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29 octobre 2014 3 29 /10 /octobre /2014 17:22

Les maîtres de la loi    

                                                                                  ou de l' écrit au vécu 

                                                                   commentaire de Matthieu 23 verset 1 à 12

 

                  Les scribes et les pharisiens sont les responsables religieux et politiques du peuple d' Israël du temps de Jésus. Tous les pharisiens ne sont pas scribes mais tous ont les plus hautes responsabilités et sont considérés comme chefs du peuple. Nous dirions aujourd'hui que ce sont les cadres de la société. Dire qu'ils sont assis dans la chaire de Moise n'a rien de polémique. C'est la description d'une situation tout à fait normale et Jésus ne remet pas en question leur enseignement et leur référence à la loi de Moise.  Jésus ne les dément pas, il ne conteste pas la loi de Moise "vous devez donc leur obéir  et accomplir ce qu'ils vous disent" dit-il. Il ne demande pas une rupture. Ce que Jésus leur reproche, ce n'est pas la doctrine , c'est leur hypocrisie  car ils disent et ne font pas.. Ils ne mettent pas en pratique ce qu'ils enseignent. La Thora a été donnée pour la mettre en pratique : apprendre/enseigner/garder/accomplir. C'est ce qu'ils ne font pas.


            Cette attitude ne devrait pas nous scandaliser. Elle n'est pas exceptionnelle. En effet, qui de nous n' a pas ressenti cet écart entre ce qu'il voudrait faire et ce qu'il fait . L'apôtre Paul lui-même écrit dans sa lettre aux Romains 7 v19 : " Je ne fais pas le bien que je veux mais je fais le mal que je ne veux pas". N'est-ce pas d'ailleurs un des buts de la confession des péchés de nous faire prendre conscience de l' écart entre ce qui nous est demandé et ce que nous faisons?


            Jésus ne se trompe donc pas . Il constate cet écart. Notre nature  est  ainsi faite! Autrement dit tout cela est normal. Lorsque j' exerçais mon ministère j'avais  l' habitude de dire du haut de la chaire à ceux qui m'écoutaient  " faites ce que je dis, ce que je prêche  et ne faites pas forcément ce que je fais". Cela m' était parfois reproché parce que l'on attend du pasteur qu'il soit sinon  parfait en tout cas un modèle et l'on est déçu lorsqu'il ne l' est pas ou plus exactement lorsque l'on a le sentiment qu'il ne fait pas beaucoup d'efforts pour l' être. Ce qui dit en passant me parait juste. Un pasteur ne peut pas être parfait comme d'ailleurs tous les humains, il ne peut pas se dispenser d'essayer de l' être. Reste ensuite à définir ce que peut être la perfection!


            Mais Jésus me semble ici aller plus loin qu'une reconnaissance de notre nature dans ce décalage entre le dire et le faire. Il est très sévère: "malheur à vous, maîtres de la loi et pharisiens hypocrites" répète t-il. Jésus ne remet pas seulement en cause un comportement humain  somme toute très naturel. Il remet en question l'interprétation et l'utilisation de la loi de Moise. Il le fait par cette remarque: "Ils attachent des fardeaux pesants, les mettent sur les épaules des hommes et ils ne veulent pas les remuer du doigt. . La loi de Moise n'est pas remise en cause.  C'est ce qui en est fait qui est insupportable.  Les scribes et pharisiens la rendent pesante et lourde . Ils ne font rien pour l' alléger. Ils ne tiennent pas compte de la possibilité des humains. Ils sont dans la "sphère Dieu" telle qu'ils la conçoivent. Ils ne sont pas  dans celle des hommes. Ils ne descendent pas sur terre. Ils ne tiennent pas compte des possibilités et des besoins humains. Ce sont des bigots. Ils portent des phylactères qui sont des boites , sortes d'amulettes dans lesquelles sont enfermés des versets de la thora et des franges pour rappeler qu'ils appartiennent à Dieu. En squattant les premières places, en exigeant d'être appelés maitre selon l'usage; ils cherchent à montrer qu'ils sont à Dieu. Ce n'est pas par les bons sentiments qu'ils montrent cette appartenance , c'est par le paraître.  Ce n'est pas par la tendresse du cœur, c'est par la force et la violence de l' apparence. C'est donc une réforme en profondeur qu'apporte ici Jésus en contestant cette soumission faite d'apparences et se traduisant par des mots comme "Maitre"  ou des attitudes  telles les salutations publiques en lieu et place de la fraternité. Jésus qui s'adresse ici à la foule et aux disciples leur dit en substance, vous n' êtes pas liés à des maitres dans un rapport de hiérarchie, vous n'êtes pas soumis à une doctrine, et je ne vous en apporte pas une nouvelle, vous êtes frères par votre appartenance au seul vrai Maître, frère parce que vous avez un seul Père. "Le plus grand parmi vous sera appelé serviteur" non par un classement hiérarchique , par domination de l'un sur l' autre, mais parce que vous vous reconnaissez comme frères.   


