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8 février 2016 1 08 /02 /février /2016 18:48

A peine ai-je écrit le titre de cet article que me voilà pris de nausées. Ma gorge se serre, mes tripes se nouent. La respiration devient haletante et des spasmes s'emparent de moi. C'est à croire que les mots font partie intégrante de mon corps et de ma personnalité. Coupez moi un doigt, un orteil, vous n'aurez que le sang et la souffrance physique en plus. C'est beaucoup me direz vous. Et vous aurez raison. Mais comme quelqu'un de reconnu et d' honoré l'a dit, "l'homme ne vit pas de pain seulement". Il a besoin de l'esprit. Or, l'esprit est dans les mots, dans leur forme, dans la manière de les prononcer et de les écrire. L'esprit anime la chair et le sang . Il fait l'homme tout entier. Amputer l'homme des mots qui l'ont fait, c'est le réduire à l'état animal. C'est lui confisquer tout ce qu'il a élaboré au cours des générations.

Les mots naissent de l'activité de l'homme et de son combat pour la vie. Les paysans le savent bien. Que de mots n'ont d'autres traductions qu'une longue explication pour décrire ce qu'ils désignent dans ce milieu rural où la nature, la terre, les animaux et les bêtes vivaient en harmonie. Le mot n'isole pas, il relie. Que de mots disparaissent avec la disparition progressive de la paysannerie et la modernisation de celle qui subsiste et s'adapte au monde moderne. Les mots n'ont pas besoin d'être bousculés. Ils meurent d'eux-mêmes le moment venu. Quand ils n'ont plus rien à désigner. Changer leur orthographe, c'est les tuer avant leur mort programmée. Pourvu que leur mort n'entraîne pas de manière prématurée les domaines qu'ils désignent.

Non, il n'est pas vrai que l'orthographe des mots est arbitraire. Elle n'est pas devenue ce qu'elle est par hasard. Chaque mot porte une histoire. Pas n'importe quelle histoire. L'histoire des humains qui pour communiquer ont prononcés des sons puis mis des signes symbolisant souvent l'objet désigné. Puis ces signes sont devenus lettres. Ils ont grandi avec l'humanité. Ils ont traduit les sentiments et les émotions après avoir désigné des objets.

Aujourd'hui ces mots vont perdre leurs racines. Ils vont perdre les sens auxquels renvoyaient ces racines. Un mot c'est comme un rhizome, ça part dans tous les sens. Un mot à lui seul est un réseau. Il tisse dans un même ouvrage des objets, des idées, des affirmations et des négations. Il marie l'homme, l'animal, le ciel ,la terre et les océans. Il associe la mort et la vie. Lorsqu'un mot est prononcé ou écrit, défile derrière lui tout l'univers. Le moindre accent a son importance. Pourquoi supprimer les accents circonflexes alors que chaque accent signale l'origine du mot.

Un mot dont l'orthographe est simplifiée est un mot qui s'appauvrit, se ferme jusqu'à ne désigner presque rien, jusqu'à mourir. C'est un mot qui perd toute sa poésie. Il n'est plus symbole. Il devient l'outil que les humains se passent comme ils se passeraient un marteau ou une paire de pince. Le mot ne parle plus. Il fonctionne. Pour le dire plus savamment, le signifié est dans le signifiant. Le mot et la chose se confondent.

Désormais, les écoliers appuieront sur des mots comme on appuie sur les touches d'un clavier. Les mots ne seront plus que des assemblages de lettres et les textes des assemblages de mots. Pense-t-on développer ainsi l' esprit et l'intelligence de l' enfant ? J'en doute. Un langage mécanique ne peut faire que des robots obéissants. C'est la disparition même de la liberté.

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8 février 2016 1 08 /02 /février /2016 15:46

A dix jours d'intervalle, deux femmes viennent d'être jugées. Les deux avaient un point commun important : elles avaient tué leur mari. Toute leur vie ces deux femmes ont dû souffrir de violences diverses et variées de leur conjoint abusant de l' alcool. Les enfants des couples ont eu, eux aussi à supporter l'agressivité de leur père parfois jusqu'au viol incestueux.

Ces deux femmes ont toujours hésité à dénoncer leur mari aux autorités compétentes ou plus simplement aux services sociaux. Elles ont enduré la violence pendant des années, elles ont supporté les outrages fait à leurs enfants , jusqu'au moment où elles ont craqué : elles ont tué pour que leur enfer cesse.

La première a été jugé deux fois à dix ans de prison ferme. Les circonstances atténuantes n'ont pas été retenues. Aussitôt , une levée de bouclier dans la population. Non seulement les défenseurs de la cause féminine, de nombreux artistes et intellectuels mais aussi une majorité de français selon les sondages s'insurge contre une telle décision injuste qui condamne à la prison une femme qui a eu bien peu de bonheur pendant près de quarante ans. Appel est fait à la grâce du président de la république qui graciera juste ce qu'il faut pour que la condamnée ne reste pas en prison.

Quelques juges, quelques avocats s'insurgent parce que les décisions des jurés ne sont pas respectées. Ils contestent la grâce du président parce qu'il aurait cédé à la vox populi qui ne saurait rien de l' affaire, repoussant, voire humiliant les jurés qui avaient eu en main les données du dossier d'accusation.

Dix jours plus tard, dans une affaire semblable, la deuxième femme jugée pour une affaire semblable, n'écope que de cinq ans de prison avec sursis. La question se pose alors: pourquoi des jurés pour des affaires semblables prennent des décisions aussi discordantes? La réponse est simple: parce que les jurés sont soumis au vent qui souffle. On l'a vu avec les cas de pédophilie. Après les deux cas qui ont secoué la France et la Belgique, les jurés ont maximalisé leur condamnation dans les procès. Ils agissent selon la demande de la foule parce qu'ils la représentent. Et c'est bien ainsi. On ne peut pas le leur reprocher. Ils représentent le peuple. Disons seulement que le peuple n' a pas toujours raison. Il se laisse emporter par ce qui lui semble être l'horreur. Il perd la mesure de la sagesse et du juste milieu.

