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28 février 2010 7 28 /02 /février /2010 09:27


       Il est toujours là le vieux garagiste, affairé dans son garage. Légèrement voûté, pour avoir trop mis le nez sous le capot  des voitures. Quelques cheveux raides et grisonnants, bien peignés,  lui cachent la nuque.  Il va et vient d'un moteur à l'autre. Il fait toujours trois choses à la fois. Regardez le : il met de l'huile dans la culasse du cabriolet de Madame la marquise, tout en exposant le diagnostic catastrophique de la panne du gros  4X4 de Monsieur le  Directeur ce qui ne l'empêche pas d'actionner avec son pied droit le cric qui soulève la voiture de la vieille dame. Il va changer la roue.
     
       L'autre jour, de l'autre côté de la ville, j'ai dû ranger ma citadine sur un trottoir, l'embrayage avait lâché. J'ai couru sans réfléchir chez mon garagiste . Il bricolait  deux choses à la fois , comme à son habitude. Après avoir entendu ma mésaventure, avec la  main non occupée il m'a tendu un trousseau de clés, m'a désigné une barre de tractage et la dépanneuse. Me voilà parti pour remorquer ma voiture jusque dans son garage.

       Sur son agenda, il est marqué " fermeture samedi prochain " pour cause d'anniversaire. Sa famille l'a obligé à marquer pareille sottise grommelle-t-il.  Le garage sera fermé.  Voilà quatre vingt ans qu'il n'avait jamais pensé à sa date de naissance.Ceux qui l'aiment ont pensé pour lui. Bon anniversaire Monsieur le garagiste ! moi aussi, je vous aime bien!

       Le matin pour acheter le journal,  le portail franchi, je peux tourner à gauche ou à droite.  Je pars toujours du même côté. Du côté du garage bien sûr. Pour voir mon garagiste. Tout travaille chez lui : la tête, les jambes, son corps. Je le salue, il me salue. Je le regarde. Je suis heureux, il me rend paresseux !

        Dans quelques mois il se retrouvera peut-être seul dans son garage. Son fils va prendre la retraite. Il va fêter ses soixante ans.  Il travaille au garage depuis plus de quarante ans. " Il l'a bien méritée sa retraite " dit le père, " Ici le travail est très dur, je ne trouve pas de remplaçant, les jeunes ne veulent plus travailler ".

         Mais non , Monsieur le garagiste. Le problème est que, de nos jours, les voitures ne tombent plus en panne.

                                                                                                        Serge SOULIE

       
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26 février 2010 5 26 /02 /février /2010 21:38
 

Trois chercheurs travaillant dans des labos d’université, de polytechnique, normale sup ou science po, médaillés du CNRS, ont envoyé une lettre à leur supérieur pour refuser plusieurs dizaines de milliers d’Euros de « prime d’excellence scientifique ». Pour le plus haut gradé d’entre eux cela représente 15000 euros annuels sur quatre ans renouvelables. Ils demandent que ces fonds soient alloués au recrutement et à la valorisation salariale dans leur secteur ou versés à la Fondation de France. Leurs motifs sont sans ambigüité : ils refusent la politique de différenciation salariale conduisant à un système de compétition systématique où « les capitaines » pourront négocier  leur salaire avec à leur service des contractuels traitables et corvéables à merci.

 

Cette attitude pourrait passer pour un coup de gueule ou, au mieux,  un acte militant parmi d’autres si elle ne remettait pas en cause les plus bas instincts de l’homme qui consistent à gagner toujours plus,  avoir toujours plus de pouvoir pour dominer les autres, ne pas se soucier des autres sinon pour leur laisser quelques miettes. La volonté d’introduire le mérite dans tous les services publics ou des slogans faciles du style « travailler plus pour gagner plus » flattent ces instincts. Le succès électoral le confirme.

