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20 juin 2014 5 20 /06 /juin /2014 12:04

 

            Je voudrais te remercier pour ton intervention dans notre groupe. Ton exposé était empreint de lucidité. C'était un parler vrai concernant la situation des Eglises du protestantisme historique. Il contrastait avec ce que nous disent habituellement les autorités de l' Eglise protestante Unie . Ceci se résume en  trois mots: Tout va bien. Il en est ainsi depuis trente ans.


            Tu as pu mesurer les réticences qu'il y avait dans l' assemblée. Les uns  te trouvaient pessimiste, les autres regrettaient que tu ne loues pas suffisamment le passé pour ce qui a été réalisé.. On peut comprendre cette attitude. En effet, quels retraités seraient prêts   à reconnaitre les échecs de la boite pour laquelle ils ont consacré leur vie? On voudrait qu'elle reste dans l' état où elle était lorsqu'on l' a quittée. Il faut bien résister au temps qui passe d'une manière ou d'une autre.


            J'ai regretté que le débat n'ait pas permis de reprendre les points que tu as soulevés. Parmi eux je retiens tout particulièrement :


            La bible ne fait plus autorité. En effet elle a perdu de sa superbe y compris dans le protestantisme. Entre de nombreux évangéliques qui la disent infaillible tel un pape,  et l'Eglise catholique où le prêtre l'élève telle une relique avant la lecture de l' Evangile,  une lecture , critique, animée par la raison,  motivée par la recherche, se fait de plus en plus rare.  La vision d'un Dieu qui conduit le monde et la vie de chacun selon son bon plaisir; un Dieu doué de volonté et de jugement  impartial   pour ce qui est de l' Ancien testament  puis d'un homme Dieu sortant du champ de l'humanité par des actes surnaturels pour le Nouveau Testament font perdre tout crédit à la bible qui n'est plus en phase aves la vision du monde actuel. On la lit comme si la compréhension du monde n'avait pas changé depuis 20 siècles.

            Evangéliser n'est pas une exception, un acte à part. C'est la nature même de l' Eglise. Ce n'est pas demander à des gens d'adhérer à nos convictions, encore moins d'entrer dans une institution, d'appliquer un règlement. C'est mettre en place tout ce qui va libérer l'homme de la maladie, des conditions sociales qui l'enferment , de l' ignorance, de ses pensées destructrices,  bref, de tout ce qui ne participe pas à son bonheur. Se soucier de l' autre qu'elles que soient les situations dans lesquelles il se trouve c'est vivre l' Evangile.  Ces situations peuvent lui être défavorables, favorables ou trop favorables parce qu' au détriment des autres, dans tous les cas il mérite d'être interpellé. Notons aussi que l' Evangile ne peut être réduit à la Parole et que celle-ci ne peut être assimilée à l' Evangile que si elle a un rôle libérateur pour l'individu.


            La bienveillance des catholiques à l' égard des protestants à éloigné ces derniers  de leurs convictions. L'œcuménisme de par son esprit de réconciliation a fait perdre au protestantisme une partie de sa spécificité qui était de se distinguer du catholicisme. Il ne faut pas oublier que l'œcuménisme a été la volonté des classes supérieures protestantes qui ne supportaient plus d'être ainsi à l' écart d'un monde qui s'unifiait. L'œcuménisme a mis du temps pour convaincre, d'une part, les classes populaires qui ont trouvé refuge dans des Eglise Evangéliques qui le refusaient  et d'autre part, les classes rurales qui ne voient plus la différence entre protestants et catholiques. Le bonheur de l' œcuménisme a été la réconciliation avec l' Eglise Romaine, son malheur est d'avoir affaibli la laïcité en laissant croire que la paix passait par l'abolition des différences. Nous en sommes aujourd'hui à privilégier l'unité plutôt que la vérité. Le journal Réforme en est l'illustration parfaite et représente bien à cet égard ce qu'il reste du protestantisme officiel. Sa devise implicite est : "Veillons à plaire à tout le monde."