C'est pourquoi, même si ce droit de grâce est un reliquat du pouvoir royal et arbitraire, il est indispensable pour faire pendant aux excès des jurés qui n'ont pas toujours les moyens de ne pas se laisser emporter par l' émotion de l'horreur. Ils sont sincères, pas forcément justes. Une autre solution peut- être: confier ces jugements à des professionnels. On dira alors : mais où est la justice du peuple? Et on n'entendra plus que le hurlement des foules . Comme il est difficile de juger loin de toutes passions!

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12 janvier 2016 2 12 /01 /janvier /2016 17:36

Il ne s'agit pas pour nous de rapporter un bilan général de l'ouverture des mosquées. Nous voulons simplement avancer quelques remarques à partir de notre visite.

La mosquée visitée était la plus petite des trois mosquées de cette ville de 40 000 habitants. Dés notre arrivée plusieurs hommes étaient là pour gérer le parking et les allers et retours incessants de voitures. La centaine de places ne suffisant pas, de nombreux véhicules stationnaient sur le bord de la route reliant la mosquée à la ville à 3 km de distance. L'accueil très chaleureux des chargés du parking était redoublé par ceux qui veillaient sur le buffet copieusement garni de pâtisseries sans oublier le thé à la menthe. Le premier atelier proposé était situé dans une salle de prière. Là, devant une cinquantaine de personne un professeur nous fit un exposé magistral pour nous présenter l' Islam. Un discours clair, bien charpenté et des propos sensés recevables par tous. Il insistait sur le fait que dans l' islam Dieu est révélé à la fois par la nature et par les prophètes le plus grand étant Mahomet venu en clore la série. Il rappelait que dans l'islam rien n'était caché, tout était rationnel et logique et que personne n'y détenait une parole infaillible. Il distinguait ce qui dans l' islam vient de la tradition et de la culture et ce qui vient du Coran et ne peut subir aucun aménagement. Il soulignait que l' islam avait ordre de s'adapter aux habitudes du pays où il se trouvait, pour la France de respecter la démocratie et la devise de la République. Les questions brulantes actuelles étaient toutefois passées sous silence.

La séance de questions réponses permettait de donner quelques précisions sur ce qu'est le salafisme et le soufisme. Les différences entre les chiites et les sunnites étaient minimisées. Nous apprîmes aussi qu'il y avait plus de 500 fidèles à la prière du vendredi, plus encore pour les fêtes. Les deux autres mosquées recevant près de 1000 fidèles ce qui porte à plus de 2500 fidèles pour la ville.

Trois autres ateliers installés dans des salles destinées à l' instruction des enfants, des adolescents et des convertis nous attendaient. Les animatrices toutes voilées exposaient leur travail pour apprendre l'arabe et sensibiliser les enfants à la foi musulmane sans oublier un soutient scolaire pour les enfants en difficulté. Les questions sur la laïcité et la place du voile fusaient dans le groupe mais un responsable y mit fin prétextant qu'il fallait respecter le temps pour ne pas désorganiser la visite. Une jeune femme avait eut le temps de nous dire que le voile était le signe de l' approfondissement et d'une avancée dans la foi.. La visite pouvait se terminer par la mosquée où recevait l' imam très accueillant venu d'un pays étranger.

L'assistance était en majorité composée de gens ayant atteint la cinquantaine et plus. La plupart venait de l'Eglise catholique. Ceci se ressentait fortement dans les questions posées où la laïcité était fortement remise en question accusée d' être laïcarde et de ne pas accepter que les enfants puissent parler de Dieu à l' école. Certains encourageaient même à la création d'école privée confessionnelle musulmane. Un autre proposait une instance commune dirigeante remplaçant la parole papale pour parler au nom de l' Islam.

Que retenir de cette visite ?

-Tout d'abord la qualité de l'accueil avec une gentillesse très agréable et peu commune dans notre pays mais semblable sur bien des points à l'accueil qui est fait aux visiteurs du pays à laquelle la mosquée est rattachée.

- Vient ensuite la force qui se dégageait de cette communauté. Beaucoup d'hommes et de femmes relativement jeunes, probablement plus d'une centaine pour nous accueillir Les trois quart environ sont loin d'atteindre les 50 ans. Tous paraissaient unis dans un Islam qui voulait aller dans le même sens et s'adapter à notre République. Ils étaient des pratiquants fidèles se connaissant bien.

- Enfin, la société y était bien représentée avec une forte proportion de cadres, de médecins ou d'enseignants .

Ma conclusion:

L'islam est en passe de devenir la première religion de France sinon en nombre, du moins par la force qu'elle représente. D'autres la rejoindrons parce que la force et le nombre attirent et que l'humain n'aime pas, à quelques exceptions près, être dans la minorité. Il serait illusoire de comparer les 54 000 Eglises et les 2500 mosquées pour juger de l'importance d'une religion. Les premières sont souvent vides, en déshérence ,en pleine déstructuration, leur public a les cheveux blancs, les autres sont pleines à craquer leurs fidèles en pleine activité et cherchent à se structurer.

Demain, beaucoup de ses membres seront les cadres du pays. Il reste à souhaiter que l'islam saura prendre les bons tournants pour que les principes et la devise de la république soient respectés et que l' Etat reste laïque. La condition pour que cela se réalise me parait être la possibilité pour le musulman d'interpréter les textes sacrés par la pensée universelle (ou philosophique) et par la raison. Il nous a été dit lors de cette visite que ce travail avait commencé par une recherche du contexte dans lequel les textes ont été formulés et écrits. Le protestantisme qui avait introduit au moment de la Réforme cette démarche critique des textes bibliques (dits sacrés) avait conduit à la laïcité. Il a par la suite accompagné la formation de celle-ci. Son affaiblissement actuel menace cette laïcité qui se retrouve ainsi privée de son défenseur religieux.

