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16 septembre 2013 1 16 /09 /septembre /2013 21:21

         Récemment un grand quotidien rapportait que des professeurs occupaient leur collège pour convaincre leur administration de la nécessité de reloger temporairement deux familles dans des logements de fonction inoccupés. Ces deux familles qui avaient des enfants inscrits au collège venaient de perdre leur logement et se retrouvaient momentanément à la rue. Le temps de leur hébergement devait permettre de trouver une solution durable.

            On pourrait penser que cet acte de solidarité, qui de surcroît ne coûtait rien puisque les logements sont vides, trouverait grâce auprès des lecteurs de ce journal proche de la gauche. Il n'en est rien. Dans les commentaires, les lecteurs se déchainent contre ces professeurs qui feraient mieux de renoncer à une partie de leur salaire pour payer le logement à  ces familles, qu'ils pourraient chercher un travail pendant leurs 6 mois de vacances et j' en passe. Nous ne sommes pas ici devant de l'ignorance pour les auteurs de ces commentaires mais devant de la haine des professeurs. C'est aussi les commentaires des gens de la rue ou  du café du commerce. Les mêmes réactions se retrouvent dans tous les journaux quelles que soient leur tendance.

            Alors on peut s'interroger sur les motifs de cette haine. Est-ce  un règlement de compte décalé aux professeurs qu'ils ont dû supporter dans leur enfance? Est-ce le résultat d'une politique menée par le dernier quinquennat montrant trop souvent du doigt ces mêmes professeurs pour raison d'économie ?  Est-ce le statut de fonctionnaire très envié en temps de crise? Certainement toutes ces raisons à la fois et bien d'autres encore. Le plus grave est que ce genre d'attitude  est directement responsable de la crise que traverse l' éducation nationale. Comment un enfant, un adolescent, qui entend   ses parents et la société toute entière discréditer ainsi ses professeurs peut-il  leur accorder la moindre autorité, la moindre compétence et s'adapter à l' école. Il met en acte le discours qui l'environne dont celui des parents . J'ai souvent attiré l'attention des parents qui critiquaient les professeurs de leurs enfants en leur faisant remarquer que par leur attitude ils barraient  la route au savoir de leur enfant  parce que celui-là passe toujours par un transfert de l'enfant au professeur. Or lorsque la critique  est négative ce transfert devient impossible. La suite a, le plus souvent, montré que cette critique avait conduit l' enfant à l'échec y compris au niveau de l' université où les enfants son majeurs.

            C'est aussi l' échec du professeur qui non seulement n' a pas d'autorité et subit le chahut dans sa classe mais voit le savoir qu'il veut transmettre  s'échouer au point de la non- relation qu'il a avec l' élève.

               Il serait illusoire de croire que la revalorisation du salaire des professeurs  suffira à  changer la situation actuelle.  Certes cette revalorisation est semble-t-il nécessaire  mais seul un changement de discours à leur égard peut apporter un changement. Une profession décriée perd de son efficacité. Elle s'isole. Elle s'appauvrit. Il n'est pas certain que les professeurs actuels soient enclins à la recherche qui reste un de leur domaine important parce que le savoir se renouvelle régulièrement. Il n'est pas certain qu'il y ait beaucoup de candidats motivés. Lorsqu'ils le sont, la motivation pourra- t-elle s'inscrire dans le temps?  

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10 septembre 2013 2 10 /09 /septembre /2013 14:27

        

          Les médias auraient tort de minimiser l'importance de la charte sur la laïcité affichée dans les écoles. Après la loi de 1905, elle est une étape importante dans les rapports qui gèrent l' Etat et la religion. Ces dernières années, notre pays a pu constater l'impact des religions sur l' organisation de la société.  Dans la  religion musulmane, la question du voile, la mise en place de salles de prières dans les entreprises ou les lieux publics, l'interdit du porc et la viande halal avec le type d'abattage pour les animaux  font l'objet de débats très vifs. Chez les chrétiens, la question  de l' enseignement du genre dans les écoles avec les prises de position à l’égard des droits des homosexuels posent de réels problèmes. Il y a dans la population le sentiment très fort que les religions voudraient imposer à l'ensemble leurs points de vue et leur choix de vie.

            Certes ce n'est pas nouveau . Les protestants gardent encore le sentiment que la religion catholique conserve de nombreux privilèges comme l' entretien des édifices religieux par l' Etat, la présence quasi automatique du clergé dans de nombreuses institutions de la république, un enseignement en concurrence avec l' école de la république . Il leur semble que l' Eglise catholique leur impose ses points de vue dans de nombreux domaines avec le soutien des politiques classés plutôt à  droite. Prenons l' exemple de toutes ces vierges et de tous ces saints qui bénissent les villages depuis la plus haute colline ou qui sillonnent nos routes et nos places. Que dirait-on aujourd'hui si   l' on inscrivait des versets du Coran au centre d'une place publique?  C'est évident, le catholicisme reste implicitement la religion d' état.

            Les protestants ne s'en plaignent plus. Ils ont appris à  vivre avec. Ils ont intégré dans leur culture les spécificités catholiques et sont prêts à les défendre comme les catholiques sont prêts à défendre des positions protestantes. Pour en arriver là, il a fallu des siècles. Or, cette réalité n'est pas celle de la religion musulmane dans notre pays, cette religion étant relativement récente. Il faudra du temps pour que ses habitudes, sa manière de vivre s'intègrent dans une harmonie culturelle.

            Cette charte sur la laïcité est là pour mettre en route cette intégration. C'est pourquoi elle peut être comparée à la loi de 1905. Son application ne sera pas simple. Elle créera parfois des polémiques. Des décisions -tout en restant dans le cadre de la loi- pourront parfois être différentes d'une école à une autre, d'un collège à un autre, d'un lycée à un autre. Cette diversité d'approche sera le signe pour les uns et les autres de bonne volonté et à long terme d'harmonie dans la différence. Quoiqu'il en soit, la charte reste indispensable pour  éviter la montée de l'islamophobie. Il ne s'agit pas de mettre une religion de côté ou d'enfermer les religions dans un monde privé sans communication avec l' extérieur mais au contraire d'imprégner toute une culture qui s'en trouvera ainsi enrichie dans le domaine de la pensée, des arts et de la vie de tous les jours. L'islam deviendra aussi bon que le couscous!

            Si les religieux auraient tort de se plaindre de cette charte, il en va de même pour tous ceux qui ne veulent avoir aucune attache religieuse. Tentés parfois par l' anticléricalisme par peur d'être envahis et à long terme soumis au religieux, elle pose des limites aux uns comme aux autres, elle devrait les rassurer.

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4 septembre 2013 3 04 /09 /septembre /2013 12:04

 

            On ne sait plus que faire de Jésus Christ. La fin de la croyance au surnaturel met à mal l'idée qu'il  est fils de Dieu et qu'il ait  pu revenir à la vie après être mort crucifié.  La théologie du sacrifice selon laquelle il a  versé son sang pour le salut des hommes n'est plus d'actualité. Plus de sacrifices, pas même d'animaux, pour changer le destin de l' histoire. Quant à la proclamation faisant de lui un homme exceptionnel de par ses propos et son comportement, elle ne suffit plus. D'autres ont été des personnages d'exception, pourquoi retenir celui-ci. Enfin ceux qui voudraient en faire le seul être capable de fonder une religion structurée, étendue au monde entier sur plusieurs siècles, en sont pour leur compte. Mohamed et Bouddha sont de sérieux concurrents. 

            Le plus sage est de considérer que Jésus est apparu sur terre à la manière de tous les humains. En reprenant l'idée selon laquelle Dieu est le grand Tout,  ou pour le dire comme Spinoza,  qu'il est la nature et que rien ne peut exister hors de lui , Jésus est né en Dieu, né de cette matrice universelle en dehors de laquelle rien ne peut apparaitre. Peut être parce qu'il était lié à cette matrice de manière tout à fait originale, peut-être parce qu'il a fait des rencontres exceptionnelles et  indéfinies, peut-être enfin parce qu'il avait des capacités d'émotion et d'intelligence jusque là inconnues, le tout est qu'il a pu se séparer de cette matrice pour accéder au statut d'une totale humanité. Il a acquis tout ce qu'un humain peut acquérir. Il est devenu pleinement homme. Il est le premier maillon dans la chaîne de l' humanité. Paul n'hésitera pas à le comparer à  Adam.