            Retrouver pour les Eglises protestantes le fonctionnement d'hier est une entreprise vouée à l' échec. En effet quel sens cela a-t-il d'organiser des cultes tous les dimanches matin dans le temple du village où se retrouvent souvent moins de cinq personnes dont le plus jeune  a dépassé les quatre vingt ans. Par ailleurs quelle signification accorder au fait que pour les enterrements les temples sont pleins alors qu'il n'y a plus d'enfants et d'ados au catéchisme. Est-ce un  retour au religieux le plus trivial où l'on ne pense plus , on ritualise, ou est-ce une aspiration à vivre des rencontres à repenser entièrement bien différentes des cultes, des messes et autres célébrations. Une nouvelle organisation s'impose . Ne serait-il pas plus pertinent de mettre en place par secteurs  ou par territoires et non par villages, des centres, sortes d'Académies du Protestantisme où se retrouveraient ceux qui adhèrent à leurs recherches et à leurs actions. Ces lieux seraient des lieux de rencontres et de vie . Ils intègreraient à la fois le social, le culturel, le politique, et le cultuel dépouillé de ses habitudes instituées depuis près de 2000 ans avec ses dogmes, ses rites et ses croyances . De nouveaux rites sont à inventer. Les sacrements ne sont plus opérants. Ils ne parlent plus y compris à ceux qui les demandent. Dans notre monde, il n'est plus possible de figer ad  aeternam les gestes de l'humain. Pensons à l' Académie de Platon , au Lycée d' Aristote ,ou au jardin d' Epicure qui rayonnaient dans la société toute entière. Laissons les gens choisir et ne les embringuons plus dans des systèmes qui les enferment pour mieux les contrôler. Ne séparons plus le quotidien de nos vies d'une vie dite religieuse qui dans l' état actuel des choses apparait superflue et inutile parce qu'elle affirme (des dogmes, des rites...)  dont on ne voit ni l'intérêt ni la nécessité. A la place, privilégions la recherche, l'imagination et la création.  Qu'est-ce qui est le plus important: célébrer un mariage ou mettre en place durant toute la vie, la réflexion qui permettra à l' amour de durer? Célébrer un baptême où chercher avec l'autre ce qui nous maintien en harmonie avec l'univers, avec les autres et avec nous même? Bien sûr ces académies du protestantisme serait animées par des pasteurs formés à l'université, pas forcément à plein temps. Un travail autre maintient une ouverture au monde importante.


            En quoi croire nous rend-il différent des autres? Si les "Académies protestantes" étaient des lieux de recherche, la frontière ne passerait plus entre croyants et incroyants, entre une religion et une autre. Il n'y aurait plus ni juif ni grecs ni…mais des gens qui ont le souci de construire ensemble, quitte à trouver ailleurs ce qu'ils n'auraient pas dans ce protestantisme renouvelé.  

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commentaires

jean-louis 20/06/2014 14:34

Je suis heureux et content de lire les propos écrits mais par qui? Et pour qui?
La lecture et l'étude de la Bible en effet n'est plus de rigueur dans les milieux protestants et le fait de se faire accepter par tous (pourquoi?) a atténué voire détruit la spécificité de ceux qui
confessent l'Ecriture Seule, la Grâce seule, la Foi seule, le Christ Seul, A Dieu seul soit la Gloire!!!!!

Qui suis-je ?

     Titulaire d'une maitrise de théologie et d'un DESS de psychopathologie clinique, j'ai été amené à exercer plusieurs fonctions  et plus particulièrement la mise en place d'un centre socio- culturo- spirituel protestant puis la direction pendant 12 ans d'un centre de cure pour malades alcoliques. J'y ai découvert l'importance d'apprendre à écouter l'humain dans toutes les dimensions qui le constituent. Aujourd'hui, inscrit au rôle des pasteurs de l' Eglise Réformée de France, j'essaie de mettre des mots sur mes expériences et de conceptualiser mes découvertes.
serge soulie

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