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10 février 2014 1 10 /02 /février /2014 14:54

 

       Le débat actuel sur la fin de vie se concentre essentiellement autour de personnes malades pour lesquelles il n’y a plus aucun espoir de rémission ou de guérison. Le plus souvent ces personnes éprouvent de la douleur .Envisager la fin de leur vie c’est faire cesser leurs souffrances. Dans le cas de personnes grabataires après un grave accident il s’agit de mettre fin à une situation qu’ils ne veulent plus supporter tant elle est dure et ne ressemble en rien à la vie telle que chaque humain peut l’envisager.

 

        Ces situations, aussi graves et importantes soient-elle, confisquent la part du débat concernant le vieillissement. Un tel allongement de la vie était totalement inespéré il y a encore une vingtaine d’années. La société ne s’y est pas préparée. Or, n’en déplaise à la médecine, là est la grande question. En effet, trouver des solutions pour alléger les grandes douleurs est plus facile, parce que plus technique, que d’encadrer et porter le vieillissement. Celui-ci peut conduire à des solutions contraires à une éthique privilégiant la vie. Ici, l’économique prend le pas sur le médical. Dans un futur proche, il déterminera les comportements face à une mort qui tarde à venir.


        Plusieurs facteurs sont déterminants pour les attitudes de demain à l’ égard de ce vieillissement.  Il y a d’abord la place dans les maisons d’accueil pour ceux qui ne peuvent plus rester seuls. Leur nombre grandit avec l’avancée de l’âge qui lui-même ne cesse de se prolonger de par la situation sécurisante et les soins adaptés prodigués par les équipes soignantes  dans ces lieux d’accueil.  Immédiatement après se pose la question de qui va payer. De nombreuses familles sont à bout de souffle. Peuvent-elles payer pendant vingt ou trente ans la pension de leurs parents  ou grands parents. Est-il raisonnable d’asservir ainsi des  familles en charge de leurs enfants en leur demandant de payer pour des parents figés sur un fauteuil, vivant à minima et dont beaucoup se feront plus que centenaires. Pour vouloir à tout pris prolonger leur vies ne risque t-on pas de provoquer le suicide de ceux qui ne peuvent pas choisir entre abandonner leur parents et négliger l’éducation des enfants. Ne risque-ton pas de détruire l’avenir de ces enfants et petits enfants qui ne pourront pas prétendre à des études, les parents n’en n’ayant plus les moyens une fois les factures de la maison de retraite acquittées. Enfin jusqu’où ira-t-on pour maintenir la sécurité sociale à flot. Pourra-t-on encore longtemps puiser dans le revenu du travail de chacun et le revenu de l’entreprise ? Une société qui n’a en tête que l’allongement de la vie est une société qui court à sa perte.

 

Les deux acteurs principaux doivent s’interroger :


            Tout d’abord la médecine. Quel but poursuit-elle ? Vouloir repousser sans cesse les limites de la vie a-t-il un sens ? Est-il bien nécessaire de travailler à un cœur artificiel  ou  à un cerveau ?  N’y a-t-il pas là une volonté « babélique » ?  Ici la recherche devient aussi dangereuse que la recherche sur le nucléaire. A long terme elle peut détruire l’humanité au lieu de la sauver. Il ne s’agit pas bien sûr de laisser mourir les gens de faim, de soif, de souffrance. Il s’agit d’accepter que l’homme est mortel et qu’il y a de la déraison à vouloir le rendre quasi immortel.  Laisser un humain retourner à la terre dont il a été sorti selon le mythe biblique, ce n’est pas l’abandonner, ce n’est pas le laisser mourir, c’est respecter le cycle de la nature, le vieillissement, la création.


            L’autre acteur à prendre sa part de responsabilité dans le vieillissement c’est bien sûr l’état. Il lui appartient d’organiser le « bien vieillir » pour qu’il ne pèse pas  sur les équilibres sociaux à l’image de la sécurité sociale qui dévore tous les budgets et brise l’économie.  Il s’est laissé déborder. Les progrès scientifiques, dans de nombreux domaines, sont allés plus vite que la pensée politique. La société s’en trouve désorganisée. Il est temps que ces acteurs se mettent au travail pour que chaque être puisse s’assumer financièrement jusqu’à sa mort sans peser sur ses descendants. A l’état et à la médecine de définir ce qui est possible et raisonnable tout en se coordonnant pour le mettre en place.


            On le voit, il est urgent d’élargir le débat sur la fin de vie. Il doit être étendu au domaine de l’économie, à celui du sens de la vie posé par le religieux et la philosophie.

           

           

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28 janvier 2014 2 28 /01 /janvier /2014 10:57

 

            L’Eglise catholique ne s’y est pas trompée. L’amendement concernant le droit à l’avortement qui remplace l’expression « détresse de la femme » par « qui ne veut pas poursuivre la grossesse » est d’une grande importance. Il modifie en profondeur les raisons qui donnent droit à l’avortement. Si jusque là la détresse justifiait un tel acte, désormais c’est le libre choix de la femme sans raison à fournir. D’une manière générale les journaux chrétiens, catholiques ou protestants s’en émeuvent et regrettent que le gouvernement ait remis sur le tapis cette affaire. Comme la droite politique de ce pays, ils soupçonnent le gouvernement de diversion voire de manipulation politicienne. Ce n’est pas impossible. Il serait toutefois regrettable que les chrétiens ne s’interrogent pas  davantage lorsqu’ils défendent bec et ongle la loi telle qu’elle a été promulguée du temps où Simone Veil était ministre.


