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5 novembre 2013 2 05 /11 /novembre /2013 14:50

 

    S'il fallait se convaincre que le christianisme en France mais aussi en Europe est à la croisée des chemins, il suffit de regarder le comportement des familles endeuillées pour la toussaint et plus généralement, ce qui se passe au moment des obsèques.

 

     Depuis plusieurs années de moins en moins de familles se rendent au cimetière sur la tombe  des leurs au moment de la toussaint. De plus en plus de fleuristes vont ce jour là fleurir eux mêmes  les tombes avec les bouquets commandés par la famille ou les amis des défunts. Les marchands de fleurs sont unanimes, ils vendent de moins en moins de fleurs  à cette occasion. Il y a de moins en moins de messes demandées pour les disparus.


     Pour ce qui est des obsèques, le nombre de personnes ne passant pas par l' Eglise augmente régulièrement. Une prise de parole est souvent confiée à un ami ou un responsable de l'association fréquentée par le défunt.. Les intervenants retracent à  grands traits les engagements du disparu, les titres de gloire s'il y en a (légion d'honneur, médailles de différents mérites) . Des membres de la famille racontent les moments vécus avec celui qui vient de les quitter, ils font allusion à son caractère. Ils voudraient garder ainsi le souvenir de celui qu'ils aimaient. Ces quelques mots n'ont rien à voir avec la religion la plupart du temps. Ajoutons à cela que le nombre d'incinérations va aussi en augmentant bien que l' Eglise catholique les déconseille.  


     On pourrait penser qu'il y a là un simple changement des us et coutumes qui s'installent progressivement dans le pays pour des raisons matérielles,   pratiques et de faisabilité comme le manque de place dans les cimetières.  Ce serait ignorer qu'au-delà de ces changement ce sont les croyances qui sans tambour ni trompettes sont remises en cause où plus exactement abandonnées. L'espérance en un au-delà ne justifie plus une cérémonie à l' Eglise. Les attitudes susceptibles de faciliter le passage dans l'au-delà telles les prières, les visites au cimetière ne sont plus opportunes  . L'incinération avec, le plus souvent, les cendres répandues sur la terre ou sur la mer, sans plaque du souvenir,  la disparition des somptueux caveaux avec croix et crucifix, dont le prix égalait parfois celui d'une habitation normale, montrent que le destin du mort ne dépend plus de l' Eglise et de la religion.

 

    Certes, ceci n'est pas exprimé, ce n'est pas un sentiment perçu ni par les endeuillés ni par l'entourage du défunt, ce serait trop dur et trop brutal, c'est un connaissance  inconsciente qui s'exprime à travers les nouvelles pratiques. Celles-ci ne veulent pas dire pour autant que les endeuillés ne croient pas à une vie dans un autre monde qui ne relève pas de la religion.

 

    Peut-on dire alors que s'en est terminé du christianisme, de ses croyances et de l' espérance dont il était porteur?  S'il ne change pas sa vision du monde, de la vie et de la mort, s'il reste figé, collé aux dogmes qu'il a élaborés au cours des siècles, il  continuera à concerner de moins en moins de personne. Il deviendra une secte cramponnée à des rites et des doctrines, acceptés dans une société laïque mais moqués par le plus grand nombre. C'est déjà le cas pour ceux qui demandent parfois si au vingt et unième siècle il est encore possible de croire à des trucs pareils concernant la foi. Pour eux, temples et cathédrales appartiennent au passé ainsi que tout ce qui s'y passe à l'intérieur.

 

    Et si de nouvelles attitudes religieuses s'imposaient, moins dociles encore  que celles connues avec le christianisme et l' Eglise si cruelle au cours des siècles. Une telle crainte n'est peut être pas injustifiée si on se fie à la nature de l'homme et à son évolution. Il semble en effet que cette nature ne puisse pas rester aussi "bonne" que nous le voudrions et qu'il le faudrait.

 

    C'est pourquoi nous ne renonçons pas au message initial du christianisme, celui que portait l'homme Jésus, bien avant les cathédrales, les conciles, les dogmes et les rites de toute sorte. Mais il est clair que ce message n'est pas à retrouver car il n'existe pas tel quel dans les Ecritures, il est à réinventer et redéfinir à partir de la dimension entièrement humaine   semble portée par Jésus. Il parlait lui-même de la destruction du temple -la plus grande cathédrale de l' époque-  pour dire qu'il est le temple. S'il y a un temple c'est bien celui que forme l'humanité réconciliée. Chaque humain est une pierre vivante de ce temple fait de chair et d'esprit. Jésus mettait au passé ce qui a été dit,  pour renvoyer à un nouveau dire: "vous avez entendu qu'il a été dit, mais moi je vous dis". L'autorité de l' Eglise a été relativisé par la réforme. Celle de la bible doit l' être par la pensée droits de l'homme. il n'y a pas de livres sacrés qui ne puissent pas être réécrits. C'est vrai pour la bible, c'est vrai pour tous les livres dits sacrés. L'avènement d'un monde nouveau ne passe pas par un livre unique, commun à tous mais par une libre interprétation de tous les livres dits sacrés.

   

      Il y a deux mille ans ceux qui ont connu Jésus ou ont suivi de près ce qui se passait avec lui ont su inventer un message nouveau qui est devenu une religion nouvelle que l'on a appelé christianisme. Saurons-nous maintenant inventer un nouveau message qui, comme celui des Evangiles ne fait pas table rase du passé, mais à partir de ce passé crée en quelque sorte "une religion nouvelle" qui rassemblera tous les humains de la terre. Cette religion sera en quelque sorte une non-religion parce qu'elle rassemblera tout ce qui permet de devenir encore plus humains dans toutes les religions.  C'est me semble t-il le projet initial de Jésus lorsqu'il se présente comme le corps, non pas seulement de l' Eglise, mais de l' humanité tout entière. N'oublions pas qu'il n'a jamais voulu fonder une Eglise, il n'a jamais voulu fonder une religion, il voulait rassembler tous les humains. L' apôtre Paul  avait compris cela bien que certaines de ses positions nous paraissent très contestables . Le temps n'était pas encore venu. L'histoire a une logique de progrès. Ne désespérons pas et sachons entrer dans cette logique en luttant contre ce qui fait obstacle à  ce qui empêche l'humanité d'advenir dans sa plénitude.   

