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3 mars 2010 3 03 /03 /mars /2010 11:51

 

 

            Le débat sur le port de la burqa bat son plein. Dans les journaux, partisans et opposants d’une loi visant à l’interdire s’affrontent.  On voudrait que cette affaire soit spécifiquement liée à l’islam. Les arguments développés par les uns et par les autres sont pour la plupart circonstanciels. Ils  ne vont pas au fond du problème qui pose la question de « comment défendre la liberté de la femme en lui interdisant de se voiler » ? Nous sommes en plein paradoxe.

Cacher la femme est une question inhérente à d’autres  religions, à d’autres cultures, à d’autres civilisations.

 

             Les spécialistes du Coran sont le plus souvent d’accord pour dire que le port du voile, et encore moins de la burqa ou du niquab,  ne sont mentionnés comme une obligation. Pour eux, nous sommes  là en présence de traditions et de coutumes variant d’ailleurs d’un pays à l’autre.

 

            De nombreuses musulmanes ne souhaitent pas porter de voile, et plus particulièrement  la burqa. Il suffit d’écouter par exemple la présidente de l’association « ni putes ni soumises »  ainsi que  la  ministre : Fadela Amara.

 

 

            Enfin, quand bien même Mahomet aurait préconisé le voile, il n’aurait pas été le premier. Il suffit de regarder dans  la Bible une épitre (une lettre) de celui que la tradition chrétienne appelle Saint  Paul - principal auteur du nouveau testament hors des Evangiles-  envoyée aux premiers chrétiens de Corinthe 550 ans avant les premières révélations  du Prophète. Après avoir affirmé que Dieu est le chef du Christ, Christ  le chef de l’homme, et l’homme le chef de la femme (il ne nous dit pas de qui la femme est le chef !) propose que la femme se voile puisqu’il est honteux  pour elle d’avoir la tête rasée ou les cheveux coupés. Le voile est selon lui la marque de l’autorité dont elle dépend à savoir l’homme et il n’est pas convenable que la femme prie Dieu sans être voilée.

            On retrouve dans ce texte clairement affirmé que le voile est le signe pour la femme,  de son appartenance et de sa soumission à l’homme. Il écrira dans une autre lettre : « femmes, soyez soumises à vos maris ». Les signes d’appartenance et de soumission sont bien les griefs faits le plus souvent au port du voile.    

            Certes  Saint Paul  s’intéresse d’abord à la tenue de la femme dans les assemblées religieuses, rien n’est dit sur les lieux publics.  Mais il semble qu’à cette époque la femme était perçue comme devant être soumise et appartenant à son mari. Son statut était proche de celui des esclaves.  C’est ainsi que 5 siècles plus tard, la position  du prophète Mahomet paraît bien plus avancée pour ne pas dire révolutionnaire.  

 

 

            En conséquence, il faut être prudent lorsqu’on parle du voile.  Il  n’est  pas une injonction du Coran,  mais une pratique des époques qui nous précèdent.

Je me souviens d’ailleurs que ma grand-mère, dans les années 50, se couvrait la tête et mettait un voile transparent sur son visage toutes les fois où elle se rendait au temple, reprochant à ma mère (sa bru) de ne pas  en faire autant. La question  prioritaire est  de savoir  ce que la religion garde des traditions et des textes des livres dits « sacrés » comme la Bible ou le Coran. 

Peut-on s’autoriser d’autres interprétations  qui permettraient à chacun de pratiquer sa religion tout en abandonnant ces traditions. Il ne suffit pas d’interdire la burqa pour défendre les droits des femmes,  ce serait pour elles leur retirer des droits religieux. Il me paraît plus important de s’intéresser aux raisons pour lesquelles les femmes la portent. J’ai pu remarquer que des écrivains musulmans posaient la question des coutumes ancestrales dans leur religion ainsi que celle de l’interprétation des textes du Coran, comme s’est posée et se  pose encore  l’interprétation des textes de la Bible.  Je vois dans ces interrogations plus d’avenir que dans de simples interdits toujours près à être exploités par les plus radicaux !


