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5 novembre 2013 2 05 /11 /novembre /2013 14:50

 

    S'il fallait se convaincre que le christianisme en France mais aussi en Europe est à la croisée des chemins, il suffit de regarder le comportement des familles endeuillées pour la toussaint et plus généralement, ce qui se passe au moment des obsèques.

 

     Depuis plusieurs années de moins en moins de familles se rendent au cimetière sur la tombe  des leurs au moment de la toussaint. De plus en plus de fleuristes vont ce jour là fleurir eux mêmes  les tombes avec les bouquets commandés par la famille ou les amis des défunts. Les marchands de fleurs sont unanimes, ils vendent de moins en moins de fleurs  à cette occasion. Il y a de moins en moins de messes demandées pour les disparus.


     Pour ce qui est des obsèques, le nombre de personnes ne passant pas par l' Eglise augmente régulièrement. Une prise de parole est souvent confiée à un ami ou un responsable de l'association fréquentée par le défunt.. Les intervenants retracent à  grands traits les engagements du disparu, les titres de gloire s'il y en a (légion d'honneur, médailles de différents mérites) . Des membres de la famille racontent les moments vécus avec celui qui vient de les quitter, ils font allusion à son caractère. Ils voudraient garder ainsi le souvenir de celui qu'ils aimaient. Ces quelques mots n'ont rien à voir avec la religion la plupart du temps. Ajoutons à cela que le nombre d'incinérations va aussi en augmentant bien que l' Eglise catholique les déconseille.  


     On pourrait penser qu'il y a là un simple changement des us et coutumes qui s'installent progressivement dans le pays pour des raisons matérielles,   pratiques et de faisabilité comme le manque de place dans les cimetières.  Ce serait ignorer qu'au-delà de ces changement ce sont les croyances qui sans tambour ni trompettes sont remises en cause où plus exactement abandonnées. L'espérance en un au-delà ne justifie plus une cérémonie à l' Eglise. Les attitudes susceptibles de faciliter le passage dans l'au-delà telles les prières, les visites au cimetière ne sont plus opportunes  . L'incinération avec, le plus souvent, les cendres répandues sur la terre ou sur la mer, sans plaque du souvenir,  la disparition des somptueux caveaux avec croix et crucifix, dont le prix égalait parfois celui d'une habitation normale, montrent que le destin du mort ne dépend plus de l' Eglise et de la religion.

 

    Certes, ceci n'est pas exprimé, ce n'est pas un sentiment perçu ni par les endeuillés ni par l'entourage du défunt, ce serait trop dur et trop brutal, c'est un connaissance  inconsciente qui s'exprime à travers les nouvelles pratiques. Celles-ci ne veulent pas dire pour autant que les endeuillés ne croient pas à une vie dans un autre monde qui ne relève pas de la religion.

 

    Peut-on dire alors que s'en est terminé du christianisme, de ses croyances et de l' espérance dont il était porteur?  S'il ne change pas sa vision du monde, de la vie et de la mort, s'il reste figé, collé aux dogmes qu'il a élaborés au cours des siècles, il  continuera à concerner de moins en moins de personne. Il deviendra une secte cramponnée à des rites et des doctrines, acceptés dans une société laïque mais moqués par le plus grand nombre. C'est déjà le cas pour ceux qui demandent parfois si au vingt et unième siècle il est encore possible de croire à des trucs pareils concernant la foi. Pour eux, temples et cathédrales appartiennent au passé ainsi que tout ce qui s'y passe à l'intérieur.

 

    Et si de nouvelles attitudes religieuses s'imposaient, moins dociles encore  que celles connues avec le christianisme et l' Eglise si cruelle au cours des siècles. Une telle crainte n'est peut être pas injustifiée si on se fie à la nature de l'homme et à son évolution. Il semble en effet que cette nature ne puisse pas rester aussi "bonne" que nous le voudrions et qu'il le faudrait.

 

    C'est pourquoi nous ne renonçons pas au message initial du christianisme, celui que portait l'homme Jésus, bien avant les cathédrales, les conciles, les dogmes et les rites de toute sorte. Mais il est clair que ce message n'est pas à retrouver car il n'existe pas tel quel dans les Ecritures, il est à réinventer et redéfinir à partir de la dimension entièrement humaine   semble portée par Jésus. Il parlait lui-même de la destruction du temple -la plus grande cathédrale de l' époque-  pour dire qu'il est le temple. S'il y a un temple c'est bien celui que forme l'humanité réconciliée. Chaque humain est une pierre vivante de ce temple fait de chair et d'esprit. Jésus mettait au passé ce qui a été dit,  pour renvoyer à un nouveau dire: "vous avez entendu qu'il a été dit, mais moi je vous dis". L'autorité de l' Eglise a été relativisé par la réforme. Celle de la bible doit l' être par la pensée droits de l'homme. il n'y a pas de livres sacrés qui ne puissent pas être réécrits. C'est vrai pour la bible, c'est vrai pour tous les livres dits sacrés. L'avènement d'un monde nouveau ne passe pas par un livre unique, commun à tous mais par une libre interprétation de tous les livres dits sacrés.

   

      Il y a deux mille ans ceux qui ont connu Jésus ou ont suivi de près ce qui se passait avec lui ont su inventer un message nouveau qui est devenu une religion nouvelle que l'on a appelé christianisme. Saurons-nous maintenant inventer un nouveau message qui, comme celui des Evangiles ne fait pas table rase du passé, mais à partir de ce passé crée en quelque sorte "une religion nouvelle" qui rassemblera tous les humains de la terre. Cette religion sera en quelque sorte une non-religion parce qu'elle rassemblera tout ce qui permet de devenir encore plus humains dans toutes les religions.  C'est me semble t-il le projet initial de Jésus lorsqu'il se présente comme le corps, non pas seulement de l' Eglise, mais de l' humanité tout entière. N'oublions pas qu'il n'a jamais voulu fonder une Eglise, il n'a jamais voulu fonder une religion, il voulait rassembler tous les humains. L' apôtre Paul  avait compris cela bien que certaines de ses positions nous paraissent très contestables . Le temps n'était pas encore venu. L'histoire a une logique de progrès. Ne désespérons pas et sachons entrer dans cette logique en luttant contre ce qui fait obstacle à  ce qui empêche l'humanité d'advenir dans sa plénitude.   

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commentaires

Marcel MAGNON 10/11/2013 10:49

Merci pour cet espoir que tu essaies de faire germer.

Qui suis-je ?

     Titulaire d'une maitrise de théologie et d'un DESS de psychopathologie clinique, j'ai été amené à exercer plusieurs fonctions  et plus particulièrement la mise en place d'un centre socio- culturo- spirituel protestant puis la direction pendant 12 ans d'un centre de cure pour malades alcoliques. J'y ai découvert l'importance d'apprendre à écouter l'humain dans toutes les dimensions qui le constituent. Aujourd'hui, inscrit au rôle des pasteurs de l' Eglise Réformée de France, j'essaie de mettre des mots sur mes expériences et de conceptualiser mes découvertes.
serge soulie

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