Nous ne pouvons pas oublier pour autant qu'une grande majorité de français, issus de toutes les religions présentes dans notre pays ne se reconnaissent plus dans aucune, ni dans celle de leur père ni dans les nouvelles qui se présenteraient. Ils se disent agnostiques, indifférents ou athées. La grande manifestation après les attentats de Charlie Hebdo et à laquelle ils se sont joints pour être probablement les plus nombreux montre qu'ils tiennent à la liberté de s'exprimer et de choisir. (Nous serons plus réservés sur leur soucis de d'égalité et de fraternité). Ils ne doivent pas oublier que les religions dans l' histoire ont toujours cherché à imposer leur point de vue tant elles sont persuadées que c'est la seule voie, celle du salut. C'est la raison pour laquelle, le pouvoir politique les instrumentalise pour arriver à ses fins. Il leur appartient donc de rester vigilant. A ce stade les partis politiques apparaissent comme l'outil essentiel à cette vigilance. Encore faut-il que ces partis soient soucieux de vérité et de sincérité. C'est ce que demandent les français lorsqu'ils souhaitent qu'ils puissent mener des projets en commun pour le bien de tous. Ils leur demandent d'arrêter leur démagogie dont le but est d'écraser l'autre et d'emporter la victoire. Dans notre système actuel où seule la majorité décide de tout sans tenir compte de ses opposants, ce n'est pas gagné.

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11 décembre 2015 5 11 /12 /décembre /2015 15:43

Cher pape François

Dans notre pays, comme tu le sais les protestants sont très minoritaires, à peine 2%. Si on ajoute à cela d'une part que les protestants issus de la réforme ne se reconnaissent pas forcément dans le mouvement dit "évangélique", et que d'autre part ceux de tradition luthérienne sont plutôt en Alsace Lorraine alors que les fiefs calvinistes disparaissent dans le reste du pays, on peut parler d'une minorité très éparse . Cette situation peut paraitre inquiétante parce qu'elle est peut être le prélude de la disparition du protestantisme historique. Elle peut être aussi porteuse de forces nouvelles si cette minorité sait s'organiser. Ces forces nouvelles seront vitales pour le protestantisme, elles seront une dynamique pour le catholicisme si celui-ci sait les accueillir.

Soyons clairs : le fait d'être protestant n'apporte pas beaucoup d'originalité à la pensée. D'abord parce qu'avec l' œcuménisme la théologie chrétienne actuelle est le résultat d'un dialogue vrai et fraternel. Il n'y a plus d'ostracisme, tout le monde peut en profiter. La censure de l' imprimatur joue très peu. Tout le monde peut profiter de ce qui est écrit et pensé y compris ce qui ne reçoit pas l'approbation de la hiérarchie catholique. Par ailleurs, il faut noter aussi que les protestants ont cessé de répéter ce qui faisait leur particularité et qui était trop souvent entendu comme une opposition au catholicisme. La profondeur des thèmes de la réforme qu'ils défendaient a été perdu. Tout est devenu banal. Cette banalité a nui à la réflexion , à la recherche et par conséquences à l' enrichissement de la foi. Le protestant s'est contenté de l' être parce que ses parents l'étaient comme si le protestantisme était inscrit dans les gènes. Les enfants n'ont pas suivi. Pour eux, catholique ou protestant c'est la même chose. Tout est banalisé. Les rites les plus marquants et les plus pratiqués l'emportent, peu importe leur sens.

Ainsi, si le protestantisme ne fait plus la différence, qu'est-ce qui la fait et pourquoi choisir encore ce type d'approche dans la religion chrétienne ? Je répondrai par expérience que ce que n'apporte pas le protestantisme, le fait d'être dans la minorité l'apporte en partie. Certes dans une société donnée, il n'est pas confortable de ne pas être dans la majorité. Il vaut mieux parfois le taire au risque d'être sanctionné pour non-conformité à la norme générale. Notons aussi qu'une minorité si elle veut être autre chose qu'une secte repliée sur elle même, doit, pour subsister être organisée. De ses réflexions, de sa recherche et le cas échéant de son culte, doivent se dégager des options dominantes sans que celles-ci deviennent uniques ou obligatoires. Afin d'éviter toute spéculation, elle doit rester sur le terrain, proche des gens et répondre aux interrogations du moment. Ici, le protestantisme français pourrait être cité en exemple, tout particulièrement dans les moments difficiles de notre histoire. Enfin, le maintien de la minorité exige le rassemblement pour des recherches communes, parfois des prises de positions tranchées en rupture avec la vox populi.

Celui qui opte pour un choix minoritaire forge son caractère. Il apprend ,ce que demandait la réforme, à penser par lui-même et à ne suivre personne d'autre que sa conscience. Il apprend à ne pas être brebis. Il peut même devenir berger s'il conçoit sa fonction comme celui qui appelle les autres à ne pas s'enfermer dans leur statut de suiveur. Le danger serait d'opter pour un mouvement minoritaire et de suivre le chef comme on suit un gourou. C'est vrai dans les petits groupes. Ces gourous là sont souvent dénoncés. c'est vrai dans les partis politiques, les subordonnés ânonnent ce que dit le chef. C'est vrai pour de nombreux chrétiens catholiques qui ne savent pas ne pas s'en référer à ce que tu dis pour l'approuver, plus rarement pour le désapprouver, enfin cela peut être vrai pour des communautés protestantes qui hissent leur pasteur sur un trône divin imaginaire. Les humains ont beaucoup de mal à ne pas devenir groupie ou tyran. Or la liberté, comme la citoyenneté se situent ailleurs. Chacun est invité à observer, analyser, comprendre, se faire son opinion et enfin parler et agir. S' inscrire dans une minorité évite de se joindre à la foule qui altère la vérité des choses et entraine sur des chemins qui ne sont que des fausses pistes.

fraternelles pensées

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10 décembre 2015 4 10 /12 /décembre /2015 21:15

A en croire de nombreux chrétiens, le doute serait devenu le critère d'une foi juste, intelligente et vraie. Il nous permettrait de ne pas nous laisser enfermer dans des certitudes et des pensées figées. Il serait une sorte d'agent libérateur et nous permettrait ainsi de rester ouvert aux autres, aux nouvelles idées et à la modernité. Grâce au doute, nous échapperions aux pensées et aux attitudes ringardes.

