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21 mai 2013 2 21 /05 /mai /2013 13:27

        

            C'était le soir au coucher. Je leur avais raconté histoire. Ils me l'avaient demandée. C'est parait-il le rôle des grands parents de lire des histoires aux petits enfants. Cette fois, l'histoire, je l'avais inventée. Au départ elle était pour le garçon. Toute la journée il m'avait parlé des voitures de courses. Il voulait, quand il serait adulte disait-il, être pilote. Alors j'étais parti sur les voitures. Ses sœurs, plus âgées et que je n'imaginais pas s'intéresser à une histoire de voitures avaient posé leur livre de contes et  étaient venues nous rejoindre. Je me suis alors senti obligé de modifier quelque peu la suite de cette histoire de voiture en y introduisant des réactions humaines. Je voyais les enfants passionnés. Ils brûlaient d'envie de connaitre le dénouement des épisodes que j'introduisais chaque fois. Le pilote sortirait-il vivant de ce terrible accident sur le circuit? Les parents supporteraient-ils que leur enfant chéri puisse ainsi exposer sa vie dans des courses automobiles? Pour plaire à ses parents ce fils aventureux renoncerait-il à sa passion? L'histoire terminée, il y eut un grand silence. Dans leur tête toutes les questions semblaient se bousculer. La plus grande contenait ses larmes. Alors, peut-être pour échapper à sa peine, elle me demanda: Cette histoire, elle est vraie ou tu l'as inventée?

            Quelle question! Je ne savais plus si je l'avais inventée ou si elle était vraie. Il en va toujours ainsi de la vérité. J'hésitais à donner une réponse. Bien sûr que je l'avais inventée cette histoire. Mais après tout il y avait des choses vraies. Les accidents de voiture c'est vrai. Des miraculés qui sortent bien vivants de leur véhicule réduit en un tas de ferraille c'est vrai aussi. Des parents qui ont peur quand leur fils prend le volant et qu'il conduit un peu trop vite, c'est encore vrai  . Des enfants qui peinent à s'émanciper du désir de leurs parents et qui renoncent à leur carrière et à leur passion c'est toujours vrai . Alors , mon histoire, inventée ou vraie?

            Par ailleurs , cette histoire qui semblait tant interpeller les enfants, comment allait-elle rester pertinente : en s'avérant être un conte ou une histoire vraie? - "Je ne sais plus très bien, répondis-je à la plus grande des trois, les histoires, c'est toujours comme si c'était vrai". Elle paru satisfaite par ma réponse et à l'en croire le lendemain , elle s'était endormie en pensant à l'histoire.

            Pour moi, ce fut plus difficile. Je ne trouvais pas le sommeil. Mon histoire n'avait pas été aussi banale que je l'aurais voulue.  Fallait-il dire qu'elle était vraie ou que je l'avais inventée. Comme dans les rêves j'avais le sentiment d'avoir accolé les unes aux autres des bribes d'histoires vécues ou imaginées. D'être passé du réel à l'imaginaire et vice versa.  Les enfants , très énervés par une journée où la pluie les avaient empêchés de sortir, avaient été subitement apaisés. Les histoires qu'elles soient vraies ou inventées peuvent apaiser. Elles  ouvrent  une brèche qui nous conduit vers ce qu'il y a de plus profond en nous, notre vérité. Mon histoire était-elle vraie?  Peu importe. La vérité - à ne pas confondre avec la réalité - est toujours subjective et quel bonheur lorsque nous rencontrons ce qui lui donne accès ! De nos jours  les psy sont chargés de faire advenir pour chacun de leur patient la vérité, celle qui vient les perturber.  Ils sont devenus des accoucheurs d' âmes.  Et si  les histoires, autrement dit les récits lus ou racontés , les plus anciens comme les plus récents, ceux de l'héritage grec tel celui de la tragédie d'Œdipe à laquelle se réfère Freud ou ceux tirés de la bible comme ceux de la vie d' Abraham , de Noé et des autres révélaient ce qu'il y a de plus profond en nous sans que cela nous ait jamais posé problème et nous ait amenés à consulter? L'humanité s'en trouve alors enrichie, améliorée. Elle en a besoin.  Alors peuvent commencer le rêve et le bonheur.

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Qui suis-je ?

     Titulaire d'une maitrise de théologie et d'un DESS de psychopathologie clinique, j'ai été amené à exercer plusieurs fonctions  et plus particulièrement la mise en place d'un centre socio- culturo- spirituel protestant puis la direction pendant 12 ans d'un centre de cure pour malades alcoliques. J'y ai découvert l'importance d'apprendre à écouter l'humain dans toutes les dimensions qui le constituent. Aujourd'hui, inscrit au rôle des pasteurs de l' Eglise Réformée de France, j'essaie de mettre des mots sur mes expériences et de conceptualiser mes découvertes.
serge soulie

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