La problématique soulevée par le voile n’est pas à chercher seulement dans l’islam mais dans les profondeurs de l’histoire.

 

            Que l’on me comprenne bien, je ne défends pas la burqa. Je dis seulement que ce qu’on lui reproche, à savoir la soumission et la dépendance, est aussi justifié dans la Bible. Il a fallu des siècles pour s’en émanciper ; et le combat n’est pas terminé, loin s’en faut. Il suffit de regarder aux dogmes du catholicisme et aux pratiques de certaines églises protestantes en particulier aux USA.  Voile, burqa, niquab, ne peuvent être  attribués seulement à la pratique religieuse. Il ne suffit pas de les interdire mais de s’interroger sur ce qui permettra à toutes celles qui  souhaitent pratiquer leur religion, d’évoluer vers des formes de vie  qui n’enferment pas la femme dans la dépendance et la soumission à l’égard de l’homme. Les femmes ont droit à la liberté, condition première de l’amour. Les religions peuvent en être convaincues puisqu’elles se veulent en  être les messagères.

 

            Si une loi interdit le port de la burqa, ce n’est pas seulement parce qu’elle représente  la dépendance et la soumission de la femme,  c’est aussi parce que dans l’organisation de notre société  laïque, il y a des pratiques publiques impossibles  y compris lorsqu’elles sont fondées religieusement. Le religieux reste sous le contrôle de l’Etat pour ce qui est de sa manifestation publique.   Ceci dit nous nous devons de mieux y  réfléchir afin de respecter la même laïcité pour tous. On ne peut pas d’un côté interdire l’appel à la prière du haut d’un minaret et sonner les cloches pour aller à la messe ou au culte.  On ne peut pas avoir comme jours fériés des fêtes chrétiennes et aucun jour pour les autres religions.  On doit cesser de poser des crucifix et des vierges  aux coins  des rues et sur les collines si on  impose aux autres  la plus grande discrétion sur les signes religieux. Une civilisation prometteuse ne se fait pas en excluant  les pratiques des autres mais en harmonisant les apports de chacun. Un juste équilibre est à trouver.  C’est le rôle de l’Etat.  

 

                                                                       Serge SOULIE

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2 mars 2010 2 02 /03 /mars /2010 12:54

 

 

             Lorsque nous lisons un article nous aimons  en connaître l’auteur. Si son nom ne nous dit rien, nous pouvons imaginer le personnage, sa physionomie, son âge. C’est ainsi que nous sommes parfois très étonnés de voir la tête de tel intervenant que nous n’avions qu’entendu sur une radio et qui apparaît sur les écrans de télévision. « Je ne l’imaginais pas ainsi  » disons-nous un peu surpris pour signifier notre bonheur ou notre déception.

            Faute de l’avoir rencontré ou vu en image nous cherchons des renseignements sur ses origines, sa religion, sa parenté et tout ce qui peut le concerner. Cela nous rassure, nous rend le texte plus proche, plus vrai et plus vivant. 

 

            Connaître , d’une manière ou d’une autre , l’auteur d’un article a aussi des inconvénients. Tout d’abord, il y a le risque d’accorder plus de crédit à ce que nous pensons de lui qu’à ce qu’il veut nous dire à travers son écrit. Nous ne jugeons pas des idées exprimées mais nos propres croyances sur le sujet et sur l’auteur. L’anonymat à ceci de positif qu’il nous place devant le texte et l’interprétation ne dépend plus que du texte lui-même et du lecteur.