            C'est de cette place, la première, qu'il appelle tous les humains à se détacher de ce qui les enserre à la manière d'un placenta. Il les invite à  s'arracher à tout ce qui les lie. Ses paroles et ses gestes sont une invitation à se lever, devenir autonome et responsable. Son appel ne s'adresse pas  seulement aux  humains, il s'adresse à la création toute entière.   Pour reprendre un terme de la psychanalyse , Jésus est le "signifiant maître". cette expression désignant le plus souvent "le nom du père", lui même représentant le père dans toutes ses dimensions. C'est lui qui sépare l'enfant de la mère. Il lui permet d'acquérir son indépendance et d'assumer des responsabilités. Il est bien le premier maillon d'une chaine . Par résonance, d'autres maillons interviendront dans la détermination du sujet. Ici , Jésus est celui qui le premier tirera l'humain de tout ce qui le retient comme le besoin de sécurité et de protection, point de départ de toute religion. D'autres bien sûr viennent renforcer cet appel de séparation: il s'agit de la communauté humaine où des fonctions différentes y sont exercées. Elle fonctionne pour les enfants comme pour les adultes. Ce signifiant maître peut aussi s'appeler Bouddha, Mohamed ou autre. Tous poussent l'humain à advenir. Nous voulons seulement souligner ce qui nous paraît être la particularité de Jésus: il n'a jamais voulu fonder une religion . Il appelle afin que chacun puisse intégrer la communauté humaine en général. Il ne vise pas une communauté religieuse, existante ou à venir. Dans ses propos comme dans ses actes, il rejette vivement toute institution cloisonnée avec un dehors et un dedans,  où il faut choisir son lieu avec obligation d'exclure celui qui n' a pas fait votre choix. Or les religions apparaissent ainsi, y compris le christianisme. Comme d'autres religions qui l'ont précédé ou suivi, il s'est arrogé le pouvoir politique, confondant  Eglise et Etat, renforçant ainsi le pouvoir qu'il a exercé - et exerce encore-  sur les peuples qu'il domine en dépit des fortes contestations auxquelles il doit faire face.  Aujourd'hui, ce pouvoir politico-religieux s'exerce douloureusement dans le monde musulman. En témoigne "le printemps arabe" dans de nombreux pays.

            Au-delà de la place et du rôle du "signifiant maître" qui rend à la fois l' identité et la liberté à  chacun, Jésus est devenu le "ressuscité proclamé". Cette dernière expression," ressuscité proclamé" a pour ambition  de nous montrer que la résurrection ne répond à aucun critère d'objectivité. Jésus n'est pas revenu à la vie. Il n'a pas repris la vie d'un malade guéri ou d'un mort sortant du tombeau. Il a été proclamé ressuscité. Il est passé d'un monde à  un autre. Du monde de la réalité, celui dans lequel nous sommes, au monde du réel, celui dans lequel nous voudrions être. Avant il était homme de chair et d'os, il était de notre monde. Il a basculé dans la Parole. Il est devenu le discours d'un autre. Celui des femmes au matin de Pâques, puis celui des disciples, des amis et enfin celui des ennemis comme Saul de Tarse. Il est dans le discours universel de  l'humanité. Il n'est pas seulement objet de discours. Entièrement Parole, il est une partie du discours même. Il ne peut être saisi qu'en tant que Parole. Les rites tels la cène ou l' eucharistie, les signes de croix,  ou encore le baptême par souci d' imitation, sont des tentatives pour le retenir dans le monde de la réalité, notre monde, celui qu'il a quitté par sa mort. Si la Parole échappe, le  rite reste. Il sécurise. Il donne l'illusion que Jésus est encore là, présent dans notre réalité, comme s'il n'était pas mort dans son corps. Or le rite doit rester signe au risque de nous empêcher d'entendre la Parole ,nouvelle nature du Jésus Vivant après sa vie en chair sur terre.  Dés qu'il cesse d' être signe, le rite se fige. Il devient souvenir. Regret. Négation de la mort. Seules, l'exception, la rareté et la non répétition peuvent éviter au rite de perdre  sa nature et sa fonction de signe.

            Parce qu'il est "ressuscité proclamé", parce qu'il est Parole donc insaisissable par nos sens et nos pensées, l'humain -et avec lui tous les "objets" de ce monde (1)- ne  peut être qu' une sorte de contenant, disons de signifiant, du Jésus ressuscité devenu le Pur Signifié.  L'avènement de ce Jésus Parole, de ce pur signifié sera appelé par  l' apôtre Paul "Nouvelle alliance". Il reprend sans le dire les paroles que  le prophète Jérémie met dans la bouche de  Dieu:" je conclurai avec la maison d'Israël une Nouvelle Alliance, j'écrirai ma loi dans leur cœur. Je serai leur Dieu et ils seront mon peuple". Je le répète, le signifié n'a pas de contour. Personne ne peut s'en emparer. Il glisse de signifiant en signifiant, d'objet en objet, d'humain en humain. Tel est maintenant le Jésus ressuscité, le pur signifié. Pour schématiser nous pourrions dire que tout le porte mais rien ne le retient. Il passe. Comme le furet. La différence est qu'il laisse des traces. La loi  qui en Jésus se retrouve éclatée s'inscrit dans les cœurs. Jésus vivant  se substitue à  la loi qui peut désormais s'élaborer à l'intérieur de humain. La loi n'est plus extérieure, gravée sur la pierre, ineffaçable, elle s'invente, se crée au plus profond de l' être à la manière de la loi naturelle. Notons au passage qu'il en va ainsi de la vérité. Nous n'en percevons que des traces. Jésus serait-il donc la vérité? Plus encore, les traces nous mettent sur un chemin. Elles remédient à l' errance  tout en nous garantissant la liberté de la recherche et du choix. Vérité et liberté se conjuguent alors dans ce Pur Signifié, je veux dire dans ce Jésus proclamé ressuscité et devenu Parole.

            L'Evangile de Jean, nous dit qu'avec Jésus, "la parole a été faite chair". Nous ne devons pas oublier que si cet évangéliste a pu écrire une telle chose, c'est parce qu'avec Jésus, la chair est devenue Parole.  La chair est partie, elle nous échappe.  Le tombeau est vide. La Parole reste. On pourrait le dire autrement: "ne cherchez pas parmi les morts celui qui est vivant".

(1). Il est important de ne pas faire de l' homme le seul dans ce monde qui puisse bénéficier "en son cœur " de la présence de Jésus Christ. L'homme n'est pas un empire dans l' empire. Il est une partie de la création . Tout autour de lui et avec lui, chaque être, humain ou animal, chaque chose, chaque objet, parle de Jésus- Christ ressuscité. Les  choses du ciel comme celles de la terre portent en elles les traces du ressuscité et lui portent témoignage
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3 septembre 2013 2 03 /09 /septembre /2013 17:28

 

          Lors du déplacement du pape au Brésil, les journalistes ont interrogé des hommes et des femmes ayant quitté l’Eglise catholique pour se joindre aux Nouvelles Eglises Evangéliques. La plupart répondait qu’ayant participé régulièrement aux offices et à la messe, il ne se passait jamais rien dans leur l’Eglise alors que dans les assemblés évangéliques ils assistaient à des miracles et à des guérisons du cancer, du sida et autres  maladies.

            Ecoutant ces réponses, je me disais que l’on pourrait en dire autant des cultes et de ce qui se passe au temple. Et si cela est vrai, on ne peut qu’approuver ces personnes. Un lieu où il ne se passe rien ne peut qu’être déserté. Les fidèles ont vraiment le sentiment de perdre leur temps. Toutefois pour avoir participé de nombreuses fois et durant plusieurs années à des assemblées où il se passait quelque chose de l’ordre des guérisons, des révélations, des prophéties et autres miracles, il est bon mais aussi indispensable de porter des précisions sur ce qui se passe. Je précise que les réunions auxquelles j’ai assisté pouvaient être animés par un prêtre, un pasteur, un évangéliste dans la mouvance du renouveau charismatique.

            Soyons clair dès le départ. Je ne veux pas remettre en cause l’intervention divine.  Je n’ai aucun moyen pour vérifier si cela venait de Dieu ou disons pour simplifier des hommes. Je dirai avec humour que cela ne venait pas du diable car l’intention tout au moins était bonne. Ce sont souvent les résultats qui me laissaient  fortement sceptique. Non seulement ils étaient peu assurés mais la réunion terminée et l’illusion de la guérison dissipée, le mal revenait. Si le paraplégique se relevait de son fauteuil et risquait un pas soutenu des deux côtés, il retombait aussitôt dans son fauteuil malgré une assemblée déchainée qui louait Dieu pour un tel miracle.  La venue de ces « miracles » me semble contraire à ce que nous constatons dans l’Evangile où le malade est radicalement et définitivement guéri. Par ailleurs convaincre un malade que Dieu est en train de le guérir tout en suppliant ce Dieu d’intervenir ressemble beaucoup  aux cultes païens où les dieux étaient fortement sollicités par des paroles et des offrandes de toutes sortes. Le Dieu de Jésus- Christ, tel un dieu grec, romain ou autre, a-t-il besoin qu’on le supplie pour qu’il prenne pitié du souffrant ? La révolution de l’Evangile au sujet de Dieu n’est-ce pas de nous dire qu’en Jésus Christ tout a été donné à l’humain. Il n’est plus besoin de l’implorer. Il nous connait mieux que ce que nous nous connaissons. En réintroduisant un dieu que l’on doit supplier, les meneurs de ces assemblées introduisent des éléments de paganisme contre lesquels les premiers chrétiens luttaient au prix de leur vie. Le Dieu vers lequel les chrétiens sont invités à se tourner est-il un Dieu des miracles, des prodiges ou inversement des sanctions et des rétributions? Cette question, pour les catholiques, peut-être étendue aux Saints ou à la Vierge Marie censés pouvoir être à l’origine d’actions miraculeuses.

