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16 juillet 2016 6 16 /07 /juillet /2016 18:38

Cher François,

L'actualité est souvent tragique. Elle fait mal. Lorsqu'elle est amusante, il faut saisir l'occasion. Amusante ne veut pas dire drôle et qui fait rire. Laissons aux gags cette fonction. Disons " inattendu" sans que cela soit pour autant le fait du hasard.

As-tu remarqué que les deux principaux pays d'Europe sont dirigés par deux filles de pasteurs, l'une luthérienne, en Allemagne, l'autre anglicane au Royaume Uni. Je ne tiens pas compte du "brexit" dans cette remarque. Il est trop nouveau. Par ailleurs, la position géographique me parait déterminante.

Alors, pourquoi des filles de pasteurs pour d'aussi hautes fonctions. Avec la pointe d'anti catholicisme qui la caractérisait, ma bonne grand-mère aurait dit avec ironie: "parce qu'elles ne peuvent pas être filles de curé" . Oh, elle n'était pas très méchante ma grand-mère. Elle pouvait être généreuse avec Mr le curé. Mais elle aurait cent quarante ans. Elle vivait avec son temps où l'on disait se souvenir encore des guerres de religion et où les enfants de l'école libre et ceux de l'école publique se lançaient des pierres pour" se faire mal" disaient-ils. Chez grand-mère, le plus souvent, la passion l'emportait sur la raison bien qu'elle dise le contraire avec un aplomb à faire redresser toutes les murailles de sa vieille maison.

De manière tout a fait simple, je pense tout d' abord que ces deux femmes sont au bénéfice de la place faite aux femmes dans les Églises où leurs pères exerçaient. Elles y sont pasteurs, évêques et peuvent accéder à toutes les fonctions y compris les plus hautes. Cela n'a pas été sans mal et dans l'église anglicane certains ont préféré rejoindre l'église catholique, les pasteurs devenant ainsi des prêtres mariés avec enfants le plus souvent.

Ces deux femmes ont appris à se battre . En Allemagne, contre un régime entièrement inféodé à l'empire soviétique qui privait le peuple des libertés élémentaires. En Angleterre pour une meilleure organisation de la société où les plus riches veulent l'être toujours davantage au détriment des plus pauvres comme partout, avec encore plus d'ostentation.

Ces deux femmes ont appris à vivre sinon dans l'ascèse, en tous cas avec modestie et simplicité. Ainsi va la théologie protestante, se contenter du nécessaire et de l'utile, ne pas chercher à paraitre, marcher droit au risque d'un trop de rigidité et de détermination.

Sur l'échiquier politique ces deux femmes sont membres des partis conservateurs. En France , il a été dit que les protestants étaient plutôt socialistes et de gauche. C'est une fausse réalité française. Face à une droite dure et maurassienne le protestantisme y apparait comme épris de liberté et de tolérance, laissant à chacun son choix de vie. Ils n'adhèrent pas pour autant à des "dogmes" et à un "prêt à porter", qu'ils soient religieux ou politiques. Dans son fondement le protestantisme se veut la religion de l'analyse, de la mesure, de l'équilibre et de la rigueur, celle là même qui nous manque en économie et dans la gestion du pays en général. Pas de démagogie, Il se veut porteur d'une éthique de responsabilité. Il met tout en œuvre afin que chaque talent prospère au profit de tous sans toujours y parvenir. Il fait passer l'universel avant le singulier. L'adaptation aux situations nouvelles est son souci principal. Marqué par la philosophie d' Hegel philosophe luthérien, il pense que la meilleure politique possible pour que les hommes soient heureux est un état fort politiquement mais libéral sur le plan économique et social. Le centre, de droite ou de gauche lui correspond mieux du point de vue politique. C'est bien là que se situent ces deux femmes. Ont-elles raison pour autant? L'histoire le dira.

Voilà, Cher Pape, un point de vue sans doute partial et partiel au sujet de l'accession au pouvoir de ces deux femmes. Mais peu importe. Ma lettre vise à interpeller toutes les religions, y compris les Églises, qu'elles soient catholiques ou protestantes puisqu'elles n'ont pas toutes l'ouverture des luthériens ou des anglicans, à donner aux femmes les mêmes places , les mêmes droits et les mêmes fonctions qu'aux hommes . Exclure les femmes de la prêtrise, du pastorat et autres responsabilités me semble être d'un autre siècle. Il est urgent de le dépasser très vite sans qu'il puisse y avoir la moindre tergiversation. Il faut prendre le risque de l'égalité des droits pour tous, hommes et femmes, le risque de contredire les traditions religieuses les plus ancrées. Renoncer à ce risque, c'est condamner les femmes à la servitude dans laquelle elles sont toujours dans de nombreux pays, quelles que soient les religions.

Bien à Toi. Serge

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12 juillet 2016 2 12 /07 /juillet /2016 18:05

Cher Pape François,

Il y a bien longtemps que je ne t'ai pas écrit. T'aurais-je oublié? Non. La pensée est bien plus profonde que l'écriture. Celle-ci fige le moment présent comme une carte postale. L'autre chemine et mène toujours plus loin. Par ailleurs, tu le sais, les protestants ne se réfèrent pas au pape quelles que soient ses qualités et son intérêt pour les autres. Ils se veulent libres dans leurs appréciations et leurs décisions.

Je suis toujours surpris par mes amis catholiques engagés et pratiquants, de les entendre se référer au pape. Ils sont très attachés à ta personne. C'est incontestable, tu es bien leur chef même si parfois ils osent dire qu'ils ne partagent pas tout ce que tu entreprends. Tu es pour eux une autorité suprême. Ils sont malheureux lorsque tu ne prends pas le chemin qu'ils pensent être le bon. Pour leur paix intérieure, ils se rangent le plus souvent à tes dires. Tu sembles représenter pour eux une vérité universelle si bonne qu'elle ne peut que s'appliquer à tous.

La pensée protestante est tout autre. Elle cherche à comprendre et croit que toute idée est discutable d'où qu'elle vienne. Elle n'est pas à l' affut de tes paroles pas plus d'ailleurs qu'à l'affut de quel-qu’autres leaders. Elle est sensible à ceux qui ont une charge particulière et représentent de nombreux d'adeptes, elle ne leur accorde pas plus de crédit pour autant. Elle sait que le prophète est souvent seul comme c'est le cas dans l'ancien testament. Personne ne veut l'entendre. Et cependant il dit vrai.