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23 octobre 2013 3 23 /10 /octobre /2013 21:14

 

           Selon des statistiques récentes, plus de trente pour cent des obsèques sont civiles et leur nombre est en constante augmentation tout particulièrement en région parisienne. A cette constatation, il faudrait ajouter que la plupart du temps, les familles ne sollicitent pas des obsèques religieuses à cause de leurs convictions mais par respect pour le défunt qui étant donné son âge dans la plus part des cas manifestait un attachement à la religion y compris s'il était non pratiquant.  Par ailleurs l' Eglise ou le temple restent le lieu pratique et organisé où l'on peut rendre un dernier hommage au défunt. C'est ainsi que pendant les cérémonies prêtres et pasteurs sont sollicités pour de nombreuses interventions de la famille, d'amis ou encore d'associations dont était membre le défunt, le moment strictement religieux devenant ainsi secondaire.

            Il est à remarquer aussi qu'étant donné l'âge avancé des défunts, très souvent entre 90 et 100 ans ou plus, l'intensité émotionnelle n' a rien à voir avec le temps où l'on avait le sentiment que la personne décédée n'avait pas terminé sa vie terrestre. On aurait bien voulu la garder encore sur cette terre. Aujourd'hui et la personne très âgées souhaite très souvent que la fin arrive y compris si elle ne souffre pas, elle est rassasiée de vie. Il en va de même pour la famille et plus particulièrement lorsque l'accompagnement de la personne âgée se fait exigeant, presque impossible pour cause de maladie ( Alzheimer , grabataires ) ou charges financières (maison de retraite, EPHAD).

            Nul doute qu'à l'avenir les pompes funèbres proposeront une salle pour rassembler les participants aux obsèques ainsi que des préposés au discours qui ne sera pas religieux. Ces préposés seront des journalistes ou des psychologue ayant obtenu une licence. Avec un master ce sera plus cher et seul les riches pourront se payer un doctorant.  Le prix  n'aura rien à voir avec les 20 ou 30 euros que de nombreuses familles donnent si celui-ci n'est pas fixé. Ici, elles trouvent que c'est bien trop cher, là elles s'inclineront sans rien dire.  Aujourd'hui certaines ne demandent même pas si elles doivent quelque chose. Un coup de chapeaux aux réalistes qui ont conscience des frais engagés et qui ne cotisent pas  habituellement à l' Eglise. Leur participation significative est un signe de respect et une marque de reconnaissance.

             Récemment un chauffeur des pompes funèbres me montrait un goupillon,  de l'eau bénite, un crucifix et l'encens qu'il avait dans la boite à gant du corbillard au cas où il n'y aurait pas de prêtre. Il ajoutait que le mort devait partir honorablement. Pas de discours mais au moins des rites. Il oubliait à mon avis que les rites comme les croyances ne correspondent plus au monde actuel. Mais rassurons nous le marché de  la mort saura trouver la parade pour répondre aux attentes de ceux qui sont touchés pas le deuil.  

            Devant cette situation, l' Eglise devrait s'interroger sur le pourquoi d'une telle désertion pour les cérémonies religieuses comme pour les offices (messes, cultes…) Les gens souhaitent toujours se retrouver,  honorer la personne qui les quitte, entendre des mots pour rompre le silence en de telles circonstances . Ils veulent aussi poser des symboles parlant . Les rites actuels de l' Eglise qui sont apparus entre le 3eme et le 15eme siècle ne correspondent plus à l'attente de l'homme moderne; les croyances  et les dogmes  lui paraissent désuets. N'est-ce pas suffisant pour que l' Eglise se remette à penser l' Evangile autrement et qu'elle l'exprime différemment avec de nouvelles images, de nouveaux récits et de nouveaux symboles la bonne nouvelle de la grâce. Nous pourrions dire au mieux que le christianisme dans ses formes actuelles a vécu et que les formes qui résistent sont celles qui asservissent l'homme là où l' Evangile dans son état premier le libère.

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21 octobre 2013 1 21 /10 /octobre /2013 18:00

 

           Léonarda a une chance inouïe. Non seulement elle se retrouve au cœur de l' agitation médiatique ce qui un jour ou l'autre peut tourner à  son profit, mais voilà que lui sont offertes les études auxquelles elle aspirera sans que ni elle ni sa famille n'aient un centime à débourser.

            Bien évidement tout cela ne réglera pas le problème de l'immigration en France et en Europe et chacun pourra apprécier différemment cette situation et militer pour que les choses changent d'une manière ou d'une autre. Mon propos n'est pas de rentrer dans cette polémique. Disons simplement que la jeune fille aurait bien tort de ne pas profiter de cette aubaine. Certes, quitter sa famille à quatorze ans pour suivre des études à des milliers de kilomètres peu paraître risqué et brusqué pour les sentiments qui lient l'enfant aux parents. Mais osons regarder les choses autrement qu'à travers les sentiments et de manière rationnelle. D'une part, Léonarda n'abandonne pas sa famille, elle pourra la rejoindre aux vacances. Dans un pays comme la France il est à peu près sûr qu'elle trouvera de quoi payer son voyage au moins deux fois par an. D'autre part et dans la mesure où l'état pourra garantir l'accueil, la sécurité et le suivi de son long séjour en France, la réussite de ses études est quasi garantie si elle y met un tant soit peu de volonté. Beaucoup de mineurs et, dans des conditions bien plus précaires, ont su tirer profit de telles situations.

            Plutôt que de chercher le scoop en allant au Kosovo interroger la jeune fille à qui l'on ne peut pas reprocher ses réactions tant elle est loin de pouvoir imaginer l' avenir, les médias feraient mieux de l'aider à se positionner par rapport à sa vie future et faire  ainsi le bon choix. A ces médias pourraient s'ajouter ceux qui instrumentalisent, pour leurs intérêts politiques, cette affaire. Le moins qu'on puisse dire est qu'ils n'assument pas la pédagogie que tout adulte responsable  se doit d'avoir avec une adolescente. Ils sont responsables de l' avenir sombre qu'ils préparent ainsi à Léonarda.

            L'histoire nous apprend qu'il faut avoir des idées, militer et combattre selon ses convictions. Elles nous apprend aussi qu'il faut savoir saisir sa chance lorsqu'elle se présente y compris si ce n'est pas tout à fait ainsi que nous avions prévu les choses .