            Une fois éliminés ces miracles de guérisons ou de souhaits réalisés, peut-on dire qu’il ne se passe rien au cours d’une messe ou d’un culte ? Clairement non.  Les paroles entendues, échangées, les moments de méditation, de silence sont porteurs de changements pour les participants. Ces changements peuvent d’ailleurs être tout à fait inconscients. Dans ce cas, ils sont souvent perçus comme des miracles, comme des interventions divines. Peu importe. Ils sont  là. Certes l’illusion du miracle demeure mais le changement a  lieu bien qu’échappant à la conscience. Ce changement prend sa source dans l’office suivi quelque soit le nom de celui-ci. Il n’est pas spectaculaire. Il n’est pas illusion ! Il s’inscrit dans la vie de tous les jours, il en est un prolongement. Il est bien réel.

            Reste alors cette question : pourquoi autant de chrétiens pensent qu’en dehors des manifestions spectaculaires sans cesse recherchées, il ne se passe rien dans les rencontres spirituelles ? La réponse est à chercher d’abord dans la conception qu’ils ont de Dieu. Celui-ci est perçu tout puissant, pouvant agir à sa guise dans le monde et auprès des êtres. Ils ont besoin de se persuader que Dieu peut intervenir ou pas dans telle ou telle situation. Ils s’en persuadent alors et se réfugient dans l’illusion. Leur foi s’étaye sur cette illusion. Ils se déresponsabilisent attribuant à une puissance extérieure leur destin tout en donnant libre cours à leurs pulsions et à leurs instincts. Ils déshumanisent leur vie croyant la diviniser. Ils attribuent au diable ce qui va mal y compris lorsqu’ils en sont les auteurs directs. Vient ensuite la place donnée à Dieu. Les religions s’accaparent Dieu. C’est le leur. Chacune à le sien. Hors d’elles il n’y a pas de Dieu. L’engouement pour le pape au Brésil s’apparente à la présence de Dieu au Brésil. Certains croient pouvoir en profiter. Il est temps de penser Dieu sans penser religion. Il est le monde tout entier. Les religions disparaîtraient que Dieu serait encore là ; les églises le prêchent, disent le croire mais elles sont en contradiction avec ce qu’elles font et ce dont elles ont besoin. Elles veulent ramener les  personnes à Dieu alors que l’humanité tout entière est déjà en Dieu. L’urgence est de respecter cela.

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2 septembre 2013 1 02 /09 /septembre /2013 11:27

 

           Un sondage nous montre que 60% des français sont opposés à une intervention de la France en Syrie. Les commentateurs font valoir qu’il faut en chercher la raison dans ce qui s’est passé en Irak où semble-t-il les américains se sont fait l’écho de fausses informations pour justifier les actions militaires que l’on sait, avec de surcroit un succès très relatif si l’on compte le nombre de soldats tués et la situation actuelle du pays avec des attentats à répétition et de nombreux morts.

            Comme d’habitude les médias se gardent bien d’avancer les raisons les plus probables de ce refus d’intervention. Il suffit d’écouter les propos de l’homme de la rue pour s’apercevoir que la réalité est bien différente de celle qui court dans les journaux et sur les ondes. Une majorité pense et dit que si les arabes veulent se tuer entre eux, c’est leur affaire et que nous n’avons pas à nous en mêler. Disent-ils la même chose lorsque les catholiques et les protestants se battent en Irlande du Nord ? Pas si sûr. C’est clair, ces propos concernant les syriens dont certains sont chrétiens  -mais le français  « lambda » l’ignore-  sont clairement teintés de racisme. Il est d’ailleurs très regrettable que des politiques,  principalement dans un souci de conquérir le pouvoir, exacerbent par leur déclaration ce racisme. L’adversité politique devrait avoir comme règle de ne pas faire monter la haine dans des domaines comme celui-là. Ce principe devrait être respecté par tous les partis sans exception.

            Reste maintenant à se demander pourquoi en France mais aussi en Europe et semble-t-il aux USA , il ya autant de gens refusant de s’engager pour sauver des vies humaines dans les pays à majorité musulmane. Trois raisons  paraissent s’imposer.

Il y a tout d’abord le relatif échec des printemps arabes en Tunisie, Egypte et Lybie. Les tentatives par les gouvernements élus d’imposer la charia et autres préceptes religieux est  intolérable pour un occidental qui a une autre définition de la démocratie. Par ailleurs, y compris dans les pays modérés,  la fermeture à toute autre religion que l’islam quasi obligatoire, l’interdiction de s’afficher incroyant, l’obligation  de suivre le ramadan et autres prescriptions religieuses, est  pour un occidental un déni de démocratie.

Viennent ensuite les menaces et les actes terroristes avec  enlèvements  qui bien qu’étant l’apanage d’al Qaeda  et de quelques groupes combattus  par les gouvernements en place  font peur et sèment un peu partout dans le monde l’insécurité.

Enfin, la place de la femme dans ces pays, caractérisée par le port du voile, par la séparation homme /femme dans de nombreux lieux ou encore par un accès impossible au travail et à l’éducation est d’autant plus inacceptable que cette place reste encore un combat dans les pays occidentaux qui le vivent sur le mode de la culpabilité.

            L’Amérique, la France et l’Europe on ainsi beaucoup de mal à convaincre les peuples de la nécessité d’une intervention en Syrie pour arrêter les massacres. Si les gouvernements de ces pays tergiversent pour intervenir c’est parce qu’ils n’ont pas le soutien d’une majorité, bien au contraire.

            Faut-il pour autant laisser faire ? Laisser couler le sang n’est-ce pas dans des pays où le sang du Sauveur reconnu, le Christ, a été versé une bonne fois pour toute,  faillir à une tradition porteuse de vie et de paix ? ? On en revient toujours à la question fondamentale, comment arrêter le méchant ? Lors de la guerre 14-18 de grands théologiens comme le pasteur Bonhoeffer n’avaient  pas hésité à s’engager pour éliminer Hitler. Beaucoup l’ont payé de leur vie.  

            Il est regrettable que l’ONU ne soit pas en mesure de réunir la force nécessaire pour arrêter des  désastres comme l’utilisation d’armes de destructions massives. C’est bien la volonté qui manque. Les forces sont là. Le Mali en est l’illustration parfaite. La France pouvait s’engager convaincu qu’il fallait arrêter le pire. La situation est différente en Syrie, plus complexe. Aucun pays ne peut prendre le risque de s’engager seul.

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24 août 2013 6 24 /08 /août /2013 21:29

 

            On ne sait plus que faire de Jésus Christ. La fin de la croyance au surnaturel met à mal l'idée qu'il  est fils de Dieu et qu'il ait  pu revenir à la vie après être mort crucifié.  La théologie du sacrifice selon laquelle il a  versé son sang pour le salut des hommes n'est plus d'actualité. Plus de sacrifices, pas même d'animaux, pour changer le destin de l' histoire. Quant à la proclamation faisant de lui un homme exceptionnel de par ses propos et son comportement, elle ne suffit plus. D'autres ont été des personnages d'exception, pourquoi retenir celui-ci. Enfin ceux qui voudraient en faire le seul être capable de fonder une religion structurée, étendue au monde entier sur plusieurs siècles, en sont pour leur compte. Mohamed et Bouddha sont de sérieux concurrents. 

