crainte de la mort. Quand celle-ci arrive, nous ne somme plus là, elle n' est donc rien selon Epicure. La résurrection se substitue à la mort dès maintenant et renouvelle sans cesse la vie selon les Evangiles.

      Il ne reste plus au malade que je suis, épuisé par la chimio, menacé par la mort que, trop souvent, j'imagine proche, non pas à me battre comme le propose le premier venu, mais à faire confiance à cette force qu'est Dieu. Cette force n'est pas volontaire, elle n'a pas d'intention particulière. Elle n'est ni à craindre ni à supplier . Elle est disponible pour que je vive au mieux les jours qui me sont donnés à vivre. Je ne suis pas le maitre de ma vie. Personne ne l' est. Traitement et soins sont une lutte contre tout ce qui entrave la vie. Ils sont l'espoir que la maladie se retire encore cette fois.

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30 août 2014 6 30 /08 /août /2014 21:41

        Récemment un imam déclarait que s'il était musulman c'est parce qu'il était né musulman. Nul doute que la plupart des gens dans ce monde gardent la religion dans laquelle ils sont nés même s'ils la pratiquent différemment ou pas du tout. On le voit au moment des enterrements , des personnes entièrement inconnues des Eglises demandent un service religieux.


            En France cette situation risque de changer pour les chrétiens d'ici une vingtaine d'années.  En effet, le baptême administré dès l'enfance et qui tenait lieu d'adhésion à la  religion, est aujourd'hui de moins en moins pratiqué. Les enfants devenus adultes se considèreront- ils catholiques ou protestants au cours de leur vie s'ils ne font aucune démarche dans ce sens.


            L'iman a raison à une condition: que la religion dans laquelle l'enfant nait ne reste pas obligatoire avec interdiction d'en changer. Dans de nombreux pays, ceux qui veulent changer de religion sont sévèrement punis parfois jusqu'à la mort. Cette situation est odieuse. Aucun pays démocratique, civilisé et méritant estime, ne peut accepter cette situation d'où qu'elle vienne : elle peut venir de l'organisation de l' état et de sa constitution comme des citoyens les plus religieux qui parfois l'imposent sans être inquiétés par la justice de leur pays.  On peu comprendre qu'il soit difficile d'empêcher la religion à la quelle on appartient de faire pression sur un de ses fidèles afin qu'il ne la quitte pas. Il appartient alors à l' Etat de rendre possible de tels changements en condamnant sévèrement tout ceux qui manifestent une telle opposition.


            Le jour où dans le monde, toute personne se sentira libre de renoncer aux croyances de son enfance, de changer de religion ou de ne pas en avoir pour faire ses propres choix, les guerres et les conflits diminueront considérablement. En effet, de manière sous jacente et cachée, à la base des conflits et de leur violence il y a des questions de religions auxquelles s'ajoutent des raisons ethniques et raciales. Ces dernières sont souvent attisées par la religion y compris lorsque celle-ci n'est pas engagée directement dans le conflit. Il est à noter que les conflits les plus violents sont souvent au sein de la même religion entre sensibilités différentes. C'était vrai entre catholiques et protestants pendant des siècles. C'est vrai aujourd'hui entre sunnites et chiites dans la religion musulmane.  


            On peut s'interroger sur les raisons qui cachent le rôle majeur des religions dans les conflits du monde.  C'est probablement  parce qu'elles ne veulent pas perdre d'adeptes et   rester toutes puissantes. C'est aussi parce qu'elles sont  utilisées par les pouvoirs politiques qui veulent s'imposer et les mettre à leur service. Religion et politique se soutiennent mutuellement pour garder le pouvoir. Il est toujours difficile de distinguer le pouvoir divin du  pouvoir politique. La connivence du sabre et du goupillon apparait dans les moments  difficiles. On l'a vu récemment avec le mariage pour tous où une grande partie de  la droite et le clergé parlaient d'une même voix. La séparation du religieux et du politique est une conquête de tous les jours. La laïcité est fragile bien que garante de liberté et de paix. 