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16 septembre 2013 1 16 /09 /septembre /2013 21:21

         Récemment un grand quotidien rapportait que des professeurs occupaient leur collège pour convaincre leur administration de la nécessité de reloger temporairement deux familles dans des logements de fonction inoccupés. Ces deux familles qui avaient des enfants inscrits au collège venaient de perdre leur logement et se retrouvaient momentanément à la rue. Le temps de leur hébergement devait permettre de trouver une solution durable.

            On pourrait penser que cet acte de solidarité, qui de surcroît ne coûtait rien puisque les logements sont vides, trouverait grâce auprès des lecteurs de ce journal proche de la gauche. Il n'en est rien. Dans les commentaires, les lecteurs se déchainent contre ces professeurs qui feraient mieux de renoncer à une partie de leur salaire pour payer le logement à  ces familles, qu'ils pourraient chercher un travail pendant leurs 6 mois de vacances et j' en passe. Nous ne sommes pas ici devant de l'ignorance pour les auteurs de ces commentaires mais devant de la haine des professeurs. C'est aussi les commentaires des gens de la rue ou  du café du commerce. Les mêmes réactions se retrouvent dans tous les journaux quelles que soient leur tendance.

            Alors on peut s'interroger sur les motifs de cette haine. Est-ce  un règlement de compte décalé aux professeurs qu'ils ont dû supporter dans leur enfance? Est-ce le résultat d'une politique menée par le dernier quinquennat montrant trop souvent du doigt ces mêmes professeurs pour raison d'économie ?  Est-ce le statut de fonctionnaire très envié en temps de crise? Certainement toutes ces raisons à la fois et bien d'autres encore. Le plus grave est que ce genre d'attitude  est directement responsable de la crise que traverse l' éducation nationale. Comment un enfant, un adolescent, qui entend   ses parents et la société toute entière discréditer ainsi ses professeurs peut-il  leur accorder la moindre autorité, la moindre compétence et s'adapter à l' école. Il met en acte le discours qui l'environne dont celui des parents . J'ai souvent attiré l'attention des parents qui critiquaient les professeurs de leurs enfants en leur faisant remarquer que par leur attitude ils barraient  la route au savoir de leur enfant  parce que celui-là passe toujours par un transfert de l'enfant au professeur. Or lorsque la critique  est négative ce transfert devient impossible. La suite a, le plus souvent, montré que cette critique avait conduit l' enfant à l'échec y compris au niveau de l' université où les enfants son majeurs.

            C'est aussi l' échec du professeur qui non seulement n' a pas d'autorité et subit le chahut dans sa classe mais voit le savoir qu'il veut transmettre  s'échouer au point de la non- relation qu'il a avec l' élève.

               Il serait illusoire de croire que la revalorisation du salaire des professeurs  suffira à  changer la situation actuelle.  Certes cette revalorisation est semble-t-il nécessaire  mais seul un changement de discours à leur égard peut apporter un changement. Une profession décriée perd de son efficacité. Elle s'isole. Elle s'appauvrit. Il n'est pas certain que les professeurs actuels soient enclins à la recherche qui reste un de leur domaine important parce que le savoir se renouvelle régulièrement. Il n'est pas certain qu'il y ait beaucoup de candidats motivés. Lorsqu'ils le sont, la motivation pourra- t-elle s'inscrire dans le temps?  

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10 septembre 2013 2 10 /09 /septembre /2013 14:27

        

          Les médias auraient tort de minimiser l'importance de la charte sur la laïcité affichée dans les écoles. Après la loi de 1905, elle est une étape importante dans les rapports qui gèrent l' Etat et la religion. Ces dernières années, notre pays a pu constater l'impact des religions sur l' organisation de la société.  Dans la  religion musulmane, la question du voile, la mise en place de salles de prières dans les entreprises ou les lieux publics, l'interdit du porc et la viande halal avec le type d'abattage pour les animaux  font l'objet de débats très vifs. Chez les chrétiens, la question  de l' enseignement du genre dans les écoles avec les prises de position à l’égard des droits des homosexuels posent de réels problèmes. Il y a dans la population le sentiment très fort que les religions voudraient imposer à l'ensemble leurs points de vue et leur choix de vie.

            Certes ce n'est pas nouveau . Les protestants gardent encore le sentiment que la religion catholique conserve de nombreux privilèges comme l' entretien des édifices religieux par l' Etat, la présence quasi automatique du clergé dans de nombreuses institutions de la république, un enseignement en concurrence avec l' école de la république . Il leur semble que l' Eglise catholique leur impose ses points de vue dans de nombreux domaines avec le soutien des politiques classés plutôt à  droite. Prenons l' exemple de toutes ces vierges et de tous ces saints qui bénissent les villages depuis la plus haute colline ou qui sillonnent nos routes et nos places. Que dirait-on aujourd'hui si   l' on inscrivait des versets du Coran au centre d'une place publique?  C'est évident, le catholicisme reste implicitement la religion d' état.

            Les protestants ne s'en plaignent plus. Ils ont appris à  vivre avec. Ils ont intégré dans leur culture les spécificités catholiques et sont prêts à les défendre comme les catholiques sont prêts à défendre des positions protestantes. Pour en arriver là, il a fallu des siècles. Or, cette réalité n'est pas celle de la religion musulmane dans notre pays, cette religion étant relativement récente. Il faudra du temps pour que ses habitudes, sa manière de vivre s'intègrent dans une harmonie culturelle.

            Cette charte sur la laïcité est là pour mettre en route cette intégration. C'est pourquoi elle peut être comparée à la loi de 1905. Son application ne sera pas simple. Elle créera parfois des polémiques. Des décisions -tout en restant dans le cadre de la loi- pourront parfois être différentes d'une école à une autre, d'un collège à un autre, d'un lycée à un autre. Cette diversité d'approche sera le signe pour les uns et les autres de bonne volonté et à long terme d'harmonie dans la différence. Quoiqu'il en soit, la charte reste indispensable pour  éviter la montée de l'islamophobie. Il ne s'agit pas de mettre une religion de côté ou d'enfermer les religions dans un monde privé sans communication avec l' extérieur mais au contraire d'imprégner toute une culture qui s'en trouvera ainsi enrichie dans le domaine de la pensée, des arts et de la vie de tous les jours. L'islam deviendra aussi bon que le couscous!