              En cause ici, le moment à partir duquel on peut considérer qu’il y a « vie » pour un embryon. Pour la théologie catholique, la vie nait avec la rencontre de  l’ovule et du spermatozoïde.  Elle  est instantanée. Dès lors, elle doit être protégée. L’avortement est une atteinte à la vie. Un meurtre. Cohérente avec elle-même l’Eglise catholique reste opposée à l’avortement. On se demande alors  comment, depuis le temps, elle accepte cette loi sans rien dire comme si la détresse des uns justifiait le meurtre des autres, même sous la forme de l’embryon.   Quant aux protestants, favorables à l’interruption de grossesse  du temps de Simone Veil  et très actifs au planning familial,  ils se rangent aujourd’hui sous la bannière des opposants à cet amendement donnant ainsi le sentiment de s’opposer plus à un gouvernement qu’à une loi. Il est vrai que depuis la loi Veil, les positions de la Fédération protestante se sont raidies se rapprochant de l’éthique catholique pour ce qui est des mœurs  en particulier. Ses positions timides sur le mariage pour tous en témoignent.


            Ne serait-il pas plus sage de considérer que la vie est un processus qui se met en route dans le temps et qu’il ne suffit pas que deux gamètes se rencontrent pour qu’un être soit là instantanément. Certes, dans  cette manière de voir, le moment à partir duquel on peut considérer que l’embryon est un être humain est arbitraire. Peut-on faire autrement ? Le temps de 12 semaines, moment à partir duquel l’embryon   prend   la forme d’un enfant, parait raisonnable.  C’est le temps minimum adopté par plusieurs pays. Alors pourquoi ne pas considérer que toute femme a le droit de mettre un terme à sa grossesse durant ces douze semaines. C’est bien ce qui se passe actuellement malgré la mention de « détresse ». Cette mention est d’autant plus culpabilisante qu’elle oblige à poser sur cette situation un qualificatif de détresse qui n’est pas forcément vrai et reconnu. A l’acte d’avorter s’ajoute ainsi celui de mentir.


          On peut se demander si en refusant à la femme la liberté de choix d’avoir un enfant,  l’Eglise ne reste pas empêtrée dans ses dogmes et ses doctrines concernant  la sexualité qu’elle continue à subordonner à la procréation.  Le plaisir semble faire peur aux religieux lorsqu’il n’est pas caché. Là est le danger. Le combat acharné contre le mariage pour tous va dans ce sens lorsqu’on sait combien l’homosexualité est cachée y compris dans le rang des religieux.


          Il n’est pas demandé aux chrétiens et autres religions d’approuver toutes les décisions de l’Etat. Celui-ci légifère par le biais de la représentation nationale après avoir été informé des positions des uns et des autres. La loi votée, chacun se doit de l’appliquer y compris lorsqu’elle ne convient pas. Ceci dit, et sans forcément approuver toutes les lois votées par l’Etat, les chrétiens devraient se demander s’il est bon de cacher et d’interdire ce qu’ils désapprouvent.  L’Evangile ne les invite -t-ils pas à le mettre en pleine lumière sans pour autant vouloir arracher l’ivraie si ivraie il y a ! Entre les deux positions extrêmes qui consistent à arracher l’ivraie ou à l’inverse à l’entretenir, il y a la position de l’attente durant laquelle chacun peut témoigner.

 

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14 janvier 2014 2 14 /01 /janvier /2014 16:04

 

             Et si les turbulences actuelles à la tête de l’état, n’étaient qu’une réminiscence des temps de la Royauté. Tous les ingrédients sont là. Ils s’articulent autour du sacré.


            Il y a l’Elysée. Ce lieu est perçu comme séparé des autres. Ce qui peut se passer ailleurs est secondaire et n’a d’importance  qu’à l’aune du pouvoir Elyséen.  Dans l’esprit des gens, ce pouvoir va bien au-delà de ce que lui attribue la constitution. On le voit avec le mythe de la mallette contenant la mise à feu de la  bombe nucléaire.  Le président  est ici doté d’un pouvoir quasi divin, celui de détruire la planète.


            Vient ensuite la personne du  président. Si les attributs royaux ne résident plus dans la tenue vestimentaire et les fastes de la régence, s’ils sont immatériels, ils occupent pleinement la fonction perçue comme s’étendant au-delà même de la gestion purement matérielle du pays. Le président préside depuis une sphère au caractère sacré et si tout lui est permis à l’intérieur de cette sphère, il ne peut pas la quitter. Son monde est celui des divinités, il reste étranger à celui des citoyens ordinaires. Lorsqu’il se déplace incognito, sur un scooter, sans service de sécurité, comme le commun des mortels, il sort de la vision sacrale. Sa sécurité est mise en danger et il pourrait périr sous les coups d’un simple humain. C’est intolérable. Ce serait tuer un roi. L’élection au suffrage universel est devenue pour lui élection divine.  Elle l’a placé sur un trône. Sa sécurité doit être totale y compris pour ceux qui voudraient qu’il dégage au plus vite. On ne tue pas un chef de droit de divin.


            La succession des femmes qu’il connait au sens biblique du terme ne lui est pas interdit.  Un roi a toujours des favorites. Elles sont les témoins de sa virilité. C’est de là qu’il tire la puissance. Pourvu que la reine garde sa place. Le problème du président actuel c’est qu’il a répudié la reine et a mis à sa place la première favorite. Celle-ci ne peut pas être aimée. Le statut de « première dame de France » est équivalent dans l’inconscient collectif à celui de reine. D’où son ambigüité souvent dénoncée et son impossible définition. Elle seule peut être la mère du dauphin. En mettre une autre à sa place c’est en quelque sorte trahir le suffrage universel qui a élu un roi et sa reine, peu importe le type de relations conjugales entre les deux.