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31 juillet 2014 4 31 /07 /juillet /2014 14:57

 

              Max, la cinquantaine est un homme généreux. Il  rend service sans ne rien demander en retour. Il sait accueillir à sa table et encourager ceux qui se sentent seuls ou débordés par leurs  tâches, ceux qui ne savent plus comment résoudre leurs problèmes. Il  lui arrive même d’accueillir pour quelques jours dans la chambre d’amis, celui ou celle qui ne sait plus ou reposer sa tête. Mieux encore, Max ne semble pas jouir de ses actes débonnaires comme ceux, qui aidant les autres se font d’abord plaisir à eux-mêmes. Il ne cherche pas à tirer une quelconque gloire de ses engagements qui semblent  répondre chaque fois à des situations difficiles.  Max n’agit pas par sentiment ou par compassion mais parce que la situation l’exige. Ainsi, il ne rend jamais dépendant de lui celui qu’il a pourtant aidé à des moments cruciaux.  Chacun se sent libre de ne rien lui devoir.

                Les chœurs pourraient chanter « bravo Max ! ». Seulement voilà : Pour lui rien ne va. Son discours n’est qu’une suite de négations sur tout ce qu’il traite.  L’école primaire où vont ses enfants ? Elle est mal organisée. Certains enseignants sont vraiment bizarres.  Le collège ? Il est mal géré. Les professeurs ne se font pas respecter. Le proviseur n’est pas assez sévère.  Les élèves ? Ils sont irrespectueux et n’en font qu’à leur tête. Ils ne travaillent pas. Tout leur est dû. Leurs échecs sont la faute des professeurs. La médecine ? Elle ne met pas la priorité où il faut. Il n’y a aucune logique dans l’organisation des soins. Chaque soignant fait ce qu’il veut.  La justice ? Elle n’existe pas.  C’est toujours les plus forts qui l’emportent. La science ? Elle mène le monde par le bout du nez. Elle passe son temps à transgresser les lois. Elle prépare la destruction de l’humanité car rien ne peut s’opposer au clonage, au nucléaire, aux OGM qui ne sont que négatifs. L’ordre social ? Il est inexistant. Chacun fait ce que bon lui semble. Il n’y a plus de retenue. Le progrès ? Il n’y en a pas. Les nouvelles découvertes ne peuvent qu’être dommageables pour les humains.  Les lois qui devraient encadrer la recherche n’existent pas. Elles courent après la science sans jamais la rattraper. Lorsqu’elles sont formulées et adaptées elles sont ridiculisées.  Les nouvelles dispositions sociales  comme le mariage pour tous, la PMA, la GPA ? Elles sont la porte ouverte à tous les excès et à tous les abus. Les humains en général ? Ils ne cherchent que leur intérêt. Seul l’argent compte. On ne peut faire confiance à personne. Tout le monde triche pour son profit : l’administration, les commerçants, les banques, les institutions.

                Le réquisitoire de Max est sans appel. Plus rien ne va. Tout  court vers le pire. Il parait clair que Max porte au plus profond de lui de nombreuses souffrances. Quelques séances de thérapie suffiraient probablement  à lézarder ce mur de négations derrière lequel il se protège. Il s’agit bien de fendre et non de démolir, une telle remise en question pouvant s’avérer dangereuse. Il y faut du temps pour opérer un changement.  Amener Max à voyager à travers les cinquante années de sa vie l’aiderait à reconsidérer les éléments du puzzle de son existence afin de mieux les positionner et les caler supprimant ainsi la  crainte que l’édifice s’écroule. On est en droit toutefois de se demander comment il se fait que ce chrétien convaincu, pratiquant parfaitement l’éthique de son Eglise comme nous le disons au début de cet article, engagé fidèlement dans la communauté ecclésiale à laquelle il consacre beaucoup de temps a pu se laisser enfermer dans une critique toute négative. L’Eglise devrait y réfléchir. Par expérience, je peux dire qu’elle ne donne que trop rarement à ses fidèles l’occasion de réfléchir sur eux-mêmes. Elle ne les prépare pas aux changements nécessaires qui se présentent tout au long de la vie. En langage religieux, nous dirions qu’elle ne les prépare pas à une conversion continue. Elle confond d’ailleurs conversion et adhésion.

                Enfin, et au risque de s’attirer les plus vives critiques, nous dirons qu’il  est urgent que l’Eglise sorte de la théorie du péché originel dans laquelle Saint Augustin l’a enfermée. On oublie que l’auteur des «  confessions » a cherché par ce biais à se pardonner la vie dissolue qui était la sienne avant qu’il rencontre le Christ. Les errements des uns et des autres, s’ils peuvent servir à la compréhension du fonctionnement des humains, ne peuvent à eux seuls servir à ériger des dogmes soit disant infaillibles. C’est par eux, que Max ne voit en l’humain qu’un être à qui il ne peut pas faire confiance. On lui a tellement dit que l’homme est pécheur !
               