 

Les propositions de nos chercheurs nous rappellent  d’une part que tout résultat est le fruit d’un travail collectif dans lequel chacun a sa place .Il n’y a pas de positions serviles.   D’autre part, chacun doit être correctement rémunéré pour son travail  sans que cette rémunération soit sans cesse indexée sur la qualité du résultat, sur la quantité  ou encore  sur le temps passé à la tâche. Il faut savoir tenir compte de la réussite ou des aptitudes de chacun sans leur donner une valeur marchande.  Nous sommes là devant une attitude de bon sens. Tout le monde ne peut pas avoir accès au plus haut grade mais tout le monde doit pouvoir gagner sa vie.  Tout le monde n’a pas les mêmes possibilités mais tout le monde doit trouver sa place dans la société.

 

Leurs propositions sont d’autant plus remarquables que notre société s’est développée sur cette idée selon laquelle tout ne pouvait s’acquérir que par le mérite y compris, ce qui à une époque donnée était le plus important, le  ciel. Notons d’ailleurs ici cette curieuse et ridicule position de l’Eglise qui depuis le moyen âge a tant développé la théologie des mérites jusqu’à en imprégner la totalité des domaines de la société française alors même que Celui qu’elle considère comme son chef -Jésus, le Christ- s’insurgeait contre tous ses contemporains qui voyaient dans ce qui leur arrivait une juste rétribution. En parlant de grâce, il prenait à contre pied toutes les religions et le modus vivendi de l’époque.   Cette idée de mérite ressurgit encore aujourd’hui avec tous ceux qui contestent la solidarité et la répartition dans nos organismes sociaux pour mettre à la place des systèmes de capitalisation qu’ils qualifient de plus équitables et de plus justes.

 

Le 25 février  Serge SOULIE

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25 février 2010 4 25 /02 /février /2010 13:52
Cantona

    En 2009, en marge du festival de Cannes, le jury œcuménique a attribué son prix au film de Ken Loach : looking for Eric. Ce jury  est composé de professionnels du cinéma et chrétiens engagés  désignés années après années par deux associations : Signis pour les catholiques et Interfilm pour les protestants. Le prix est décerné à un film de la compétition officielle pour ses qualités artistiques, ses valeurs humaines et spirituelles. Le prix a été accordé à             « looking for Eric » parce qu"’il exalte des valeurs mises à mal de nos jours telles que l’amitié, la solidarité, le sens de la famille, le dialogue avec soi-même et avec les autres."
    Ce film correspond bien, semble-t-il, aux critères que s’est donné le jury. On ne peut pas s’étonner que des chrétiens mettent en avant ces valeurs morales concernant la famille et l’être humain. Dans ce milieu on reste encore très souvent persuadé que la religion fonde la morale. La tentation est de voir en celle-ci les dernières traces de la société judéo chrétienne ce qui vaut bien un prix ! Heureusement le film laisse  la possibilité de penser que cette même morale apparaît comme une exigence dès que des humains se tournent vers leur conscience et vers le prochain.

Looking for Eric et la réflexion théologique.
    
    Plus encore que la morale, la pertinence du questionnement  sur Dieu et sur Jésus semble être une des caractéristiques du film. «  Ce n’est pas ce qu’à voulu dire l’auteur »  diront les puristes. Peut-être. Mais n’est ce pas la grandeur d’une œuvre que d’en suggérer plus que le message initial voulu par son auteur ? Notons par ailleurs  que les références spirituelles sont bien présentes dans le film : Cantona y est acclamé comme Jésus !