            Le plus sage est de considérer que Jésus est apparu sur terre à la manière de tous les humains. En reprenant l'idée selon laquelle Dieu est le grand Tout,  ou pour le dire comme Spinoza,  qu'il est la nature et que rien ne peut exister hors de lui , Jésus est né en Dieu, né de cette matrice universelle en dehors de laquelle rien ne peut apparaitre. Peut être parce qu'il était lié à cette matrice de manière tout à fait originale, peut-être parce qu'il a fait des rencontres exceptionnelles et  indéfinies, peut-être enfin parce qu'il avait des capacités d'émotion et d'intelligence jusque là inconnues, le tout est qu'il a pu se séparer de cette matrice pour accéder au statut d'une totale humanité. Il a acquis tout ce qu'un humain peut acquérir. Il est devenu pleinement homme. Il est le premier maillon dans la chaîne de l' humanité. Paul n'hésitera pas à le comparer à  Adam.

            C'est de cette place, la première, qu'il appelle tous les humains à se détacher de ce qui les enserre à la manière d'un placenta. Il les invite à  s'arracher à tout ce qui les lie. Ses paroles et ses gestes sont une invitation à se lever, devenir autonome et responsable. Son appel ne s'adresse pas  seulement aux  humains, il s'adresse à la création toute entière.   Pour reprendre un terme de la psychanalyse , Jésus est le "signifiant maître". cette expression désignant le plus souvent "le nom du père", lui même représentant le père dans toutes ses dimensions. C'est lui qui sépare l'enfant de la mère. Il lui permet d'acquérir son indépendance et d'assumer des responsabilités. Il est bien le premier maillon d'une chaine . Par résonance, d'autres maillons interviendront dans la détermination du sujet. Ici , Jésus est celui qui le premier tirera l'humain de tout ce qui le retient comme le besoin de sécurité et de protection, point de départ de toute religion. D'autres bien sûr viennent renforcer cet appel de séparation: il s'agit de la communauté humaine où des fonctions différentes y sont exercées. Elle fonctionne pour les enfants comme pour les adultes. Ce signifiant maître peut aussi s'appeler Bouddha, Mohamed ou autre. Tous poussent l'humain à advenir. Nous voulons seulement souligner ce qui nous paraît être la particularité de Jésus: il n'a jamais voulu fonder une religion . Il appelle afin que chacun puisse intégrer la communauté humaine en général. Il ne vise pas une communauté religieuse, existante ou à venir. Dans ses propos comme dans ses actes, il rejette vivement toute institution cloisonnée avec un dehors et un dedans,  où il faut choisir son lieu avec obligation d'exclure celui qui n' a pas fait votre choix. Or les religions apparaissent ainsi, y compris le christianisme. Comme d'autres religions qui l'ont précédé ou suivi, il s'est arrogé le pouvoir politique, confondant  Eglise et Etat, renforçant ainsi le pouvoir qu'il a exercé - et exerce encore-  sur les peuples qu'il domine en dépit des fortes contestations auxquelles il doit faire face.  Aujourd'hui, ce pouvoir politico-religieux s'exerce douloureusement dans le monde musulman. En témoigne "le printemps arabe" dans de nombreux pays.

            Au-delà de la place et du rôle du "signifiant maître" qui rend à la fois l' identité et la liberté à  chacun, Jésus est devenu le "ressuscité proclamé". Cette dernière expression," ressuscité proclamé" a pour ambition  de nous montrer que la résurrection ne répond à aucun critère d'objectivité. Jésus n'est pas revenu à la vie. Il n'a pas repris la vie d'un malade guéri ou d'un mort sortant du tombeau. Il a été proclamé ressuscité. Il est passé d'un monde à  un autre. Du monde de la réalité, celui dans lequel nous sommes, au monde du réel, celui dans lequel nous voudrions être. Avant il était homme de chair et d'os, il était de notre monde. Il a basculé dans la Parole. Il est devenu le discours d'un autre. Celui des femmes au matin de Pâques, puis celui des disciples, des amis et enfin celui des ennemis comme Saul de Tarse. Il est dans le discours universel de  l'humanité. Il n'est pas seulement objet de discours. Entièrement Parole, il est une partie du discours même. Il ne peut être saisi qu'en tant que Parole. Les rites tels la cène ou l' eucharistie, les signes de croix,  ou encore le baptême par souci d' imitation, sont des tentatives pour le retenir dans le monde de la réalité, notre monde, celui qu'il a quitté par sa mort. Si la Parole échappe, le  rite reste. Il sécurise. Il donne l'illusion que Jésus est encore là, présent dans notre réalité, comme s'il n'était pas mort dans son corps. Or le rite doit rester signe au risque de nous empêcher d'entendre la Parole ,nouvelle nature du Jésus Vivant après sa vie en chair sur terre.  Dés qu'il cesse d' être signe, le rite se fige. Il devient souvenir. Regret. Négation de la mort. Seules, l'exception, la rareté et la non répétition peuvent éviter au rite de perdre  sa nature et sa fonction de signe.

            Parce qu'il est "ressuscité proclamé", parce qu'il est Parole donc insaisissable par nos sens et nos pensées, l'humain -et avec lui tous les "objets" de ce monde (1)- ne  peut être qu' une sorte de contenant, disons de signifiant, du Jésus ressuscité devenu le Pur Signifié.  L'avènement de ce Jésus Parole, de ce pur signifié sera appelé par  l' apôtre Paul "Nouvelle alliance". Il reprend sans le dire les paroles que  le prophète Jérémie met dans la bouche de  Dieu:" je conclurai avec la maison d'Israël une Nouvelle Alliance, j'écrirai ma loi dans leur cœur. Je serai leur Dieu et ils seront mon peuple". Je le répète, le signifié n'a pas de contour. Personne ne peut s'en emparer. Il glisse de signifiant en signifiant, d'objet en objet, d'humain en humain. Tel est maintenant le Jésus ressuscité, le pur signifié. Pour schématiser nous pourrions dire que tout le porte mais rien ne le retient. Il passe. Comme le furet. La différence est qu'il laisse des traces. La loi  qui en Jésus se retrouve éclatée s'inscrit dans les cœurs. Jésus vivant  se substitue à  la loi qui peut désormais s'élaborer à l'intérieur de humain. La loi n'est plus extérieure, gravée sur la pierre, ineffaçable, elle s'invente, se crée au plus profond de l' être à la manière de la loi naturelle. Notons au passage qu'il en va ainsi de la vérité. Nous n'en percevons que des traces. Jésus serait-il donc la vérité? Plus encore, les traces nous mettent sur un chemin. Elles remédient à l' errance  tout en nous garantissant la liberté de la recherche et du choix. Vérité et liberté se conjuguent alors dans ce Pur Signifié, je veux dire dans ce Jésus proclamé ressuscité et devenu Parole.

            L'Evangile de Jean, nous dit qu'avec Jésus, "la parole a été faite chair". Nous ne devons pas oublier que si cet évangéliste a pu écrire une telle chose, c'est parce qu'avec Jésus, la chair est devenue Parole.  La chair est partie, elle nous échappe.  Le tombeau est vide. La Parole reste. On pourrait le dire autrement: "ne cherchez pas parmi les morts celui qui est vivant".

(1). Il est important de ne pas faire de l' homme le seul dans ce monde qui puisse bénéficier "en son cœur " de la présence de Jésus Christ. L'homme n'est pas un empire dans l' empire. Il est une partie de la création . Tout autour de lui et avec lui, chaque être, humain ou animal, chaque chose, chaque objet, parle de Jésus- Christ ressuscité. Les  choses du ciel comme celles de la terre portent en elles les traces du ressuscité et lui portent témoignage.

           
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8 août 2013 4 08 /08 /août /2013 09:40

 

            Lorsque l'on constate ce qui se passe en Egypte ou en Tunisie, on se demande pourquoi ces peuples ont élu des gouvernements religieux pour les rejeter un an après leur installation. Ne voyaient-ils pas qu'ils ne correspondaient pas à leur aspiration à la liberté? Que le religieux les préoccupaient plus que le politique? Qu'ils n'avaient pas la formation nécessaire pour diriger un pays?

            Hélas ces peuples ne sont pas les seuls à se tromper dans leur élection. Les démocraties occidentales n'échappent pas à cette erreur et les gouvernements qu'elles élisent ne sont pas toujours à la hauteur quand ils ne s'avèrent pas dangereux. Souvenons nous de l'élection en Allemagne du parti nazi. Avec quelques manipulations en plus et voilà le pire des gouvernements ait jamais connu l'occident.

            L'erreur ne vient pas de l'imbécilité des peuples. Ceux-ci sont le plus souvent sensés. Elle vient des manipulations de ceux qui veulent coûte que coûte se faire élire. Ils n'hésitent pas à mentir, à  tricher, à promettre, bref à  bercer d'illusion. Le peuple se retrouve alors pris au piège, berné et sans possibilité de vérifier ce qui lui est dit ; Alors, dans les urnes, il se trompe. Nos politiques devraient s'astreindre à un peu de retenue et ne pas chercher à  exploiter tout ce qui peut dénigrer le concurrent , le mettre hors jeu et s'installer à  sa place. Le peuple retrouverait alors sa liberté de choix.