 

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15 avril 2014 2 15 /04 /avril /2014 10:31

 

             Il est de bon ton de souhaiter un bon anniversaire à ses parents comme à ses amis. Ses souhaits sont généralement bien reçus. Ils sont la preuve que ceux que nous aimons et apprécions pensent à nous. De quoi être flatté !

             La vie pendant laquelle il est possible de souhaiter un bon anniversaire, se divise en quatre

quarts de siècle :


  

            8355725866_40ae558da9.jpgDe 0 à 25 ans l’anniversaire est la confirmation que l’enfant grandit. Il est heureux de voir qu’il grimpe l’échelle des âges et tout le monde s’en réjouit ; « Comme tu es grand » dit-on à l’enfant qui vient de proclamer son âge. A 10 ans il voudrait en avoir 15 et à 15 il voudrait en avoir 20. Mais ici le souhait de l’écart entre l’âge réel et l’âge souhaité  commence à se réduire sérieusement. Ah si comme le dit la chanson, on pouvait avoir tous les jours 20 ans !

 

 De 26 à 50 ans l’âge est considéré comme celui de la force. Bon anniversaire est perçu comme une félicitation pour ce que l’on est. C’est le temps du bel homme et de la belle femme. Le corps  se présente dans toute sa plénitude. Les signes d’un vieillissement ne sont pas encore perceptibles. Les responsabilités sont là, les professionnelles comme les familiales. C’est aussi le temps où l’on se fait une place dans la société jusqu’à être connu et regardé pour ses compétences.

 

De 51 à 75 ans l’anniversaire commence à être perçu comme une manière de souligner le vieillissement ; Les forces diminuent. Les premiers ennuis de santé se manifestent. Les femmes laissent croire qu’elles préfèreraient que l’on ne leur souhaitât pas cet anniversaire. Par coquetterie bien sur. Quant aux hommes, une fois fêtée la cinquantaine, ils oublient la date de leur anniversaire.  « Je n’y pensais plus s’esclaffent-ils ». Il leur est insupportable de voir leur pouvoir s’amenuiser, les plus jeunes les supplanter et  la place occupée se réduire.

 

De 76 à 100ans pour ceux qui vont jusque là, le temps est venu de penser à la mort. Derrière le souhait d’anniversaire, il y a cette lancinante question : « serai-je encore là pour le prochain «  ? Alors, on n’aime pas être oublié. On s’accroche d’une manière ou d’une autre pour repousser la mort.  Il arrive même, que certains mettent fin à leurs jours afin que la mort ne vienne leur ravir la vie. Quel paradoxe !  


Dans un centre de vacances les enfants des familles «  témoins de Jehova » arrivaient avec dans leur dossier une lettre demandant de ne pas autoriser les transfusions sanguines et de ne pas fêter les anniversaires. L’équipe dirigeante ne s’attardait pas sur la première recommandation qui ne relevait pas  directement de sa responsabilité mais  elle respectait la seconde comme elle respectait l’interdiction de manger du porc pour les enfants musulmans en veillant de leur laisser le choix pour les repas où la viande de porc était au menu. Les enfants de famille «  témoins de Jehova » s’arrangeaient toujours pour faire savoir à leurs camarades que c’était leur anniversaire. Ces derniers réclamaient alors qu’il soit fêté comme les autres ce qui obligeait la direction à expliquer le pourquoi de cette « non fête ». Ceci n’empêchait pas le cuisinier de régaler toute la colonie d’un bon gâteau ajouté au menu sans pour autant chanter « bon anniversaire ».

 

Sur un plan strictement théologique, la position des témoins de Jehova peut s’entendre. Avec la résurrection de Jésus Christ, le temps est aboli. Nous sommes entrés dans l’Eternité dès aujourd’hui. Il n’est pas nécessaire de fêter les anniversaires. C’est même un contre temps. Dans la réalité, il en va autrement. L’anniversaire invite  l’enfant à grandir encore.  Il encourage l’adulte et le reconnait dans ce qu’il est. Il rassure la personne âgée qui a le sentiment de ne pas être oubliée. Fêter les anniversaires ne nous empêche pas de reconnaître que nous sommes entrés dans le temps de l’Eternité. Nier  les besoins terrestres de l’enfant, de l’adulte ou du vieillard, n’est-ce pas refuser cette éternité qui nous demande de nous adapter aux circonstances du moment afin de vivre continuellement?