            Actuellement le combat n’est pas équitable entre les deux favorites parce que la première tient la place de la reine. Elle a usurpé avec la complicité de son amant cette place. C’est pourquoi elle est mal aimée du peuple. Il suffirait qu’elle se désiste et tout rentrerait dans l’ordre à condition qu’il soit précisé que la place n’est pas à prendre. Elle est détenue par la mère du premier enfant, peu importe qu’elle soit en couple ou pas avec le père. Peu importe qu’elle s’assoit ou pas sur ce trône bis.  Le président pourra alors avoir toutes les favorites qu’il veut sans que la presse y trouve un quelconque intérêt. Quant à sa politique, réussira-t-elle mieux pour autant ? Bien sûr que non. Elle restera ce qu’elle est avec ou sans favorites. Quant à la morale, depuis la nuit des temps le monde sait qu’il ne faut pas regarder vers les puissants de ce monde pour l’entrevoir. Malheur à ceux qui le croiraient. Ils pourraient se brûler les yeux.

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10 janvier 2014 5 10 /01 /janvier /2014 12:05

 

            La droite et la gauche viennent de voter à l’unanimité une loi interdisant Amazon de pratiquer la réduction de 5% sur les livres et le port gratuit à domicile. C’est une bien triste loi qui va pénaliser la culture dans ce qu’elle a de plus noble et de plus utile à savoir la lecture de livres. D’abord parce que tous les citoyens français n’ont pas la possibilité de se rendre dans une librairie. En campagne il faut parfois faire plus de 100km pour en trouver une. De surcroit, il faudra y revenir le livre devant être commandé. En ville, les librairies s’installent  de plus en plus à la périphérie. Avec le port payant, ceci veut dire que tous livres coutera au moins 10% de plus qu’actuellement. Autrement dit tout lecteur utilisant les services d’Amazon devra se priver de 10% de livres pour une somme équivalente à dépenser.


            Il est évident qu’encore une fois, un lobby vient de gagner, celui des trois mille libraires qui devraient se poser la question des raisons pour lesquelles leurs librairies sont désertées. A quelques exceptions prés  ils vendent des livres comme d’autres vendent des pots de confiture. Et s’il arrive qu’ils soient pertinents dans un domaine, comment pourraient- ils  l’être dans tous les domaines représentés par leurs lecteurs. Pour avoir des informations sur un livre chacun sait qu’il vaut mieux aller consulter Amazon que demander à un libraire. Par ailleurs plusieurs avis sont donnés, les commentaires sont souvent  variés et contradictoires ce qui ne peut que faciliter les raisons d’acheter le livre. Enfin, Amazon demande régulièrement les avis de ses lecteurs qui sont libres de commenter ou pas. Cette forme d’interactivité ne manque pas d’intérêt. Or y en a-t-il une dans les librairies ?


            Parait-il que la culture coûte cher à l’Etat. Je pose la question : qu’appelle -t-on   culture ? Le ministère devrait peut-être réfléchir à cette question afin de mieux distribuer les aides et de faire en sorte que la culture soit un épanouissement et non un abrutissement comme c’est le cas trop souvent aujourd’hui. Il est regrettable que culture soit confondu avec loisirs ou distractions.  S’il est normal que ces  derniers soient payants, il est tout aussi normal que la culture soit subventionnée. La loi anti Amazon fait l’inverse, elle impose la culture et plus particulièrement le livre.

    
            Nos politiques devrait savoir que faire une loi pour contrer une entreprise est contre productif. Certes, il est scandaleux qu’Amazon ne paye pas  - ou très peu-  d’impôts en France. Dans ce cas changeons les lois du commerce afin que les conditions dans lesquelles celui-ci s’exerce soient équitables. Cessons de pénaliser encore une fois le consommateur lorsque celui-ci veut se rendre intelligent.  S’Il est vrai aussi que les conditions de travail de cette  entreprise sont déplorables, faisons respecter les lois sur le travail. Mais là encore, pourquoi déplacer le problème et faire porter le chapeau aux clients d’Amazon et aux futurs chômeurs que cette situation ne manquera pas d’engendrer ?    C’est à se demander si nos gouvernants ne cherchent pas à maintenir le peuple sinon dans une situation d’ignorance tout au moins dans la docilité de celui qui se tait parce qu’il ne sait pas. Tout ceci dans un consensus parfait droite-gauche. Il paraît évident aujourd’hui que  les uns comme les autres, cherchent a travers leurs décisions à plaire d’abord à leurs électeurs et peu importe l’intérêt général. La culture est la première victime de ce travers de la démocratie. Que ne ferait-on pas pour sauver une poignée de voix qui permettront la réélection !


            Enfin, ne perdons pas de vue que ce type de loi  visant à protéger quelques uns (ici trois mille libraires) contre une marche en avant inéluctable de l’histoire est une loi contre le progrès. Mais elle ne fera que le retarder tout en coutant très cher. Nous l’avons vu avec les tentatives faites pour sauver le petit commerce ou les pompistes indépendants. Ils ont disparu. Il me semblerait sage d’accepter que certains modes de distribution disparaissent. De nouveaux modes apparaîtront. Ne nous accrochons pas au passé et essayons de mieux encadrer l’avenir pour que chacun trouve sa place. Cette loi se trompe de cible. Elle ne pénalise pas Amazon mais le lecteur et les salariés d’Amazon. Quant aux libraires elle ne les empêchera pas de disparaître.

           

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4 janvier 2014 6 04 /01 /janvier /2014 15:55

 

            Une équipe médicale française vient de réussir la première implantation d’un cœur artificiel. On peut se réjouir des progrès dont est capable la médecine. On comprend la satisfaction de ceux qui ont œuvré pour une telle réussite. Se pose toutefois la question de savoir si ce qui est incontestablement une prouesse technique est pour autant un progrès pour l’humanité.