            Plus encore, l' échec de ces gouvernements religieux, nous montre, s'il   c'était encore nécessaire que le religieux et le politique doivent absolument être séparés. Ils ont des fonctions différentes et l'un ne doit pas avoir l' ambition de remplacer l' autre. Lors du débat sur le mariage pour tous, sociologues et historiens nous ont montré que si l' Eglise (autrement dit le religieux) était encore aux commandes le divorce, l'avortement, la contraception, la recherche médicale génétique et j'en passe seraient interdits en France. Nous serions encore au moyen âge nous aussi.

            La séparation du politique et du religieux sont une nécessité absolue. Paradoxe: Jésus à posé le fondement de cette laïcité lorsqu'il a dit aux religieux qui s'imposaient dans le politique" Rendez à  César ce qui est à  César et à Dieu ce qui est à  Dieu". C'est ainsi que le fondateur de la religion chrétienne est aussi le fondateur de la laïcité. Contre vents et marées et contre les religieux cette Parole de Jésus-Christ a fait son chemin parce qu'elle est juste et qu'elle cherche la vérité. Elle rends aux peuples du monde entier la liberté. Elle remet chacun à sa juste place. Elle protège les religieux comme les politiques.

            Certains font valoir que dans de nombreux pays la démocratie chrétienne a facilité l'installation de la démocratie et apaisé le politique. C'est en grande partie vrai. Mais à  quel prix? Au prix de disparaître. En installant la démocratie elle a travaillé à sa propre disparition justement parce que religion et politique sont incompatibles. Les deux entités ne poursuivent pas le même but. Vouloir les marier c'est les mettre en conflit. La démocratie vise la liberté. La religion l'adhésion unique pour tous. Ici se séparent "démocratie" et "chrétienne". Aujourd'hui les partisans d'une démocratie chrétienne ne peuvent admettre la liberté de choix de chacun et plus particulièrement dans le domaine de l' éthique. Le débat sur le mariage pour tous en est la preuve. On ne peut avoir qu'un souhait : que la liberté inscrite dans la laïcité traverse les religions. C'est bien ce que craignent les intégristes.

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28 juillet 2013 7 28 /07 /juillet /2013 18:49

 

            Cette jeune femme, retenue par sa grand-mère qui était malade n'a pas pu prendre le train de la mort reliant Madrid à  Saint Jacques de Compostelle. Aujourd'hui elle remercie Dieu d'avoir pu, grâce à la maladie de la grand-mère éviter le pire. Comme si Dieu, voyant l'accident arriver avait provoqué la maladie de la vieille dame.

            On peut comprendre l' émotion de cette jeune femme et son besoin de reconnaître la main salvatrice du dernier moment. Devant le drame évité beaucoup d'entre nous ne pourraient se retenir et remercieraient Dieu. Le grand bonheur comme le grand malheur conduisent instinctivement à Dieu pour le louer ou le rejeter. Il faut dans ces circonstances une puissance extérieure à l'œuvre. Le hasard ou la main de l'homme ne  suffisent plus. L'événement vécu comme merveilleux ou terrible ne peut plus être de ce monde.

            Il serait bien mal venu de porter une quelconque critique à cette femme qui voit dans sa vie sauve une intervention divine. Chacun gère comme il le peut les émotions trop fortes. Pour nous les observateurs non impliqués directement nous devons nous interroger. Dieu aurait-il sauvé cette femme et laissé périr 78 personnes. Vu ainsi, si Dieu pouvait sauver la femme, il pouvait empêcher l' accident. Le raisonnement n'est pas tenable. Il est même offensant à l' égard de ceux qui ont perdu un des leurs. Il faut revoir nos conceptions de Dieu. Trop souvent ces conceptions sont instinctives, soumises à nos émotions comme ici pour la jeune femme, irréfléchies pourvues qu'elles soient rassurantes, explicatives pour que nous n'ayons pas à  chercher .

            Dieu n'a pas provoqué l' accident pas plus qu'il n' a sauvé la jeune femme. Il n' a pas à être accusé ou remercié. Il n'est ni responsable ni coupable. Il n' a fait justice à personne dans cet accident. Les uns ne méritaient pas plus de vivre ou mourir que les autres. Dieu ,nous devons le chercher ailleurs. Le comprendre autrement. N'est-ce pas le rôle du chrétien que de chercher à ne pas enfermer Dieu dans des pensées qui l' arrangent. Plus encore, être chrétien n'est-ce pas être chercheur en toute chose parce que toutes les choses sont en Dieu?  Et si nous sommes en Dieu comme nous sommes dans une maison, pourquoi lui attribuons nous ce qui nous arrive? La maison dans laquelle nous habitons est-elle responsable de nos conduites? En ce Dieu dans lequel il loge seul l'homme est responsable. Il a reçu la force et l'intelligence d'améliorer ce monde. Ici , il lui appartient d'améliorer le train et son fonctionnement, ce train qui relie Madrid à  Saint Jacques de Compostelle.

 

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22 juin 2013 6 22 /06 /juin /2013 16:52

         Vous ne serez pas étonnés si je vous rappelle que l'alcool est un fléau    dans la société d'aujourd'hui. « Un risque majeur pour la santé en France » selon l’institut de veille sanitaire. Il nuit à la santé du consommateur, il engendre la violence –contre soi-même ou contre l’autre- et la dépression, il est à l’origine de nombreux échecs sociaux, professionnels, conjugaux et relationnels. Plus grave encore, les effets de l’abus d’alcool sont minimisés, parfois occultés ou encore niés.

            Je vous propose dans une première partie de repérer tous ces dégâts. Nous verrons ensuite ce qui peut être fait pour accompagner celles et ceux qui sont devenus dépendants de ce produit  et comment réguler la consommation d’alcool dans notre société.

Les effets de l'alcool dans la société actuelle.

            - Certes on consomme moins d'alcool pur par tête d'habitant (moins de vin,  plus de bière ou d'alcool fort) mais il y a autant de morts - si ce n'est plus- dus à l’alcool : 49 000 /an soit 135 par jour. Un peu plus d'un mort sur 3 sur la route est dû à l’alcool. Ajoutons à cela que les faits divers avec violences de toutes sortes sont dus dans 75 % des cas à un excès d'alcool. Mais bien évidemment ceci est très difficile à mesurer puisque les causes de l’alcool sont négligées et tout particulièrement lorsque la quantité absorbée est peu importante. Il ne faut pas oublier qu'un seul verre modifie notre comportement. A ce titre, les pays qui demandent une alcoolémie 0 pour conduire sont très pertinents. D'abord à cause de l’effet et puis parce que cela libère le conducteur qui se dit  "je conduis donc je ne bois pas." Au moins les choses sont claires. Notons enfin les conséquences néfastes de l'alcool y compris lorsqu'il n'y a pas une violence avéré dans les causes des divorces, la mauvaise gestion de petites entreprises ou d’affaires qui ne marchent pas, les suicides, les  incompréhensions et mésententes de famille ou de voisinage.

            - Il est important de noter, que l’alcool ne se consomme plus comme avant. Certes il existe toujours des alcooliques chroniques qui abusent régulièrement de trop grandes quantités d'alcool (apéritifs réguliers, plusieurs verres de vin à table, digestifs, et bières  ou canons entretemps pour étancher la soif) mais ce mode d'alcoolisation se fait plus rare. D'abord parce que la publication des dangers de l’alcool porte ses fruits, il y a beaucoup plus de retenue (les hôteliers vous diront qu’ils vendent moins d’alcool), ensuite parce que s'alcooliser vous écarte vite du monde du travail. Il n'est plus autorisé d'être sur un chantier avec de fortes doses d'alcool dans le sang. S'alcooliser fortement vous marginalise rapidement. Actuellement, la consommation d'alcool est plutôt irrégulière, par à coup. Toute rencontre est prétexte à boire exagérément. On ne sait plus faire une fête sans s'enivrer. On le remarque plus particulièrement chez les jeunes. Un lycée m'avait demandé d'informer des lycéens de première et de terminale sur « comment utiliser l'alcool? ». C'était impossible. Pour eux,   il fallait s'éclater le week-end pour compenser les contraintes de la semaine. Récemment je me suis retrouvé au milieu d'un weekend  d'intégration d'une grande école. C'était l'orgie : alcool et sexe. Une bacchanale, cette fête en l'honneur du Dieu Bacchus. Moi qui croyais que cela n'existait que dans la mythologique grecque ou romaine, j'étais bien détrompé. L'alcool joue un rôle important dans la rencontre. Dans une société anxiogène où l'individu a le sentiment qu'il n'y a plus de sécurité nulle part, ni dans la rue ni dans le travail, ni dans le domaine de la santé, il joue le rôle de l’apaisement et de l'oubli. Boire c'est décrocher un peu. Faute de rêver,   hallucinons. Sortons de ce monde fou !