Mais j'en conviens, se soumettre à l'autorité d'une personne ou d'un groupe de personne est une inclination naturelle que l'on retrouve partout et plus particulièrement dans le domaine religieux et politique. Il existe des communautés protestantes sans Eglise organisée où le pasteur est un véritable gourou. Il tient tous ses adeptes sous sa coupe sans aucune autorité au dessus de lui. Il est tout aussi navrant de voir et entendre des militants politiques reprendre les idées de leur chef sans aucun esprit critique. Penser librement s'apprend. C'est un exercice difficile.

Si je reviens à toi par ce courrier c'est parce que quelques amis et parents trouvent que je suis dur et agressif avec toi. "Pour une fois où un pape dit et fait des choses extraordinaires, tu le couvres de critiques" me disent-ils. C'est un jugement que je trouve sévère et injuste à l'égard de tes prédécesseurs ! Si mes lettres donnent cette impression, je m'en excuse. D'ailleurs, comment pourrais-je être agressif puisque comme je te l'ai dit tu ne représentes pas un "patron" pour moi. J'observe et écoute sans passion. Je me positionne sur tes dires, pas sur ton statut qui ne m'oblige pas. J'entre tout simplement en dialogue avec toi. Je crains d'ailleurs que les amis et parents protestants me faisant ce reproche aient oublié leur esprit critique pour entrer dans une obéissance servile inconsciente. Les temps ne sont pas à la réflexion mais au suivisme. Ils s'écartent de ce qu'à voulu être la réforme : une école de la pensée. Et si comme le dit le philosophe Paul Ricœur, "penser, c'est croire", il n'est pas étonnant que les églises et les temples se vident. Sans oublier qu'il ne suffit pas de s'asseoir sur les bancs d'une église pour penser! Il est toujours possible de s'y asseoir comme on s'assoit dans les tribunes d'un stade. La différence est que ces dernières ne laissent aucune place à la réflexion. Les places dans l'Eglise laissent la possibilité d'un retour sur soi.

Pour résumer, je dirai que les réformes que tu sembles vouloir dans ton Eglise avancent lentement. Freiné dans ton action tu l'es certainement. As-tu suffisamment de convictions ? Je ne sais pas. Je ne peux pas m' empêcher de penser qu'il faut savoir s'insurger contre l'obligation de célibat des prêtres, contre la mise à l'écart des femmes pour être prêtre, évêque ou pape, contre ces dogmes moyenâgeux qui condamnent sans discernement l'avortement, la PMA, la GPA, le remariage des divorcés… Il faut aussi oser remettre en question les richesses de l' Eglise. Il ne s'agit pas de tout abandonner, de démolir les cathédrales, de brader l'histoire, la culture et l'art qui la parcourt, mais de réfléchir au comment l'Eglise pourrait mettre ses immenses richesses à la disposition des peuples qui en ont tant besoin. Les encycliques et les bulles papales sont le plus souvent intelligentes, de bonne volonté, elles restent insuffisantes pour plus de liberté et de justice. Enfin, et ici je partage pleinement la démarche d'Ernest Renan qui le reprochait aussi aux protestants, comment ne pas aider le christianisme à se débarrasser des scories de la superstition et de la croyance au surnaturel.

Pour moi, cher François, te respecter ce n'est ni te reconnaitre comme une autorité me concernant, ni me taire au nom d'une telle reconnaissance fusse-t-elle voulue par une foule immense. Te respecter c'est te dire haut et fort ce que je pense, c'est appeler chacun à penser par lui-même et à s'affranchir de tout ce qui ne vient pas de lui. La religion chrétienne est à un carrefour important. Soit elle ose se mettre à l'écoute de l'humanité tout entière et de la modernité qui l'anime, prenant ainsi le risque de tourner le dos aux traditions, aux dogmes et aux croyances qui ont été les siennes jusqu'ici. Elle permettra qu'émergent de nouvelles compréhensions, de nouvelles attitudes, de nouvelles espérances pour le monde entier. Elle refondera le christianisme actuel, comme les premières communautés judéo-chrétiennes avaient refondé le judaïsme. Soit elle se laisse réduire à ne plus être qu'un mouvement parmi d' autres. Ce sera alors la fin de son universalité.

Bien à Toi

Serge

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1 juillet 2016 5 01 /07 /juillet /2016 15:00

Aujourd'hui , tout passerait, nous dit-on, par l'économie et ses corolaires que sont le chômage,la fiscalité et la croissance. Le président de la république serait au plus bas dans les sondages parce que la croissance est basse, le taux de chômage important et les impôts élevés.

Cette analyse est-elle pertinente? Rien n'est moins sûr. En effet , le passage au vert de nombreux indicateurs économiques ne semble pas améliorer le score de popularité du chef de l'Etat. Dans les faits la courbe du chômage se stabilise, la croissance est tirée vers le haut et la balance du commerce extérieur s'améliore. Il y a bien longtemps que la France n'avait pas signé autant de contrats commerciaux avec les pays étrangers le dernier en date étant celui du consortium mené par Alstom pour le métro de Dubaï. Certes ces contrats sont souvent des armes, avions, missiles, bateaux de guerre mais peu de français remettent en question ce réarmement du monde pourvu que les usines tournent et que des emplois soient créés. Si l'ancien président de la république avait obtenu de tels contrats, nul doute que nous aurions été abreuvés de tous ces succès à l'export comme nous l'avons été pour des contrats qui sont restées imaginaires ou mensongers. Au choix. Voir par exemple les avions Rafale soi-disant vendus au Brésil.

Le président de la République actuel qui semble être entré en campagne électorale nous vend des baisses d'impôts, une croissance forte et une augmentation du pouvoir d'achat pour les classes moyennes. Pas sûr que ces promesses le réconcilient avec les sondages. En effet, contrairement à ce que laissent entendre les médias, les peuples portent peu d'attention aux questions économiques dès qu'il s'agit de glisser un bulletin dans l' urne. Les britanniques viennent de nous le montrer en votant pour le Brexit malgré une économie en bonne santé. Ses partisans n'avaient aucun plan économique bis pour donner suite à la sortie de la communauté Européenne. Ils ont tout de même été suivis. Leurs dirigeants sont bien embarrassés maintenant. Ils sont confrontés au vide de leurs propos et de leurs promesses. Ils ont du mal a assumer ce pourquoi ils ont été élus.