            Si les religieux auraient tort de se plaindre de cette charte, il en va de même pour tous ceux qui ne veulent avoir aucune attache religieuse. Tentés parfois par l' anticléricalisme par peur d'être envahis et à long terme soumis au religieux, elle pose des limites aux uns comme aux autres, elle devrait les rassurer.

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4 septembre 2013 3 04 /09 /septembre /2013 12:04

 

            On ne sait plus que faire de Jésus Christ. La fin de la croyance au surnaturel met à mal l'idée qu'il  est fils de Dieu et qu'il ait  pu revenir à la vie après être mort crucifié.  La théologie du sacrifice selon laquelle il a  versé son sang pour le salut des hommes n'est plus d'actualité. Plus de sacrifices, pas même d'animaux, pour changer le destin de l' histoire. Quant à la proclamation faisant de lui un homme exceptionnel de par ses propos et son comportement, elle ne suffit plus. D'autres ont été des personnages d'exception, pourquoi retenir celui-ci. Enfin ceux qui voudraient en faire le seul être capable de fonder une religion structurée, étendue au monde entier sur plusieurs siècles, en sont pour leur compte. Mohamed et Bouddha sont de sérieux concurrents. 

            Le plus sage est de considérer que Jésus est apparu sur terre à la manière de tous les humains. En reprenant l'idée selon laquelle Dieu est le grand Tout,  ou pour le dire comme Spinoza,  qu'il est la nature et que rien ne peut exister hors de lui , Jésus est né en Dieu, né de cette matrice universelle en dehors de laquelle rien ne peut apparaitre. Peut être parce qu'il était lié à cette matrice de manière tout à fait originale, peut-être parce qu'il a fait des rencontres exceptionnelles et  indéfinies, peut-être enfin parce qu'il avait des capacités d'émotion et d'intelligence jusque là inconnues, le tout est qu'il a pu se séparer de cette matrice pour accéder au statut d'une totale humanité. Il a acquis tout ce qu'un humain peut acquérir. Il est devenu pleinement homme. Il est le premier maillon dans la chaîne de l' humanité. Paul n'hésitera pas à le comparer à  Adam.

            C'est de cette place, la première, qu'il appelle tous les humains à se détacher de ce qui les enserre à la manière d'un placenta. Il les invite à  s'arracher à tout ce qui les lie. Ses paroles et ses gestes sont une invitation à se lever, devenir autonome et responsable. Son appel ne s'adresse pas  seulement aux  humains, il s'adresse à la création toute entière.   Pour reprendre un terme de la psychanalyse , Jésus est le "signifiant maître". cette expression désignant le plus souvent "le nom du père", lui même représentant le père dans toutes ses dimensions. C'est lui qui sépare l'enfant de la mère. Il lui permet d'acquérir son indépendance et d'assumer des responsabilités. Il est bien le premier maillon d'une chaine . Par résonance, d'autres maillons interviendront dans la détermination du sujet. Ici , Jésus est celui qui le premier tirera l'humain de tout ce qui le retient comme le besoin de sécurité et de protection, point de départ de toute religion. D'autres bien sûr viennent renforcer cet appel de séparation: il s'agit de la communauté humaine où des fonctions différentes y sont exercées. Elle fonctionne pour les enfants comme pour les adultes. Ce signifiant maître peut aussi s'appeler Bouddha, Mohamed ou autre. Tous poussent l'humain à advenir. Nous voulons seulement souligner ce qui nous paraît être la particularité de Jésus: il n'a jamais voulu fonder une religion . Il appelle afin que chacun puisse intégrer la communauté humaine en général. Il ne vise pas une communauté religieuse, existante ou à venir. Dans ses propos comme dans ses actes, il rejette vivement toute institution cloisonnée avec un dehors et un dedans,  où il faut choisir son lieu avec obligation d'exclure celui qui n' a pas fait votre choix. Or les religions apparaissent ainsi, y compris le christianisme. Comme d'autres religions qui l'ont précédé ou suivi, il s'est arrogé le pouvoir politique, confondant  Eglise et Etat, renforçant ainsi le pouvoir qu'il a exercé - et exerce encore-  sur les peuples qu'il domine en dépit des fortes contestations auxquelles il doit faire face.  Aujourd'hui, ce pouvoir politico-religieux s'exerce douloureusement dans le monde musulman. En témoigne "le printemps arabe" dans de nombreux pays.

            Au-delà de la place et du rôle du "signifiant maître" qui rend à la fois l' identité et la liberté à  chacun, Jésus est devenu le "ressuscité proclamé". Cette dernière expression," ressuscité proclamé" a pour ambition  de nous montrer que la résurrection ne répond à aucun critère d'objectivité. Jésus n'est pas revenu à la vie. Il n'a pas repris la vie d'un malade guéri ou d'un mort sortant du tombeau. Il a été proclamé ressuscité. Il est passé d'un monde à  un autre. Du monde de la réalité, celui dans lequel nous sommes, au monde du réel, celui dans lequel nous voudrions être. Avant il était homme de chair et d'os, il était de notre monde. Il a basculé dans la Parole. Il est devenu le discours d'un autre. Celui des femmes au matin de Pâques, puis celui des disciples, des amis et enfin celui des ennemis comme Saul de Tarse. Il est dans le discours universel de  l'humanité. Il n'est pas seulement objet de discours. Entièrement Parole, il est une partie du discours même. Il ne peut être saisi qu'en tant que Parole. Les rites tels la cène ou l' eucharistie, les signes de croix,  ou encore le baptême par souci d' imitation, sont des tentatives pour le retenir dans le monde de la réalité, notre monde, celui qu'il a quitté par sa mort. Si la Parole échappe, le  rite reste. Il sécurise. Il donne l'illusion que Jésus est encore là, présent dans notre réalité, comme s'il n'était pas mort dans son corps. Or le rite doit rester signe au risque de nous empêcher d'entendre la Parole ,nouvelle nature du Jésus Vivant après sa vie en chair sur terre.  Dés qu'il cesse d' être signe, le rite se fige. Il devient souvenir. Regret. Négation de la mort. Seules, l'exception, la rareté et la non répétition peuvent éviter au rite de perdre  sa nature et sa fonction de signe.