Le doute nous fait croire que nous sommes à la pointe de la modernité. Il fait de nous des non conformistes, des personnages pas comme les autres qui osent se remettre en question là où les autres suivent la pensée dominante sans autres réflexions ; des personnes qui participent au renouveau de la foi. Bref : vive le doute !

Et si le doute, loin de nous libérer, nous aliénait ! S'il nous déstabilisait pour nous rendre dépendant. Ce n'est peut être pas par hasard si les meilleurs compagnons du doute sont trop souvent les anti dépresseurs et les anxiolytiques, matières pour le moins addictives ! Le doute nous paralyse et nous fait désinvestir le monde. Il nous empêche de regarder la réalité, de la voir et de la comprendre. Il nous rend indifférent comme Pyrrhon, le fondateur du scepticisme qui un jour, passa sans sourciller près d'un marécage où était en train de s'enliser un de ses compagnons. Pris par le doute Pyrrhon ne porta pas secours à son ami qui périt dans la vase. L'apologie du doute est renforcée par ces Chrétiens renommés, tels Mère Thérésa ou l'abbé Pierre, qui l'ont publiquement exprimé. Mais leur engagement et leurs œuvres suffisent-ils à leur donner raison ? Pouvons-nous faire du doute une vertu indispensable à la foi à partir de leur témoignage ?

Et si nous doutions de Dieu parce que nous avons une mauvaise conception de Lui ? Perçu comme responsable de tout ce qui arrive, le bon comme le mauvais, Dieu ne peut que susciter le doute. Le Dieu, à la fois providence et destin, est insupportable à l' homme. Le doute commence lorsque ce que nous attendons de lui ne se réalise pas. Il apparait lorsque soudain, Dieu ne nous apparait plus raisonnable, œuvrant à l' encontre du bon sens, acquiesçant à l' injustice, favorisant le malheur.

Le doute est le fruit de la culpabilité. Est-ce que je fais ce qu'il faut pour convaincre Dieu et déclencher en lui les bonnes réactions ? Ce que je crois, est-ce bien ce qu'il faut croire ? Le doute peut aller jusqu'à mettre en cause l' existence même de Dieu sans qu'il soit possible de penser les modalités de cette existence. Il est destructeur parce qu'il enferme, développe les mécanismes obsessionnels. Il ne permet pas d'accéder à des questions d'ouverture qui faciliteraient la redéfinition des choses y compris du divin. Le doute est la conséquence d'une pensée qui s'est figée et qui ne supporte plus que la chose envisagée ne fonctionne pas. Le doute n'interroge pas le concept même de Dieu. Il l'approuve ou le met d'emblée hors jeu.

Celui qui doute a, nous semble-t-il, tout intérêt à se rapprocher du Dieu des philosophes qui ne se définit pas par des termes relevant de l'anthropologie. Dieu ne supporte aucune comparaison avec l' humain. Il est impersonnel. Sans matérialité possible y compris au niveau des représentations. Il ne peut pas être pensé comme un haut personnage parce qu'il rassemble tous les attributs possibles-ce qui est impossible à l' homme. Quelques uns seulement sont reconnus, retenus et privilégiés. Pour Spinoza Dieu est comme la nature. Tout en elle ramène à Dieu. Le doute est donc impossible. Pour Épicure Dieu a deux caractéristiques essentielles : Il est incorruptible (éternel) et bienheureux (dans la béatitude). Autrement dit, il n' a pas une volonté intentionnelle d'action. Il est exempt de colère et de jalousie et on ne peut trouver en lui qu'un véritable modèle de sagesse. Dieu est un tout. Tout est donné d'avance. Aucun doute n'est possible. Seules des suppositions fausses - celles de la foule selon Épicure- incompatibles avec sa béatitude peuvent semer le doute.

En conclusion Dieu n'agit jamais intentionnellement comme un agent moral . C'est l'idée que nous avons de lui qui peut nous être bénéfique ou dommageable. Le doute apparait lorsqu'on suppose des idées fausses à propos de Dieu. Mère Thérésa et l' abbé Pierre ont été de grands témoins de l'amour de Dieu mais leur doute reste une mauvaise visée du divin.

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8 décembre 2015 2 08 /12 /décembre /2015 12:11

En ce temps de Noël, circulent un certain nombre de pétitions à signer favorables à l'installation de crèches dans les mairies. Ces pétitions émanent soit de l' extrême droite ou de la droite dure, qui par ce biais veut défier de manière frontale les musulmans et leur faire admettre que la France est un pays chrétien et qu'ils n'ont rien à y faire, soit de milieux catholiques, peut être sincères mais naïfs, qui pensent aussi que la France est une terre chrétienne où les traditions de l' Église doivent se vivre y compris dans le domaine public. On peut lire dans la presse des articles où des prêtres défendent cette position sous prétexte que la crèche est devenue un fait culturel et que notre "laïcité à la Française" doit être une laïcité ouverte.

Une telle affirmation ne tient pas compte de l'histoire de notre pays. Dans la tradition calviniste, les protestants s'interdisaient - et certains se l'interdisent encore- de dresser une crèche dans leur maison. Ils n'auraient pas apprécié d'en trouver une dans l' école publique ou dans une salle municipale. Il n'en a d'ailleurs jamais été question dans la plupart des villages du midi. Affirmer que la crèche fait partie de la tradition chrétienne n'est vrai que si on élimine une partie de la chrétienté.