En France, comme en Angleterre ou ailleurs, de nombreux électeurs se tournent vers les partis proposant de quitter l'Europe alors que ces derniers, n'ont ni plan ni expérience ni compétence pour gérer le pays . Ils se comportent comme si les hautes responsabilités ne requéraient pas de solides formations sans lesquelles la politique n'est qu'improvisation et aventure.

Se posent alors les questions suivantes : que cherchent les peuples à travers leur vote ? Qu'est-ce qui les fait opter pour un candidat ou un parti proposant "la sortie"? Les questions de sécurité , le besoin identitaire à travers le nationalisme, les attitudes religieuses sont souvent mis en avant. Certes en période de crise ces données jouent un rôle important. Comment ne pas réclamer plus de police après des attentats répétés et sanglants? Notons toutefois que les gouvernements quel que soit leur bord politique savent répondre efficacement à ses situations sans inverser pour autant le désir de quitter l' Europe et de repli sur soi qui s' exprime dans les urnes après chaque élection.

Et si, pour le dire plus simplement, ce malaise présent dans la plupart des démocraties européennes venait non pas d'une crise économique grave mais du confort atteint par la vie dans de très nombreux domaines. Plus étourdissant encore, la paix que nous connaissons maintenant en Europe depuis plus de 70 ans nous fatigue-t-elle? Là est bien le problème. Nous parlons des erreurs ou des insuffisances de l' Europe. Elles sont nombreuses. Pourquoi oublions-nous qu'elle nous a apporté la paix? Elle a évité des millions de morts en un demi siècle seulement. Les peuples se lassent-ils de la paix? se lassent-ils du confort, de l'espérance de vie qui n' a cessé d'augmenter? Des conditions de travail qui se sont améliorées? Du niveau de vie en général? Certes, beaucoup de gens en Europe sont encore en souffrance. Toutefois, ces questions méritent d' être posées. Peut-être parce que l'instinct s'accommode mal de l'harmonie et cherche le conflit comme si celui-ci était indispensable au sentiment d'existence. L'humain s' ennuie dans le jardin d'Eden. Transgresser les règles établies, s'opposer à ce qui est ou essayer autre chose, lui est indispensable pour entretenir sa nature. Peut être aussi parce que nous aimons bien, les médias aidant, ressasser ce qui va mal afin d'attirer sur nous un peu de compassion y compris lorsque tout va pour le mieux. Être insatisfait, crier, râler, c'est revendiquer un amour maternel dont on a bien du mal à se détacher y compris après le sevrage. C'est chercher une mère. Ce rôle est le plus souvent dévolu à l'Etat, après que l'Eglise et les croyances l'aient assumé pendant des siècles. Aujourd'hui, l' Europe à du mal à prendre le relais. Elle est perçue comme une mauvaise mère. Elle est en procès parce qu'elle invite à plus de progrès et plus d'ouverture en demandant d'abandonner certaines habitudes au profit de nouvelles normes. Celles-ci font peur parce qu'elles nous tirent hors de la matrice dans laquelle nous avions l'habitude de nous mouvoir. La tentation est de retourner vers la nation, celle d'avant, notre première nourrice Elle aurait , croit-on, un bien meilleur lait!

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29 juin 2016 3 29 /06 /juin /2016 14:46

Les anglais viennent de voter la sortie de l’Europe. Nombreux sont, semble-t-il, ceux qui regrettent un tel choix et si le référendum était à refaire les résultats en seraient inversés nous dit-on. Nous disons aux anglais, ne désespérez pas ! A cela il y a plusieurs raisons.

Tout d’abord constatons que les référendums à l’échelle Nationale ne sont que très rarement appliqués quel que soit le pays où ils ont lieu. Ils le sont plus facilement à l’échelon local. Comme nous l’avons déjà écrit, ce type de consultation est un instrument dont les hommes politiques se servent pour conquérir ou asseoir leur pouvoir et se débarrasser d’un problème lorsqu’ils se refusent à trancher ouvertement. Si le référendum ne va pas dans leur sens, ils s’arrangent pour en détourner le résultat tout en laissant croire au peuple que ses choix sont respectés. C’est ce qui va se passer pour le « brexit » et ceci d’autant plus qu’au Royaume Uni le référendum n’est que consultatif. Le premier ministre ou celui qui lui succédera (et qui sera du même parti) peut moyennant quelques tours de passe- passe et quelques aveux d’excuse s’en débarrasser. Pour l’instant, les anglais freinent des quatre fers pour retarder la sortie de l’union, demain ils négocieront comme si de rien n’était pour garder les avantages actuels et en obtenir d’autres.

Pour ce qui est des vingt-sept pays restants, on voit combien ils sont divisés. Le plus fort d’entre eux, osons le dire clairement, l’Allemagne, tient à garder les avantages qu’elle tire de la place occupée actuellement par la Grande Bretagne. Elle fera tout pour que rien ne change. Les vingt-six autres pays y compris la France, et quels que soient ceux qui les gouvernent, sont bien trop faibles pour prétendre imposer un véritable « Brexit ». Soulignons aussi qu’ils ne mesurent ni les avantages ni les inconvénients à voir sortir la grande Bretagne de l’UE et qu’ils ont bien peu d’idées sur ce que doit devenir l’Europe. Une telle incertitude ne peut que les rendre passifs et muets ! Le statut quo les rassure et plus particulièrement le rôle de « la city » en tant que place financière. Y toucher leur semble très aventureux puisqu’ils n’ont pas d’autres plans. Ils s’accommodent parfaitement de la situation actuelle.

Enfin, n’oublions pas le rôle de la grande Bretagne dans l’inconscient collectif français et peut-être aussi allemand. Elle est le pays qui a accueilli le Général De Gaulle et la résistance, le pays qui nous a libéré du nazisme et de ses horreurs. Elle n’a perdu aucune guerre y compris la guerre de cent ans. Par sa position insulaire elle représente dans l’imaginaire une position imprenable et le point de départ d’une liberté toujours possible qui peut s’étendre dans le monde entier et dans tous les pays. Sa reine de par la longévité de son règne va dans le sens de cet imaginaire. Elle est une sorte de mère protectrice toujours présente parce que sans pouvoir. Elle ne peut donc pas le perdre.