            Parce qu'il est "ressuscité proclamé", parce qu'il est Parole donc insaisissable par nos sens et nos pensées, l'humain -et avec lui tous les "objets" de ce monde (1)- ne  peut être qu' une sorte de contenant, disons de signifiant, du Jésus ressuscité devenu le Pur Signifié.  L'avènement de ce Jésus Parole, de ce pur signifié sera appelé par  l' apôtre Paul "Nouvelle alliance". Il reprend sans le dire les paroles que  le prophète Jérémie met dans la bouche de  Dieu:" je conclurai avec la maison d'Israël une Nouvelle Alliance, j'écrirai ma loi dans leur cœur. Je serai leur Dieu et ils seront mon peuple". Je le répète, le signifié n'a pas de contour. Personne ne peut s'en emparer. Il glisse de signifiant en signifiant, d'objet en objet, d'humain en humain. Tel est maintenant le Jésus ressuscité, le pur signifié. Pour schématiser nous pourrions dire que tout le porte mais rien ne le retient. Il passe. Comme le furet. La différence est qu'il laisse des traces. La loi  qui en Jésus se retrouve éclatée s'inscrit dans les cœurs. Jésus vivant  se substitue à  la loi qui peut désormais s'élaborer à l'intérieur de humain. La loi n'est plus extérieure, gravée sur la pierre, ineffaçable, elle s'invente, se crée au plus profond de l' être à la manière de la loi naturelle. Notons au passage qu'il en va ainsi de la vérité. Nous n'en percevons que des traces. Jésus serait-il donc la vérité? Plus encore, les traces nous mettent sur un chemin. Elles remédient à l' errance  tout en nous garantissant la liberté de la recherche et du choix. Vérité et liberté se conjuguent alors dans ce Pur Signifié, je veux dire dans ce Jésus proclamé ressuscité et devenu Parole.

            L'Evangile de Jean, nous dit qu'avec Jésus, "la parole a été faite chair". Nous ne devons pas oublier que si cet évangéliste a pu écrire une telle chose, c'est parce qu'avec Jésus, la chair est devenue Parole.  La chair est partie, elle nous échappe.  Le tombeau est vide. La Parole reste. On pourrait le dire autrement: "ne cherchez pas parmi les morts celui qui est vivant".

(1). Il est important de ne pas faire de l' homme le seul dans ce monde qui puisse bénéficier "en son cœur " de la présence de Jésus Christ. L'homme n'est pas un empire dans l' empire. Il est une partie de la création . Tout autour de lui et avec lui, chaque être, humain ou animal, chaque chose, chaque objet, parle de Jésus- Christ ressuscité. Les  choses du ciel comme celles de la terre portent en elles les traces du ressuscité et lui portent témoignage
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3 septembre 2013 2 03 /09 /septembre /2013 17:28

 

          Lors du déplacement du pape au Brésil, les journalistes ont interrogé des hommes et des femmes ayant quitté l’Eglise catholique pour se joindre aux Nouvelles Eglises Evangéliques. La plupart répondait qu’ayant participé régulièrement aux offices et à la messe, il ne se passait jamais rien dans leur l’Eglise alors que dans les assemblés évangéliques ils assistaient à des miracles et à des guérisons du cancer, du sida et autres  maladies.

            Ecoutant ces réponses, je me disais que l’on pourrait en dire autant des cultes et de ce qui se passe au temple. Et si cela est vrai, on ne peut qu’approuver ces personnes. Un lieu où il ne se passe rien ne peut qu’être déserté. Les fidèles ont vraiment le sentiment de perdre leur temps. Toutefois pour avoir participé de nombreuses fois et durant plusieurs années à des assemblées où il se passait quelque chose de l’ordre des guérisons, des révélations, des prophéties et autres miracles, il est bon mais aussi indispensable de porter des précisions sur ce qui se passe. Je précise que les réunions auxquelles j’ai assisté pouvaient être animés par un prêtre, un pasteur, un évangéliste dans la mouvance du renouveau charismatique.

            Soyons clair dès le départ. Je ne veux pas remettre en cause l’intervention divine.  Je n’ai aucun moyen pour vérifier si cela venait de Dieu ou disons pour simplifier des hommes. Je dirai avec humour que cela ne venait pas du diable car l’intention tout au moins était bonne. Ce sont souvent les résultats qui me laissaient  fortement sceptique. Non seulement ils étaient peu assurés mais la réunion terminée et l’illusion de la guérison dissipée, le mal revenait. Si le paraplégique se relevait de son fauteuil et risquait un pas soutenu des deux côtés, il retombait aussitôt dans son fauteuil malgré une assemblée déchainée qui louait Dieu pour un tel miracle.  La venue de ces « miracles » me semble contraire à ce que nous constatons dans l’Evangile où le malade est radicalement et définitivement guéri. Par ailleurs convaincre un malade que Dieu est en train de le guérir tout en suppliant ce Dieu d’intervenir ressemble beaucoup  aux cultes païens où les dieux étaient fortement sollicités par des paroles et des offrandes de toutes sortes. Le Dieu de Jésus- Christ, tel un dieu grec, romain ou autre, a-t-il besoin qu’on le supplie pour qu’il prenne pitié du souffrant ? La révolution de l’Evangile au sujet de Dieu n’est-ce pas de nous dire qu’en Jésus Christ tout a été donné à l’humain. Il n’est plus besoin de l’implorer. Il nous connait mieux que ce que nous nous connaissons. En réintroduisant un dieu que l’on doit supplier, les meneurs de ces assemblées introduisent des éléments de paganisme contre lesquels les premiers chrétiens luttaient au prix de leur vie. Le Dieu vers lequel les chrétiens sont invités à se tourner est-il un Dieu des miracles, des prodiges ou inversement des sanctions et des rétributions? Cette question, pour les catholiques, peut-être étendue aux Saints ou à la Vierge Marie censés pouvoir être à l’origine d’actions miraculeuses.

            Une fois éliminés ces miracles de guérisons ou de souhaits réalisés, peut-on dire qu’il ne se passe rien au cours d’une messe ou d’un culte ? Clairement non.  Les paroles entendues, échangées, les moments de méditation, de silence sont porteurs de changements pour les participants. Ces changements peuvent d’ailleurs être tout à fait inconscients. Dans ce cas, ils sont souvent perçus comme des miracles, comme des interventions divines. Peu importe. Ils sont  là. Certes l’illusion du miracle demeure mais le changement a  lieu bien qu’échappant à la conscience. Ce changement prend sa source dans l’office suivi quelque soit le nom de celui-ci. Il n’est pas spectaculaire. Il n’est pas illusion ! Il s’inscrit dans la vie de tous les jours, il en est un prolongement. Il est bien réel.