 

               

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21 novembre 2013 4 21 /11 /novembre /2013 11:20

 

           Si je devais commencer par citer un Nom, en ce moment bien douloureux pour vous la famille et pour nous les amis, je citerai celui de Jésus-Christ. Ce serait je crois la manière la plus fidèle pour témoigner de la vie de Jean Hoibian. D’une part, Jean plaçait au centre de sa vie celui que nous appelons Jésus, le Christ, d’autre part il n’aimait pas les éloges, il n’aimait pas être propulsé au premier plan.  Il avait une préoccupation forte : être témoin de la liberté   auprès des opprimés et des humiliés. Il avait une lecture politique des choses du monde parfois dérangeante, souvent efficace. Il souffrait avec ceux qui souffrent sans espérance et  dans l’attente d’être mis au bénéfice de l’amour de Dieu et du Christ.


            Mais à peine vous ai-je dit combien Dieu, Jésus-Christ, l’Evangile, étaient au centre de la vie de Jean, que j’ai déjà des regrets, non  point que je ne croie moi-même à la force de ces mots,  mais parce que ces mots pourraient éloigner ceux qui ne se reconnaitraient pas en eux. Jean s’adressait à tout le monde, sans exception. Pour lui il n’y avait pas les croyants d’un côté les incroyants de l’autre. Il n’y avait pas de frontière entre les deux. S’il y avait une frontière elle était entre la justice et l’injustice, entre la violence et la paix, entre l’exclusion et l’intégration, entre la reconnaissance et le mépris. Jean ne prêchait pas l’Evangile, il le vivait. Lutter contre tout ce qui asservit l’être humain était sa manière de l’annoncer. Sortir les plus fragiles et les plus démunis de leur enfer était sa préoccupation première.


            J’ai pu mesurer la force de cet engagement lorsqu’ il était aumônier de prison et que parallèlement il avait créé aves trois autres de ses collègues des aumôneries catholiques ou protestantes, une association dont le but était de réfléchir sur les questions de justice et de réinsérer ceux qui avaient séjourné en prison. Jean avait une très grande force de conviction pour entrainer ceux qui allaient travailler avec lui comme pour resocialiser ceux qui avaient été marginalisé. De plus, il pouvait soulever ciel et terre pour rendre la liberté et mettre sur les rails les sortants de prison. Il pouvait contacter les plus hautes personnalités, frapper aux portes de la chancellerie, interroger les  ministres. Il fallait accompagner Jean dans un tribunal ou dans un commissariat de police pour le voir défendre contre vents et marées, malgré l’évidence  des faits un homme pris en flagrant délit. Non il ne mentait pas, il ne trichait pas, il ne niait pas la faute, il ne l’excusait pas. Il n’était pas dupe. Parfois même il s’insurgeait contre ceux qui par idéologie se seraient arrêtés à un pardon sans suite. Mais Pour lui un acte répréhensible ne méritait pas  automatiquement une incarcération si le coupable était suivi en vue d’une réinsertion.  Il y avait toujours possibilité  de se reprendre. Il ne fallait surtout pas condamner et  enfermer mais donner une chance et ouvrir des portes. Il était parfois difficile de  suivre Jean dans la défense de ceux qui empruntaient des chemins dangereux et de violence, envers eux et envers les autres.  Et il me faisait penser à cette veuve qui venait réclamer justice auprès d’un juge inique  qui refusait. Elle n’avait aucune chance  de l’obtenir malgré son insistance. Mais parce qu’elle vient lui rompre la tête nous dit le texte de cette parabole qui se trouve dans l’Evangile de Luc, elle obtint justice. Tel était  Jean devant des policiers qui ne voulait pas lâcher celui qu’ils venaient d’arrêter.


