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10 février 2014 1 10 /02 /février /2014 14:54

 

       Le débat actuel sur la fin de vie se concentre essentiellement autour de personnes malades pour lesquelles il n’y a plus aucun espoir de rémission ou de guérison. Le plus souvent ces personnes éprouvent de la douleur .Envisager la fin de leur vie c’est faire cesser leurs souffrances. Dans le cas de personnes grabataires après un grave accident il s’agit de mettre fin à une situation qu’ils ne veulent plus supporter tant elle est dure et ne ressemble en rien à la vie telle que chaque humain peut l’envisager.

 

        Ces situations, aussi graves et importantes soient-elle, confisquent la part du débat concernant le vieillissement. Un tel allongement de la vie était totalement inespéré il y a encore une vingtaine d’années. La société ne s’y est pas préparée. Or, n’en déplaise à la médecine, là est la grande question. En effet, trouver des solutions pour alléger les grandes douleurs est plus facile, parce que plus technique, que d’encadrer et porter le vieillissement. Celui-ci peut conduire à des solutions contraires à une éthique privilégiant la vie. Ici, l’économique prend le pas sur le médical. Dans un futur proche, il déterminera les comportements face à une mort qui tarde à venir.


        Plusieurs facteurs sont déterminants pour les attitudes de demain à l’ égard de ce vieillissement.  Il y a d’abord la place dans les maisons d’accueil pour ceux qui ne peuvent plus rester seuls. Leur nombre grandit avec l’avancée de l’âge qui lui-même ne cesse de se prolonger de par la situation sécurisante et les soins adaptés prodigués par les équipes soignantes  dans ces lieux d’accueil.  Immédiatement après se pose la question de qui va payer. De nombreuses familles sont à bout de souffle. Peuvent-elles payer pendant vingt ou trente ans la pension de leurs parents  ou grands parents. Est-il raisonnable d’asservir ainsi des  familles en charge de leurs enfants en leur demandant de payer pour des parents figés sur un fauteuil, vivant à minima et dont beaucoup se feront plus que centenaires. Pour vouloir à tout pris prolonger leur vies ne risque t-on pas de provoquer le suicide de ceux qui ne peuvent pas choisir entre abandonner leur parents et négliger l’éducation des enfants. Ne risque-ton pas de détruire l’avenir de ces enfants et petits enfants qui ne pourront pas prétendre à des études, les parents n’en n’ayant plus les moyens une fois les factures de la maison de retraite acquittées. Enfin jusqu’où ira-t-on pour maintenir la sécurité sociale à flot. Pourra-t-on encore longtemps puiser dans le revenu du travail de chacun et le revenu de l’entreprise ? Une société qui n’a en tête que l’allongement de la vie est une société qui court à sa perte.

 

Les deux acteurs principaux doivent s’interroger :


            Tout d’abord la médecine. Quel but poursuit-elle ? Vouloir repousser sans cesse les limites de la vie a-t-il un sens ? Est-il bien nécessaire de travailler à un cœur artificiel  ou  à un cerveau ?  N’y a-t-il pas là une volonté « babélique » ?  Ici la recherche devient aussi dangereuse que la recherche sur le nucléaire. A long terme elle peut détruire l’humanité au lieu de la sauver. Il ne s’agit pas bien sûr de laisser mourir les gens de faim, de soif, de souffrance. Il s’agit d’accepter que l’homme est mortel et qu’il y a de la déraison à vouloir le rendre quasi immortel.  Laisser un humain retourner à la terre dont il a été sorti selon le mythe biblique, ce n’est pas l’abandonner, ce n’est pas le laisser mourir, c’est respecter le cycle de la nature, le vieillissement, la création.


            L’autre acteur à prendre sa part de responsabilité dans le vieillissement c’est bien sûr l’état. Il lui appartient d’organiser le « bien vieillir » pour qu’il ne pèse pas  sur les équilibres sociaux à l’image de la sécurité sociale qui dévore tous les budgets et brise l’économie.  Il s’est laissé déborder. Les progrès scientifiques, dans de nombreux domaines, sont allés plus vite que la pensée politique. La société s’en trouve désorganisée. Il est temps que ces acteurs se mettent au travail pour que chaque être puisse s’assumer financièrement jusqu’à sa mort sans peser sur ses descendants. A l’état et à la médecine de définir ce qui est possible et raisonnable tout en se coordonnant pour le mettre en place.


            On le voit, il est urgent d’élargir le débat sur la fin de vie. Il doit être étendu au domaine de l’économie, à celui du sens de la vie posé par le religieux et la philosophie.

           

           

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commentaires

FERRET 10/02/2014 16:51

rectificatif orthographique: doit-ON vieillir....

autre rectificatif : mais PAS de sédation définitive...

FERRET 10/02/2014 16:49

Merci de cet article et de ces pensées qui dérangent beaucoup: doit vieillir indéfiniment et peut-on vieillir indéfiniment?
Ceux qui ont "branché" pour faire "durer"(?)la "vie"(et quelle vie pour beaucoup!!!)ont du mal à accepter quelquefois que l'on "débranche" mais surtout par de "sédation définitive", ça heurte leur
"morale",,,,!!!????
Merci de vos articles Salut et courage à vous.
Jeanlouis l'Ancien.

Qui suis-je ?

     Titulaire d'une maitrise de théologie et d'un DESS de psychopathologie clinique, j'ai été amené à exercer plusieurs fonctions  et plus particulièrement la mise en place d'un centre socio- culturo- spirituel protestant puis la direction pendant 12 ans d'un centre de cure pour malades alcoliques. J'y ai découvert l'importance d'apprendre à écouter l'humain dans toutes les dimensions qui le constituent. Aujourd'hui, inscrit au rôle des pasteurs de l' Eglise Réformée de France, j'essaie de mettre des mots sur mes expériences et de conceptualiser mes découvertes.
serge soulie

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