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31 juillet 2014 4 31 /07 /juillet /2014 14:57

 

              Max, la cinquantaine est un homme généreux. Il  rend service sans ne rien demander en retour. Il sait accueillir à sa table et encourager ceux qui se sentent seuls ou débordés par leurs  tâches, ceux qui ne savent plus comment résoudre leurs problèmes. Il  lui arrive même d’accueillir pour quelques jours dans la chambre d’amis, celui ou celle qui ne sait plus ou reposer sa tête. Mieux encore, Max ne semble pas jouir de ses actes débonnaires comme ceux, qui aidant les autres se font d’abord plaisir à eux-mêmes. Il ne cherche pas à tirer une quelconque gloire de ses engagements qui semblent  répondre chaque fois à des situations difficiles.  Max n’agit pas par sentiment ou par compassion mais parce que la situation l’exige. Ainsi, il ne rend jamais dépendant de lui celui qu’il a pourtant aidé à des moments cruciaux.  Chacun se sent libre de ne rien lui devoir.

                Les chœurs pourraient chanter « bravo Max ! ». Seulement voilà : Pour lui rien ne va. Son discours n’est qu’une suite de négations sur tout ce qu’il traite.  L’école primaire où vont ses enfants ? Elle est mal organisée. Certains enseignants sont vraiment bizarres.  Le collège ? Il est mal géré. Les professeurs ne se font pas respecter. Le proviseur n’est pas assez sévère.  Les élèves ? Ils sont irrespectueux et n’en font qu’à leur tête. Ils ne travaillent pas. Tout leur est dû. Leurs échecs sont la faute des professeurs. La médecine ? Elle ne met pas la priorité où il faut. Il n’y a aucune logique dans l’organisation des soins. Chaque soignant fait ce qu’il veut.  La justice ? Elle n’existe pas.  C’est toujours les plus forts qui l’emportent. La science ? Elle mène le monde par le bout du nez. Elle passe son temps à transgresser les lois. Elle prépare la destruction de l’humanité car rien ne peut s’opposer au clonage, au nucléaire, aux OGM qui ne sont que négatifs. L’ordre social ? Il est inexistant. Chacun fait ce que bon lui semble. Il n’y a plus de retenue. Le progrès ? Il n’y en a pas. Les nouvelles découvertes ne peuvent qu’être dommageables pour les humains.  Les lois qui devraient encadrer la recherche n’existent pas. Elles courent après la science sans jamais la rattraper. Lorsqu’elles sont formulées et adaptées elles sont ridiculisées.  Les nouvelles dispositions sociales  comme le mariage pour tous, la PMA, la GPA ? Elles sont la porte ouverte à tous les excès et à tous les abus. Les humains en général ? Ils ne cherchent que leur intérêt. Seul l’argent compte. On ne peut faire confiance à personne. Tout le monde triche pour son profit : l’administration, les commerçants, les banques, les institutions.

                Le réquisitoire de Max est sans appel. Plus rien ne va. Tout  court vers le pire. Il parait clair que Max porte au plus profond de lui de nombreuses souffrances. Quelques séances de thérapie suffiraient probablement  à lézarder ce mur de négations derrière lequel il se protège. Il s’agit bien de fendre et non de démolir, une telle remise en question pouvant s’avérer dangereuse. Il y faut du temps pour opérer un changement.  Amener Max à voyager à travers les cinquante années de sa vie l’aiderait à reconsidérer les éléments du puzzle de son existence afin de mieux les positionner et les caler supprimant ainsi la  crainte que l’édifice s’écroule. On est en droit toutefois de se demander comment il se fait que ce chrétien convaincu, pratiquant parfaitement l’éthique de son Eglise comme nous le disons au début de cet article, engagé fidèlement dans la communauté ecclésiale à laquelle il consacre beaucoup de temps a pu se laisser enfermer dans une critique toute négative. L’Eglise devrait y réfléchir. Par expérience, je peux dire qu’elle ne donne que trop rarement à ses fidèles l’occasion de réfléchir sur eux-mêmes. Elle ne les prépare pas aux changements nécessaires qui se présentent tout au long de la vie. En langage religieux, nous dirions qu’elle ne les prépare pas à une conversion continue. Elle confond d’ailleurs conversion et adhésion.

                Enfin, et au risque de s’attirer les plus vives critiques, nous dirons qu’il  est urgent que l’Eglise sorte de la théorie du péché originel dans laquelle Saint Augustin l’a enfermée. On oublie que l’auteur des «  confessions » a cherché par ce biais à se pardonner la vie dissolue qui était la sienne avant qu’il rencontre le Christ. Les errements des uns et des autres, s’ils peuvent servir à la compréhension du fonctionnement des humains, ne peuvent à eux seuls servir à ériger des dogmes soit disant infaillibles. C’est par eux, que Max ne voit en l’humain qu’un être à qui il ne peut pas faire confiance. On lui a tellement dit que l’homme est pécheur !
               

 

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Qui suis-je ?

     Titulaire d'une maitrise de théologie et d'un DESS de psychopathologie clinique, j'ai été amené à exercer plusieurs fonctions  et plus particulièrement la mise en place d'un centre socio- culturo- spirituel protestant puis la direction pendant 12 ans d'un centre de cure pour malades alcoliques. J'y ai découvert l'importance d'apprendre à écouter l'humain dans toutes les dimensions qui le constituent. Aujourd'hui, inscrit au rôle des pasteurs de l' Eglise Réformée de France, j'essaie de mettre des mots sur mes expériences et de conceptualiser mes découvertes.
serge soulie

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