            Reste alors cette question : pourquoi autant de chrétiens pensent qu’en dehors des manifestions spectaculaires sans cesse recherchées, il ne se passe rien dans les rencontres spirituelles ? La réponse est à chercher d’abord dans la conception qu’ils ont de Dieu. Celui-ci est perçu tout puissant, pouvant agir à sa guise dans le monde et auprès des êtres. Ils ont besoin de se persuader que Dieu peut intervenir ou pas dans telle ou telle situation. Ils s’en persuadent alors et se réfugient dans l’illusion. Leur foi s’étaye sur cette illusion. Ils se déresponsabilisent attribuant à une puissance extérieure leur destin tout en donnant libre cours à leurs pulsions et à leurs instincts. Ils déshumanisent leur vie croyant la diviniser. Ils attribuent au diable ce qui va mal y compris lorsqu’ils en sont les auteurs directs. Vient ensuite la place donnée à Dieu. Les religions s’accaparent Dieu. C’est le leur. Chacune à le sien. Hors d’elles il n’y a pas de Dieu. L’engouement pour le pape au Brésil s’apparente à la présence de Dieu au Brésil. Certains croient pouvoir en profiter. Il est temps de penser Dieu sans penser religion. Il est le monde tout entier. Les religions disparaîtraient que Dieu serait encore là ; les églises le prêchent, disent le croire mais elles sont en contradiction avec ce qu’elles font et ce dont elles ont besoin. Elles veulent ramener les  personnes à Dieu alors que l’humanité tout entière est déjà en Dieu. L’urgence est de respecter cela.

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2 septembre 2013 1 02 /09 /septembre /2013 11:27

 

           Un sondage nous montre que 60% des français sont opposés à une intervention de la France en Syrie. Les commentateurs font valoir qu’il faut en chercher la raison dans ce qui s’est passé en Irak où semble-t-il les américains se sont fait l’écho de fausses informations pour justifier les actions militaires que l’on sait, avec de surcroit un succès très relatif si l’on compte le nombre de soldats tués et la situation actuelle du pays avec des attentats à répétition et de nombreux morts.

            Comme d’habitude les médias se gardent bien d’avancer les raisons les plus probables de ce refus d’intervention. Il suffit d’écouter les propos de l’homme de la rue pour s’apercevoir que la réalité est bien différente de celle qui court dans les journaux et sur les ondes. Une majorité pense et dit que si les arabes veulent se tuer entre eux, c’est leur affaire et que nous n’avons pas à nous en mêler. Disent-ils la même chose lorsque les catholiques et les protestants se battent en Irlande du Nord ? Pas si sûr. C’est clair, ces propos concernant les syriens dont certains sont chrétiens  -mais le français  « lambda » l’ignore-  sont clairement teintés de racisme. Il est d’ailleurs très regrettable que des politiques,  principalement dans un souci de conquérir le pouvoir, exacerbent par leur déclaration ce racisme. L’adversité politique devrait avoir comme règle de ne pas faire monter la haine dans des domaines comme celui-là. Ce principe devrait être respecté par tous les partis sans exception.

            Reste maintenant à se demander pourquoi en France mais aussi en Europe et semble-t-il aux USA , il ya autant de gens refusant de s’engager pour sauver des vies humaines dans les pays à majorité musulmane. Trois raisons  paraissent s’imposer.

Il y a tout d’abord le relatif échec des printemps arabes en Tunisie, Egypte et Lybie. Les tentatives par les gouvernements élus d’imposer la charia et autres préceptes religieux est  intolérable pour un occidental qui a une autre définition de la démocratie. Par ailleurs, y compris dans les pays modérés,  la fermeture à toute autre religion que l’islam quasi obligatoire, l’interdiction de s’afficher incroyant, l’obligation  de suivre le ramadan et autres prescriptions religieuses, est  pour un occidental un déni de démocratie.

Viennent ensuite les menaces et les actes terroristes avec  enlèvements  qui bien qu’étant l’apanage d’al Qaeda  et de quelques groupes combattus  par les gouvernements en place  font peur et sèment un peu partout dans le monde l’insécurité.

Enfin, la place de la femme dans ces pays, caractérisée par le port du voile, par la séparation homme /femme dans de nombreux lieux ou encore par un accès impossible au travail et à l’éducation est d’autant plus inacceptable que cette place reste encore un combat dans les pays occidentaux qui le vivent sur le mode de la culpabilité.

            L’Amérique, la France et l’Europe on ainsi beaucoup de mal à convaincre les peuples de la nécessité d’une intervention en Syrie pour arrêter les massacres. Si les gouvernements de ces pays tergiversent pour intervenir c’est parce qu’ils n’ont pas le soutien d’une majorité, bien au contraire.

            Faut-il pour autant laisser faire ? Laisser couler le sang n’est-ce pas dans des pays où le sang du Sauveur reconnu, le Christ, a été versé une bonne fois pour toute,  faillir à une tradition porteuse de vie et de paix ? ? On en revient toujours à la question fondamentale, comment arrêter le méchant ? Lors de la guerre 14-18 de grands théologiens comme le pasteur Bonhoeffer n’avaient  pas hésité à s’engager pour éliminer Hitler. Beaucoup l’ont payé de leur vie.  

            Il est regrettable que l’ONU ne soit pas en mesure de réunir la force nécessaire pour arrêter des  désastres comme l’utilisation d’armes de destructions massives. C’est bien la volonté qui manque. Les forces sont là. Le Mali en est l’illustration parfaite. La France pouvait s’engager convaincu qu’il fallait arrêter le pire. La situation est différente en Syrie, plus complexe. Aucun pays ne peut prendre le risque de s’engager seul.