Ensuite nous prenons le risque de figer l’auteur dans une identité donnée sans nous apercevoir de son changement et de l’évolution de sa pensée. Hors, l’expérience nous apprend que suivre le cheminement d’une pensée est tout aussi riche que la pensée elle-même. Enfin, l’actualité nous montre que l’identité fait débat. Là où jadis elle était une réponse : chaque humain appartenait à telle religion, à telle famille, à telle catégorie sociale et exerçait tel métier, elle est devenue aujourd’hui une question. Les rôles ne sont plus définis, chacun peut choisir selon son gré ; il est possible d’en changer : on change de religion, de métier, de famille (divorce), de genre (homo et hétérosexualité). Rien n’est figé et définitif. « Je est un autre » disait le poète, expression reprise souvent par la psychanalyse pour signaler l’opacité du moi.

 

            Je me suis trouvé confronté à la question de l’identité, lorsque, mettant ce blog en place je devais répondre à la question « qui suis-je ? ». J’aurais aimé ne rien dire. D’abord pour vous, cher lecteur, afin que vous ne soyez pas perturbé par l’idée selon laquelle je serais ceci ou cela. Ce que je souhaite partager avec vous en serait parasité. Enfin pour moi-même, tant il m’est difficile de me laisser enfermer dans des mots et tant je voudrais protéger non pas « ce que je suis » mais « ce que je deviens ».

 

             Au travers de mes écrits, au travers de mes affirmations et de mes contradictions vous me découvrirez peut-être : je suis ce que je me raconte. Mais là n’est pas l’essentiel. L’important est que chacun puisse se dire par ses écrits et ses lectures. Je reste convaincu d’une chose, pour définir notre identité, on n’est jamais mieux servi que par les autres.

 

                                  Serge SOULIE.

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1 mars 2010 1 01 /03 /mars /2010 21:27
 La situation actuelle.

           En France 5 millions de personnes, dont 1/3 de femmes 2/3 d’hommes, sont répertoriées comme malades alcooliques. Tous services confondus, 35 % de personnes hospitalisées, ont des difficultés avec l’alcool. Celui-ci cause 45000 morts par an. (Chiffre à comparer avec les morts du sida ou de la drogue qui n’atteint pas un millier)

           Mais l’alcoolisme c’est aussi près de 29,3% d’hommes et 11,7 % de femmes de la population adulte qui abuse de l’alcool.
Cet abus se manifeste :

   - de manière chronique (plus de 3 verres/ jour / homme ou 2 verres/ jour/ femme.

   - de manière occasionnelle mais répétée

   - de manière cyclique

          Ces personnes ne sont pas classées comme alcooliques mais ce mésusage de l’alcool a des conséquences dramatiques, non quantifiées et non perçues par les intéressés comme par l’entourage et la société en général.

       Colère et emportements non justifiés avec perte de contrôle de soi.

       Grande fatigue attribuée au travail ;

       Difficultés conjugales (trouble de la sexualité, adultères, divorces)

       Peu d’intérêt pour les enfants.

       Altération des facultés de la compréhension et de la réflexion.

           Les causes de cet alcoolisme se situent au niveau du vécu de chacun :
terrain favorable dû à la génétique, héritage social et familial, besoin d’être aimé et compris, besoin de fuir ou d’aménager la réalité pour la rendre supportable. La société à travers ses us et coutumes met à disposition le produit et incite chaque citoyen à prendre de l’alcool.


 La lutte contre la dépendance et les excès d’alcool.

           La lutte contre l’alcoolisme est née dans les pays anglo-saxons dès 1820 sous forme de « sociétés de tempérance » qui invitaient tout un chacun à s’abstenir de boissons alcoolisées. Il faudra attendre 1883 pour qu’une de ces sociétés arrive en France : la Croix Bleue, d’inspiration protestante. La croix d’or et Vie libre d’inspiration catholique puis les alcooliques anonymes avec une démarche spirituelle précise et généraliste ont vu le jour dans la première moitié du XXème siècle.
          Il faudra attendre les années 1950 pour que la médecine s’intéresse vraiment à l’alcoolisme, en donne une définition précise et le classe parmi les maladies pouvant atteindre tout humain ; mette enfin en place de véritables stratégies de soin :

- Cure de dégout (abandonnée actuellement)

 - Piqûre chauffante, quasi abandonnée

  -Traitement par psychotropes (anxiolytiques, antidépresseurs, hypnotiques) et vitamines

  -Groupes thérapeutiques (groupe de paroles, accompagnement ambulatoire…)

 L’approche médicale a été un très grand progrès mais elle a aussi ses limites .