            Mais il serait injuste de réduire Jean à un homme d’action, et ce n’est pas par hasard si l’association qu’il avait créée  s’appelait association réflexion action prison et justice ; Jean cherchait toujours quelles propositions faire pour repenser le fonctionnement de la justice, améliorer le système pénitentiaire et rendre efficace l’insertion dans notre pays. Nous étions à l’écoute des spécialistes, avocats, juges d’application des peines. Il organisait des conférences, des débats, des ateliers. Il nous a conduit dans différents pays du monde 10,15 jours pour étudier le système pénitentiaire et les structures d’insertion : Canada, Etats Unis, Mexique, plus près de nous Espagne, Allemagne, Angleterre, Hollande, Suède et j’en oublie. Nous y visitions les prisons, les tribunaux, les foyers d’insertion…


                        Je ne vous parle là que d’un moment de sa vie. On ne connait jamais la vie complète d’un être humain. On dit que Dieu seul la connait et Dieu est un savoir, une mémoire que l’homme ne perce pas ou si peu !  Mais ceux qui parmi vous ont côtoyé Jean pendant ses années de retraite savent combien il restait un militant, attaché à l’engagement auprès des exclus, des étrangers (cercle du silence,)  ainsi qu’au renouvellement de la pensée afin de mieux comprendre notre monde (association ensemble, chrétien citoyen) et renouveler la pensée théologique (Protestantisme libéral). Son engagement dans l’œcuménisme s’inscrivait à la suite de l’intérêt qu’il avait porté en leur temps aux  théologies de la libération et au mouvement des prêtres ouvriers. Et il restait attentif à l’évolution et à l’ouverture des Eglises aussi bien protestantes que catholiques.


Jean pouvait reconsidérer des choses qu’il croyait acquise. Non seulement pour améliorer le fonctionnement des domaines dans lesquels il s’engageait  mais aussi pour lui-même. Je l’ai entendu remettre en cause ce qu’il croyait depuis longtemps acquis et indéfectible. Et parfois on sentait que cela lui coûtait parce qu’il voulait  être fidèle à ses convictions et à sa foi, à ses traditions. Mais il arrivait à se surpasser et à repenser les choses. Je pourrais dire qu’il en était ainsi avec son corps et sa santé. Ma première visite pour sa maladie remonte à une quarantaine d’année, depuis il a été opéré plusieurs fois, je ne l’ai jamais entendu se plaindre. Il était accroché à la vie.


            Enfin, et j’allais  oublier de vous le dire, Jean n’était pas un saint. Aucun saint n’a jamais franchi les portes de ce temple. A moins que nous ne le soyons tous. Mais chacun de nous apporte sa pierre à l’Edifice qu’est le royaume de Dieu, Royaume de paix et de justice auquel Jean croyait. Je voudrais maintenant dire à Jean deux mots : à Dieu. Et là qu’il puisse poser toutes les questions qui le tracassaient au sujet de la marche du monde. Moi je garderai de lui la conviction que l’amour du prochain n’est pas seulement un sentiment, une émotion, une proclamation idéologique mais une pratique, un combat. L’amour ne se laisse pas enfermer dans les temples, les églises, les offices, les liturgies, il s’étale dans la rue, change, transforme ceux qu’il touche. Jean se disait lui-même avoir été transformé par lui. L’amour rétablit l’humain dans sa pleine humanité. Il révèle Dieu  et donne sens à la foi.

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28 juillet 2013 7 28 /07 /juillet /2013 18:49

 

            Cette jeune femme, retenue par sa grand-mère qui était malade n'a pas pu prendre le train de la mort reliant Madrid à  Saint Jacques de Compostelle. Aujourd'hui elle remercie Dieu d'avoir pu, grâce à la maladie de la grand-mère éviter le pire. Comme si Dieu, voyant l'accident arriver avait provoqué la maladie de la vieille dame.

            On peut comprendre l' émotion de cette jeune femme et son besoin de reconnaître la main salvatrice du dernier moment. Devant le drame évité beaucoup d'entre nous ne pourraient se retenir et remercieraient Dieu. Le grand bonheur comme le grand malheur conduisent instinctivement à Dieu pour le louer ou le rejeter. Il faut dans ces circonstances une puissance extérieure à l'œuvre. Le hasard ou la main de l'homme ne  suffisent plus. L'événement vécu comme merveilleux ou terrible ne peut plus être de ce monde.

            Il serait bien mal venu de porter une quelconque critique à cette femme qui voit dans sa vie sauve une intervention divine. Chacun gère comme il le peut les émotions trop fortes. Pour nous les observateurs non impliqués directement nous devons nous interroger. Dieu aurait-il sauvé cette femme et laissé périr 78 personnes. Vu ainsi, si Dieu pouvait sauver la femme, il pouvait empêcher l' accident. Le raisonnement n'est pas tenable. Il est même offensant à l' égard de ceux qui ont perdu un des leurs. Il faut revoir nos conceptions de Dieu. Trop souvent ces conceptions sont instinctives, soumises à nos émotions comme ici pour la jeune femme, irréfléchies pourvues qu'elles soient rassurantes, explicatives pour que nous n'ayons pas à  chercher .