            Nous sommes en plein débat sur la fin de vie. Dans ce débat l’option d’un suicide assisté recueille de nombreuses voix. L’intérêt d’un allongement de la vie à n’importe quel prix pose question. Les moyens pour abréger cette vie suscitent de nombreuses interrogations, de l’angoisse  et des craintes souvent inavouées. Mettre en place de tels moyens pour prolonger la vie au-delà de soixante quinze ans apparaît  alors en contradiction avec les sentiments exprimés dans ce débat.


            Bien sûr, ce n’est pas dit et ce ne peut l’être. L’homme  ici sert de cobaye pour une telle expérimentation. A son âge on peut considérer, comme le prétend la vox populi, qu’il a vécu. Si la greffe ne réussit pas, la mort restera un moindre mal. Comme se plaisait à le remarquer un ami dès qu’il eut fêté quatre vingt ans, on peut considérer que cet homme fait du rab. Notons d’ailleurs que cet ami se référait, de par sa foi, à la bible où on peut lire au psaume  90  que l’homme vit soixante dix ans, quatre vingt pour les plus robustes. Dans ce cas l’ami faisait partie des forts. Il est mort à quatre vingt cinq ans. Notre opéré, ayant besoin d’un cœur artificiel se classe dans la moyenne de durée de vie selon le psalmiste. Pourquoi alors l’inviter, par une greffe aussi onéreuse, à vivre plus longtemps ?


            On peut répondre qu’une telle expérience permettra à l’avenir de sauver des enfants (ce sera difficile tant que la croissance n’est pas terminée) ou de jeunes adultes. C’est pertinent. On peut se demander aussi, si vu le déficit de la sécurité sociale et vu le nombre de jeunes adultes qui pourraient bénéficier d’une telle intervention, il est bien raisonnable d’engager de telles dépenses qui manqueront ailleurs et qui auraient pu tout autant sauver des vies. Nous sommes placés ici devant un choix vital dans les deux cas. La réponse doit alors dépendre du nombre de vie à sauver. Le plus difficile est d’accepter de ne pas pouvoir sauver tout le monde. Telle est pourtant la dure réalité que l’on retrouve dans d’autres domaines sans que la vie soit en jeu directement. Prenons l’exemple de ces entreprises qui pour maintenir l’activité doivent se séparer d’un certain nombre d’employés. Certains syndicats préfèrent leur fermeture totale plutôt que le licenciement partiel. Certes, les arguments syndicaux sont souvent justes car in fine, il s’agit d’augmenter le profit pour quelques un seulement au détriment des autres. Ceci dit, il n’est pas moins vrai que faire le deuil des êtres et des choses est toujours très difficile.  Perdre des emplois pour en sauver d’autres est une rude réalité qui s’impose parfois de manière inéluctable. Perdre un parent , un ami qui aurait pu vivre encore une dizaine d’années pour sauver ou mieux soigner des dizaines de malades parait tout à fait inhumain.


            L’acharnement qui consiste à vouloir prolonger la vie par le progrès fait partie de cette difficulté de faire le deuil des jours supplémentaires qui pourraient nous être accordés  sur cette terre. Aujourd’hui, on ne parle d’acharnement thérapeutique que dans l’accompagnement de fin de vie. La question est alors de savoir si on débranche ou pas tel ou tel appareil. Subordonner le progrès au prolongement de la vie est aussi une forme d’acharnement thérapeutique. N’est-il pas souhaitable d’orienter le progrès vers un confort de vie toujours plus grand tout en abandonnant la volonté de prolonger encore la vie? Sauver la vie c’est savoir la laisser mourir quand le temps est venu. Vie et mort sont inséparables. Les séparer, c’est tuer la vie et faire de la mort un épouvantail. De cet acharnement et parce qu’on veut faire de la vie une chose éternelle sont nées toutes les machineries sur une vie après la mort. Ces hypothèses sur le  «post mortem» sont considérées encore aujourd’hui comme des autorisations à supprimer la vie à ceux qui ne demandent qu’à vivre. Elle engendre la violence, les guerres, la banalisation des meurtres quels qu’ils soient. Les vies qui seront sauvées par un cœur artificiel, seront toujours insignifiantes par rapport à celles qui pourraient l’être par l’absence de guerres, d’accidents évités, de bonne hygiène de vie  et de meurtres en tout genre.

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3 janvier 2014 5 03 /01 /janvier /2014 09:41

 

            Dix évêques et non des moindres puisque parmi eux se trouvent  le président de la conférence épiscopale, archevêque de Marseille et l’archevêque de Paris, ont signé un appel intitulé : « Les élections municipales : une chance pour le bien commun ». Dans cet appel ; ils demandent à ceux qui sont habités par leur foi en Christ à s’investir dans les élections municipales de mars 2014 afin de renverser « les mentalités dans le sens de l’amour et de l’Evangile. »


            Rien n’interdit l’Eglise ou une religion à appeler ses adeptes à s’engager dans la vie publique et à prendre des responsabilités dans le fonctionnement de notre démocratie. On peut aller jusqu’à voir dans cette démarche une position utile et souhaitable. La loi de 1905 sur la séparation de l’Eglise et de l’Etat n’exclut en aucune manière les adeptes d’une religion à se présenter au suffrage universel et à se rendre utile à notre république.