           Elle cible les personnes dépendantes mais laisse ceux qui abusent du produit sans que la dépendance soit installée.

           Le malade s’installe dans son statut de malade et attend la guérison comme venant extérieurement à lui-même.

         L’administration de médicaments psychotropes affaiblit la capacité mentale et intellectuelle  de  la personne.

           Il n’est pas du rôle de l’approche médicale d’intervenir sur la recherche de la raison et du sens de la vie, domaine sur lequel butte la personne qui s’alcoolise.


          Pour ce qui est des excès de l’alcool et de la place que ce dernier occupe dans notre environnement social, il y a peu de choses mises en place ; il y a trois ans la cour des comptes soulignait l’opposition qu’il y a entre les impératifs de santé publique et le poids économique du secteur de la production et de la commercialisation de l’alcool.
 Quant à la lutte pour la sécurité routière si on ne peut que se réjouir des résultats obtenus, on peut déplorer que ses slogans soient presque un encouragement à s’alcooliser pourvu que l’on ne conduise pas.


 Quelques suggestions pour en sortir :

Déclarer l’alcoolisme cause nationale au même titre que le cancer.

Faire comprendre à la population que l’alcool est un produit dangereux, qui ne peut être consommé qu’exceptionnellement ou pas du tout !
Il ne peut être banalisé comme c’est le cas actuellement.

Travailler pour qu’il y ait un changement de statut de l’alcool dans la société.
Consommer de l’alcool même modérément, n’est pas une norme. Il reste une drogue au même titre que le tabac.
La possibilité de vivre sans ce produit doit être pleinement reconnue.

 Il faut démystifier la place de l’alcool dans notre société. Exemple : ne plus l’associer aux  victoires, à la fête, à l’apéritif.
Savoir accueillir sans offrir de l’alcool.
Raréfier les points de ventes.

Cesser de faire de ce produit une base culturelle. Il fait partie des us et des coutumes. La culture, à l’inverse, recherche l’inédit. Elle nous élève au dessus de nos habitudes. Elle nous amène à choisir nos amis, nos comportements, nos pensées, les choses.

 Repenser la consommation d’alcool et la liberté publique comme cela a été fait pour le tabac. Il y a trop de tables, trop d’endroits, trop de fêtes, trop de traditions où la liberté publique n’est pas possible car non organisée par la loi.

Conclusions

             Lorsqu’une personne dépendante de l’alcool cesse de boire elle est montrée du doigt. Elle s’entend dire « vous êtes malade ». Elle se sent rejetée, mise à l’écart, pas comme les autres, pas dans la norme. C’est pourquoi il est très difficile d’arrêter de boire sans livrer un combat, sans entrer dans une opposition qui n’est pas à la portée de tous. Seule une révision de la place de l’alcool dans notre société peut aider à la guérison de la dépendance et au recul des méfaits de l’alcoolisme en général.
            Aujourd’hui celui qui vit sans alcool parce qu’il a choisi, qu’il soit un ancien malade alcoolique ou pas, ressemble à ce mât sur lequel s’est fait enchaîner Ulysse pour ne pas succomber au chant des sirènes en se précipitant dans l’océan. Beaucoup viennent à lui pour ne pas succomber à ce produit dangereux, pour garder la distance.

