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28 janvier 2014 2 28 /01 /janvier /2014 10:57

 

            L’Eglise catholique ne s’y est pas trompée. L’amendement concernant le droit à l’avortement qui remplace l’expression « détresse de la femme » par « qui ne veut pas poursuivre la grossesse » est d’une grande importance. Il modifie en profondeur les raisons qui donnent droit à l’avortement. Si jusque là la détresse justifiait un tel acte, désormais c’est le libre choix de la femme sans raison à fournir. D’une manière générale les journaux chrétiens, catholiques ou protestants s’en émeuvent et regrettent que le gouvernement ait remis sur le tapis cette affaire. Comme la droite politique de ce pays, ils soupçonnent le gouvernement de diversion voire de manipulation politicienne. Ce n’est pas impossible. Il serait toutefois regrettable que les chrétiens ne s’interrogent pas  davantage lorsqu’ils défendent bec et ongle la loi telle qu’elle a été promulguée du temps où Simone Veil était ministre.


              En cause ici, le moment à partir duquel on peut considérer qu’il y a « vie » pour un embryon. Pour la théologie catholique, la vie nait avec la rencontre de  l’ovule et du spermatozoïde.  Elle  est instantanée. Dès lors, elle doit être protégée. L’avortement est une atteinte à la vie. Un meurtre. Cohérente avec elle-même l’Eglise catholique reste opposée à l’avortement. On se demande alors  comment, depuis le temps, elle accepte cette loi sans rien dire comme si la détresse des uns justifiait le meurtre des autres, même sous la forme de l’embryon.   Quant aux protestants, favorables à l’interruption de grossesse  du temps de Simone Veil  et très actifs au planning familial,  ils se rangent aujourd’hui sous la bannière des opposants à cet amendement donnant ainsi le sentiment de s’opposer plus à un gouvernement qu’à une loi. Il est vrai que depuis la loi Veil, les positions de la Fédération protestante se sont raidies se rapprochant de l’éthique catholique pour ce qui est des mœurs  en particulier. Ses positions timides sur le mariage pour tous en témoignent.


            Ne serait-il pas plus sage de considérer que la vie est un processus qui se met en route dans le temps et qu’il ne suffit pas que deux gamètes se rencontrent pour qu’un être soit là instantanément. Certes, dans  cette manière de voir, le moment à partir duquel on peut considérer que l’embryon est un être humain est arbitraire. Peut-on faire autrement ? Le temps de 12 semaines, moment à partir duquel l’embryon   prend   la forme d’un enfant, parait raisonnable.  C’est le temps minimum adopté par plusieurs pays. Alors pourquoi ne pas considérer que toute femme a le droit de mettre un terme à sa grossesse durant ces douze semaines. C’est bien ce qui se passe actuellement malgré la mention de « détresse ». Cette mention est d’autant plus culpabilisante qu’elle oblige à poser sur cette situation un qualificatif de détresse qui n’est pas forcément vrai et reconnu. A l’acte d’avorter s’ajoute ainsi celui de mentir.


          On peut se demander si en refusant à la femme la liberté de choix d’avoir un enfant,  l’Eglise ne reste pas empêtrée dans ses dogmes et ses doctrines concernant  la sexualité qu’elle continue à subordonner à la procréation.  Le plaisir semble faire peur aux religieux lorsqu’il n’est pas caché. Là est le danger. Le combat acharné contre le mariage pour tous va dans ce sens lorsqu’on sait combien l’homosexualité est cachée y compris dans le rang des religieux.


          Il n’est pas demandé aux chrétiens et autres religions d’approuver toutes les décisions de l’Etat. Celui-ci légifère par le biais de la représentation nationale après avoir été informé des positions des uns et des autres. La loi votée, chacun se doit de l’appliquer y compris lorsqu’elle ne convient pas. Ceci dit, et sans forcément approuver toutes les lois votées par l’Etat, les chrétiens devraient se demander s’il est bon de cacher et d’interdire ce qu’ils désapprouvent.  L’Evangile ne les invite -t-ils pas à le mettre en pleine lumière sans pour autant vouloir arracher l’ivraie si ivraie il y a ! Entre les deux positions extrêmes qui consistent à arracher l’ivraie ou à l’inverse à l’entretenir, il y a la position de l’attente durant laquelle chacun peut témoigner.

 

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Qui suis-je ?

     Titulaire d'une maitrise de théologie et d'un DESS de psychopathologie clinique, j'ai été amené à exercer plusieurs fonctions  et plus particulièrement la mise en place d'un centre socio- culturo- spirituel protestant puis la direction pendant 12 ans d'un centre de cure pour malades alcoliques. J'y ai découvert l'importance d'apprendre à écouter l'humain dans toutes les dimensions qui le constituent. Aujourd'hui, inscrit au rôle des pasteurs de l' Eglise Réformée de France, j'essaie de mettre des mots sur mes expériences et de conceptualiser mes découvertes.
serge soulie

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