            Ce qui surprend dans cet appel des évêques c’est le moment choisi pour le promulguer. En effet les positions prises par l’Eglise catholique et, avec elle les trois religions les plus représentées en France à savoir les musulmans, les juifs et les protestants, sur le mariage pour tous avec les manifestations parfois violentes, laisse à penser qu’à travers les élections, l’ Eglise veut obtenir ce qu’elle n’a pas pu obtenir en faisant pression sur le gouvernement. Si c’était le cas, l’Eglise s’affranchirait de la laïcité qui prévoit qu’elle participe au débat, fasse des propositions mais ne cherche pas à imposer ses vues. Dans notre pays, les lois relèvent d’un consensus parlementaire qui conduit au vote des députés. A cet égard d’ailleurs, notons que les manifestations qui ont continué après l’adoption de la loi ont un cadre anti-démocratique ; Il semble d’ailleurs que les responsables de l’Eglise catholique l’aient compris puisque voyant que ce mouvement était aux mains des intégristes et de quelques politiques d’extrême droite ils se sont retirés des manifestations. La question est alors de savoir si par le biais des élections elle ne veut pas réintroduire ce qui dans un premier temps a été rejeté par nos députés. On sait combien l’Eglise catholique a du mal à s’accommoder des lois qui ne vont pas dans le sens de ses dogmes. Il suffit par exemple de voir ce qui se passe en Espagne où elle demande à un gouvernement qui lui est acquis de revenir sur les lois concernant l’avortement.


            En conclusion, si un tel appel n’a rien d’antidémocratique,  on ne peut que constater que le moment choisi pour le promulguer le rend suspect, peut –être même dangereux. On a vu en effet que l’ensemble des religions sont prêtes à s’engouffrer dans l’opposition au mariage pour tous – et au-delà au bannissement de l’homosexualité- et l’on sait ce que cela peut donner  dans les pays où  une de ces religions est dominante. On ne répètera jamais assez combien la laïcité est un facteur incontournable pour la liberté de tous les citoyens, qu’ils adhèrent ou non à une religion. Par ailleurs, diviser la société entre croyants et incroyants, est aussi dangereux  que de privilégier une religion  par rapport à une autre. On l’a vu avec le mariage pour tous, dans un premier temps, les religions font bloc contre ceux qui ne se réclament d’aucun Dieu et d’aucun dogme, pour ensuite se retourner les unes contre les autres.   Les  conflits qui peuvent alors dégénérer en de véritables affrontements tels que nous en connaissons encore dans de nombreux pays en Afrique, en Asie ou encore en Occident.


            L’Eglise, pour rester à sa place et afin que les choses soient claires quant à l’exercice des pouvoirs, devrait éviter de s’intéresser aux élections. Il n’est pas de son ressort d’inviter les citoyens à aller voter ou à se présenter  au suffrage universel. C’est le rôle de la république. L’Eglise est à sa place lorsqu’elle met en garde contre tout ce qui aliène l’homme. L’intervention du pape fustigeant un capitalisme débridé et un libéralisme sauvage où l’humain n’est plus au centre des préoccupations économiques répond au souci que devrait avoir l’Eglise au service de l’Evangile. Une religion est toujours mal placée pour organiser l’Etat. Elle doit s’en tenir au rôle de veilleur. Dénoncer une « économie de l’exclusion », une « économie qui tue », le règne de « la loi du plus fort où le puissant mange le faible et où le travailleur n’est pas seulement exploité mais réduit à l’état de déchet » comme l’a fait récemment le pape, c’est bien remplir la fonction de veilleur. Et peu importe si le raisonnement peut paraître succint. Une alerte a été donnée. Le rôle politique de l’Eglise ou d’une religion doit s’en tenir là.

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17 décembre 2013 2 17 /12 /décembre /2013 14:31

 

        Nul besoin d’être un fin observateur de la vie publique pour constater qu’en France les hommes et les femmes politiques souffrent d’un discrédit considérable. Les raisons en sont diverses et très certainement accentuées par la crise. En premier lieu il semble que la  gauche comme la droite  soit aux yeux des français incapable d’améliorer leur sort et de remettre en marche la croissance. De là le sentiment que demain ne sera pas meilleur qu’aujourd’hui. Il n’y a plus d’espérance. Vient ensuite cette idée selon laquelle les politiques cherchent, là encore à gauche comme à droite, leurs intérêts avant  celui des citoyens. Enfin la guerre que se mènent les partis parait tout à fait dérisoire et irresponsable face au sérieux et à la responsabilité de la gestion du pays.


            Nous pourrions penser que rien de tout cela n’est grave et que les choses s’arrangeront. C’est d’ailleurs très certainement vrai. Comme le dit la maxime, il y a des hauts et des bas en politique comme ailleurs. Ce qui tout de même paraît plus grave, c’est l’idée selon laquelle la démocratie n’est plus le régime adéquat aux temps modernes. Dans leur folie, certains se mettent à rêver au retour de la royauté, à celui du pouvoir de la religion ou encore à un pouvoir qui se transmettrait par succession. Nous connaissons déjà cela pour certains partis où leur direction se transmet de père en fille par exemple. Dans de nombreux pays  comme la Syrie, l’Egypte, cette situation aboutit à la guerre civile.


          

         Il semble donc urgent d’apprendre à respecter et à aimer notre démocratie. Certes elle n’est pas parfaite. Le régime des partis sur laquelle elle s’appuie agace. Beaucoup d’énergie et d’argent dépensés là seraient mieux utilisés ailleurs. Le peuple serait plus uni si chaque parti apprenait à reconnaître ce qu’il y a de bon chez l’adversaire et si en lieu et place d’une critique massive selon l’étiquette à laquelle on adhère , nos politiques s’attachaient à critiquer le contenu des décisions les unes après les autres. N’oublions pas que les esprits faibles, distraits, très occupés ou encore insouciants se laissent entraîner par les critiques les plus stupides qui soient. On aurait souvent envie de souffler à nos politiques, trop souvent plus préoccupés par leur réélection que par l’intérêt général, cette remarque d’ Hannah Arendt : « Les hommes qui ne pensent pas sont comme des somnambules».