                                                                          Serge SOULIE
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28 février 2010 7 28 /02 /février /2010 09:27


       Il est toujours là le vieux garagiste, affairé dans son garage. Légèrement voûté, pour avoir trop mis le nez sous le capot  des voitures. Quelques cheveux raides et grisonnants, bien peignés,  lui cachent la nuque.  Il va et vient d'un moteur à l'autre. Il fait toujours trois choses à la fois. Regardez le : il met de l'huile dans la culasse du cabriolet de Madame la marquise, tout en exposant le diagnostic catastrophique de la panne du gros  4X4 de Monsieur le  Directeur ce qui ne l'empêche pas d'actionner avec son pied droit le cric qui soulève la voiture de la vieille dame. Il va changer la roue.
     
       L'autre jour, de l'autre côté de la ville, j'ai dû ranger ma citadine sur un trottoir, l'embrayage avait lâché. J'ai couru sans réfléchir chez mon garagiste . Il bricolait  deux choses à la fois , comme à son habitude. Après avoir entendu ma mésaventure, avec la  main non occupée il m'a tendu un trousseau de clés, m'a désigné une barre de tractage et la dépanneuse. Me voilà parti pour remorquer ma voiture jusque dans son garage.

       Sur son agenda, il est marqué " fermeture samedi prochain " pour cause d'anniversaire. Sa famille l'a obligé à marquer pareille sottise grommelle-t-il.  Le garage sera fermé.  Voilà quatre vingt ans qu'il n'avait jamais pensé à sa date de naissance.Ceux qui l'aiment ont pensé pour lui. Bon anniversaire Monsieur le garagiste ! moi aussi, je vous aime bien!

       Le matin pour acheter le journal,  le portail franchi, je peux tourner à gauche ou à droite.  Je pars toujours du même côté. Du côté du garage bien sûr. Pour voir mon garagiste. Tout travaille chez lui : la tête, les jambes, son corps. Je le salue, il me salue. Je le regarde. Je suis heureux, il me rend paresseux !

        Dans quelques mois il se retrouvera peut-être seul dans son garage. Son fils va prendre la retraite. Il va fêter ses soixante ans.  Il travaille au garage depuis plus de quarante ans. " Il l'a bien méritée sa retraite " dit le père, " Ici le travail est très dur, je ne trouve pas de remplaçant, les jeunes ne veulent plus travailler ".

         Mais non , Monsieur le garagiste. Le problème est que, de nos jours, les voitures ne tombent plus en panne.

                                                                                                        Serge SOULIE

       
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26 février 2010 5 26 /02 /février /2010 21:38
 

Trois chercheurs travaillant dans des labos d’université, de polytechnique, normale sup ou science po, médaillés du CNRS, ont envoyé une lettre à leur supérieur pour refuser plusieurs dizaines de milliers d’Euros de « prime d’excellence scientifique ». Pour le plus haut gradé d’entre eux cela représente 15000 euros annuels sur quatre ans renouvelables. Ils demandent que ces fonds soient alloués au recrutement et à la valorisation salariale dans leur secteur ou versés à la Fondation de France. Leurs motifs sont sans ambigüité : ils refusent la politique de différenciation salariale conduisant à un système de compétition systématique où « les capitaines » pourront négocier  leur salaire avec à leur service des contractuels traitables et corvéables à merci.

 

Cette attitude pourrait passer pour un coup de gueule ou, au mieux,  un acte militant parmi d’autres si elle ne remettait pas en cause les plus bas instincts de l’homme qui consistent à gagner toujours plus,  avoir toujours plus de pouvoir pour dominer les autres, ne pas se soucier des autres sinon pour leur laisser quelques miettes. La volonté d’introduire le mérite dans tous les services publics ou des slogans faciles du style « travailler plus pour gagner plus » flattent ces instincts. Le succès électoral le confirme.

 

Les propositions de nos chercheurs nous rappellent  d’une part que tout résultat est le fruit d’un travail collectif dans lequel chacun a sa place .Il n’y a pas de positions serviles.   D’autre part, chacun doit être correctement rémunéré pour son travail  sans que cette rémunération soit sans cesse indexée sur la qualité du résultat, sur la quantité  ou encore  sur le temps passé à la tâche. Il faut savoir tenir compte de la réussite ou des aptitudes de chacun sans leur donner une valeur marchande.  Nous sommes là devant une attitude de bon sens. Tout le monde ne peut pas avoir accès au plus haut grade mais tout le monde doit pouvoir gagner sa vie.  Tout le monde n’a pas les mêmes possibilités mais tout le monde doit trouver sa place dans la société.