Il faut noter par ailleurs que faire glisser des traditions religieuses et cultuelles vers le culturel pour justifier qu'elles soient imposées à tout un pays n'est pas très honnête et ne profite à personne. On peut comprendre que dans notre pays, l' Église catholique - comme d'ailleurs toutes les Églises chrétiennes - en perte de vitesse soit tentée de sauvegarder des traditions marquantes. Cela va-t-il pour autant faire rayonner le catholicisme et fortifier la foi? On peut en douter si on regarde ce que sont devenues les religions de la Grèce antique représentées encore par quelques temples dédiés à leur divinités. Un tel glissement ne peut qu'irriter ceux qui ne se reconnaissent pas dans cette tradition de la crèche parce qu'ils confessent une autre religion, parce qu'ils ne partagent pas la même vision de la foi chrétienne ou encore parce qu'ils n'appartiennent à aucune confession et ne sont attachés ni à des rites ni a des représentations religieuses.

Les mairies comme les écoles, les préfectures et autres bâtiments publics représentent l' Etat et doivent rester neutres. Ils n'ont pas à hiérarchiser les religions sous prétexte que l'une est plus ancienne et plus nombreuse que les autres. Il y a quelques années, la question de la présence d'un crucifix dans la salle de mariage d'une mairie s'était posé. Les défenseurs de cet insigne mettaient déjà en avant le fait culturel. Pourquoi ne pas mettre alors des statues de la vierge sous prétexte que c'est notre culture puisqu'il y en a sur de nombreuses collines dominant les villages et ceci depuis des siècles ?

Interdire les signes religieux, quels qu'ils soient et d'où qu'ils viennent, dans les lieux représentant la république est une garantie pour la liberté de toutes les religions qui peuvent s'exprimer dans les lieux qui leur sont consacrés. C'est aussi une garantie pour ceux qui ne se réclament d'aucune confession. La laïcité vise à donner à chacun sa place dans notre société sans subir la pression organisée de celui qui ne pense pas de la même manière et qui ne fait pas les mêmes choix. Notre république n'est ni catholique, ni musulmane, ni protestante, ni juive elle est laïque. On peut d'ailleurs se réjouir que l' association des maires de France où sont regroupés les édiles de droite comme de gauche demandent aux maires d'éviter de dresser des crèches dans les mairies. Les évêques devraient la soutenir officiellement et sans hésitations.

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7 décembre 2015 1 07 /12 /décembre /2015 12:17

Afin d'empêcher le Front National d'accéder à la présidence de trois régions, et devant le refus de la droite Républicaine ( qui avec Sarkozy n' est peut être pas aussi républicaine qu'on ne le dit) de faire des listes d'union, le parti socialiste a décidé de se retirer et appelle à voter pour le candidat républicain. Elle réitère ce qu'elle avait déjà fait en 1981 en appelant à voter Jacques Chirac après l' élimination de Lionel Jospin.

Il est surprenant que le parti n'ait pas tiré de cette expérience deux leçons fondamentales

- d'une part, le manque de prise en compte de ce désistement par la droite afin de présenter aux français des propositions de gouvernement communes.

- d'autre part l'installation quasi définitive de cette même droite qui une fois au pouvoir peut aller jusqu'à détourner des moyens légaux pour s'y maintenir . Il a fallu l' arrogance et les grandes maladresses de Sarkozy pour qu'elle perde le pouvoir en 2012. Un homme sensé et respectueux de son peuple aurait été réélu comme ce fut le cas pour la démocratie Chrétienne en Italie.

Cette position du PS pourrait se comprendre à la lumière de données historiques. En effet si en 1930 les partis allemands s'étaient entendus, ils auraient peut-être empêché l'accession d' Hitler au pouvoir. Même chose pour les pays représentés à Munich qui n'ont pas résisté au Führer. Toutefois, ces comparaisons ne sont pas raison. Le contexte n'est pas le même et plus que le fascisme, l'extrême droite nous fait craindre le chaos pour la France ce qui effectivement pourrait conduire à un régime totalitaire à moins qu'un coup d' état ne mette fin à une telle situation. La France, même en ce début de 21 ème siècle n'en est pas à l' abri.

La montée du Front National, qui se trouve en position d'éligibilité pour tous les scrutins (et contrairement à ce qui est dit, les récents attentats ont peu changé la donne) vient de ce que ce parti n' a pas pu, de par nos institutions être représenté dans les différentes instances politiques du pays alors qu'il faisait plus de 20% des suffrages. Les deux députés actuellement à l' assemblée Nationale ou les quelques maires se réclamant de lui ne représentent qu'un ratio bien maigre en rapport des voix recueillies lors des scrutins concernés.

Or laisser le Front National gagner deux ou trois régions ne représente pas un grand danger pour la République. Ceci aurait permis aux français de découvrir que ce parti ne faisait pas mieux que les autres et probablement pire tant ils sont inexpérimentés et démagogues. Au lieu de cela les" socialistes" comme" les républicains" n'ont de cesse que de diaboliser ce parti. Cette manière de faire fait gagner des voix au Front National parce que les électeurs "veulent essayer" en les mettant au pouvoir. Pour l' élection à la présidence de la république, on peut comprendre la crainte que cela inspire. Pour des régionales, c'était une bonne occasion de découvrir leur visage masqué. Le parti socialiste passe à côté comme d'ailleurs en 1981 car pour être élu, Chirac n'avait pas besoin des voix socialistes . Se retirer aurait suffit et les français auraient apprécié que l'on puisse les laisser libres devant le choix de leur vote de la même manière qu'ils apprécieraient d' être libres dimanche prochain et de pouvoir voter socialiste si leur candidat s'était maintenu. Quelle erreur de confisquer ainsi leur vote sous prétexte qu'il y a péril dans la demeure et feu au lac.