    Ce film est une incitation à ne pas baisser les bras et à chercher en soi les forces qui amènent à changer les situations les plus compliquées à partir de choix successifs où des risques sont pris.
    Ces forces sont puisées  ici dans l’image spéculaire, une sorte de double de soi parfait mais qui n’existe pas dans la réalité.  Cette perfection autoriserait à appeler ce double  Dieu qui est représenté ici par Cantona et qui dans le champ de la religion chrétienne n’est autre que Jésus. Jésus représente Dieu, il est l’image de Dieu comme l’homme à son tour est appelé à devenir image de Dieu. Dieu ne peut être représenté ni par des objets ni par des mots, il ne peut l’être que par Jésus et par tout humain qui s’y prête. Je note qu’à la fin Cantona est appelé Jésus. Il est donc intéressant de regarder au rôle joué par Cantona.  Ici l’idole est devenue active et agissante  parce qu' intégrée. Elle n’a plus besoin d’être placée hors de soi pour être adorée ce qui rendrait son adorateur entièrement servile Elle est, non un modèle mais un interrogateur et un conseiller qui procède par énigmes et paraboles, ce qui fera avancer Eric jusqu’au dénouement de la situation la plus compliquée. Ce dénouement le fera apparaître comme celui qui a su élever les deux garçons dont il a hérité malgré lui alors que l’on aurait pu penser qu’il avait raté leur éducation.

    Le parallèle entre Jésus et Cantona a pu marcher uniquement  parce que Dieu était posé au départ comme double parfait d’Eric. Ce double parfait  fera que Cantona ne sera pas seulement une idole aliénante et extérieure mais la représentation et la mise en route d’une énergie fondamentale nécessaire au changement.

    Cantona joue le rôle de Jiminy Cricket qui vient parler à l’oreille de Pinocchio lorsque celui-ci fait des bêtises parce qu’il n’écoute pas sa conscience. Mais alors que Jiminy ne fait que poser des interdits, Cantona incite Eric à réfléchir et à choisir. Il le  laisse inventer des solutions et mettre en œuvre  les meilleures tout en l’invitant à d’autres choix si celles-ci échouent. Ces inventions de solutions et ces possibilités de choix passent bien sûr par le pardon, le renoncement et par la certitude qu’il n’est pas possible de prendre au mot ce que chacun dit ou ce que l’on croit. Aucune situation n’est figée, aucune parole ne s’épuise dans le sens qu’on lui donne à priori, pas plus du côté de celui qui énonce que de celui qui écoute.

                        Introduction à une réflexion sur le cinéma à partir du film :
                              « Looking for Eric »  pour le groupe Chrétien Citoyen.

                                                        Serge SOULIE


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25 février 2010 4 25 /02 /février /2010 13:50

      Je passe devant la vitrine d’un magasin. A travers la vitre, au fond de la boutique j’entrevois un homme. Debout, les jambes légèrement écartées, son corps souple et gracieux dans un blouson décontracté jeté sur une chemise claire  se confondant avec la pénombre de la pièce semble être une métaphore de la liberté. Son visage amaigri et blafard éclairé par une lumière  blanche suscite la curiosité.  Il semble attendre, son regard posé aussi loin que possible sur tous ceux qui passent dans la rue. Je décide d’entrer, me dirige vers lui. Surprise. C’est François Mitterrand ! Il n’avait jamais été un proche, je ne lui avais jamais serré la main ni souhaité le rencontrer. Cette fois,  il est bien là, devant moi. Je veux m’excuser, rebrousser chemin. Impossible. Son indifférence est sidérante. Bien que son regard reste fixé sur les passants  de la rue, par delà les grandes vitres de l’entrée,  il semble prêt à m’écouter. Je lui parle et l’informe qu’il est regretté  y compris par ceux qui ne l’ont jamais soutenu. Je lui révèle que ses décisions d’abord contestées, sont désormais acceptées de tous parce que reconnues utiles et indispensables. Toutes ces paroles sortent de ma bouche sans que je puisse les contrôler.  Je dis mais ne pense pas. Il s’avançe vers la sortie. Je le suis tout en continuant à lui parler. Il est libre. Si libre que mes paroles ne  l’atteignent pas. Il est lui-même la parole et ce qu’il entend vient se fondre en lui. Il ne déçoit plus.
 Dehors sa fille vient le rejoindre. Je la reconnais. Elle est la fille du notable de la ville que j’habitais il y a quelques années. Je la connais bien. Le jour des obsèques de son père elle avait lu un texte de Jaurès sur la liberté.  Jaurès était leur maître à penser, à Lui comme au notable. Ils se connaissaient bien.
 Mon rêve avait fait de la fille de l’un, celle de l’autre.  Je veux  encore  rassurer le président sur tout ce qu’il fait de bien. Plus rien ne semble le toucher : il n’est plus président.  Sa fille l’entraine  sans que je m’en aperçoive. Je  me retrouve seul, dans la rue, parmi les passants.