            On veut toujours se référer à l’alcool des jeunes. Il ne faudrait pas que ce soit un alibi pour que les adultes ne parlent pas du leur. Récemment une enseignante me racontait les difficultés que l’ensemble des professeurs rencontraient avec leur supérieur hiérarchique. Ils le percevaient comme totalement incompétent. Puis dans son récit elle ajoutait qu’il fumait beaucoup et qu’il ne supportait même pas les bières qu’il buvait. Faut-il chercher plus loin. Voilà des méfaits de l’alcool qui sont mis ailleurs, ici sur le dos de l’incompétence. Cet homme n’était pas jeune, il avait une cinquantaine d’années et avait la dent dure contre « ces jeunes disait-il qui s’alcoolisent ». Il voyait  les jeunes boire. Il ne se voyait pas.  

            Il est vrai que  les jeunes sont les premiers touchés parce que leur insertion dans la société est difficile, mais boivent-ils plus pour autant ? C’est le mode d’alcoolisation qui est différent, plus violents peut-être, plus orgiaque mais ne grossissons pas le tableau. Pourquoi les jeunes boivent-ils autant ? Vous avez peut-être une idée. Moi je ne sais pas. Leur situation, leur avenir n’est pas très brillant mais il se trouve que ce sont ceux qui ont un bel avenir (étudiants dans les grandes écoles par exemple) qui boivent le plus .3 lycéens sur 5 ont connu l’ivresse plusieurs fois. 59% des élèves de 6eme déclarent avoir bu de l’alcool, 93% en terminale et 27% en consomment au moins dix fois par mois. Lycéens et étudiants ont plus de chances que les autres de par leurs études sur le marché de l’emploi. Alors, pourquoi ? Je note simplement qu’ils ont commencé à boire avec leur famille. Ce n’est pas anodin. 3 sur 5 (de ceux qui consomment régulièrement  de l’alcool) connaissent  des difficultés dans leur famille : divorce, père absent, parents défaillants ; C’est à noter mais ce n’est peut être pas suffisant pour leur imputer ce besoin d’alcool. « La morale fou le camp » disent certains. Là  aussi il y a du vrai mais est-ce vraiment différent d’avant ? Dans notre société il y a toujours eu ceux qui se sont plaints de la décadence morale et de l’abaissement du niveau scolaire. On sait que les évaluations les plus sérieuses viennent tempérer de telles appréciations.

L'alcool, un produit dangereux.

            Il me semble que ce qui n'est pas dit et pris au sérieux, est que l'alcool est un produit dangereux. On l'accepte volontiers des drogues, pas de l'alcool. Là est le véritablement problème pour utiliser ce produit  à bon escient, pour le meilleur et le moins pour le pire. L'alcool bénéficie d'abord d'un avantage: il est lié à la joie. Jésus lui-même transforme l'eau en vin signifiant ainsi qu'il invite les humains à entrer dans la fête. Il est valorisé dans la société. C’est à qui connaîtra le meilleur vin ou le meilleur whisky !  Chez les jeunes, être addict, c’est avoir de la classe.

L’alcool est important dans l'économie de notre société. Il représente plus de 13 milliards de recette avec beaucoup de valeur ajoutée. Il fait vivre de nombreuses personnes sans oublier aussi le personnel médical .Ici l'alcool coûte à notre  pays 17 milliards d'où un déficit de 4 Milliards mais dans les deux cas, celui des recettes comme celui des dépenses, cela fait travailler du monde.  Enfin il y a les alcooliers, ceux qui tirent de gros profits de l’alcool et pour qui il vaut mieux tuer des gens que perdre de l'argent. Ceci est vrai  dans bien d’autres domaines que celui de l’alcool.  Si on acceptait le fait que l'alcool est un produit à risque les gens seraient plus libres pour en reconnaître les effets positifs comme les effets négatifs. Les lycéens seraient peut-être moins tentés par l’ivresse (3 sur 5 actuellement) La connaissance favorise le choix des choses sages, elle donne la bonne mesure à la curiosité. J’en appelle au grand philosophe Spinoza !

On ne peut pas supprimer l’alcool.

            Pour autant, on ne peut pas supprimer l'alcool. Les américains on voulu le faire, c'était le temps de la prohibition. Un échec. En France, la drogue est prohibée on voit la pagaille que cela sème: une économie souterraine de plusieurs milliards. Des morts en veux-tu en voilà par règlement de compte. Des jeunes attirés par l'appât du gain de la drogue qui ne cherchent pas à acquérir un métier, à s'instruire, à s'éduquer. Des cités entières vivant dans l'insécurité et la peur. La prohibition de l’alcool dans les pays anglo -saxons comme l'interdit de la drogue en France, nous montrent que le désir de transgresser l'interdit se fait plus grand, que le marché noir et les réseaux se mettent en place de plus belle. Quant à l'addiction, elle ne diminue pas pour autant.

            Il est important de rappeler que le premier mouvement en France de lutte pour la dépendance à l'alcool qui remonte à 1883 n'a jamais été prohibitionniste et qu'il n'a proposé l'arrêt total de l'alcool qu'aux personnes dépendantes ou à ceux qui voulaient s'engager aux côtés de ces personnes pour partager leur nouveau mode de vie. Ce mouvement avait deux  grandes orientations:

- Tout d'abord l'accompagnement des buveurs et de leurs proches. Les réunions étaient ouvertes non seulement à la personne dépendante mais aussi à leur famille et à ceux qui optaient de vivre sans alcool. Il fallait éviter de faire des buveurs dépendants des gens à part. Seul importait le choix de vie.

-La prévention et plus particulièrement auprès des jeunes. En Nouvelle Calédonie par exemple les jeunes s'engageaient par signature à ne pas prendre de l'alcool pendant un temps de fête ou lors d'un match. Cette prévention n'impliquait pas un arrêt d'alcool définitif. Elle visait une éducation propre à aider le jeune à savoir utiliser le produit alcoolisé en présentant les risques qu'il faisait courir.

            Je sais bien qu'aujourd'hui certains voudraient "apprendre à boire" comme on dit dès le plus jeune âge. Nous devons bien garder en tête qu'ils ne le font pas pour nous préserver de l'alcoolisme mais pour faire en sorte que tout le monde puisse consommer de l'alcool le plus longtemps possible Si l'alcool ne vous tue pas, plus vous vivrez longtemps, plus longtemps vous consommerez et plus vous enrichirez ceux qui produisent et vendent l'alcool. Ceux qui ont un intérêt à la consommation d'alcool sont totalement disqualifiés pour la prévention. On ne peut pas être juge et parti. Il y a conflit d’intérêt.

Le traitement de l'alcoolisme aujourd'hui.

            Il faut bien voir que depuis une vingtaine d'années et plus, la médecine   s’est totalement emparée du problème de l'alcoolisme après l'avoir longtemps négligé. Il a fallu des médecins bienveillants à l'écoute des alcooliques et   de ceux qui  prenaient ce problème au sérieux comme les  associations d'anciens buveurs  qui ne cessaient d'interpeler le corps médical.

            Depuis les médecins ont fait de l'alcoolisme une maladie au même titre que d'autres maladies. En ce sens, ils sont allés bien plus loin que les mouvements d'anciens buveurs qui demandaient que l'excès d'alcool ne soit pas considéré comme une faute mais comme une aliénation devant laquelle la volonté était en échec. On ne pouvait pas se contenter de reprocher à l'alcoolique de ne pas s'arrêter de boire.  Faire de la dépendance à l'alcool, comme des autres addictions, une maladie a des avantages mais aussi des inconvénients à prendre en considération.

            Les avantages :

-  Ne pas réduire la dépendance à une faute  qui incombe au buveur.  Ne pas     le couvrir de reproches  comme si sortir de l’alcool ne pouvait dépendre que de sa volonté.

-C'est aussi  protéger le buveur de sa culpabilité directe. Comme le cancer, la dépendance à l’alcool peut vous tomber dessus sans que pour autant vous l’ayez vu venir. Votre responsabilité n’est pas directement engagée.

-Enfin et c'est très important, le buveur est inscrit dans un processus de soin comme tout malade. L'alcoolique a droit à un sevrage pris en charge par la sécu et les mutuelles, une cure et même une post cure. Et cela autant de fois qu'un médecin le prescrit même s'il faut une prise en charge.