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7 novembre 2015 6 07 /11 /novembre /2015 18:56

Depuis les attentats de janvier et la grande manifestation où des milliers de français ont exprimé l' horreur devant tant d'exécutions, le milieu associatif, les Églises ou les universités populaires tentent d'organiser des rencontres avec les musulmans afin que de pareilles horreurs ne se reproduisent. Leurs initiatives sont louables car comment ne pas croire aux vertus du dialogue pour faire avancer le vivre ensemble dans notre pays.

Malheureusement , il faut se rendre à l' évidence, toutes ces tentatives échouent quels qu'en soit les organisateurs et on voit mal quels fruits elles pourraient porter.

Tout d'abord, il faut bien constater qu'à part l' imam de service dans le meilleur des cas ou le président de la mosquée, aucun musulman n'est présent à ces rencontres. On pourrait même aller jusqu'à dire que ne s'y retrouvent que ceux qui les ont organisées. Plusieurs réunions ont dues êtres annulées. Le moins que l'on puisse dire, est qu'il n'y a pas de demande du côté musulman.

Lorsque ces rencontres ont lieu, le représentant musulman insiste sur le désir de sa communauté d'entrer dans les lois et les valeurs de la république. Les propos sont lénifiants soporifiques et peu en accord avec la réalité vécue ou fantasmée. Les incidents sont souvent minimisés pour ne pas dire ignorés. Le foulard, les mariages forcés, les questions de mixité à l' école, le refus des programmes scolaires, tout cela n'est qu'épiphénomène ne méritant aucune attention. On pourrait résumer ainsi: Tout va très bien Madame la marquise! Nous sommes le monde des bisounours! Quant aux interlocuteurs, ils se taisent. Les religieux par charité, les gardiens du temple laïque par idéologie. D'autres peut-être encore par crainte. En conclusion les vrais problèmes ne sont pas débattus puisqu'ils sont niés même si c'est à cause d'eux qu'a eut lieu la rencontre.

Pendant ce temps, que se passe t-il dans la réalité? Deux choses:

Les gens ont peur lorsqu'ils prennent l' avion (il y en a encore un qui vient de tomber) ou autre transport, lorsqu'il se retrouvent dans des salles fermées . Artistes et écrivains se censurent ce qui est peut être la plus grosse atteinte à la démocratie . Les écoles privées religieuses se créent. Les espaces à visiter dans le monde se rétrécissent sérieusement. Et bien sûr toute l' économie de la planète est en souffrance. Il a été clairement démontré depuis longtemps que les échanges se substituent à la guerre. Lorsque ceux-ci ne sont plus possibles les conflits sont exacerbés.

Les courants politiques extrêmes prospèrent. Le droitisme dont les frontières ne sont plus celles des partis politiques montent. Islamophobie et xénophobie gagnent du terrain. Le communautarisme s'impose et l'injustice s'accroit.

On a envie de crier quel gâchis! En effet quel bonheur de lire des textes de grands penseurs musulmans. Ils sont de vrais enrichissements pour la foi mais plus simplement encore pour l'humanité tout entière. Ils témoignent que l' islam n'est pas un bloc qui s'oppose a tout le reste mais au contraire une pensée nuancée, diverse et souvent puissante. L'art y est très représenté et très suggestif. Il suffit de voir certaines mosquées qui n'ont rien à envier à nos cathédrales. Je passe sur l' apport au niveau des sciences qui été souvent bien en avance sur le reste du monde.

Mais il est vrai que des peuples qui ont souvent été soumis , colonisés, dévalorisés dans des régions peu hospitalières, où le désert occupait les plus grands espaces a besoin de temps pour s'adapter au mode de vie occidental et pour dépasser certaines coutumes qui nous paraissent aujourd'hui aliénantes. Il se sent culturellement bien faible pour ce qui est de la culture. La tentation est alors forte de vouloir s'imposer par la religion. Mais peut-on oublier que notre pays à lui aussi eut bien du mal à s' arracher à l' enfermement du religieux pour retrouver un esprit libérateur, de tolérance et de recherche. Il a fallu la réforme, le siècle des lumières et cela continue encore aujourd'hui. Et ce n'est pas encore tout à fait gagné. Il y a encore des zones d'ombre.

Devant ces difficultés, il me semble que notre pays doit rester ferme sur les lois de la république. Elles doivent passer avant les coutumes. Nos valeurs et nos codes actuels doivent êtres respectés. Comme il n'est pas possible de faire des lois générales pour tout, les entreprises, les institutions doivent pouvoir élaborer la charte qui garantit leur fonctionnement et la liberté quitte à ce que cette charte , comme le règlement intérieur d'une entreprise soit soumis à un organisme qui en vérifie la légitime possibilité. La charte scolaire et celle de l' entreprise Paprec en sont un bon exemple.

Quant aux conférenciers de tous bords, s'ils ne veulent pas que leurs paroles aient des effets contraires à ceux espérés, qu'ils n'hésitent pas à aborder la réalité telle qu'elle se présente et telle qu'elle est ressentie à tord ou à raison par le plus grand nombre.

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11 octobre 2015 7 11 /10 /octobre /2015 11:04

Il était cadre. Il vient de racheter une entreprise. La quarantaine, très actif. Il doit se tenir au courant de l'activité économique du pays . Les nouvelles lois l' intéressent au premier chef. Malgré cela, il a décidé de ne plus écouter les informations ni à la télé ni à la radio. Depuis trois mois il se contente de vérifier celles qu'il entend.

Lorsqu'on lui demande si les informations quotidiennes ne lui manquent pas, sa réponse est catégorique: " Je ne m' étais jamais porté aussi bien; Je me rends compte aujourd'hui , combien ces informations pesaient sur moi y compris lorsque je les écoutais d'une oreille distraite. Mon inconscient devait être travaillé. Je me sentais lourd et fatigué, portant un fardeau non identifié dont je ne pouvais me débarrasser. Il m'était difficile de me concentrer sur mon travail comme si quelque chose confisquait mon énergie. Je ne captais aucune information précise . Toutes m' écrasaient . Je ne pouvais pas les sélectionner. Aujourd'hui, je me sens léger, plein d' énergie. Je peux me consacrer à l' activité. Ce ne sont pas des arrières pensées qui freinaient mon entrain. C'était la difficulté de ne plus pouvoir penser. J'évoluais dans une sorte de brouillard. Je manquais d' air.