 

Leurs propositions sont d’autant plus remarquables que notre société s’est développée sur cette idée selon laquelle tout ne pouvait s’acquérir que par le mérite y compris, ce qui à une époque donnée était le plus important, le  ciel. Notons d’ailleurs ici cette curieuse et ridicule position de l’Eglise qui depuis le moyen âge a tant développé la théologie des mérites jusqu’à en imprégner la totalité des domaines de la société française alors même que Celui qu’elle considère comme son chef -Jésus, le Christ- s’insurgeait contre tous ses contemporains qui voyaient dans ce qui leur arrivait une juste rétribution. En parlant de grâce, il prenait à contre pied toutes les religions et le modus vivendi de l’époque.   Cette idée de mérite ressurgit encore aujourd’hui avec tous ceux qui contestent la solidarité et la répartition dans nos organismes sociaux pour mettre à la place des systèmes de capitalisation qu’ils qualifient de plus équitables et de plus justes.

 

Le 25 février  Serge SOULIE

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25 février 2010 4 25 /02 /février /2010 13:52
Cantona

    En 2009, en marge du festival de Cannes, le jury œcuménique a attribué son prix au film de Ken Loach : looking for Eric. Ce jury  est composé de professionnels du cinéma et chrétiens engagés  désignés années après années par deux associations : Signis pour les catholiques et Interfilm pour les protestants. Le prix est décerné à un film de la compétition officielle pour ses qualités artistiques, ses valeurs humaines et spirituelles. Le prix a été accordé à             « looking for Eric » parce qu"’il exalte des valeurs mises à mal de nos jours telles que l’amitié, la solidarité, le sens de la famille, le dialogue avec soi-même et avec les autres."
    Ce film correspond bien, semble-t-il, aux critères que s’est donné le jury. On ne peut pas s’étonner que des chrétiens mettent en avant ces valeurs morales concernant la famille et l’être humain. Dans ce milieu on reste encore très souvent persuadé que la religion fonde la morale. La tentation est de voir en celle-ci les dernières traces de la société judéo chrétienne ce qui vaut bien un prix ! Heureusement le film laisse  la possibilité de penser que cette même morale apparaît comme une exigence dès que des humains se tournent vers leur conscience et vers le prochain.

Looking for Eric et la réflexion théologique.
    
    Plus encore que la morale, la pertinence du questionnement  sur Dieu et sur Jésus semble être une des caractéristiques du film. «  Ce n’est pas ce qu’à voulu dire l’auteur »  diront les puristes. Peut-être. Mais n’est ce pas la grandeur d’une œuvre que d’en suggérer plus que le message initial voulu par son auteur ? Notons par ailleurs  que les références spirituelles sont bien présentes dans le film : Cantona y est acclamé comme Jésus !

    Ce film est une incitation à ne pas baisser les bras et à chercher en soi les forces qui amènent à changer les situations les plus compliquées à partir de choix successifs où des risques sont pris.
    Ces forces sont puisées  ici dans l’image spéculaire, une sorte de double de soi parfait mais qui n’existe pas dans la réalité.  Cette perfection autoriserait à appeler ce double  Dieu qui est représenté ici par Cantona et qui dans le champ de la religion chrétienne n’est autre que Jésus. Jésus représente Dieu, il est l’image de Dieu comme l’homme à son tour est appelé à devenir image de Dieu. Dieu ne peut être représenté ni par des objets ni par des mots, il ne peut l’être que par Jésus et par tout humain qui s’y prête. Je note qu’à la fin Cantona est appelé Jésus. Il est donc intéressant de regarder au rôle joué par Cantona.  Ici l’idole est devenue active et agissante  parce qu' intégrée. Elle n’a plus besoin d’être placée hors de soi pour être adorée ce qui rendrait son adorateur entièrement servile Elle est, non un modèle mais un interrogateur et un conseiller qui procède par énigmes et paraboles, ce qui fera avancer Eric jusqu’au dénouement de la situation la plus compliquée. Ce dénouement le fera apparaître comme celui qui a su élever les deux garçons dont il a hérité malgré lui alors que l’on aurait pu penser qu’il avait raté leur éducation.