            Nous devrions mieux prendre en considération les propos de William James  selon lequel la démocratie n’est pas une forme de gouvernement mais une manière de vivre. Elle exige des transformations sans fin. Elle est une expérimentation constante. Cette expérimentation donne naissance à de nouvelles lois à repenser sans cesse et à reformuler. C’est pourquoi, elle exige la participation de tout le peuple et pas seulement des élus, des présupposés compétents et des médias auxquels si peu de gens ont accès sinon au titre de consommateurs. Dans notre pays, la méthode permettant une telle participation est à inventer. Le danger serait de dénigrer la démocratie elle-même sous prétexte qu’elle ne fonctionne pas alors que l’on n’ a pas su la faire vivre. Elle n’obéit pas à des lois immuables et rigides. Elle s’élabore au fur et à mesure de l’expérience. Une politique démocratique est toujours en train de se faire.


            Chez William James la démocratie relève du pragmatisme qui n’est pas, comme le pensent les politiques et les milieux d’affaires une adaptation réaliste afin d’obtenir de meilleurs résultats et plus d’intérêt mais un processus de transformation découlant de l’expérience. Le pragmatisme n’est pas une idéologie du résultat. Il est une tournure  d’esprit  qui déconstruit  ce qui est dépassé et se tourne vers la dynamique induite par l’expérience. A partir de là la démocratie s’affiche comme une création continue prenant en compte les vérités du moment.

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28 novembre 2013 4 28 /11 /novembre /2013 14:56

 

          Au moment où le paysage culturel et religieux français se recompose, il devient nécessaire de rappeler les grands principes de la laïcité et de réfléchir à une adaptation de celle-ci aux nouvelles situations.

                 

              Les premières lois laïques sont apparues sous la troisième république. Elles précisent que l' Etat ne s'adosse à aucune religion officielle, le pouvoir politique et administratif restant séparés du pouvoir religieux.

             Ces lois sont pour notre pays une première concrétisation du concept même de laïcité tirant ses origines des écrits des philosophes grecs et romains puis des penseurs des lumières et enfin des pères fondateurs des Etats Unis. La laïcité apparait comme  un moyen d'accéder à la liberté, étouffée et contestée par les pouvoirs en place qu'ils soient religieux ou politique. L'alliance du sabre et du goupillon en sont un bon exemple.  Pour se justifier ces pouvoirs invoquaient le droit divin et n'hésitaient pas à s'allier pour la circonstance.  C'est ainsi que la laïcité n'a pu s'imposer que de manière progressive  et selon différentes modalités  variant selon les pays.  Aujourd'hui encore , dans de nombreux pays d' Afrique ou d' Asie les lois de l’état  sont les lois de la religion dominante et souvent la seule autorisée. Seule leur interprétation varie. C'est le cas de la charia par exemple.

 

               En France, la loi du 9 décembre 1905 relative à la séparation de l' Eglise et de l' Etat introduit le principe de non ingérence de l' Eglise dans les affaires de l' Etat et réciproquement. Pour respecter toutes les croyances l' Etat ne doit  reconnaitre aucune religion y compris l' athéisme. Un Etat laïc n'est pas un Etat athée.

 

               Aujourd'hui la laïcité est essentielle dans l'organisation de la société:

 

                 - Elle assure la liberté de conscience individuelle et permet  aux options spirituelles de s'affirmer sans s'imposer.

                         - Elle garantit l' égalité de droits de tous les hommes sans distinction.

                         - Elle définit la loi commune à tous, visant le seul intérêt général, universellement partageable.

                          - Elle assure l'instruction publique, gratuite et obligatoire à  tous.

 

             La société civile peut s'exprimer auprès d'un gouvernement à travers des organisations religieuses et leurs responsables. Ces organisations peuvent ,et c'est   souhaitable,  participer au débat. Elles ne peuvent pas imposer leur point de vue. Seul l' Etat par consensus à travers des élections démocratiques décide des lois à adopter qui s'appliquent ensuite à tous les citoyens sans exception.

 

                La laïcité à la française  s'applique à tout le territoire français à l'exception de l' Alsace Lorraine sous le régime du concordat qui est une autre forme de laïcité. Mayotte à un droit d'application de la charia dans certaines conditions, Walis et Futuna délèguent à l' Eglise catholique l'instruction publique.

 

NB:  Ne pas confondre laïcité et laïcisme. La laïcité ne consiste pas à combattre la religion mais à garantir sa juste place en empêchant une influence déterminante sur le pouvoir politique et administratif. Actuellement la laïcité a toute sa place dans l'organisation de notre société. Notons toutefois qu'elle est menacée par tous ceux qui voudraient l'utiliser à des fins politiques et s'arroger un pouvoir dont le but est de la détruire. Elle est menacée aussi  par ceux qui se servent de la liberté dont elle jouit pour en faire un prétexte à la violation des droits de l' homme et plus particulièrement à la place et aux droits des femmes : droit à l'avortement,  salaire égal,  tenue vestimentaire…

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28 novembre 2013 4 28 /11 /novembre /2013 10:26

 

       A l’approche des élections municipales la presse et tous les spécialistes en politique prévoient un score très élevé pour le front National. L’agitation créée autour de la montée de ce parti politique ressemble plus à une débandade voire une débâcle qu’à une interrogation sagement posée avec une recherche sérieuse des causes et des solutions.


          Que le parti d’extrême droite fasse peur aux gens sensés est tout à fait compréhensible. Les déclarations dans un passé récent de son fondateur niant la Shoa, les fours crématoires et autres horreurs auraient mérité plus de sanction qu’il y en a eu. Pas étonnant qu’aujourd’hui tous les nazis, les racistes et ceux pour qui une vie humaine n’a pas grand intérêt se retrouve en son sein. Les quelques politiciens de gauche ou de droite qui l’on rejoint en reviennent et voudraient bien réintégrer leur parti d’origine.


