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13 novembre 2012 2 13 /11 /novembre /2012 14:56

 

            Nous avions convenu d'une rencontre par semaine. L'homme, d'une quarantaine d'années, voulait s'assurer que son addiction à l'alcool n'était pas liée à son homosexualité.  Soudain, lors de la cinquième rencontre, son visage se crispe, il blêmit. Elevant  la voix il me demande :"pourriez vous avoir une relation sexuelle avec un homme"?

            Un frisson me parcourt  le dos. Je sens ma poitrine se vider. Mon corps parle, la pensée se dérobe. Me voyant pétrifié, il ajoute: "Et bien moi, Monsieur je suis malade à l'idée d'avoir une relation avec une femme". Je secoue la tête en signe d'approbation. Je lève la séance. Je venais d'expérimenter la difficulté d'être confronté à la parole de l'homosexuel.

            L'homosexualité je l'avais côtoyée. Etudiant, j'avais  vécu en colocation avec un ami homosexuel.  Nous n'esquivions pas les discussions sur le sujet.  Plus tard à l'hôpital, je visitais et accompagnais des hommes roués de coups  aux cris de "sale PD". Enfin, nombreux sont ceux que j'ai reçu dans le cadre de  mes activités. Ils  venaient partager leur inquiétude face à leur homosexualité, fantasmée ou actée. La plupart étaient mariés ou séparés. Certains n'avaient jamais eu d'expériences homosexuelles. D'autres  vivaient des relations occasionnelles. Les premiers craignaient le passage à l'acte, les seconds avaient un sentiment d'infidélité à la nature et à l'ordre des choses. Ce sentiment paraissait plus profond que celui de la culpabilité ou de la honte. A travers l'écoute, ils  croyaient découvrir quelques bribes de ce qui dans leur environnement avait pu susciter ce désir de l'autre du même sexe. Ils pensaient faire la part des choses entre l' inné, inscrit dans leurs gènes et l' acquis  transmit par leur éducation et le perçu des relations parentales. Aujourd'hui, certains se sont mariés ou le sont restés. D'autres vivent leur homosexualité.

             Ces situations me satisfaisaient et me rassuraient jusqu'à ce jour où cet homme m'a permis de comprendre qu'il était bien difficile de traiter de l'homosexualité. Les réactions du corps l'emportent trop souvent sur la raison. Nous ne sommes jamais tout à fait libres de nos choix sexuels. Nos prises de positions sont teintées de résistances ou à contrario de séductions. Freud avait raison. La sexualité est ambivalente, j'en faisais l'expérience. Choisir - consciemment ou inconsciemment l'hétérosexualité s'est écarter de l' homosexualité et réciproquement. Ce rejet peut être douloureux. En témoignent les insultes et les violences à l'égard des homosexuels. Notre discours, qu'il soit radical - pour ou contre - ou modéré, est soumis à l' ambivalence, autrement dit au retour de la sexualité refoulée.

            Vu cette situation de rejet, le mariage des couples homosexuels est une  nécessité urgente. Sa  reconnaissance par nos institutions est une protection à leur endroit. L'état affiche ainsi que tous les citoyens ont droit à une place dans la société quelque soit le choix de leur sexualité et la nature de leur couple. Ils ne sont plus des parias. Ainsi, nous pouvons espérer qu'avec  le temps le nombre de ceux qui s'en prennent aux homosexuels et lesbiennes diminue. La gaypride n'aura plus sa raison d'être. L'homosexualité, n'ayant plus à défendre sa cause ne sera plus exhibée.  Quant aux intéressés, à qui est reproché sans discernement l'inconstance dans l'amour avec leur partenaire, ils bénéficieront, comme tous les couples, d'un cadre juridique qui les contraindra, les protégera et facilitera le dialogue  entre eux et avec leur entourage. Il y a une certaine hypocrisie à dire aimer les homosexuels et vouloir les aider tout en leur refusant la place qui, en tant que couple reconnu, leur assurera la sécurité et les soustraira à la vindicte de ceux qui sont mal dans leur sexualité. Plus l'humain est proche de son homosexualité et plus il est méchant envers ceux qui l'affichent.  Lorsqu'il met à distance ses émotions, cette méchanceté se traduit par des propos sévères à l'égard de tout ce qui rend l'homosexuel semblable aux autres. Elle s'évertue à s'opposer par des arguments de tous ordres.

            Pour ce qui est de la bénédiction des couples homosexuels, le questionnement  est identique à celui des autres couples : Sur quoi  et sur qui demandons-nous la bénédiction? S'il s'agit de bénir des hommes et des femmes, alors pourquoi la refuser ici. S'il s'agit de bénir une union de couple, interrogeons-nous sur les écarts d'âge, sur la conduite addictive de l'un des partenaires ou encore sur les mariages arrangés par les parents .

            Dans le protestantisme, comme dans la bible, le mariage n'est pas un sacrement, il n'est pas une institution voulue par Dieu. Couples et familles y prennent des formes bien différentes. C'est pourquoi, sans aller jusqu' à penser que David et Jonathan, Noémie et Ruth forment un couple homosexuel -interprétation hasardeuse parce que défensive et revendicatrice- nous pouvons affirmer que le droit, la justice et la protection des faibles sont pour tous sans exception. Mettre en place un mariage civil et religieux sans distinction de genre, c'est les appliquer. Certes, l'ordre premier de la nature est l'hétérosexualité. Elle vise la reproduction de l' espèce. Nous en tenir à cet instinct animal et à cet aspect de la création serait négliger ce qui fait la spécificité de l'humain : l'amour dans toutes ses dimensions.

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commentaires

Joel 18/04/2014 08:20

Bonjour,
Je dirais que les homosexuels comme moi, ne sont pas encore libre pour exprimer son orientation sexuel face au monde. Les préjugés nous privent de tout cela. Du coup, même pour aller dans les
sexshop, je dois me faire discrêt. Comme sur http://www.loveandmag.com/2013/10/14/quel-est-le-meilleur-sexshop-pour-un-achat-discret-de-sextoys/

Qui suis-je ?

     Titulaire d'une maitrise de théologie et d'un DESS de psychopathologie clinique, j'ai été amené à exercer plusieurs fonctions  et plus particulièrement la mise en place d'un centre socio- culturo- spirituel protestant puis la direction pendant 12 ans d'un centre de cure pour malades alcoliques. J'y ai découvert l'importance d'apprendre à écouter l'humain dans toutes les dimensions qui le constituent. Aujourd'hui, inscrit au rôle des pasteurs de l' Eglise Réformée de France, j'essaie de mettre des mots sur mes expériences et de conceptualiser mes découvertes.
serge soulie

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