    Le parallèle entre Jésus et Cantona a pu marcher uniquement  parce que Dieu était posé au départ comme double parfait d’Eric. Ce double parfait  fera que Cantona ne sera pas seulement une idole aliénante et extérieure mais la représentation et la mise en route d’une énergie fondamentale nécessaire au changement.

    Cantona joue le rôle de Jiminy Cricket qui vient parler à l’oreille de Pinocchio lorsque celui-ci fait des bêtises parce qu’il n’écoute pas sa conscience. Mais alors que Jiminy ne fait que poser des interdits, Cantona incite Eric à réfléchir et à choisir. Il le  laisse inventer des solutions et mettre en œuvre  les meilleures tout en l’invitant à d’autres choix si celles-ci échouent. Ces inventions de solutions et ces possibilités de choix passent bien sûr par le pardon, le renoncement et par la certitude qu’il n’est pas possible de prendre au mot ce que chacun dit ou ce que l’on croit. Aucune situation n’est figée, aucune parole ne s’épuise dans le sens qu’on lui donne à priori, pas plus du côté de celui qui énonce que de celui qui écoute.

                        Introduction à une réflexion sur le cinéma à partir du film :
                              « Looking for Eric »  pour le groupe Chrétien Citoyen.

                                                        Serge SOULIE


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25 février 2010 4 25 /02 /février /2010 13:50

      Je passe devant la vitrine d’un magasin. A travers la vitre, au fond de la boutique j’entrevois un homme. Debout, les jambes légèrement écartées, son corps souple et gracieux dans un blouson décontracté jeté sur une chemise claire  se confondant avec la pénombre de la pièce semble être une métaphore de la liberté. Son visage amaigri et blafard éclairé par une lumière  blanche suscite la curiosité.  Il semble attendre, son regard posé aussi loin que possible sur tous ceux qui passent dans la rue. Je décide d’entrer, me dirige vers lui. Surprise. C’est François Mitterrand ! Il n’avait jamais été un proche, je ne lui avais jamais serré la main ni souhaité le rencontrer. Cette fois,  il est bien là, devant moi. Je veux m’excuser, rebrousser chemin. Impossible. Son indifférence est sidérante. Bien que son regard reste fixé sur les passants  de la rue, par delà les grandes vitres de l’entrée,  il semble prêt à m’écouter. Je lui parle et l’informe qu’il est regretté  y compris par ceux qui ne l’ont jamais soutenu. Je lui révèle que ses décisions d’abord contestées, sont désormais acceptées de tous parce que reconnues utiles et indispensables. Toutes ces paroles sortent de ma bouche sans que je puisse les contrôler.  Je dis mais ne pense pas. Il s’avançe vers la sortie. Je le suis tout en continuant à lui parler. Il est libre. Si libre que mes paroles ne  l’atteignent pas. Il est lui-même la parole et ce qu’il entend vient se fondre en lui. Il ne déçoit plus.
 Dehors sa fille vient le rejoindre. Je la reconnais. Elle est la fille du notable de la ville que j’habitais il y a quelques années. Je la connais bien. Le jour des obsèques de son père elle avait lu un texte de Jaurès sur la liberté.  Jaurès était leur maître à penser, à Lui comme au notable. Ils se connaissaient bien.
 Mon rêve avait fait de la fille de l’un, celle de l’autre.  Je veux  encore  rassurer le président sur tout ce qu’il fait de bien. Plus rien ne semble le toucher : il n’est plus président.  Sa fille l’entraine  sans que je m’en aperçoive. Je  me retrouve seul, dans la rue, parmi les passants.