        La vraie question est : pourquoi ne dit-on pas clairement les raisons qui font monter ce parti ? Personne ne se risque à le dire. Or il suffit de regarder comment sa présidente instrumentalise la laïcité ou encore l’occupation de la rue pour des prières pour comprendre qu’elle se pose en rempart de l’islam. C’est ce qui plait aux français et les conduit à adhérer à ce parti et à voter pour lui.


       Osons alors l’autre question : pourquoi tant de nos concitoyens ont-ils si peur de l’Islam alors que celui-ci semble s’adapter aux lois de notre république et que les agitateurs  en son nom sont souvent des français  ou des françaises récemment  convertis?


         L’islam n’est pas une religion de croyances seulement mais de pratiques qui transforment la société. Ce sont ces pratiques qui irritent parce que petit à petit, elles s’installent dans notre vie quotidienne. On ne mange plus de porc dans les cantines, les bêtes sont abattues selon le rite du hallal, on met des salles de prière à disposition dans les entreprises, on tolère le voile dans les services publics. Il n’en faut pas davantage pour que les français perçoivent en eux une menace pour leurs habitudes et leur confort. Ils se mettent à fantasmer. Récemment une aide soignante en CDD prétendait qu’elle n’avait pas était embauchée «  parce que l’hôpital avait préféré une arabe »,  Un employé du BTP prétendait que les HLM donnaient  toujours la priorité aux maghrébins etc.…Le plus difficile est de faire entendre raison à ces personnes et n’allez surtout pas leur dire que ce serait plutôt le contraire. Parfois il suffit de porter un nom à consonance arabe pour ne pas être embauché ou se voir refuser un logement.


       L’Etat aurait intérêt à être plus strict sur l’application des lois de la république et en particulier celles sur la laïcité séparant le religieux du politique. Les pratiques religieuses n’ont pas à s’imposer à la société. Il est dans la nature des religions de vouloir imposer à la société leur point de vue. On l’a vu avec le mariage pour tous où elles ne se sont pas contentées de donner leurs positions mais ont voulu l’imposer par des manifestations à répétition. La paix sociale y gagnerait, les religions aussi. Elles seraient regardées au mieux avec gratitude, au pire avec indifférence. Le Front National nous serait évité avec son cortège de risques : retour au franc, préférence nationale, retour de la peine de mort…


         Il ne faut pas confondre le refus « d’être pris » par une religion qui s’impose par ses pratiques, et le racisme qui existe certes, mais pas plus qu’il n’existait hier. Nos tribunaux, nos politiques, nos administrations n’ont pas compris que les lois sur la nourriture, la façon de s’habiller pour les femmes,, les temps de prière obligatoire sont des rites religieux qu’un Etat laïque n’ a pas à prendre en charge en imposant un changement de société. Lorsqu’il le fait ce ne peut être que par un souci d’équilibre entre les religions et pour un domaine bien précis. Par exemple, il ne serait pas choquant que la religion juive et musulmane ait un jour férié qui s’impose à tous comme le 15 Aout  et la toussaint s’imposent aux protestants pour qui ces deux fêtes ne signifient rien. Mais de telles dispositions doivent être très précises et encadrées. Des attitudes plus fermes, plus rigoureuses et plus précises éviteraient une surenchère de demandes de passes droits religieux et l’impression qu’il y a dans notre pays une islamisation rampante ce qui fait les choux gras de l’extrême droite et encourage le racisme chez les esprits faibles.


         Enfin, une religion n’a pas à entrer en résistance parce qu’elle veut imposer ses pratiques à l’ensemble de la société. Le combat contre le mariage pour tous à largement dépassé les méthodes républicaines. La résistance n’est possible que dans le cas où l’Etat menace la vie des citoyens, si une religion est interdite ou, inversement si elle devient religion d’Etat. Mais vouloir imposer une pratique religieuse à l’ensemble de la société est une atteinte à la laïcité.

 

        Conclusion: Ce n'est pas l' islam qui fait monter le Front National mais un manque de rigueur et de précision dans l'application des lois sur la laîcité.

 

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21 novembre 2013 4 21 /11 /novembre /2013 11:20

 

           Si je devais commencer par citer un Nom, en ce moment bien douloureux pour vous la famille et pour nous les amis, je citerai celui de Jésus-Christ. Ce serait je crois la manière la plus fidèle pour témoigner de la vie de Jean Hoibian. D’une part, Jean plaçait au centre de sa vie celui que nous appelons Jésus, le Christ, d’autre part il n’aimait pas les éloges, il n’aimait pas être propulsé au premier plan.  Il avait une préoccupation forte : être témoin de la liberté   auprès des opprimés et des humiliés. Il avait une lecture politique des choses du monde parfois dérangeante, souvent efficace. Il souffrait avec ceux qui souffrent sans espérance et  dans l’attente d’être mis au bénéfice de l’amour de Dieu et du Christ.


            Mais à peine vous ai-je dit combien Dieu, Jésus-Christ, l’Evangile, étaient au centre de la vie de Jean, que j’ai déjà des regrets, non  point que je ne croie moi-même à la force de ces mots,  mais parce que ces mots pourraient éloigner ceux qui ne se reconnaitraient pas en eux. Jean s’adressait à tout le monde, sans exception. Pour lui il n’y avait pas les croyants d’un côté les incroyants de l’autre. Il n’y avait pas de frontière entre les deux. S’il y avait une frontière elle était entre la justice et l’injustice, entre la violence et la paix, entre l’exclusion et l’intégration, entre la reconnaissance et le mépris. Jean ne prêchait pas l’Evangile, il le vivait. Lutter contre tout ce qui asservit l’être humain était sa manière de l’annoncer. Sortir les plus fragiles et les plus démunis de leur enfer était sa préoccupation première.