            Dieu n'a pas provoqué l' accident pas plus qu'il n' a sauvé la jeune femme. Il n' a pas à être accusé ou remercié. Il n'est ni responsable ni coupable. Il n' a fait justice à personne dans cet accident. Les uns ne méritaient pas plus de vivre ou mourir que les autres. Dieu ,nous devons le chercher ailleurs. Le comprendre autrement. N'est-ce pas le rôle du chrétien que de chercher à ne pas enfermer Dieu dans des pensées qui l' arrangent. Plus encore, être chrétien n'est-ce pas être chercheur en toute chose parce que toutes les choses sont en Dieu?  Et si nous sommes en Dieu comme nous sommes dans une maison, pourquoi lui attribuons nous ce qui nous arrive? La maison dans laquelle nous habitons est-elle responsable de nos conduites? En ce Dieu dans lequel il loge seul l'homme est responsable. Il a reçu la force et l'intelligence d'améliorer ce monde. Ici , il lui appartient d'améliorer le train et son fonctionnement, ce train qui relie Madrid à  Saint Jacques de Compostelle.

 

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21 mai 2013 2 21 /05 /mai /2013 13:27

        

            C'était le soir au coucher. Je leur avais raconté histoire. Ils me l'avaient demandée. C'est parait-il le rôle des grands parents de lire des histoires aux petits enfants. Cette fois, l'histoire, je l'avais inventée. Au départ elle était pour le garçon. Toute la journée il m'avait parlé des voitures de courses. Il voulait, quand il serait adulte disait-il, être pilote. Alors j'étais parti sur les voitures. Ses sœurs, plus âgées et que je n'imaginais pas s'intéresser à une histoire de voitures avaient posé leur livre de contes et  étaient venues nous rejoindre. Je me suis alors senti obligé de modifier quelque peu la suite de cette histoire de voiture en y introduisant des réactions humaines. Je voyais les enfants passionnés. Ils brûlaient d'envie de connaitre le dénouement des épisodes que j'introduisais chaque fois. Le pilote sortirait-il vivant de ce terrible accident sur le circuit? Les parents supporteraient-ils que leur enfant chéri puisse ainsi exposer sa vie dans des courses automobiles? Pour plaire à ses parents ce fils aventureux renoncerait-il à sa passion? L'histoire terminée, il y eut un grand silence. Dans leur tête toutes les questions semblaient se bousculer. La plus grande contenait ses larmes. Alors, peut-être pour échapper à sa peine, elle me demanda: Cette histoire, elle est vraie ou tu l'as inventée?

            Quelle question! Je ne savais plus si je l'avais inventée ou si elle était vraie. Il en va toujours ainsi de la vérité. J'hésitais à donner une réponse. Bien sûr que je l'avais inventée cette histoire. Mais après tout il y avait des choses vraies. Les accidents de voiture c'est vrai. Des miraculés qui sortent bien vivants de leur véhicule réduit en un tas de ferraille c'est vrai aussi. Des parents qui ont peur quand leur fils prend le volant et qu'il conduit un peu trop vite, c'est encore vrai  . Des enfants qui peinent à s'émanciper du désir de leurs parents et qui renoncent à leur carrière et à leur passion c'est toujours vrai . Alors , mon histoire, inventée ou vraie?

            Par ailleurs , cette histoire qui semblait tant interpeller les enfants, comment allait-elle rester pertinente : en s'avérant être un conte ou une histoire vraie? - "Je ne sais plus très bien, répondis-je à la plus grande des trois, les histoires, c'est toujours comme si c'était vrai". Elle paru satisfaite par ma réponse et à l'en croire le lendemain , elle s'était endormie en pensant à l'histoire.