            Les inconvénients:

-  L'alcoolique que l'on appelle désormais le malade alcoolique ou le patient se sentant pris en charge par une équipe soignante et des traitements attend que l'arrêt de l'alcool lui tombe dessus comme lui est tombée dessus la dépendance. N'étant plus responsable de son alcoolisation, il se laisse porter par les gestes, les médicaments et autres thérapies qui lui sont administrés. Certes, en cure, il suit parfois des thérapies mais comme elles ne lui coûtent rien et qu'elles sont entièrement prises en charge, j'ai pu constater qu'elles sont peu efficaces. Quand on veut quelque chose on le paie. Si on veut sortir de la dépendance on le paie. Ce postulat est fondamental. Dans la démarche de soin actuelle il n'est pas respecté. Bien sûr les buveurs n'ont pas d'argent, tout passe à l'alcool, mais comme le disait la secrétaire," ils trouvent l'argent pour fumer jusqu'à deux paquets de cigarettes par jour".

- L'alcoolique n'est pas invité à analyser les circonstances dans lesquelles il s'est mis à boire. Il n'est d'ailleurs pas plus invité à porter un regard sur les conséquences de cette alcoolisation. Quand vous attrapez un microbe, une fois celui-ci disparu, vous êtes guéri. Quand vous cessez de vous alcooliser, c'est tout un réseau relationnel qu'il faut rassurer ou reconstituer. La notion même de maladie ne prend pas tout cela en compte. Comment guérir de l'alcoolisme dans ces conditions. On ne peut parler que de rémission.

- La notion même de maladie isole la personne, la dés-insère alors que l'alcoolique souffre d'une mise à l'écart. Cette désinsertion  est sociale au niveau relationnel. Mais paradoxalement  voir l'alcoolisme comme une simple maladie c'est par la guérison ou la rémission préparer  la personne pour la réadapter au système qui l’a conduit à boire. Nous verrons qu'il y a un autre type de réadaptation possible si on veut que la personne soit libérée de l’alcool.

Le Baclofène: Ce médicament est très significatif de la difficulté qu'il y a à traiter l'alcoolisme comme une maladie seulement. Le baclo au départ est un myorelaxant et un médecin a découvert qu'il pouvait traiter l'alcoolisme en se l'appliquant à lui-même en multipliant les doses par 10. Il diminue ou enlève l'appétence dans un certain nombre de cas mais pour combien et dans quel état laisse-t-il le patient?  C'est un peu le système du médiator, il est fait pour le diabète, on le donne pour faire maigrir et il fait des dégâts sur le cœur. Tout cela pour des intérêts financiers énormes. Alors pour le Baclofène, l’Agence de la santé et du médicament a prévu des essais supplémentaires. C'est la bagarre entre médecins. Les uns veulent l'appliquer tout de suite, les autres déclarent que ce n'est pas la solution. Ceux qui ont mis en place la filière de soins actuelle se sentent dépossédés des fruits de leurs efforts. Ici se mêlent des enjeux financiers et de pouvoir.

            N'entrons pas dans cette querelle. Disons seulement que si le Baclofène est efficace pourquoi ne pas l'utiliser. Ce sera heureux pour les médecins, pour le patient et cela permettrait de faire des économies à la sécu car le système actuel coûte très cher à la sécu et son efficacité est minime. Mais ne soyons pas dupe. La difficulté que la personne rencontre avec l'alcool demeure. Il faut une autre approche du problème de l’alcool. Je me propose de vous suggérer cette approche. Elle recoupe me semble-t-il le type d'accompagnement que vous pouvez avoir dans votre association si vous n'avez pas encore été séduit par les sirènes médicamenteuses et médicinales. Je dis cela parce que de nombreuses associations d’anciens buveurs se sont laissées séduire par la démarche médicale allant même jusqu’à changer de nom.

Pour une nouvelle approche de la maladie alcoolique

            Je signale ici une démarche en trois points.

-         1) Avant même de nous intéresser à l’addiction,  avant même de nous intéresser à savoir si c’est une maladie ou pas, intéressons nous à la personne toute entière. Elle appréciera, ne se sentira pas jugée et très vite elle exprimera ce qui ne va pas chez elle. Elle ne posera pas l’addiction comme une chose qui lui arrive de l’extérieur, totalement coupée de sa vie, de son émotion de son ressenti. Elle se sentira coresponsable de sa dépendance. La récolte et la compréhension de toutes les difficultés rencontrées deviendront alors possibles. Seront passées en revue les difficultés au travail, avec la famille, avec les voisins ; le buveur présente ces difficultés comme des reproches qui lui sont faits. Aussi compréhensible que soient ses reproches il faut éviter tout jugement et surtout ne pas répéter sans cesse : «il faut cesser de boire » ce qui l’énerve car il ne voit pas en quoi l’abstinence changera la situation. L’idéal est que la demande d’abstinence vienne de lui. Il y faut du temps.

           2) les causes. Le malade alcoolique autrement dit, celui qui est devenu dépendant de l’alcool n'est plus maître chez lui. Il ne peut plus chasser les pensées qui lui commandent de boire et de boire. Il est soumis à ces pensées comme à des hôtes étrangers qui résistent de toutes leurs forces. Certes il redouble de vigilance, souvent aidé par les siens. Il met tout en œuvre pour ne plus boire comme par exemple pas d'alcool à la maison, pas d'apéros…Mais c'est plus fort que lui, il trouve toujours de quoi boire. Il se ré alcoolise sans savoir même où et comment car les stratagèmes qu'il met en place pour se ré alcooliser obscurcissent sa conscience et son état d’éveillé.

             Selon Freud  la psychiatrie ne croit pas aux mauvais esprits qui s'emparent de la personne et c'est peut être pourquoi elle n'a d'autre chose à dire avec tous les alcoologues "il faut cesser de boire ou il faut baisser la consommation d'alcool.  Les médecins ne croient pas que ce sont de mauvais esprits qui font effraction dans la vie psychique de chacun. Cela vient qu'ils ont une conception très moyenâgeuse des esprits. Autrement dit qu'ils ne savent pas ce qu'est un esprit.  Alors ils considèrent que la personne est entièrement responsable de son alcoolisation. En quelque sorte, ils l’accusent parce que pour eux le mal est dans la personne. «  Il faut arrêter de boire, faite des efforts » répètent-ils. Mais les efforts sont impossibles. Pour comprendre ce qu'est un esprit qui vient coloniser le nôtre, je prendrai deux exemples :

            Le premier est celui de cet homme élevé dans une famille cultivée et pour qui la culture française n'existe pas s'il n'y a pas de vin, s'il n'en consomme pas. D'ailleurs son alcoolisme venait du vin ce qui de plus en plus rare. Cet esprit dominait chez lui. Vu ainsi il ne pouvait plus être français sans boire. Comment chasser cet esprit que certains appelleront cette idée? C'est ce que nous avons travaillé. Il fallait chasser cet esprit de la tête pour qu'il puisse mettre en œuvre sa volonté, pour que son esprit le commande et qu'il ne soit pas envahi par celui qui lui commandait de boire.

            - Un autre disait boire parce que dans sa famille on avait toujours bu un peu. Pour lui cesser de prendre de l’alcool c'était sortir de la branche générationnelle, C’était renier sa famille. La voix de toutes les générations, lui disait de boire pour suivre la voix de la famille. Il était en échec.

            Ces exemples montrent comment il ne suffit pas de dire "cesse de boire" ou de donner des médicaments si on veut que le buveur s'arrache à son addiction. L'art de l’accompagnement consistera à dire à l'impétrant: « mais qui te commande de boire? Quelle est la voix qui te pousse ? Qui parle  lorsque tu parles et que tu crois que c'est toi qui parle? Quel esprit a pris possession du tiens et t'empêche de suivre le tien parce que toi tu as vraiment envie de t'arrêter?  » On entend souvent dire au sujet du buveur: il ne veut rien entendre, on dirait qu'il est possédé. C'est juste mais pas par un esprit venant de je ne sais quel diable avec des cornes, celui là je n'y crois pas parce que nous ne sommes plus au moyen âge et que je ne vis pas dans le monde des voyants, mais par l'esprit ambiant qui se propage de personne à personne et qui vous dit par exemple: "boire ne fait pas de mal, ton problème est ailleurs". Ne vous y trompez pas l’Esprit c'est tout simplement ce qui préside aux voix qui se font entendre, qui prennent possession de votre esprit, de votre pensée et qui vous gouverne à votre place.