C’est ainsi que le Royaume Uni saura surmonter les obstacles qui vont se présenter à lui pour effacer le brexit, les deux plus grands étant :

  • l’acrimonie qu’il suscite de par ses revendications vis-à-vis de l’Europe pour des privilèges que d’autres pays n’ont pas. Les européens sont fatigués de céder aux anglais. Ils ont le sentiment que les anglais ne pensent qu’à tirer profit de l’Europe sans pour autant s’engager et faire corps avec elle. Leur revendication d’indépendance énerve. Ils sont souvent perçus comme hautains et méprisants.
  • En France la question des immigrés regroupés dans la région de Calais, est devenue insupportable. Il est significatif qu’au lendemain du brexit, les élus locaux demandent que la frontière ne soit plus déplacée sur le territoire français mais reste en Angleterre. La France à tort ou à raison ne veut plus servir de bouclier pour protéger l’Angleterre de tous ceux qui veulent la rejoindre. A contrario elle se sent reconnue et valorisée lorsqu’elle accueille des anglais. Elle est fière d’avoir été choisie par ceux qu’elle perçoit si importants et fiers d’eux-mêmes. A travers eux, c’est Nelson, le vainqueur de Trafalgar qu’elle accueille. Elle l’associe à Napoléon pour ne plus célébrer que des victoires !

Résumons-nous : Le brexit n’aura pas lieu. L’Europe n’y tient pas parce qu’elle ne sait pas où elle veut aller. Elle n’a ni la force ni la volonté de le faire appliquer. Le Royaume Uni n’en veut pas. Il cherche à travers le brexit des accords plus avantageux et il les obtiendra. Le brexit ne sera pas annulé. La chose serait trop visible et trop crispante. Disons simplement que les accords seront tels qu’il disparaitra tout en donnant l’illusion à ses partisans qu’il a bien eu lieu. Les anglais ont tiré les premiers. Rien en face. La guerre s’est aussitôt arrêtée. C’est peut-être bien ainsi !

Un référendum, c’est comme un coup de canon. Un grand bruit. Puis plus rien. Le bruit s’évanouît. Tout reste et continue comme avant.

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28 juin 2016 2 28 /06 /juin /2016 10:39

Le succès du référendum sur le brexit amène ses partisans à clamer haut et fort que la démocratie a été appliquée et que le peuple a parlé. C’est ainsi que tous les mouvements populistes d’Europe leur emboitent le pas réclamant pour chacun de leur pays respectif un référendum sur l’attachement à l’Europe et tous autres sujets devenus leur fond de commerce. S’ajoutent à ces mouvements souverainistes des leaders politiques soucieux de leur avenir. En proposant un référendum, ils cherchent à plaire au peuple et à démontrer qu’ils sont plus démocrates et républicains que leurs adversaires.

Dans ce contexte, il est regrettable que si peu de personnes et tout particulièrement parmi les politiques, les médias et les intellectuels, pose la seule question qui vaille par les temps qui courent: le référendum est-il vraiment un instrument adéquat pour que vive une démocratie ? Dit autrement, peut-on dire que le peuple a parlé après un référendum ? Plus précisément encore a-t-il dit ce qui est juste pour défendre la démocratie, avec ce qu’elle porte en elle de plus précieux à savoir la liberté et la justice ?

Notons tout d’abord que ceux qui réclament un référendum sont ceux qui par le biais de nos institutions n’arrivent pas à imposer leur manière de voir. Le référendum devient pour eux l’instrument leur permettant d’arriver à leur fin. Ils ne s’intéressent pas à l’opinion du peuple, ils veulent l’emporter. La création de l’aéroport de Nantes en est la parfaite illustration. Au départ, les opposants demandent un référendum pensant qu’ils vont le gagner. Le référendum après de très longues et nombreuses tergiversations a lieu. Craignant que le résultat du vote ne soit plus en leur faveur les opposants se disent prêt à ne pas respecter le verdict du peuple ce dernier n'étant pas, selon eux, averti des nuisances que créera cet aéroport. Ils contestent aussi le périmètre désignant les votants. Bref, ils ne veulent plus de référendum. Ils veulent que le projet soit annulé et qu’ainsi leur position triomphe.

Prenons l’exemple du premier ministre anglais. Pour emporter les élections il promet aux partisans du brexit un referendum sur l’attachement à l’Union Européenne. Ceux-ci persuadés qu’ils l’emporteront un jour, volent à son secours et l’élisent. En fait, Monsieur Cameron croit que les anglais diront non à une sortie de l’Europe. Il en profite pour arracher à Bruxelles de nouveaux privilèges qui ne suffiront pas, à la surprise générale, à faire triompher le « remain ». Il est pris à son propre piège. Il ne peut que démissionner. Quant à ceux qui ont voulu quitter l’union européenne, les voilà bien embarrassés car leur discours ne visait pas à apporter une autre politique mais à prendre le pouvoir. Les travaillistes avaient bien compris la supercherie et à quelques exceptions comme celui de la députée qui a perdu la vie, ils ne se sont pas battus au côté du premier ministre bien que convaincus qu’il ne soit pas bon pour le Royaume de quitter l’union. Encore une fois, le référendum servait les intérêts politiques de quelques-uns pas ceux du peuple. Les non-dits, les contre-vérités et les promesses impossibles ont fait triompher le « brexit ».

Imaginons maintenant que le président François Mitterrand ait fait un referendum pour ou contre la peine de mort ? Plus de 70% des français auraient voté contre son abolition. Est-ce là la voix de la sagesse et de la civilisation ? Le monde doit-il avancer en éliminant ce qu’ils pensent mauvais ou doit-il travailler à les changer ? Reconnaissons que les foules ont bien du mal à se poser de telles questions et lorsqu’elles se les posent, la peur, le sentiment d’insécurité les fait toujours répondre dans la même direction: éliminer l’autre pour éliminer les risques. De plus, la foule est versatile. Au début du quinquennat de François Hollande 65% des français étaient favorable au mariage pour tous, deux ans après, s’il y avait eu un référendum la possibilité de ce mariage n’aurait pas atteint les 40%. La preuve est faite que dans un référendum on ne vote pas en répondant à une question, on plébiscite ou rejette ceux qui nous gouvernent ou ceux qui proposent le vote.

Il apparait ainsi que le referendum est loin d’être un bon outil de la démocratie. Il permet que vivent et s’imposent dans le politique les peurs dominantes et les plus bas instincts. Il ne régule pas, il clive et divise. Il n’harmonise pas, ne cherche pas l’équilibre, il rejette dans un camp ou dans un autre. Il n’apporte aucune solution mais renvoie à des lendemains rendus difficiles par les solutions caricaturales prises par référendum.