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24 août 2013 6 24 /08 /août /2013 21:29

 

            On ne sait plus que faire de Jésus Christ. La fin de la croyance au surnaturel met à mal l'idée qu'il  est fils de Dieu et qu'il ait  pu revenir à la vie après être mort crucifié.  La théologie du sacrifice selon laquelle il a  versé son sang pour le salut des hommes n'est plus d'actualité. Plus de sacrifices, pas même d'animaux, pour changer le destin de l' histoire. Quant à la proclamation faisant de lui un homme exceptionnel de par ses propos et son comportement, elle ne suffit plus. D'autres ont été des personnages d'exception, pourquoi retenir celui-ci. Enfin ceux qui voudraient en faire le seul être capable de fonder une religion structurée, étendue au monde entier sur plusieurs siècles, en sont pour leur compte. Mohamed et Bouddha sont de sérieux concurrents. 

            Le plus sage est de considérer que Jésus est apparu sur terre à la manière de tous les humains. En reprenant l'idée selon laquelle Dieu est le grand Tout,  ou pour le dire comme Spinoza,  qu'il est la nature et que rien ne peut exister hors de lui , Jésus est né en Dieu, né de cette matrice universelle en dehors de laquelle rien ne peut apparaitre. Peut être parce qu'il était lié à cette matrice de manière tout à fait originale, peut-être parce qu'il a fait des rencontres exceptionnelles et  indéfinies, peut-être enfin parce qu'il avait des capacités d'émotion et d'intelligence jusque là inconnues, le tout est qu'il a pu se séparer de cette matrice pour accéder au statut d'une totale humanité. Il a acquis tout ce qu'un humain peut acquérir. Il est devenu pleinement homme. Il est le premier maillon dans la chaîne de l' humanité. Paul n'hésitera pas à le comparer à  Adam.

            C'est de cette place, la première, qu'il appelle tous les humains à se détacher de ce qui les enserre à la manière d'un placenta. Il les invite à  s'arracher à tout ce qui les lie. Ses paroles et ses gestes sont une invitation à se lever, devenir autonome et responsable. Son appel ne s'adresse pas  seulement aux  humains, il s'adresse à la création toute entière.   Pour reprendre un terme de la psychanalyse , Jésus est le "signifiant maître". cette expression désignant le plus souvent "le nom du père", lui même représentant le père dans toutes ses dimensions. C'est lui qui sépare l'enfant de la mère. Il lui permet d'acquérir son indépendance et d'assumer des responsabilités. Il est bien le premier maillon d'une chaine . Par résonance, d'autres maillons interviendront dans la détermination du sujet. Ici , Jésus est celui qui le premier tirera l'humain de tout ce qui le retient comme le besoin de sécurité et de protection, point de départ de toute religion. D'autres bien sûr viennent renforcer cet appel de séparation: il s'agit de la communauté humaine où des fonctions différentes y sont exercées. Elle fonctionne pour les enfants comme pour les adultes. Ce signifiant maître peut aussi s'appeler Bouddha, Mohamed ou autre. Tous poussent l'humain à advenir. Nous voulons seulement souligner ce qui nous paraît être la particularité de Jésus: il n'a jamais voulu fonder une religion . Il appelle afin que chacun puisse intégrer la communauté humaine en général. Il ne vise pas une communauté religieuse, existante ou à venir. Dans ses propos comme dans ses actes, il rejette vivement toute institution cloisonnée avec un dehors et un dedans,  où il faut choisir son lieu avec obligation d'exclure celui qui n' a pas fait votre choix. Or les religions apparaissent ainsi, y compris le christianisme. Comme d'autres religions qui l'ont précédé ou suivi, il s'est arrogé le pouvoir politique, confondant  Eglise et Etat, renforçant ainsi le pouvoir qu'il a exercé - et exerce encore-  sur les peuples qu'il domine en dépit des fortes contestations auxquelles il doit faire face.  Aujourd'hui, ce pouvoir politico-religieux s'exerce douloureusement dans le monde musulman. En témoigne "le printemps arabe" dans de nombreux pays.

            Au-delà de la place et du rôle du "signifiant maître" qui rend à la fois l' identité et la liberté à  chacun, Jésus est devenu le "ressuscité proclamé". Cette dernière expression," ressuscité proclamé" a pour ambition  de nous montrer que la résurrection ne répond à aucun critère d'objectivité. Jésus n'est pas revenu à la vie. Il n'a pas repris la vie d'un malade guéri ou d'un mort sortant du tombeau. Il a été proclamé ressuscité. Il est passé d'un monde à  un autre. Du monde de la réalité, celui dans lequel nous sommes, au monde du réel, celui dans lequel nous voudrions être. Avant il était homme de chair et d'os, il était de notre monde. Il a basculé dans la Parole. Il est devenu le discours d'un autre. Celui des femmes au matin de Pâques, puis celui des disciples, des amis et enfin celui des ennemis comme Saul de Tarse. Il est dans le discours universel de  l'humanité. Il n'est pas seulement objet de discours. Entièrement Parole, il est une partie du discours même. Il ne peut être saisi qu'en tant que Parole. Les rites tels la cène ou l' eucharistie, les signes de croix,  ou encore le baptême par souci d' imitation, sont des tentatives pour le retenir dans le monde de la réalité, notre monde, celui qu'il a quitté par sa mort. Si la Parole échappe, le  rite reste. Il sécurise. Il donne l'illusion que Jésus est encore là, présent dans notre réalité, comme s'il n'était pas mort dans son corps. Or le rite doit rester signe au risque de nous empêcher d'entendre la Parole ,nouvelle nature du Jésus Vivant après sa vie en chair sur terre.  Dés qu'il cesse d' être signe, le rite se fige. Il devient souvenir. Regret. Négation de la mort. Seules, l'exception, la rareté et la non répétition peuvent éviter au rite de perdre  sa nature et sa fonction de signe.

