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3 septembre 2013 2 03 /09 /septembre /2013 17:28

 

          Lors du déplacement du pape au Brésil, les journalistes ont interrogé des hommes et des femmes ayant quitté l’Eglise catholique pour se joindre aux Nouvelles Eglises Evangéliques. La plupart répondait qu’ayant participé régulièrement aux offices et à la messe, il ne se passait jamais rien dans leur l’Eglise alors que dans les assemblés évangéliques ils assistaient à des miracles et à des guérisons du cancer, du sida et autres  maladies.

            Ecoutant ces réponses, je me disais que l’on pourrait en dire autant des cultes et de ce qui se passe au temple. Et si cela est vrai, on ne peut qu’approuver ces personnes. Un lieu où il ne se passe rien ne peut qu’être déserté. Les fidèles ont vraiment le sentiment de perdre leur temps. Toutefois pour avoir participé de nombreuses fois et durant plusieurs années à des assemblées où il se passait quelque chose de l’ordre des guérisons, des révélations, des prophéties et autres miracles, il est bon mais aussi indispensable de porter des précisions sur ce qui se passe. Je précise que les réunions auxquelles j’ai assisté pouvaient être animés par un prêtre, un pasteur, un évangéliste dans la mouvance du renouveau charismatique.

            Soyons clair dès le départ. Je ne veux pas remettre en cause l’intervention divine.  Je n’ai aucun moyen pour vérifier si cela venait de Dieu ou disons pour simplifier des hommes. Je dirai avec humour que cela ne venait pas du diable car l’intention tout au moins était bonne. Ce sont souvent les résultats qui me laissaient  fortement sceptique. Non seulement ils étaient peu assurés mais la réunion terminée et l’illusion de la guérison dissipée, le mal revenait. Si le paraplégique se relevait de son fauteuil et risquait un pas soutenu des deux côtés, il retombait aussitôt dans son fauteuil malgré une assemblée déchainée qui louait Dieu pour un tel miracle.  La venue de ces « miracles » me semble contraire à ce que nous constatons dans l’Evangile où le malade est radicalement et définitivement guéri. Par ailleurs convaincre un malade que Dieu est en train de le guérir tout en suppliant ce Dieu d’intervenir ressemble beaucoup  aux cultes païens où les dieux étaient fortement sollicités par des paroles et des offrandes de toutes sortes. Le Dieu de Jésus- Christ, tel un dieu grec, romain ou autre, a-t-il besoin qu’on le supplie pour qu’il prenne pitié du souffrant ? La révolution de l’Evangile au sujet de Dieu n’est-ce pas de nous dire qu’en Jésus Christ tout a été donné à l’humain. Il n’est plus besoin de l’implorer. Il nous connait mieux que ce que nous nous connaissons. En réintroduisant un dieu que l’on doit supplier, les meneurs de ces assemblées introduisent des éléments de paganisme contre lesquels les premiers chrétiens luttaient au prix de leur vie. Le Dieu vers lequel les chrétiens sont invités à se tourner est-il un Dieu des miracles, des prodiges ou inversement des sanctions et des rétributions? Cette question, pour les catholiques, peut-être étendue aux Saints ou à la Vierge Marie censés pouvoir être à l’origine d’actions miraculeuses.

            Une fois éliminés ces miracles de guérisons ou de souhaits réalisés, peut-on dire qu’il ne se passe rien au cours d’une messe ou d’un culte ? Clairement non.  Les paroles entendues, échangées, les moments de méditation, de silence sont porteurs de changements pour les participants. Ces changements peuvent d’ailleurs être tout à fait inconscients. Dans ce cas, ils sont souvent perçus comme des miracles, comme des interventions divines. Peu importe. Ils sont  là. Certes l’illusion du miracle demeure mais le changement a  lieu bien qu’échappant à la conscience. Ce changement prend sa source dans l’office suivi quelque soit le nom de celui-ci. Il n’est pas spectaculaire. Il n’est pas illusion ! Il s’inscrit dans la vie de tous les jours, il en est un prolongement. Il est bien réel.

            Reste alors cette question : pourquoi autant de chrétiens pensent qu’en dehors des manifestions spectaculaires sans cesse recherchées, il ne se passe rien dans les rencontres spirituelles ? La réponse est à chercher d’abord dans la conception qu’ils ont de Dieu. Celui-ci est perçu tout puissant, pouvant agir à sa guise dans le monde et auprès des êtres. Ils ont besoin de se persuader que Dieu peut intervenir ou pas dans telle ou telle situation. Ils s’en persuadent alors et se réfugient dans l’illusion. Leur foi s’étaye sur cette illusion. Ils se déresponsabilisent attribuant à une puissance extérieure leur destin tout en donnant libre cours à leurs pulsions et à leurs instincts. Ils déshumanisent leur vie croyant la diviniser. Ils attribuent au diable ce qui va mal y compris lorsqu’ils en sont les auteurs directs. Vient ensuite la place donnée à Dieu. Les religions s’accaparent Dieu. C’est le leur. Chacune à le sien. Hors d’elles il n’y a pas de Dieu. L’engouement pour le pape au Brésil s’apparente à la présence de Dieu au Brésil. Certains croient pouvoir en profiter. Il est temps de penser Dieu sans penser religion. Il est le monde tout entier. Les religions disparaîtraient que Dieu serait encore là ; les églises le prêchent, disent le croire mais elles sont en contradiction avec ce qu’elles font et ce dont elles ont besoin. Elles veulent ramener les  personnes à Dieu alors que l’humanité tout entière est déjà en Dieu. L’urgence est de respecter cela.

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commentaires

FERRET jeanlouis 03/09/2013 18:27

Merci de votre blog et de vos remarques, entre autre, sur ces fameuses guérisons en milieu charismatique ou pentecôtiste.
Je suis chrétien de formation catholique puis devenu protestant par la suite, par "illumination" comme disent certains et il n'y a rien qui me dérange le plus que ce "paganisme" que vous dénoncez
qui atteint certains milieux au nom de Notre Dieu.
C'est pour moi une honte et comme dit Paul CLAUDEL:
" Dieu n'est pas venu supprimer la souffrance, Il n'est même pas venu l'expliquer, Il est venu la remplir de Sa présence"
Je ne sais que dire d'autres car cette course, entre autre, de l'évangile de la guérison rejoint celle de l'évangile de la prospérité et ces recherches me laissent un goût amer et loin de la Bonne
Nouvelle du Salut de nos vies: en Jésus pour Dieu avec l'assistance et l'aide de L'Esprit-Saint.

Salut et Merci pour vos pensées.
Un Ancien d'église.

Qui suis-je ?

     Titulaire d'une maitrise de théologie et d'un DESS de psychopathologie clinique, j'ai été amené à exercer plusieurs fonctions  et plus particulièrement la mise en place d'un centre socio- culturo- spirituel protestant puis la direction pendant 12 ans d'un centre de cure pour malades alcoliques. J'y ai découvert l'importance d'apprendre à écouter l'humain dans toutes les dimensions qui le constituent. Aujourd'hui, inscrit au rôle des pasteurs de l' Eglise Réformée de France, j'essaie de mettre des mots sur mes expériences et de conceptualiser mes découvertes.
serge soulie

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