Certains voient dans le référendum le modèle de la démocratie participative. Or, cette dernière a pour but d’élaborer des projets avec tous ceux qui du peuple se sentent concernés. Cette élaboration n’est pas à confondre avec la sanction que représente un référendum. Il appartient aux élus, selon les différents niveaux, de prendre en compte les résultats de l’élaboration et après une évaluation de ces derniers sur leur pertinence et leur faisabilité, d’entamer les procédures qui conduiront à l’application de celle-ci.

Dans l’union Européenne 4 pays dont l’Allemagne et la Belgique ne peuvent avoir recours à des référendums sinon pour redéfinir les frontières régionales. Dans 13 pays des citoyens ou des corps constitués peuvent au-delà d’un certain nombre demander un référendum. Enfin dans 10 pays dont la France et l’Angleterre l’état garde la main sur le référendum. Il a donc suffi que le premier ministre anglais le veuille pour que le référendum ait lieu. C’est ainsi qu’il a servi des intérêts personnels avant de servir les intérêts de la réalité du pays.

Le référendum s’inscrit dans une démocratie directe qui, nous semble-t-il, n’est possible qu’à un échelon local et pour des questions très précises dont les réponses sont accessibles à tous. Pour des questions générales, d’ordre social, économique ou politique il appartient à ceux qui savent et connaissent de décider. La démocratie représentative nous parait la meilleure formule. Pour décider il faut connaitre et comprendre. Des hommes et des femmes sont élus pour cela. Le référendum favorise l’ignorance, l’incompétence ainsi que l’influence qui peut être exercée sur le citoyen lorsque celui-ci n’est pas suffisamment armé pour comprendre ou pour résister. Le recours au référendum est une imprudence qui peut remettre en cause la démocratie dont il se réclame. Il est une facilité à la fois dangereuse et illusoire.

Pour ce qui est de la France et pour éviter ce qui vient de se passer en Angleterre, nous devrions nous interroger sur la nécessité de fixer dans la constitution les conditions d’un référendum afin qu’un chef D’état et ses soutiens ne gardent pas la main sur la possibilité d’un référendum et ne puissent y avoir recours. En France, le chef de l’état a, sous certaines conditions, la possibilité de dissoudre l’assemblée si le pays lui parait ingouvernable. Le peuple choisit alors de nouveaux représentants qui votent les lois et accompagnent le pouvoir exécutif. Ils encadrent ainsi le Président de la république qui par le biais d’un référendum flattant les ardeurs du peuple que d’autres auraient éveillées, s’émanciperait de tout contrôle. Il pourrait conduire le pays dans les pires catastrophes. C’est ce que craignent beaucoup d’anglais pour leur pays. Ils commencent à comprendre qu’ils ont été trompés et quelles que soient les insuffisances de l’Europe actuelle, et elles sont réelles, le « brexit » apparait comme n’étant pas une bonne solution pour personne. L’utilisation de référendum est une grave erreur de gouvernance.

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1 juin 2016 3 01 /06 /juin /2016 19:07

Après que la ministre de l'éducation Nationale ait annoncé la revalorisation du salaire des enseignants, un journal local faisait une enquête pour demander qui était d'accord pour une telle augmentation et qui était contre. A cet instant, sur plus de 10000 personnes ayant répondu à l' enquête 64 % sont contre et 36 % sont pour.

Dans la mesure où cette proposition vient du gouvernement assimilé à François Hollande que plus de 85% de français vomissent, il n'est pas étonnant que la réponse soit aussi négative. Nous avons plus à faire à un non au gouvernement qu'à un non aux enseignants. Par ailleurs, on sait que l'opposition s'oppose systématiquement sans discernement de ce qui serait bon pour la France et de ce qu'il serait préférable d'éviter ce qui discrédite cette même opposition au gouvernement autant sinon plus que le gouvernement ne l'est en ce moment.

Tout de même, il est très inquiétant de voir une majorité de français s'opposer à cette proposition dans la mesure où ils ont été informés que les enseignants français sont les moins bien payés d'Europe et d'Amérique. Ils savent aussi que l'enseignement a du mal à recruter des professeurs de part la difficulté qu'ils rencontrent sur le lieu de travail. Ce métier est de plus en plus déserté.

Alors pourquoi ce mépris à l' égard des enseignants? Pourquoi ce manque de reconnaissance de ceux qui enseignent et forment la génération de demain alors qu'il est démontré que la France souffre d'un déficit de formation dans la plupart de disciplines?

Il faut oser le dire: notre peuple se plait dans la médiocrité. C'est ce qui explique que de nombreux pays comme ceux d'Europe du Nord ou l'Allemagne vont de l' avant et son bien plus développés que nous ne le sommes. Ce ne sont pas les politiques choisies qui font que notre pays est à la traine, c'est le niveau d'un peuple qui ne cherche pas et ne réfléchis pas. Un peuple qui refuse d'analyser et de comprendre. Et pour tout dire un peuple qui se laisse enfermer dans des lourdeurs administratives de tous ordres parce qu'il ne sait pas être responsable et tenir la route sans être guidé , tenu et enfermé. Il n'y a pas des brebis que dans les Eglises comme le veut la vox populi. Notre peuple est moutonnier, peut être par héritage, sans doute par manque d'instruction, de connaissances et d'entrainement à la réflexion.

Bien sûr dans ce peuple il y a des hommes et des femmes responsables qui osent inventer la vie au lieu de la suivre et la subir. Mais ils sont bien trop peu nombreux pour entrainer la masse de ceux qui se plaisent dans l'ignorance, les croyances surannées et qui ne s'intéressent qu'à des futilités. Pire encore, qui ne s'intéressent qu'à eux mêmes creusant ainsi encore un peu plus le fossé de la médiocrité dans laquelle ils stagnent sans le savoir.

Nos professeurs ont du boulot, encourageons les, aidons les dans leur tâche et payons-les à leur juste mesure ce qui n' est pas le cas actuellement. .