            Parce qu'il est "ressuscité proclamé", parce qu'il est Parole donc insaisissable par nos sens et nos pensées, l'humain -et avec lui tous les "objets" de ce monde (1)- ne  peut être qu' une sorte de contenant, disons de signifiant, du Jésus ressuscité devenu le Pur Signifié.  L'avènement de ce Jésus Parole, de ce pur signifié sera appelé par  l' apôtre Paul "Nouvelle alliance". Il reprend sans le dire les paroles que  le prophète Jérémie met dans la bouche de  Dieu:" je conclurai avec la maison d'Israël une Nouvelle Alliance, j'écrirai ma loi dans leur cœur. Je serai leur Dieu et ils seront mon peuple". Je le répète, le signifié n'a pas de contour. Personne ne peut s'en emparer. Il glisse de signifiant en signifiant, d'objet en objet, d'humain en humain. Tel est maintenant le Jésus ressuscité, le pur signifié. Pour schématiser nous pourrions dire que tout le porte mais rien ne le retient. Il passe. Comme le furet. La différence est qu'il laisse des traces. La loi  qui en Jésus se retrouve éclatée s'inscrit dans les cœurs. Jésus vivant  se substitue à  la loi qui peut désormais s'élaborer à l'intérieur de humain. La loi n'est plus extérieure, gravée sur la pierre, ineffaçable, elle s'invente, se crée au plus profond de l' être à la manière de la loi naturelle. Notons au passage qu'il en va ainsi de la vérité. Nous n'en percevons que des traces. Jésus serait-il donc la vérité? Plus encore, les traces nous mettent sur un chemin. Elles remédient à l' errance  tout en nous garantissant la liberté de la recherche et du choix. Vérité et liberté se conjuguent alors dans ce Pur Signifié, je veux dire dans ce Jésus proclamé ressuscité et devenu Parole.

            L'Evangile de Jean, nous dit qu'avec Jésus, "la parole a été faite chair". Nous ne devons pas oublier que si cet évangéliste a pu écrire une telle chose, c'est parce qu'avec Jésus, la chair est devenue Parole.  La chair est partie, elle nous échappe.  Le tombeau est vide. La Parole reste. On pourrait le dire autrement: "ne cherchez pas parmi les morts celui qui est vivant".

(1). Il est important de ne pas faire de l' homme le seul dans ce monde qui puisse bénéficier "en son cœur " de la présence de Jésus Christ. L'homme n'est pas un empire dans l' empire. Il est une partie de la création . Tout autour de lui et avec lui, chaque être, humain ou animal, chaque chose, chaque objet, parle de Jésus- Christ ressuscité. Les  choses du ciel comme celles de la terre portent en elles les traces du ressuscité et lui portent témoignage.

           
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8 août 2013 4 08 /08 /août /2013 09:40

 

            Lorsque l'on constate ce qui se passe en Egypte ou en Tunisie, on se demande pourquoi ces peuples ont élu des gouvernements religieux pour les rejeter un an après leur installation. Ne voyaient-ils pas qu'ils ne correspondaient pas à leur aspiration à la liberté? Que le religieux les préoccupaient plus que le politique? Qu'ils n'avaient pas la formation nécessaire pour diriger un pays?

            Hélas ces peuples ne sont pas les seuls à se tromper dans leur élection. Les démocraties occidentales n'échappent pas à cette erreur et les gouvernements qu'elles élisent ne sont pas toujours à la hauteur quand ils ne s'avèrent pas dangereux. Souvenons nous de l'élection en Allemagne du parti nazi. Avec quelques manipulations en plus et voilà le pire des gouvernements ait jamais connu l'occident.

            L'erreur ne vient pas de l'imbécilité des peuples. Ceux-ci sont le plus souvent sensés. Elle vient des manipulations de ceux qui veulent coûte que coûte se faire élire. Ils n'hésitent pas à mentir, à  tricher, à promettre, bref à  bercer d'illusion. Le peuple se retrouve alors pris au piège, berné et sans possibilité de vérifier ce qui lui est dit ; Alors, dans les urnes, il se trompe. Nos politiques devraient s'astreindre à un peu de retenue et ne pas chercher à  exploiter tout ce qui peut dénigrer le concurrent , le mettre hors jeu et s'installer à  sa place. Le peuple retrouverait alors sa liberté de choix.

            Plus encore, l' échec de ces gouvernements religieux, nous montre, s'il   c'était encore nécessaire que le religieux et le politique doivent absolument être séparés. Ils ont des fonctions différentes et l'un ne doit pas avoir l' ambition de remplacer l' autre. Lors du débat sur le mariage pour tous, sociologues et historiens nous ont montré que si l' Eglise (autrement dit le religieux) était encore aux commandes le divorce, l'avortement, la contraception, la recherche médicale génétique et j'en passe seraient interdits en France. Nous serions encore au moyen âge nous aussi.

            La séparation du politique et du religieux sont une nécessité absolue. Paradoxe: Jésus à posé le fondement de cette laïcité lorsqu'il a dit aux religieux qui s'imposaient dans le politique" Rendez à  César ce qui est à  César et à Dieu ce qui est à  Dieu". C'est ainsi que le fondateur de la religion chrétienne est aussi le fondateur de la laïcité. Contre vents et marées et contre les religieux cette Parole de Jésus-Christ a fait son chemin parce qu'elle est juste et qu'elle cherche la vérité. Elle rends aux peuples du monde entier la liberté. Elle remet chacun à sa juste place. Elle protège les religieux comme les politiques.

            Certains font valoir que dans de nombreux pays la démocratie chrétienne a facilité l'installation de la démocratie et apaisé le politique. C'est en grande partie vrai. Mais à  quel prix? Au prix de disparaître. En installant la démocratie elle a travaillé à sa propre disparition justement parce que religion et politique sont incompatibles. Les deux entités ne poursuivent pas le même but. Vouloir les marier c'est les mettre en conflit. La démocratie vise la liberté. La religion l'adhésion unique pour tous. Ici se séparent "démocratie" et "chrétienne". Aujourd'hui les partisans d'une démocratie chrétienne ne peuvent admettre la liberté de choix de chacun et plus particulièrement dans le domaine de l' éthique. Le débat sur le mariage pour tous en est la preuve. On ne peut avoir qu'un souhait : que la liberté inscrite dans la laïcité traverse les religions. C'est bien ce que craignent les intégristes.

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Qui suis-je ?

     Titulaire d'une maitrise de théologie et d'un DESS de psychopathologie clinique, j'ai été amené à exercer plusieurs fonctions  et plus particulièrement la mise en place d'un centre socio- culturo- spirituel protestant puis la direction pendant 12 ans d'un centre de cure pour malades alcoliques. J'y ai découvert l'importance d'apprendre à écouter l'humain dans toutes les dimensions qui le constituent. Aujourd'hui, inscrit au rôle des pasteurs de l' Eglise Réformée de France, j'essaie de mettre des mots sur mes expériences et de conceptualiser mes découvertes.
serge soulie

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