            Pour moi, ce fut plus difficile. Je ne trouvais pas le sommeil. Mon histoire n'avait pas été aussi banale que je l'aurais voulue.  Fallait-il dire qu'elle était vraie ou que je l'avais inventée. Comme dans les rêves j'avais le sentiment d'avoir accolé les unes aux autres des bribes d'histoires vécues ou imaginées. D'être passé du réel à l'imaginaire et vice versa.  Les enfants , très énervés par une journée où la pluie les avaient empêchés de sortir, avaient été subitement apaisés. Les histoires qu'elles soient vraies ou inventées peuvent apaiser. Elles  ouvrent  une brèche qui nous conduit vers ce qu'il y a de plus profond en nous, notre vérité. Mon histoire était-elle vraie?  Peu importe. La vérité - à ne pas confondre avec la réalité - est toujours subjective et quel bonheur lorsque nous rencontrons ce qui lui donne accès ! De nos jours  les psy sont chargés de faire advenir pour chacun de leur patient la vérité, celle qui vient les perturber.  Ils sont devenus des accoucheurs d' âmes.  Et si  les histoires, autrement dit les récits lus ou racontés , les plus anciens comme les plus récents, ceux de l'héritage grec tel celui de la tragédie d'Œdipe à laquelle se réfère Freud ou ceux tirés de la bible comme ceux de la vie d' Abraham , de Noé et des autres révélaient ce qu'il y a de plus profond en nous sans que cela nous ait jamais posé problème et nous ait amenés à consulter? L'humanité s'en trouve alors enrichie, améliorée. Elle en a besoin.  Alors peuvent commencer le rêve et le bonheur.

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31 octobre 2012 3 31 /10 /octobre /2012 21:22

         

           C’est à se demander si tous ceux qui s’agitent et s’excitent contre le mariage des homosexuels ont pensé une seule fois que l’homosexuel en question pourrait être leur fils, leur fille ou quelqu’un qui leur est cher.

            Il est vrai que des parents désavouant totalement leur enfant au sujet de son choix sexuel ont décidé de couper les ponts avec lui. Ils peuvent aller jusqu’à le renier refusant par exemple de l’énumérer  dans la liste de  leur progéniture. L’amour à fait place à la haine. La situation est bloquée. On ne peut que frémir devant de telles attitudes et l’on est en droit de se demander de quel amour ces parents ont un jour aimé leur enfant.

            Certes, on peut comprendre qu’un père et une mère aient du mal à accepter l’homosexualité d’un de leurs enfants. Leur conviction selon laquelle l’humain a été créé pour l’hétérosexualité est respectable. Leur désir de devenir grand- parents l’est aussi. Leur obéissance à des préceptes religieux peut se discuter. Toutes ces positions justifient qu’ils fassent savoir à leur enfant qu’ils ne partagent pas ses choix ou encore qu’ils l’invitent à réfléchir sur ce que représentera l’homosexualité pour lui dans sa vie. Ils peuvent même lui proposer de travailler cette question avec d’autres et plus particulièrement lorsqu’un tel choix semble pesant pour la personne concernée. C’est une manière de l’aider. Aucun parent ne peut se prévaloir d’avoir su donner à ses enfants l’éducation et les moyens qui sont nécessaires à l’épanouissement d’une vie heureuse.

            Mais lorsque le choix est fait n’est-il pas monstrueux de rejeter son enfant comme nous l’avons dit ci-dessus et encore plus monstrueux de refuser son mariage avec un partenaire qui le rendrait heureux comme le mariage nous rend heureux dans le cas de l’hétérosexualité. Peut-on accepter de son enfant qu’il ne soit heureux que dans la clandestinité de ses relations sexuelles.

            Les religieux dont des chrétiens et  les autorités de leur Eglise sont bien sûr contre ce mariage souvent par fidélité aux Ecritures disent-ils ou pour des raisons psychologiques. Ont-ils oubliés si l’on veut se référer aux Ecritures et autres livres dits « révélés » que l’amour est au dessus de tout comme le dit saint Paul dans son épitre aux corinthiens ?

            En prison, j’ai vu des parents accompagner et soutenir dans leur souffrance et sans approuver bien évidement, leur enfant qui avait commis des crimes abominables. Quelle leçon d’amour !! C’est cette leçon là que devraient retenir tous ceux qui s’opposent avec toute la virulence possible  au mariage dit « pour tous ». Ceux qui se marieront ne feront de mal à personne. Le mariage ne peut que leur faire du bien et les stabiliser. Ils pourront se réjouir d’aimer et d’être aimés aux yeux de tous. L’infidélité quel que soit le type de mariage, fait beaucoup plus de mal et mériterait plus d’attention de la part de tous ces révoltés  qui ne supportent pas le mariage homosexuel pour des raisons personnelles qu’ils refusent de s’avouer.  