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15 avril 2016 5 15 /04 /avril /2016 12:12

L’engagement social et citoyen est l’essence même du protestantisme. Celui-ci n’a rien à défendre autre que la préservation de la nature, l’organisation des sociétés et la place que les êtres et les choses y occupent. Gérer le monde qui lui a été confié, telle est la mission de chaque être se réclamant du protestantisme. Il n’est pas attaché à des dogmes ou des doctrines qu’il voudrait pérenniser. Il ne juge pas en leur nom. Il ne cherche pas à se transformer en une institution qui aurait du pouvoir et commanderait au monde. S’il se réfère à Dieu c’est pour élargir le champ de ses investigations et ne pas laisser l’humanité s’enfermer dans l’espace fini et connu. S’il regarde à Jésus- Christ c’est parce qu’il est le symbole de la pleine humanité en l’homme. Cette humanité est semble-t-il, enviée aujourd’hui par tous les peuples y compris avec violence contre les oppresseurs dont l’intérêt est de la confisquer. A travers les guerres de religion, le protestantisme réclamant sa place dans la société a connu cette violence dans notre pays. L’immigration en Allemagne, dans les pays du nord de l’Europe et aux États Unis a souvent été pour les protestants la seule réponse possible pour avoir le droit de vivre.

Cette vision des choses où la pensée et la raison passent avant le dogme, explique la surreprésentation des protestants au sein des ministères de la troisième république. Celle-ci s’est d’abord attachée à mettre en place l’école qui permettant à l’homme de sortir de l’illusion et de la superstition à travers l’instruction et l’acquisition des connaissances. Elle a donné à l’école obligatoire pour tous, les moyens de sa mission en instaurant la laïcité. C’est ainsi qu’elle a permis à toutes les classes sociales l’accès à la culture, aux formations diverses et variées et à une organisation sociale prenant en compte les besoins de l’homme en séparant le temps du travail de celui des loisirs. En sortant l’homme de l’ignorance elle l’a placé sur la route d’une liberté qu’il n’avait jamais eue. Cette route est aujourd’hui suivie par la cinquième république. Elle fait consensus malgré les différentes approches politiques et les maladresses des uns et des autres.

Au-delà de l’école, le protestantisme s’est attaché à donner une place à ceux pour qui il était difficile d’en avoir une. C’est ainsi que de nombreux orphelinats ont vu le jour, des institutions pour handicapés mentaux mais aussi des cliniques. Si de telles réactions sont le propre de la plupart des religions, le protestantisme a affirmé avec force que ces institutions n’étaient pas à son service. Il ne cherchait pas par ce biais de nouveaux adeptes. C’est ainsi, qu’après s’être assuré que l’école publique et laïque pourvoyait à l’instruction de tous sans distinction il a cédé à l’état tous ses établissements scolaires. Il en est de même aujourd’hui pour de nombreux établissements de santé ou à caractère social. Avec une légère pointe d’orgueil, on pourrait dire que le retrait dans certains domaines des institutions à initiative protestante est un signe positif de l’attention que la république porte à ses citoyens.

Le protestantisme veut tenir un rôle de veilleur dans la société. Non seulement pour alerter, encore moins pour critiquer ou faire le procès de ce qui ne va pas mais pour expérimenter les nouvelles nécessités à mettre en place. A travers l’expérience il ne cherche pas à prouver qu’il fait les bons choix ; il accompagne les mouvements et l’évolution de la société à travers lesquels il descelle les nouvelles avancées utiles au progrès social. Le protestantisme n’est pas révolutionnaire. Il est attentif et ouvert pour mettre en place la société de demain qu’il refuse de voir comme la répétition de celle d’aujourd’hui. A travers ses initiatives, il poursuit la vocation qui l’a fondé : sortir de l’ignorance, des dogmes, des idées reçues et des peurs paralysantes pour que chaque citoyen, dans tous les pays puisse jouir d’une liberté ainsi acquise. Il croit que le désir des peuples va toujours dans le sens de ce qui leur apporte le plus de bonheur. S’il croit que Dieu reste un domaine infini à explorer sans fin, il sait que le cœur et la pensée de l’homme indiquent le chemin vers ce Royaume dont parlait celui qui, à tort ou à raison- est appelé fils de Dieu. Le protestantisme issu de la Réforme ne remet pas à plus tard cette espérance. Il s’exerce à éveiller puis écouter et comprendre le désir de chaque être afin de permettre à cette vitalité de s’exprimer dès maintenant. Telle est sa définition de la foi : faire confiance en l’homme dans un contexte où la nature de Dieu ne peut pas être absente. Comme l’univers, il est une donnée universelle.

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17 mars 2016 4 17 /03 /mars /2016 11:59

Bien cher François,

L'actualité m'amène à reprendre contact avec toi par ce courrier. Il en va comme tu t'en doutes peut être de l'affaire Barbarin qui occupe l' espace médiatique. Deux sentiments m'animent devant une telle situation.

Tout d'abord un sentiment de compassion pour cet homme qui tous les jours voit une nouvelle accusation tomber sur sa tête. Peu importe la véracité de ces accusations. Je ne parle pas ici des victimes pour qui justice doit être faite afin qu'ils puissent se sentir solidaires de notre société. Leur terrible vécu les en exclut pour l'instant. Je parle de l'homme Barbarin qui, coupable ou pas, doit être perçu comme un homme et qui ne peut être remis à sa place dans la chaine de l'humanité que par la justice qui passe. Il est ici logé à la même enseigne que les victimes (mineures ou adultes) qu'il n'aurait pas voulu voir en ne prenant pas en compte les méfaits de leur prédateur.

Je trouve qu'il est naturel et presque sain que l'accusé se défende à sa manière. Ne pas se défendre c'est mourir. Nie-t-il délibérément la vérité ou est-il aveuglé au point de croire qu'il est innocent. C'est à la justice de se prononcer. C'est à ses avocats de le défendre. Faut-il pour autant que l'Eglise soit son avocat? Je la verrai plutôt partie civile ne s'exprimant que dans le cadre du tribunal. Elle est victime elle aussi. Or en s'exprimant publiquement comme le font les évêques pour défendre le cardinal et se défendre l' Eglise, celle-ci apparait comme celle qui a toujours raison et qui se sert en premier. C'est le reproche fait aux politiques. Plus généralement c'est le reproche fait à ceux qui ont le pouvoir et qui se justifie en toute chose. Mais est-ce bien le rôle de l' Eglise de détenir le pouvoir. La référence au Christ conduit semble t-il sur un autre chemin : celui de l'humilité et de la faiblesse. "Quand je suis faible c'est alors que je suis fort" dira l' apôtre Paul. Il poursuit: "les choses faibles confondent les fortes". C'est clair. L' efficacité n'est pas dans le pouvoir.