Si aujourd'hui je ne regarde plus les informations, ce n'est pas par manque de temps ou parce que j' ai d'autres priorités. C'est vrai, j' ai beaucoup de travail. Ma décision est thérapeutique. Je laisse de côté ce qui me rend malade et tant pis si cela me dessert un peu , l'information venant parfois un peu tard. Je me retrouve en tant que personne. C'est comme si soudain je pouvais exister, penser. Etre, tout simplement. " Il se met à rire et ajoute "je pense donc je suis".

Ce chef d'entreprise n'est pas le seul à être incommodé par les informations reçues chaque jour. Quelle que soit leur profession ou leur place dans la société, ils sont nombreux ceux qui dé- noncent la manière dont nous sommes informés. Les raisons sont diverses. Pour les uns il y a un réel manque d'objectivité. Leur critique est politique. D'autres regrettent l'insistance sur des faits divers ou des actes et des paroles politiques sans lendemain. "Les médias devraient avoir honte de nous faire entendre les pets de notre personnel politique, pets sans lendemain mais sentant souvent si mauvais qu'ils font perdre la raison" disait cet enseignant.

Un autre ajoutait: "les informations sont si partiales et si partielles qu'elles nous font oublier que le monde est un tout, que les choses sont liées entre elles, qu'il n'est pas possible de les présenter sans tenir compte de ce tout. Les infos sont une trahison de l' info".

La question est bien qu'est-ce qui ne va pas dans la communication de nos médias. Est-ce la méthode? Le contenu? Le trop plein? Bien sûr il y a l' audimat. Le but n'est pas d'informer mais de plaire. Il y a le scoop. Il faut être le premier à sortir la nouvelle et tant pis si l'info manque de rigueur ou de vérité. Les élus sont des habitués . Que de postures ! Leur souci: capter des voix aux élections prochaines. Le discours politique en est totalement discrédité. Le peuple n' y perçoit pas plus de véracité que de vérité. Il y a aussi les intérêts financiers: l'info doit payer!

Il serait maladroit, voire dangereux de porter une critique radicale sur nos moyens de communications et sur le contenu des informations. Il faut savoir apprécier ce qui est porté au grand jour et qui par le passé était tu par manque de moyens et de liberté. Il n'est pas vrai que la liberté "fou le camp". Celle -ci, élargissant le champ des possibles, demande toujours plus d' analyse, de pertinence et de rigueur.

Notre cadre entrepreneur a sans doute le mieux souligné ce qu'il manque à l'information. On ne sait plus ce qui relève d'elle et ce qui relève de la publicité et de la séduction. Tout est mélangé. Il faudrait séparer et bien identifier ces plages là . Les infos manquent de prudence . Quand le reportage se mêle à l' opinion, quand le détail occulte l' essentiel, quand l' analyse est soumise à l' idéologie, quand des intérêts divers suintent sans s'afficher, alors l'homme se sent dépassé , écrasé, voire méprisé. Il ne lui reste plus qu'à fuir.

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9 septembre 2015 3 09 /09 /septembre /2015 12:00

L'HUMANISME

Au 15eme siècle est apparu en Italie puis en France un mouvement intellectuel et littéraire appelé humanisme. Au cours des siècles qui ont suivi jusqu’à aujourd’hui, ce mouvement s’est considérablement enrichi avec les évolutions de la société. Tout au début il s’opposa au contrôle exercé par l’Eglise dans le domaine intellectuel et culturel. Il aida la philosophie à s’affranchir de la tutelle de la théologie en développant l’esprit critique. Puis, avec Erasme, Rabelais, Montaigne et d’autres, il défend la valeur et la dignité de l’homme plaçant ce dernier au centre de l’univers afin qu’il puisse développer librement ses facultés par l’éducation et accéder à une sagesse purement humaine. La Réforme protestante prônant le retour pour tous aux textes bibliques et à la libre conscience participera fortement à cet humanisme.

La philosophie des lumières malgré quelques hésitations, se rangera du côté de cet idéal humaniste en s’insurgeant contre toute sorte d’asservissement qu’il soit religieux, politique ou économique. Des penseurs comme Marx, Freud ou encore Sartre continueront ce combat- chacun dans leur domaine- contre tout assujettissement.

Aujourd’hui, l’humanisme est porteur de valeurs universelles. Les droits de l’homme formulés en 1948 sont son principal outil. Il cherche à améliorer ses droits et à les faire valoir dans tous les pays en insistant sur la non discrimination, la solidarité, la non violence, l’épanouissement de l’être. L’humanisme touche aussi bien la vie en collectivité que le développement de la personne.

LE TRANSHUMANISME

Depuis une vingtaine d’année est apparu dans les pays anglo-saxons et plus particulièrement aux USA le transhumanisme appelé parfois post humanisme. Il se dit faire suite à l’humanisme actuel et semble vouloir en poursuivre les mêmes buts à savoir améliorer la condition de l’homme. Pour cela il se propose d’exploiter au maximum et dans tous les domaines les dernières découvertes des sciences et des techniques afin d’améliorer les caractéristiques physiques et mentales de l’homme. Le transhumanisme vise à empêcher le vieillissement tout en maintenant le jeunisme. Il cherche à prolonger la vie en transformant le corps et l’esprit de l’être. Il s’agit d’une augmentation de l’être.

Cette augmentation de l’être peut se faire de l’extérieur comme de l’intérieur.

