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4 janvier 2014 6 04 /01 /janvier /2014 15:55

 

            Une équipe médicale française vient de réussir la première implantation d’un cœur artificiel. On peut se réjouir des progrès dont est capable la médecine. On comprend la satisfaction de ceux qui ont œuvré pour une telle réussite. Se pose toutefois la question de savoir si ce qui est incontestablement une prouesse technique est pour autant un progrès pour l’humanité.


            Nous sommes en plein débat sur la fin de vie. Dans ce débat l’option d’un suicide assisté recueille de nombreuses voix. L’intérêt d’un allongement de la vie à n’importe quel prix pose question. Les moyens pour abréger cette vie suscitent de nombreuses interrogations, de l’angoisse  et des craintes souvent inavouées. Mettre en place de tels moyens pour prolonger la vie au-delà de soixante quinze ans apparaît  alors en contradiction avec les sentiments exprimés dans ce débat.


            Bien sûr, ce n’est pas dit et ce ne peut l’être. L’homme  ici sert de cobaye pour une telle expérimentation. A son âge on peut considérer, comme le prétend la vox populi, qu’il a vécu. Si la greffe ne réussit pas, la mort restera un moindre mal. Comme se plaisait à le remarquer un ami dès qu’il eut fêté quatre vingt ans, on peut considérer que cet homme fait du rab. Notons d’ailleurs que cet ami se référait, de par sa foi, à la bible où on peut lire au psaume  90  que l’homme vit soixante dix ans, quatre vingt pour les plus robustes. Dans ce cas l’ami faisait partie des forts. Il est mort à quatre vingt cinq ans. Notre opéré, ayant besoin d’un cœur artificiel se classe dans la moyenne de durée de vie selon le psalmiste. Pourquoi alors l’inviter, par une greffe aussi onéreuse, à vivre plus longtemps ?


            On peut répondre qu’une telle expérience permettra à l’avenir de sauver des enfants (ce sera difficile tant que la croissance n’est pas terminée) ou de jeunes adultes. C’est pertinent. On peut se demander aussi, si vu le déficit de la sécurité sociale et vu le nombre de jeunes adultes qui pourraient bénéficier d’une telle intervention, il est bien raisonnable d’engager de telles dépenses qui manqueront ailleurs et qui auraient pu tout autant sauver des vies. Nous sommes placés ici devant un choix vital dans les deux cas. La réponse doit alors dépendre du nombre de vie à sauver. Le plus difficile est d’accepter de ne pas pouvoir sauver tout le monde. Telle est pourtant la dure réalité que l’on retrouve dans d’autres domaines sans que la vie soit en jeu directement. Prenons l’exemple de ces entreprises qui pour maintenir l’activité doivent se séparer d’un certain nombre d’employés. Certains syndicats préfèrent leur fermeture totale plutôt que le licenciement partiel. Certes, les arguments syndicaux sont souvent justes car in fine, il s’agit d’augmenter le profit pour quelques un seulement au détriment des autres. Ceci dit, il n’est pas moins vrai que faire le deuil des êtres et des choses est toujours très difficile.  Perdre des emplois pour en sauver d’autres est une rude réalité qui s’impose parfois de manière inéluctable. Perdre un parent , un ami qui aurait pu vivre encore une dizaine d’années pour sauver ou mieux soigner des dizaines de malades parait tout à fait inhumain.


            L’acharnement qui consiste à vouloir prolonger la vie par le progrès fait partie de cette difficulté de faire le deuil des jours supplémentaires qui pourraient nous être accordés  sur cette terre. Aujourd’hui, on ne parle d’acharnement thérapeutique que dans l’accompagnement de fin de vie. La question est alors de savoir si on débranche ou pas tel ou tel appareil. Subordonner le progrès au prolongement de la vie est aussi une forme d’acharnement thérapeutique. N’est-il pas souhaitable d’orienter le progrès vers un confort de vie toujours plus grand tout en abandonnant la volonté de prolonger encore la vie? Sauver la vie c’est savoir la laisser mourir quand le temps est venu. Vie et mort sont inséparables. Les séparer, c’est tuer la vie et faire de la mort un épouvantail. De cet acharnement et parce qu’on veut faire de la vie une chose éternelle sont nées toutes les machineries sur une vie après la mort. Ces hypothèses sur le  «post mortem» sont considérées encore aujourd’hui comme des autorisations à supprimer la vie à ceux qui ne demandent qu’à vivre. Elle engendre la violence, les guerres, la banalisation des meurtres quels qu’ils soient. Les vies qui seront sauvées par un cœur artificiel, seront toujours insignifiantes par rapport à celles qui pourraient l’être par l’absence de guerres, d’accidents évités, de bonne hygiène de vie  et de meurtres en tout genre.

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commentaires

Eric Buscarlet 06/01/2014 14:56

Bonjour, ceci n'est pas à proprement parler un commentaire, mais une difficulté de lecture :depuis deux de vos blogs, les caractères utilisés sont les caractères grecs. Du coup je ne peux plus les
lire...
Ce n'est pas un gag !
Cordialement et merci pour votre blog

06/01/2014 21:48



Bonsoir ,j'ai bien lu votre remarque ,mais je ne sais pas d'où cela peut venir car lorsque j'ouvre l'adresse du blog :http://sergesoulie.over-blog.com/ je peux lire les articles sans problème.


J'espère que le problème est passager.



Qui suis-je ?

     Titulaire d'une maitrise de théologie et d'un DESS de psychopathologie clinique, j'ai été amené à exercer plusieurs fonctions  et plus particulièrement la mise en place d'un centre socio- culturo- spirituel protestant puis la direction pendant 12 ans d'un centre de cure pour malades alcoliques. J'y ai découvert l'importance d'apprendre à écouter l'humain dans toutes les dimensions qui le constituent. Aujourd'hui, inscrit au rôle des pasteurs de l' Eglise Réformée de France, j'essaie de mettre des mots sur mes expériences et de conceptualiser mes découvertes.
serge soulie

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