            J’ai pu mesurer la force de cet engagement lorsqu’ il était aumônier de prison et que parallèlement il avait créé aves trois autres de ses collègues des aumôneries catholiques ou protestantes, une association dont le but était de réfléchir sur les questions de justice et de réinsérer ceux qui avaient séjourné en prison. Jean avait une très grande force de conviction pour entrainer ceux qui allaient travailler avec lui comme pour resocialiser ceux qui avaient été marginalisé. De plus, il pouvait soulever ciel et terre pour rendre la liberté et mettre sur les rails les sortants de prison. Il pouvait contacter les plus hautes personnalités, frapper aux portes de la chancellerie, interroger les  ministres. Il fallait accompagner Jean dans un tribunal ou dans un commissariat de police pour le voir défendre contre vents et marées, malgré l’évidence  des faits un homme pris en flagrant délit. Non il ne mentait pas, il ne trichait pas, il ne niait pas la faute, il ne l’excusait pas. Il n’était pas dupe. Parfois même il s’insurgeait contre ceux qui par idéologie se seraient arrêtés à un pardon sans suite. Mais Pour lui un acte répréhensible ne méritait pas  automatiquement une incarcération si le coupable était suivi en vue d’une réinsertion.  Il y avait toujours possibilité  de se reprendre. Il ne fallait surtout pas condamner et  enfermer mais donner une chance et ouvrir des portes. Il était parfois difficile de  suivre Jean dans la défense de ceux qui empruntaient des chemins dangereux et de violence, envers eux et envers les autres.  Et il me faisait penser à cette veuve qui venait réclamer justice auprès d’un juge inique  qui refusait. Elle n’avait aucune chance  de l’obtenir malgré son insistance. Mais parce qu’elle vient lui rompre la tête nous dit le texte de cette parabole qui se trouve dans l’Evangile de Luc, elle obtint justice. Tel était  Jean devant des policiers qui ne voulait pas lâcher celui qu’ils venaient d’arrêter.


            Mais il serait injuste de réduire Jean à un homme d’action, et ce n’est pas par hasard si l’association qu’il avait créée  s’appelait association réflexion action prison et justice ; Jean cherchait toujours quelles propositions faire pour repenser le fonctionnement de la justice, améliorer le système pénitentiaire et rendre efficace l’insertion dans notre pays. Nous étions à l’écoute des spécialistes, avocats, juges d’application des peines. Il organisait des conférences, des débats, des ateliers. Il nous a conduit dans différents pays du monde 10,15 jours pour étudier le système pénitentiaire et les structures d’insertion : Canada, Etats Unis, Mexique, plus près de nous Espagne, Allemagne, Angleterre, Hollande, Suède et j’en oublie. Nous y visitions les prisons, les tribunaux, les foyers d’insertion…


                        Je ne vous parle là que d’un moment de sa vie. On ne connait jamais la vie complète d’un être humain. On dit que Dieu seul la connait et Dieu est un savoir, une mémoire que l’homme ne perce pas ou si peu !  Mais ceux qui parmi vous ont côtoyé Jean pendant ses années de retraite savent combien il restait un militant, attaché à l’engagement auprès des exclus, des étrangers (cercle du silence,)  ainsi qu’au renouvellement de la pensée afin de mieux comprendre notre monde (association ensemble, chrétien citoyen) et renouveler la pensée théologique (Protestantisme libéral). Son engagement dans l’œcuménisme s’inscrivait à la suite de l’intérêt qu’il avait porté en leur temps aux  théologies de la libération et au mouvement des prêtres ouvriers. Et il restait attentif à l’évolution et à l’ouverture des Eglises aussi bien protestantes que catholiques.


Jean pouvait reconsidérer des choses qu’il croyait acquise. Non seulement pour améliorer le fonctionnement des domaines dans lesquels il s’engageait  mais aussi pour lui-même. Je l’ai entendu remettre en cause ce qu’il croyait depuis longtemps acquis et indéfectible. Et parfois on sentait que cela lui coûtait parce qu’il voulait  être fidèle à ses convictions et à sa foi, à ses traditions. Mais il arrivait à se surpasser et à repenser les choses. Je pourrais dire qu’il en était ainsi avec son corps et sa santé. Ma première visite pour sa maladie remonte à une quarantaine d’année, depuis il a été opéré plusieurs fois, je ne l’ai jamais entendu se plaindre. Il était accroché à la vie.


            Enfin, et j’allais  oublier de vous le dire, Jean n’était pas un saint. Aucun saint n’a jamais franchi les portes de ce temple. A moins que nous ne le soyons tous. Mais chacun de nous apporte sa pierre à l’Edifice qu’est le royaume de Dieu, Royaume de paix et de justice auquel Jean croyait. Je voudrais maintenant dire à Jean deux mots : à Dieu. Et là qu’il puisse poser toutes les questions qui le tracassaient au sujet de la marche du monde. Moi je garderai de lui la conviction que l’amour du prochain n’est pas seulement un sentiment, une émotion, une proclamation idéologique mais une pratique, un combat. L’amour ne se laisse pas enfermer dans les temples, les églises, les offices, les liturgies, il s’étale dans la rue, change, transforme ceux qu’il touche. Jean se disait lui-même avoir été transformé par lui. L’amour rétablit l’humain dans sa pleine humanité. Il révèle Dieu  et donne sens à la foi.

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Qui suis-je ?

     Titulaire d'une maitrise de théologie et d'un DESS de psychopathologie clinique, j'ai été amené à exercer plusieurs fonctions  et plus particulièrement la mise en place d'un centre socio- culturo- spirituel protestant puis la direction pendant 12 ans d'un centre de cure pour malades alcoliques. J'y ai découvert l'importance d'apprendre à écouter l'humain dans toutes les dimensions qui le constituent. Aujourd'hui, inscrit au rôle des pasteurs de l' Eglise Réformée de France, j'essaie de mettre des mots sur mes expériences et de conceptualiser mes découvertes.
serge soulie

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