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30 novembre 2012 5 30 /11 /novembre /2012 17:29

 

            Il est bien loin le temps où le dimanche matin les maisons se vidaient et les Eglises se remplissaient tout particulièrement dans les villages. Il y a une trentaine d'années c'est encore ce que j'ai pu observer au Québec dans un village des Laurentides. Il y avait quatre Eglises, trois protestantes et une catholique. A dix heures toutes les cloches sonnaient et l'on pouvait voir la quasi-totalité des habitants s'acheminer vers la chapelle de leur appartenance. On ne rencontrait pas une âme dans les rues et chemins de ce bourg d'un millier d'habitants.

            De retour en France, mon grand père m'assura qu'il en était de même dans son village des Cévennes jusqu'aux années 1920.  D'après lui, c'est après la deuxième guerre mondiale qu' Eglises, temples et chapelles  commencèrent à se vider. Il s'étonnait que les responsables d' Eglises ne s'interrogent pas davantage sur cette situation. Peut-être souhaitait-il que la question lui soit posée lui qui avait renoncé à  l'office religieux du dimanche sans pour autant perdre la foi disait-il. En bon protestant, il lisait sa bible , chantait des cantiques et faisait référence à Dieu et à Jésus Christ.

            Aujourd'hui la situation s'est encore aggravée. Temples et Eglises ferment et sont vendus pour d'autres utilisations (club de sports, salles culturelles ou locaux commerciaux).  Les édifices fréquentés par les intégristes de toutes les religions résistent mieux . Quant aux mosquées, elles font le plein tous les vendredis  et leur nombre augmente régulièrement. Pour autant les raisons de cette désaffection pour la religion chrétienne classique (catholiques et protestants) ne sont pas abordées. L'Eglise a du mal à se remettre en cause et ne peut envisager de soumettre au feu de la critique ses pratiques, ses dogmes et ses rites. Elle invoque des raisons sociales ou culturelles, elle accuse la modernité et les nouvelles façons de vivre, elle s'aventure parfois à reconsidérer certaines croyances, c'est ainsi que le Dieu punissant, autoritaire et vengeur a été remplacé par un Dieu gentil et plein d'amour, elle n'abandonne pas pour autant la forme des cultes ou des messes. Or pour le plus grand nombre de nos contemporains, liturgies et rites ne font plus loi et semblent avoir perdu tout leur sens. Ils  n'aident plus à la vie quotidienne.  

            C'est regrettable. L'office du dimanche matin pourrait-être le moment où les gens se rencontrent sans intérêt sinon celui de se saluer et prendre des nouvelles les uns des autres. Ce pourrait être aussi un temps où l'on fait silence pour mieux entendre ce qui vient de l' extérieur, un temps où l'on prend en compte une parole désintéressée à la fois réconfortante et questionnante avec peut-être un temps  d'échange et de réflexion à poursuivre dans des groupes plus restreints. Enfin un moment où l'on prend le temps de laisser venir à soi des pensées  nouvelles et où l'on fait confiance  à l'invisible et à  la transcendance.

            Laver sa voiture, faire le ménage, aller à la chasse ou à la pêche,   se planter devant la télé, ou encore aller hurler dans un stade, ce n'est pas plus enrichissant que d'assister à un office qui ne fait plus sens, c'est peut-être plus utile dans l'immédiat mais cela prépare t-il l'avenir de chacun?  Je crains que non. L'humain à l'art, après s'être aliéné à la religion dans sa forme la plus moyenâgeuse, de s'aliéner aux tâches quotidienne et aux loisirs. Quand saura-t-il vivre pleinement et intelligemment?  Et enfin quand l' Eglise osera-t-elle s'affranchir de certaines habitudes pour retrouver la fraicheur et la force de l' Evangile?

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commentaires

Martial 02/12/2012 19:47

Les églises ne se vident pas tout à fait ! On y trouve toujours nos anciens qui peut être y reviennent en voyant s'approcher "l'échéance" (on ne sais jamais ...), on y croise toujours les quelques
individualités occupant une "responsabilité importante" dans la paroisse, et dont la fonction est un attribut de pouvoir satisfaisant un égo jamais rassasié, qui se pavanent et gloussent de plaisir
à chaque courbette admirative des plus naïfs, de ceux qui sont les seuls à croire encore que c'est par pure abnégation et don de soi que Docteur Machin ou Vieille Mademoiselle Trucmuche sont
présidents du conseil, on y croise aussi tous ceux qui briguent le poste à la prochaine assemblée générale, ceux qui fomentent en cachette les meilleures chausse trappes tandis qu'ils affichent en
façade un angélisme de circonstance. Tout ce petit monde y circule, y grenouille, se sourit hypocritement, se pare de mille vertus alors même qu'ils sont peut être de laches salauds le reste de la
semaine dans leur entreprise, dans leur famille ... tout ceci sous le regard bienveillant de Monsieur ou Madame le Pasteur, qui bien souvent n'est pas dupe, mais en général se tait. A lui ou elle
il ne faut pas en vouloir. Après tout, c'est son quotidien qui en pâtirait. On ne peut pas se battre contre tout et tout le monde. Car le "vrai patron" c'est son Président du conseil ... Ou en tous
cas il se comporte comme tel, et rien ni personne ne lui rappelle le sens de la parole de Dieu.
Alors, pourquoi aller dans une église si l'on sait qu'on y trouvera cette concentration de champions du monde de bienveillance feinte en plein exercice d'autosatisfaction, attendant toute la
semaine le dimanche suivant pour y assouvir leur goût immodéré du pouvoir, aussi infime et illusoire soit il ? Ou ceux qui les envient ? Ou ceux qui les admirent ?
Certes, on ne trouve pas non plus autour d'un stade ou devant une télé le sens qu'on veut donner à sa vie.
Mais si l'église accepte d'accueillir jusque dans son fonctionnement tout ce que la bêtise des hommes est capable de montrer dehors, pourquoi y entrer ?
Il y a un temps ou l'on croit qu'on peut y être sincère, y apporter ce qu'on désire y trouer. Puis il y a un temps où l'on comprend que dans l'église aussi il y a un système, des enjeux de
pouvoirs, des rôles, et que ceux qui ne le voient pas en sont les pigeons.
Mais ne généralisons pas ! De vrais sincères, de vrais convaincus qui pourtant ne sont dupes de rien continuent avec assiduité à se comporter en chrétiens, pendant le culte auquel ils assistent
malgré tout. Des optimistes forcenés peut être. Mais tout le monde n'a pas cette force.
L'église décrite par ces anciens des Cévennes a t elle disparu ? Est il tout simplement encore possible de la rencontrer, mais à l'extérieur des murs de la paroisse ?

Qui suis-je ?

     Titulaire d'une maitrise de théologie et d'un DESS de psychopathologie clinique, j'ai été amené à exercer plusieurs fonctions  et plus particulièrement la mise en place d'un centre socio- culturo- spirituel protestant puis la direction pendant 12 ans d'un centre de cure pour malades alcoliques. J'y ai découvert l'importance d'apprendre à écouter l'humain dans toutes les dimensions qui le constituent. Aujourd'hui, inscrit au rôle des pasteurs de l' Eglise Réformée de France, j'essaie de mettre des mots sur mes expériences et de conceptualiser mes découvertes.
serge soulie

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