            Dans cet accompagnement, il est possible que dans un premier temps ce soit l'esprit d'un autre qui vous aide à vous arrêter de consommer de l’alcool. Lorsque quelqu'un vous dit "je suis à la croix bleue, je ne bois plus", c'est bien un autre qui lui commande de ne pas boire. C'est ainsi que cela ce passe dans les mouvements d'anciens buveurs. Ceux-ci prennent possession de l’esprit de la personne dépendante, elle s'arrête alors de boire sur commande. Mais l'abstinence reste encore bien fragile parce que ce n'est pas la personne qui a décidé, elle n'a pas la liberté, le commandement lui vient des autres. Mais elle pourra profiter de cet arrêt passager de l'alcool pour décider elle-même, reprendre possession de son esprit et choisir ce qu'elle veut. Il arrive alors que la personne arrive à contrôler sa consommation d'alcool parce qu'elle n'est plus influencée par tout ce qu'elle entend au sujet de l’alcool. Son esprit est libre.

 

            3) mettre en place des rencontres et partager cette situation. Dans ces rencontres participent d’autres personnes dépendantes mais aussi la famille, l’employeur et tous ceux qui ont été concernés par les comportements dus à l’excès d’alcool et tout particulièrement ce qui en ont été victimes d’une manière ou d’une autre. En France ceci va à l’encontre des habitudes qui veulent que l’alcoolique soit anonyme, que la victime et l’agresseur (ici celui qui cause des problèmes) ne se rencontrent  jamais. Pas de dialogue ce qui à mon avis bloque la prise de conscience du buveur et alimente la rancœur de ceux qui en souffrent sans que l’on puisse sortir de la situation. Le dialogue responsabilise le buveur et l’entourage exerce ainsi par sa présence seulement une pression utile et raisonnable.

La mise en place des rencontres demande aussi de penser le contenu de ces rencontres.  Je crois qu’il faut sortir du tout psychologique, du tout médical et du tout moral, ne pas seulement faire confiance aux médicaments,  ne pas regarder seulement le passé pour expliquer la situation actuelle. IL faut travailler :

a) La dimension culturelle. Réapprendre à lire. S’intéresser à l’art. Investir ce qui se passe autour de soi. S’alcooliser, c’est répondre à un conflit intérieur. Il n’y a pas d’autres choix que de sublimer ce conflit en s’intéressant à toute forme d’art, à toute forme d’activité.

 b) La dimension spirituelle. Des vieux textes bibliques ont des effets très positifs sur les personnes soit par projection ou parce qu’ils ouvrent des portes sur des domaines importants de la vie comme la question de Dieu, de la mort  de l’amour. Le sens de la vie est abordé. Ces questions existentielles que la société évite par la déchristianisation ou pire les abordent par l’intégrisme, restent présentes et posent question.

 c)La dimension ludique : quels jeux ? Pourquoi ? Quels loisirs ? Dans le jeu la personne est active, elle participe. Regarder la télé, c’est rester passif. Attention : le loto n’est pas le plus actif !

  

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Conclusion : frontière entre accompagnement par le soin et par le dialogue.

      Ce qui me parait évident, c’est le fait qu’un médicament peut chasser un virus, un microbe, atténuer ou déplacer un symptôme   mais en aucun cas réaménager notre vie. Or c’est bien de cela dont a besoin la personne qui abuse de l’alcool. Nous sommes ici plus près de la philosophie, de la religion, de l’histoire que de techniques médicamenteuses ou autre. On ne peut pas se contenter d’adapter le buveur à une société qu’il refuse à priori. Il doit trouver un lieu où ce refus est explicité puis analysé avec d’autres. C’est plus le rôle des associations que des établissements hospitaliers. Certes le soin peut permettre le démarrage d’une prise en charge que j’appellerai existentielle mais tout le travail reste à faire pour un changement de vie en profondeur, pour qu’il y ait une nouvelle perception de la vie, de la société, du monde. Ce travail ne peut pas être encadré, défini orienté ; il appartient à chaque groupe de définir ses orientations, sa recherche, ses convictions afin que le sujet puisse retrouver une liberté perdue ou jamais trouvée, retrouver une conception de la vie qui donne envie d’être, de s’engager. Il n’y a pas un seul protocole, une seule ligne, une seule pensée, une seule proposition.

      J’ai souvent eu l’impression de transformer le centre de postcure que je dirigeais et ou tout est basé sur une approche médicamenteuse et psychologique en centre de réflexion, de remise en question de la vie, de monastère si le monastère est le lieu où l’humain se prête à de nouvelles orientations de la vie. Sans le chercher, la religion y prenait une grande place à cause de la situation actuelle de notre société où l’islam nous interroge par les interdits qui s’appliquent à la vie quotidienne mais aussi par ces questions fondamentales que sont le pourquoi de  la mort, de la vie, du mal, des croyances, du politique… J’avais même parfois l’impression que les protocoles obligatoires pour ce centre de soin gênaient une telle approche  à cause de l’effet des médicaments mais aussi de par la neutralité demandée très justement dans un centre de soin. Mais la vie n’est pas faite de neutralité, ni politique ni religieuse ni philosophique or c’est la vie, la vie autrement que ces hommes qui venaient dans le centre devaient découvrir.

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11 juin 2013 2 11 /06 /juin /2013 22:13

 

          On sait qu'en politique il est interdit de dire la réalité des choses. Le plus bel exemple en est l' élection présidentielle de 2002 où le candidat de l' extrême droite l' a emporté sur le candidat socialiste. La gauche était exclue du deuxième tour ce qui ne faisait pas honneur à la démocratie. Aucun parti politique n' a pris le risque de dire le pourquoi de cette situation. La raison en était pourtant simple. La présence de deux candidats socialistes: Jospin et Chevènement. Certes officiellement ce dernier candidat avait son propre parti mais ministre socialiste pendant de longues années, les électeurs n'avaient pas eu le temps de saisir que ce dernier n'était plus du parti majoritaire. Pourquoi cette réalité est-elle toujours cachée?  Probablement parce qu'elle confond réalité et vérité. Or si la vérité est toujours soumise à appréciation, la réalité décrit les faits. Elle relève ainsi de l'objectivité là où la vérité est subjective.

            Avec la mort de Clément Meric, jeune militant antifasciste, il en va de même. Politiques et  journalistes (éditorialistes et commentateurs) s'évertuent à nous faire croire que cet événement dramatique n' a rien à voir avec les manifs contre le mariage pour tous. Or , les faits sont là. Ces manifs ont rassemblé et ouvert la rue à tous ceux qui veulent tuer parce que c'est leur idéal et qu'il n'en ont point d'autre. Le mariage d'homosexuels n'était qu'un prétexte. Seule une poignée de catholiques sincères croyaient à leur bonne morale. Tout le reste était de la pure tactique politique. Personne parmi les politiques et les commentateurs n'ose  le dire. Pour les uns , il ne faut pas mettre le feu aux poudres, ce serait dangereux. C'est vrai, notre pays n'aime pas que la réalité des choses soit portée sur la place publique. Hélas! Pour d'autres le dire serait se mettre dans une situation très délicate et perdre tout crédit. Alors tout ce monde se tait et c'est regrettable car comment traiter le mal à la racine si cette racine reste cachée et donc inatteignable pour un traitement.  Et malheur à celui qui ose s'avancer à mettre la réalité en évidence. Médias et politiques s'allient pour l'étouffer aussitôt.  C'est bien là un des problèmes de notre pays, problème que l'on retrouve à tous les niveaux et dans tous les domaines de la société.  C'est une évidence, la haine rampante lors des manifestions contre le mariage pour tous a conduit au meurtre de Clément Méric. Cette haine savamment entretenue par les uns, échappant totalement aux autres de par leur naïveté a conduit au pire. C'est une douleur terrible pour tous ceux qui croient en la vie pour tous.

            Le politiquement correct a un avantage: il ne provoque pas. Tempère toutes situations. Evite l'agressivité sinon la violence. Il a l'inconvénient d'enterrer les problèmes et les débats. Il fait de la démocratie un modèle de gestion sans saveur, peu créatif et inventif. Toute innovation traine en longueur. Mais notre peuple  est-il suffisamment rompu à la tolérance pour entendre en son sein ceux qui ne pensent pareil, cultivent leur différences , s'opposent  et pour accepter les décisions prises par ceux qu'il a lui-même élu?

 

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Qui suis-je ?

     Titulaire d'une maitrise de théologie et d'un DESS de psychopathologie clinique, j'ai été amené à exercer plusieurs fonctions  et plus particulièrement la mise en place d'un centre socio- culturo- spirituel protestant puis la direction pendant 12 ans d'un centre de cure pour malades alcoliques. J'y ai découvert l'importance d'apprendre à écouter l'humain dans toutes les dimensions qui le constituent. Aujourd'hui, inscrit au rôle des pasteurs de l' Eglise Réformée de France, j'essaie de mettre des mots sur mes expériences et de conceptualiser mes découvertes.
serge soulie

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