Du point de vue extérieur cette augmentation consistera à fournir à l’humain des outils allant jusqu’au remplacement d’un organe manquant. La jambe de bois existe depuis longtemps. Disons que la bionique est plus perfectionnée et plus efficace. La greffe d’un cœur artificiel parait très spectaculaire mais est-elle de par sa fonction bien différente de celle d’un membre ? Ces prothèses remplaçant un organe défaillant semblent rendre à l’individu une partie de l’humanité perdue. Elles restituent à l’humain une partie manquante lui permettant de retrouver la plénitude de son humanité. Ainsi, on ne saurait trop être critique vis-à-vis de ces possibilités dues aux progrès. Tout au plus, on peut être réservé sur les coûts. Seuls quelques personnes aisées pourront en profiter. Par ailleurs est-il-bien raisonnable de greffer un cœur à une personne dont l’espérance de vie reste réduite de par son âge ? C’est une question d' économie et de prise en charge par la collectivité..

Parmi ces interventions extérieures mentionnons les robots. Ils sont clairement appelés à remplacer l’humain. Ils peuvent servir d’hôtesse d’accueil et donner des renseignements rigoureux. Ils sont plus précis que les mains du chirurgien en micro chirurgie. Ils peuvent tenir lieu de dame de compagnie pour personnes âgées. Ils sont interactifs, serviables. Jamais de mauvaise humeur, toujours disponibles. Ils contrôlent parfaitement leurs émotions tout en percevant celles de leurs interlocuteurs et en agissant de manière adéquate. Imagiez un robot qui perçoit votre déprime. Il s’approche de vous, pose sa main sur votre épaule en disant « allez, c’est un mauvais moment à passer. Ça ira mieux demain ! ». Si vous tombez il vient vous relever.

On peut aussi imaginer le robot fabriqué selon vos désirs et à votre convenance. Il devient le partenaire idéal (e). Il est votre réplique, l’identique. Vous lui mettez un utérus artificiel (ou un pénis) et le tour est joué. Le robot vous fait jouir avec le partenaire idéal, celui que vous n’avez jamais pu rencontrer jusqu’ici. Ne riez pas ! Ne pleurez pas ! Il faut savoir que tout cela est possible aujourd’hui. Il faut oser le voir et le dire. Se taire ou le nier c’est déjà se soumettre à cet " homme ou cette femme machine " qui sera proposé à tous avec insistance. L’aliénation sera alors telle qu’il ne viendra à l’idée de personne de s’y opposer.

Du point de vue intérieur, il y a « l’augmentation » de la personne en intervenant directement sur le corps mortel, corps voué à disparaitre au profit d’un « corps autre », de nature différente, garant de l’immortalité. Ces interventions peuvent être diverses.

Notons d’abord celles visant à cacher le vieillissement comme les crèmes antirides ou à modifier l’aspect apparent du corps. Cacher le vieillissement est devenu chose banale. Il y a peu de risques sinon celui de rendre l e corps illisible. Il ne dit plus son âge. Il ne porte plus son histoire. Il y a un décalage entre la réalité et l’apparence.

Viennent ensuite les traitements sensés modifier les tissus par prise de pilules ou d’injections afin de prolonger la vie. La chirurgie, esthétique ou pas, modifie définitivement et par petites touches les parties du corps et leur fonctionnement naturel. Sans être invasive. N'oublions pas la cryogénisation des morts dans l' attente que soit trouvée la solution à l’immortalité.

-Enfin il y a la création d’un « trans humain » par intervention sur les gènes ou par le clonage qui fait l’économie de la démarche naturelle. Toutes ces interventions sont sensées permettre à la nouvelle créature de s’adapter aux changements à venir tel le réchauffement climatique ou encore la disparition d’espèces jusque là indispensables à la vie ou aux voyages interstellaires.

POUR UN TRANSHUMANISME POSSIBLE

Le transhumanisme déchaine les passions parmi ceux qui l’approuvent comme parmi ceux qui le rejettent. En considérant chaque chose l’une après l’autre il ne semble pas impossible de trouver les solutions permettant chaque fois de rejeter ce qui fait mal pour garder ce qui apporte plus d’humanité. Pour cela trois conditions doivent être prises en compte :

- d’une part la finitude de l’homme. Celui-ci ne peut que s’accepter comme mortel au risque de mettre en péril toute la création par une lutte acharnée afin d’obtenir l’immortalité. La résurrection telle qu’elle est présentée dans la bible encourage et facilite l’entrée dans la finitude. Comme le grain de blé, il faut mourir avant de donner une nouvelle plante.

-d’autre part l’idée selon laquelle l’homme à la possibilité de détruire la planète toute entière. Il est « presque fait comme un Dieu » (psaume 82). Il possède suffisamment de puissance pour anéantir la création. Il peut aussi éliminer l’homme de chair et de sang en créant un homme machine qui sera son double. Quelle place alors pour l’homme naturel ?

-Enfin l’humain ne doit pas perdre de vue qu’il fait partie d’un Tout et qu’il est en permanence en inter-relation avec les éléments de ce Tout. Sa vie dépend de la qualité des relations établies avec l’ensemble de ces éléments. Un transhumanisme qui aurait pour origine l’égoïsme de l’homme et qui replierait ce dernier sur lui-même ne peut qu’être dangereux et destructeur. Un transhumanisme visant à rendre à l’homme la part de son humanité perdue ou à améliorer son confort ne peut qu’être encouragé. Dans ce cas, le mot humanisme est-il approprié.

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Qui suis-je ?

     Titulaire d'une maitrise de théologie et d'un DESS de psychopathologie clinique, j'ai été amené à exercer plusieurs fonctions  et plus particulièrement la mise en place d'un centre socio- culturo- spirituel protestant puis la direction pendant 12 ans d'un centre de cure pour malades alcoliques. J'y ai découvert l'importance d'apprendre à écouter l'humain dans toutes les dimensions qui le constituent. Aujourd'hui, inscrit au rôle des pasteurs de l' Eglise Réformée de France, j'essaie de mettre des mots sur mes expériences et de conceptualiser mes découvertes.
serge soulie

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