J'ajouterai ici pour reprendre les propos tenus, par des évêques et selon lesquels de même qu'il y a une" raison d' Etat", il y a "une raison d'Eglise", que ce type de raison relève du pouvoir. Or si le pouvoir doit s'incarner dans l'Etat, peut-on encore accepter qu'il s'incarne dans l' Eglise sans faire un pied de nez à la laïcité censée gérer la place du politique et du religieux? Je crains que l'on assiste ici à la résurgence du vieux démon de l' Eglise : commander à la société tout particulièrement sur le plan éthique.

Pour ce qui est de Barbarin, je ne te cacherai pas combien j'ai été non seulement déçu mais choqué par les propos du cardinal. Qu'un homme si haut placé dans la hiérarchie de l' Eglise puisse faire lors de la mise en place du "mariage pour tous", les déclarations où mariage gay, inceste , polygamie, famille sont mêlés, montre un amalgame dangereux et une pensée confuse sur ce sujet. Je ne doute ni de l'intelligence du cardinal ni de ses qualités intellectuelles. Je doute encore moins de sa bonne volonté. Il ne me semble pas au clair sur la nature des passions. Peut-on le lui reprocher pour autant? Bien sûr que non. Nous ne sommes que le produit de l' environnement qui nous est imposé de gré ou de force. Les vœux de chasteté respectés ou trahis mais néanmoins subis avec ou sans accord, me semblent être un facteur de déstabilisation de l' équilibre de la sexualité pour tout humain et quels que soient les motifs. Certes des hommes et des femmes peuvent opter pour une abstinence sexuelle et le vivre avec bonheur. Mais peut-on imposer cette attitude pour accéder à une fonction ? Plus encore peut-on l'imposer sans possibilité de retour. Toutes ces difficultés rencontrées par de nombreux prêtres à travers le monde montre que la réponse ne peut être que négative. Certes des hommes mariés peuvent être pédophiles et prédateurs. Ce type de pathologie existe parmi d'autres. Toutefois, ne nous cachons pas qu'il y a des situations qui favorisent des comportements inacceptables chez des êtres certainement fragiles mais qui ne seraient jamais passés à l' acte sans des circonstances déstabilisatrices. Ces circonstances peuvent apparaitre comme une bonne cause. C'est le cas pour le célibat des prêtres. Elles peuvent aussi produire ce qu'il y a de pire. Il est temps que l' Eglise y réfléchisse sérieusement, osant mettre de côté le dogme du religieux pour privilégier la condition humaine.

A l'amitié que j' ai pour toi et ta volonté réformatrice, j'ajoute mon incompréhension sur ce sujet . Serge

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13 février 2016 6 13 /02 /février /2016 18:58

Cher François,

Voilà bien longtemps que je ne t'ai pas écrit. Pour tout te dire, il y a des périodes où la religion m'agace. Je ne m'intéresse plus à l' Église ni à ceux qui la composent. Il ne cessent pas pour autant d'être mes frères mais comme je te l'ai déjà dit, au même tire que ceux qui ne se réclament d'aucune religion. Je voudrais aussi te rassurer, lorsque je parle d' Église, je parle aussi bien de la catholique que de la protestante. C'est comme en politique, j'ai l'impression que ces gens là ne parlent et n'agissent que dans leur intérêt ou celui de leur groupe. La réalité est souvent niée au détriment de l'évidence et du bon sens.

Attention, ne plus s'intéresser à l' Église ce n'est pas oublier tout ce qui fait sens dans la vie des humains. Ce n'est pas ignorer les questions de spiritualité. Je veux parler des questions sur l' existence sur Dieu, la place des humains et les relations entre eux. Je me passionne pour la philosophie et ceci d'autant plus que ne n'ai pas eu l'occasion de m'y intéresser au cours de mes études. J'ai rencontré des prêtres très férus de philosophie. Ils m'ont fait regretter la maigre place que la théologie protestante lui donne. Les protestants sont victimes de l' idée selon laquelle tout est dans la bible et que toute autre recherche est inutile. S'ils ont reproché avec justesse à ton Église le "hors de l' Église point de salut" , je leur reprocherai le sous entendu protestant " hors de la bible point de salut". Heureusement tous ne sont pas à mettre dans le même sac ni d'un côté ni de l' autre. Certains nous donnent de l' espoir! La psychologie et la psychanalyse me sont plus familières mais je découvre aussi l' intérêt de l' économie, de l' histoire et d'une manière plus générale de la sociologie. Réfléchir et connaitre nous amènent à élargir l'éventail de nos connaissances. Merci à Descartes et Spinoza d'avoir insisté là-dessus.

J'en viens à l'objet de ma lettre. Depuis quelque temps je m'intéresse à la guerre d' Espagne. Je découvre combien j'étais ignorant de ce qui s'est passé à nos portes entre 1935 et 1940 bien qu'ayant rencontré des hommes et des femmes qui avaient fui les troupes de Franco et leurs massacres. La plupart, pour ne pas dire tous, haïssait l' Église et les curés. Je mettais cette haine sur le compte d'un anticléricalisme viscéral comme on peut le rencontrer en France encore aujourd'hui. Les récits historiques nous apprennent qu'il n'en est rien. Certes le combat était politique. Les alliés d'Hitler et de Mussolini sous le commandement de Franco se battait contre les communistes soutenu par Staline et le régime de Moscou qui, par ailleurs, combattait avec la même férocité les anarchistes, utopistes et rêveurs pour préparer l'avenir, mais pertinents, réalistes et en vérité pour analyser le présent. Difficile de dire qui était le plus cruel des deux partis. La différence était le soutien sans faille de l' Église catholique qui bénissait et aidait les troupes du Caudillo. Comment ne pas avoir la chair de poule devant la lettre collective de l' épiscopat espagnol , parue en juillet 1937 et signée par tous les évêques et archevêques qui approuvaient la dictature de Franco qui s'attribuait les forces de Dieu pour lutter contre les forces du mal. Comment ne pas avoir la nausée devant la déclaration en avril 1939 du pape Pie XII qui exprime sa joie et toutes ses félicitations à l' Église catholique d' Espagne pour la victoire qu'elle a remporté de part son héroïsme. On le sait, Franco sera soutenu jusqu'à sa mort par l' Église catholique et les plus hautes autorités. Il finira avec les honneurs du Vatican.