            Ce premier dimanche d'octobre est la fête de la Réformation. Permettez moi un parallèle entre la réforme proposée par Jésus ici et celle de Luther, Calvin et autres réformateurs. Revenons à ce qui se passe avant la Réforme. Les chefs religieux font peser sur le peuple de lourds fardeaux. Sur ces fidèles comme sur les autres par le truchement des forces politiques que sont les  rois, les princes…  Pour les réformateurs, ses fardeaux ne sont pas bibliques. Ils sont une vision découlant d'une Eglise qui se veut toute puissante et qui donne une interprétation de la bible  tout à fait partisane. En proposant de revenir à la bible par son fameux "Sola scriptura" Luther n'envisage pas de remplacer le pouvoir de l' Eglise par le pouvoir des textes de l' Ecriture. Il propose une autre interprétation voulue et reconnue par tous. Il ne veut pas substituer la loi de  la bible à la loi de l' Eglise. Il ramène à l' Ecriture pour que puisse s'engager une réflexion. Il ne s'agit pas de remplacer l'ordre de l' Eglise par un ordre biblique . Il s'agit de donner à  chacun la possibilité de réfléchir et de s'engager sur ce qu'il comprend de la bible.


            C'est ainsi qu'aujourd'hui  le "sola scriptura" me parait bien mal compris lorsque pour défendre une cause, les chrétiens partisans de cette cause disent :" la bible dit que". Ou qu'ils veulent s'en référer à une anthropologie biblique pour l'appliquer à notre actualité. Ils ne se rendent pas compte qu'en appliquant une telle anthropologie ils reviennent à des attitudes archaïques comme la place de la femme dans la société ou encore celle donnée à    la violence et à la peine de mort.  Il n'y  a pas, par exemple ,de femmes parmi les douze disciples. C'est en tout cas ainsi que le présentent   les auteurs de l' Evangile. Il faut être cohérent et ne pas choisir le verset qui nous arrange ou l'attitude qui nous convient pour justifier ce qui nous plait et rejeter les autres versets au gré de nos convictions et de nos réactions.


            Le sola sciptura ne renvoie pas à de nouvelles lois. Il renvoie à  Jésus autrement dit à l'humain, Jésus étant le premier d'entre les humains. C'est l' amour apporté à l' autre qui doit dicter les choix de vie. Ce ne sont pas les lois. Les pharisiens croient au prima de la loi.  Jésus leur propose de mettre l' amour au dessus de la loi .  Et aujourd'hui  comme hier il peut arriver que l'intérêt des humains aille à l'encontre de certains passages de la bible qui correspondaient  à une époque donnée mais  qui ne s'adaptent plus à la vie d' aujourd'hui.


            Quand Luther lance son "sola scriptura" c'est dans un contexte particulier. Il dit non à la puissance et au pouvoir de l' Eglise Romaine pour ramener à  Jésus Christ. Il veut conduire chaque être à vivre avec Christ d'abord. C'est  cela le salut: Etre  avec le Christ vivant.  Emboiter son pas y compris lorsqu'il diffère de celui de l' Eglise. Retrouver le Christ à travers la bible voilà le souci de Luther et des réformateurs.


            Ainsi, ce n'est pas un fardeau qui est mis sur la tête des humains comme le faisaient les pharisiens du temps de Jésus, comme l'a fait l' Eglise au moyen âge et avant la réforme, et comme elle le fait encore aujourd'hui. C'est au contraire une libération, un délestage de ce qui  pèse à l'humain sans que la religion vienne ajouter d'autres fardeaux encore. Montrer que l'on est bien dans les clous de la religion ne peut être un but premier. Paraitre encore moins. Mon premier souci ne peut être que reconnaitre en l' autre un frère parce que Jésus est notre  frère ainé à tous et que nous avons le même père.


            La réforme a voulu rendre l'homme libre en lui permettant d'emboiter le pas  au  Messie, un certain Jésus de Nazareth.   Il appartient à cet homme libre de décider en fonction de ce qui lui parait plus juste, plus utile et meilleur pour l'humain . Il y a eut passage de la loi de Moise au Christ Jésus. Ceci tient en une phrase, celle de l' Evangéliste Jean:  "la Parole a été faite chair".

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Qui suis-je ?

     Titulaire d'une maitrise de théologie et d'un DESS de psychopathologie clinique, j'ai été amené à exercer plusieurs fonctions  et plus particulièrement la mise en place d'un centre socio- culturo- spirituel protestant puis la direction pendant 12 ans d'un centre de cure pour malades alcoliques. J'y ai découvert l'importance d'apprendre à écouter l'humain dans toutes les dimensions qui le constituent. Aujourd'hui, inscrit au rôle des pasteurs de l' Eglise Réformée de France, j'essaie de mettre des mots sur mes expériences et de conceptualiser mes découvertes.
serge soulie

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