      Je me réveillai. Le rêve me parut stupide. Je n’étais pas plus attaché à ce président qu’à ceux qui l’ont précédé ou suivi. Certes il avait su braver l’interdit des radios libres que craignait le pouvoir de l’époque, plus encore il avait eu la volonté d’imposer la suppression de la peine de mort contre 7O% de la population, prenant le risque de ne pas être réélu pour un second mandat. Mais pourquoi cette vision d'un homme glorifié ? J'étais trahi par mon esprit. Les politiques, je les respecte dans leur fonction, je ne les admire pas. Leurs discours sont en priorité au service de leur réélection et au bénéfice de leurs clans. Ils sont dans l’impossibilité de chercher le bien de tous. Ils se disent dévoués à la cause publique pour mieux assouvir leur soif de pouvoir. Ils se présentent  au service des autres alors qu’ils sont bien mieux payés que la plupart de leurs concitoyens. Il suffit de les écouter trois fois à la lumière des circonstances du moment pour comprendre qu’ils ne sont pas crédibles.

      Fallait-il alors qu’un homme politique soit mort pour que je le reconnaisse ? Peut-être.
Le fantôme de Mitterrand avait ici perdu ses couleurs y compris celles de son parti.  Il n’était plus préoccupé par les prochaines élections. Il n’avait plus besoin de parler pour séduire ou convaincre. Plus besoin de mentir et d’agresser verbalement ses adversaires. Il n’était plus nécessaire qu’il soit rigidement habillé. Pour paraître. Un blouson pour être complet. C’est tout. Les médias n’étaient pas là. Pas de télé. Pas de radio. Pas de presse. Du temps. Rien que du temps.

    Les politiques devraient apprendre à mourir de leur vivant : ils goûteraient à la liberté sans la confisquer aux autres. Ils en deviendraient le symbole. Mais que de chemin à parcourir ! A moins qu’ils ne se décident à  ne faire  qu’un seul mandat par type d’élection. A peine élus, ils éviteraient ainsi de  préparer le mandat suivant .Ils se consacreraient à leur tâche en toute objectivité sans avoir recours à des paroles démagogiques. A moins qu’ils ne renoncent aux avantages considérables (emprunts, retraites, défiscalisation, indemnités en cas de non réélection…)  et qu’ils limitent leur salaire à deux, trois quatre ou cinq fois le SMIG selon leur responsabilité.   A moins qu’ils ne cessent de discréditer leurs adversaires politiques pour  les respecter comme sont respectés les  concurrents dans d’autres domaines tout aussi compétitifs. A moins qu’ils considèrent l’alternance politique comme une bonne santé de la démocratie au lieu de dresser des obstacles de toute sorte pour qu’elle n’ait pas lieu.

    Ce rêve, je ne l’ai pas inventé. J’en avais presque honte parce que le spectre d’un homme politique venait occuper une place inhabituelle. Mais l’inconscient est très large. Ecouter ce qui en émerge peut nous conduire sur des voies nouvelles et inédites. J’ai osé l’écouter et vous le répéter.

                                                                                                 Serge SOULIE.  
 

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Qui suis-je ?

     Titulaire d'une maitrise de théologie et d'un DESS de psychopathologie clinique, j'ai été amené à exercer plusieurs fonctions  et plus particulièrement la mise en place d'un centre socio- culturo- spirituel protestant puis la direction pendant 12 ans d'un centre de cure pour malades alcoliques. J'y ai découvert l'importance d'apprendre à écouter l'humain dans toutes les dimensions qui le constituent. Aujourd'hui, inscrit au rôle des pasteurs de l' Eglise Réformée de France, j'essaie de mettre des mots sur mes expériences et de conceptualiser mes découvertes.
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