Alors, je m'interroge : L' église ne devrait-elle pas demander pardon pour s'être trompée de la sorte. Elle a voulu répondre au mal par le mal. Elle a fait du communisme une religion qu'il fallait combattre par la force. Que de cadavres d'innocents a-t-elle bénit alors que cinquante ans plus tard, le communisme s'effondrait de lui même . Ce qui est mal bâti s'écroule un jour où l' autre. Le Vatican s'est trompé. Le moment ne serait-il pas venu de reconnaitre la faute et de préparer l'avenir en s'interrogeant sur le comment ne pas recommencer une pareille infamie? Aujourd'hui beaucoup de jeunes sont attirés par les religions et adhèrent en priorité à ce qu'elles ont de plus intégriste. Je crains qu'au travers de la religion ils ne cherchent pas la paix, la concorde entre les humains mais un pouvoir pour imposer leurs points de vue qui même , dans leurs parties les plus justes, ne peuvent être imposés par la force sans retomber dans les pires moments du franquisme, quel que soit le pays concerné, quelle que soit la chose défendue.

Les gouvernements démocratiques sont fragiles y compris dans les pays occidentaux. L’Église devrait veiller à ne pas les déstabiliser pour éviter de tomber dans les gouffres les plus profonds et les plus terribles de l' histoire. Et tant pis si ces gouvernements ne partagent pas l' éthique des religions en général et de l' Église en particulier. Elles n'ont pas le monopole de la vérité. Quoi de mieux que de reconnaitre les erreurs du passé pour ne pas recommencer. Quoi de mieux que d'associer à cette reconnaissance des erreurs l'ensemble des protagonistes. Quoi de mieux que de penser que la vérité ne peut être qu'une recherche commune associant tous les humains sans exception aucune. Bon courage, mon cher François.

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12 février 2016 5 12 /02 /février /2016 13:47

Il n'est pas rare qu'au cours d'une vie allant jusqu'à 80 ou 90 ans au moins, un être humain ait consulté un représentant de toutes les spécialités médicales. Notre corps est ainsi fait qu'il est sujet à des dysfonctionnements ou des atteintes organiques. L'allongement de la vie même s'il n'est pas dû qu'à la médecine, il est incontestable que celle-ci y contribue en grande partie. Commençons donc par être reconnaissant à la médecine et à ses spécialistes.

Les médecins ne sont pas pour autant exempts de toute critique. Il y a bien sûr les critiques dans le cadre des sciences de leur spécialités. Certains sont plus aguerris, peut être plus attentionnés que d'autres. Ici la critique ne peut que relever des professionnels de la spécialité en question. Notre critique portera sur leur attitude vis-à-vis des patients que nous sommes à un moment donné ou à un autre.

Commençons par les généralistes. D'une manière générale ils sont débordés étant donné le manque de médecins d'une part et la population vieillissante d'autre part. Contrairement aux spécialistes, ils sont tenus de recevoir tout le monde et ils diffèrent d'un jour ou deux maximum la consultation demandée. C'est ainsi que certains assurent plus de 50 consultations par jour. Est-ce bien raisonnable ? Dans ce contexte là pourrions nous encore leur reprocher de manquer d'écoute, de disponibilité ou parfois de pertinence dans le diagnostic? Bien sûr que non. Malgré cela, et selon notre expérience , ils sont ceux qui écoutent le plus leurs patients. Ils en sont aussi les plus proches, ceci expliquant cela. On les sent parfois fatigués et certains , si les patients s'y prêtent, éprouvent le besoin de parler, de se dire, bref de se raconter. Au moment de régler la visite, nous nous sommes parfois demandé qui avait été le patient et qui devait être payé!

Les spécialistes, c'est clair, sont ceux qui écoutent le moins leurs patients. Ils ne les laissent pas s'exprimer alors qu'il est difficile de dire sa douleur. Ils ne retiennent qu'une toute petite partie de ce qui leur est dit, partie qu'ils déforment par leur interprétation hasardeuse. S'ils perçoivent l'angoisse de leur patient, ils ne savent pas la gérer. Leurs encouragements sont maladroits quand ils ne se réduisent pas à de simples remontrances. Ils ne savent pas répondre à leur patient qui a le sentiment de ne pas avoir été entendu. Bref ils manquent d'empathie. Cette attitude est d'autant plus incompréhensible qu'ils gèrent le planning des consultations à leur guise ce qui explique qu'il faille parfois attendre plus de six mois quand ce n'est pas un an et plus pour avoir un rendez-vous. La plupart pratique le dépassement d'honoraires ce qui explique peut être qu'ils n'aient pas à surcharger leur emploi du temps pour bien gagner leur vie. Rien à voir avec les 23 euros des généralistes. Ceci dit, nous ne pouvons pas ignorer que par souci d'économie, les pouvoirs publics n'ont pas su gérer le besoin de médecins toutes spécialités confondues et qu'il en manque beaucoup sur notre territoire.

Nous voyons deux causes essentielles à ce manque d'écoute chez certains spécialistes :

D'abord le manque de formation. Écouter l'autre , cela s'apprend. Il y a certes des techniques utiles et indispensables . Il y a aussi un travail sur soi nécessaire. Ce travail est long et demande du temps et de la disponibilité pour prendre du recul par rapport à soi, à son vécu, à ses réactions, à ses convictions. Le temps manque souvent et plus particulièrement pour les médecins hospitaliers.

Enfin il y a l'esprit que véhicule la formation de toutes ces professions. Le médecin spécialiste se laisse parfois enfermer dans sa science. Il est très compétent. Toutefois, il ne doit pas oublier que l'efficacité de la science dépend de l'accueil que lui fait le patient qui doit se sentir en confiance. Or pour un tel accueil, le patient a besoin d'explications qui l'instruisent sur sa situation et le rassurent. Il a besoin de conseils pour s'adapter à sa nouvelle situation de malade et pour la dépasser. Dans ce domaine, l'interaction du malade et du médecin est capitale. C'est elle qui conduit vers la guérison qui est pour chacun de nous, ne l'oublions pas, accès à l'indépendance et à la liberté.

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Qui suis-je ?

     Titulaire d'une maitrise de théologie et d'un DESS de psychopathologie clinique, j'ai été amené à exercer plusieurs fonctions  et plus particulièrement la mise en place d'un centre socio- culturo- spirituel protestant puis la direction pendant 12 ans d'un centre de cure pour malades alcoliques. J'y ai découvert l'importance d'apprendre à écouter l'humain dans toutes les dimensions qui le constituent. Aujourd'hui, inscrit au rôle des pasteurs de l' Eglise Réformée de France, j'essaie de mettre des mots sur mes expériences et de conceptualiser mes découvertes.
serge soulie

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