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2 juin 2012 6 02 /06 /juin /2012 20:39

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Elles m’attendaient. Tous les printemps, comme Proserpine sort de sa tombe, elles sortent du placard. C’était la cinquième fois. Toujours si heureuses de s’enfiler à mes pieds quelques heures  lors des jours les plus beaux. Elles semblaient penser : « c’est reparti ». J’y croyais. Mes pieds aussi. Hélas ! il a fallu se rendre à l’évidence. La toile a cédé. La ficelle tressée est redevenue chanvre. La semelle est partie en lambeau.

         J’ai dû les mettre à la poubelle. Délicatement bien sûr. Si délicatement qu’après les avoir scrutées, de tous côtés vous dis-je, je lis sur un bout de caoutchouc résistant, encore accroché au talon : cousu main. Soudain, je les ai trouvées belles, encore plus belles. La toile déchirée semblait pleurer de tendresse. Les bouts de ficelle scintillaient comme des paillettes d’or. La semelle en caoutchouc usée était comme de la dentelle.

 La poubelle m’apparut trop moche. Je les reprenais et très délicatement les posais sur un coin de la terrasse. Elles enchantaient le coin. Elles étaient jolies.  Je crus que les fleurs se chargeaient de couleurs toujours plus éclatantes. Que les oiseaux diésaient leurs chants. Et le soleil brillait, brillait…

Comme les objets sont beaux lorsque nos mains les créent. Comme on aimerait les garder. Ou les réparer. Ils sont une partie de nous. On ne les utilise pas, on se les associe. Ils vivent avec nous. Et tant pis pour les bennes à ordures. Mes espadrilles, je vous le jure, la benne ne les engloutira pas !

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17 mai 2012 4 17 /05 /mai /2012 08:20

            Chacun le sait , la réciprocité est très attendue. Combien de fois entend -on  " avec lui, avec elle, il n' y a jamais de retour" ou encore "avec eux   c'est toujours dans le même sens" . Cette demande de réciprocité est attendue dans les relations toutes naturelles qui ne semblent rien demander en retour. La chanson le reprend:" A tout ce que j'ai fait pour toi disait le père". Sous entendu "et tu ne fais pas ce que je veux, tu me déçois" .

            Bien sûr cette demande de réciprocité est niée en bloc : "je n'attends rien en retour" ou encore "avec moi, tout est gratuit". Le déni est un fonctionnement qui échappe à tout un chacun dès qu'il est contrarié et se refuse à dire sa déception. Les politiques sont les maîtres en la matière ce qui ne les empêche pas d'agir ensuite par en dessous.

            Un seul domaine où les gens ne demandent pas la réciprocité et pour cause:  Les obsèques. Chacun y va de bon cœur . Les Eglises plutôt vides en temps ordinaire sont bien pleines ce jour là. Et pourtant, tout le monde le sait: le mort ne rendra pas la pareille. Qu'à cela ne tienne, on y va .  

            Quelques exceptions tout de même. Aux obsèques du grand Karl Marx, ils était six parait-il. C'est à croire que la chasse aux communistes avait déjà commencé. Quant à moi, il m'est arrivé d'être obligé  de compter le mort pour dire que nous étions deux à son enterrement.  J'arrivais même à me convaincre, que lisant une prière au bord de la tombe, le mort m'entendait. Dans toute communication il faut un émetteur et un récepteur.

            Une question demeure : pourquoi tant de générosité pour les morts et si peu pour les vivants? Peut-être une manière d'apprivoiser la mort tout en la côtoyant. Peut-être encore une façon de se faire pardonner de tout ce que l'on n'a pas fait pour lui de son vivant. A moins que ce soit par charité. Celle-ci ne demande pas de retour nous dit-on. Et puis, le retour est toujours imparfait, jamais suffisant. Il vous prive de la liberté fondamentale : celle du faire et du dire sans que leurs effets viennent vous encombrer.

 

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Qui suis-je ?

     Titulaire d'une maitrise de théologie et d'un DESS de psychopathologie clinique, j'ai été amené à exercer plusieurs fonctions  et plus particulièrement la mise en place d'un centre socio- culturo- spirituel protestant puis la direction pendant 12 ans d'un centre de cure pour malades alcoliques. J'y ai découvert l'importance d'apprendre à écouter l'humain dans toutes les dimensions qui le constituent. Aujourd'hui, inscrit au rôle des pasteurs de l' Eglise Réformée de France, j'essaie de mettre des mots sur mes expériences et de conceptualiser mes découvertes.
serge soulie

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