      Je me réveillai. Le rêve me parut stupide. Je n’étais pas plus attaché à ce président qu’à ceux qui l’ont précédé ou suivi. Certes il avait su braver l’interdit des radios libres que craignait le pouvoir de l’époque, plus encore il avait eu la volonté d’imposer la suppression de la peine de mort contre 7O% de la population, prenant le risque de ne pas être réélu pour un second mandat. Mais pourquoi cette vision d'un homme glorifié ? J'étais trahi par mon esprit. Les politiques, je les respecte dans leur fonction, je ne les admire pas. Leurs discours sont en priorité au service de leur réélection et au bénéfice de leurs clans. Ils sont dans l’impossibilité de chercher le bien de tous. Ils se disent dévoués à la cause publique pour mieux assouvir leur soif de pouvoir. Ils se présentent  au service des autres alors qu’ils sont bien mieux payés que la plupart de leurs concitoyens. Il suffit de les écouter trois fois à la lumière des circonstances du moment pour comprendre qu’ils ne sont pas crédibles.

      Fallait-il alors qu’un homme politique soit mort pour que je le reconnaisse ? Peut-être.
Le fantôme de Mitterrand avait ici perdu ses couleurs y compris celles de son parti.  Il n’était plus préoccupé par les prochaines élections. Il n’avait plus besoin de parler pour séduire ou convaincre. Plus besoin de mentir et d’agresser verbalement ses adversaires. Il n’était plus nécessaire qu’il soit rigidement habillé. Pour paraître. Un blouson pour être complet. C’est tout. Les médias n’étaient pas là. Pas de télé. Pas de radio. Pas de presse. Du temps. Rien que du temps.

    Les politiques devraient apprendre à mourir de leur vivant : ils goûteraient à la liberté sans la confisquer aux autres. Ils en deviendraient le symbole. Mais que de chemin à parcourir ! A moins qu’ils ne se décident à  ne faire  qu’un seul mandat par type d’élection. A peine élus, ils éviteraient ainsi de  préparer le mandat suivant .Ils se consacreraient à leur tâche en toute objectivité sans avoir recours à des paroles démagogiques. A moins qu’ils ne renoncent aux avantages considérables (emprunts, retraites, défiscalisation, indemnités en cas de non réélection…)  et qu’ils limitent leur salaire à deux, trois quatre ou cinq fois le SMIG selon leur responsabilité.   A moins qu’ils ne cessent de discréditer leurs adversaires politiques pour  les respecter comme sont respectés les  concurrents dans d’autres domaines tout aussi compétitifs. A moins qu’ils considèrent l’alternance politique comme une bonne santé de la démocratie au lieu de dresser des obstacles de toute sorte pour qu’elle n’ait pas lieu.

    Ce rêve, je ne l’ai pas inventé. J’en avais presque honte parce que le spectre d’un homme politique venait occuper une place inhabituelle. Mais l’inconscient est très large. Ecouter ce qui en émerge peut nous conduire sur des voies nouvelles et inédites. J’ai osé l’écouter et vous le répéter.

                                                                                                 Serge SOULIE.  
 

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Qui suis-je ?

     Titulaire d'une maitrise de théologie et d'un DESS de psychopathologie clinique, j'ai été amené à exercer plusieurs fonctions  et plus particulièrement la mise en place d'un centre socio- culturo- spirituel protestant puis la direction pendant 12 ans d'un centre de cure pour malades alcoliques. J'y ai découvert l'importance d'apprendre à écouter l'humain dans toutes les dimensions qui le constituent. Aujourd'hui, inscrit au rôle des pasteurs de l' Eglise Réformée de France, j'essaie de mettre des mots sur mes expériences et de conceptualiser mes découvertes.
serge soulie

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