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5 juin 2014 4 05 /06 /juin /2014 21:49

 

            Beaucoup de nos concitoyens se sont engagés pour les élections municipales. Dans certains villages près de la moitié des électeurs figuraient sur une liste. Le plus souvent les colistiers avaient construit un programme  pratique et réaliste rendu possible de par la proximité avec les électeurs  démarchés à domicile. Il est alors plus facile de connaître leurs préoccupations. Les colistiers s'étaient pris à rêver. Leur programme était le bon. Les réunions étaient devenues régulières, chacun y trouvait sa place et sa fonction.


            Bien sûr tous les prétendants n'ont pas été élus. Certaines listes n'ont qu'un ou deux représentants. Peu importe, les colistiers continuent à se retrouver.  Ils forment un groupe désormais bien institué. Leur  prétexte: soutenir leur représentant siégeant au conseil municipal. Dans le groupe, chacun garde sa fonction et les discussions vont bon train stigmatisant l'équipe gagnante unie autour de son maire.


            On pourrait se réjouir de voir les battus maintenir la pression sur les élus pour que soient prises en compte les différentes façons d'aborder les questions posées au conseil municipal. Une élection ne doit pas démobiliser ceux qui n'ont pas été entendus ou compris. Une élection ne dédouane pas le citoyen de ses responsabilités qu'il soit élu ou reste un simple électeur.


            On peut s'interroger toutefois sur ce qui maintient le groupe des colistiers à se retrouver régulièrement. Ceci est particulièrement vrai pour les villages où les enjeux municipaux sont moindres et où une opposition structurée ne se justifie pas. Ce serait oublier que des rites ont été mis en place pendant la campagne et qu'il est bien difficile de les abandonner tellement ils sécurisent. Par le passé les rites étaient de l'ordre du religieux. Les offices les cristallisaient. Ce n'est plus le cas . Mais le religieux persiste. Il renait sous d'autres formes. Les plus connues sont celles du sport. Les stades sont des lieux de grandes messes où la ferveur ne manque pas. Le culte fait aux stars du moment participe au besoin de sacré que l'on retrouve en chaque humain. D'une manière générale, les passions sacralisent un objet auquel on rend un culte. C'est bien ce qui se passe avec ces colistiers battus mais non défaits. Leur désir de victoire les a amené à inventer des rites et sacraliser les choses. Ils ne prennent plus l'Eucharistie mais se font une bouffe lors de leurs rencontres. Ils ne proclament plus des dogmes mais leur opposition aux élus majoritaires est  très formalisée. Ils n'ont plus de prêtre mais vouent un culte à leur tête de liste qui les représente au Conseil municipal. Comme l' écrivait Roger Bastide dans le Sacré sauvage, "le sacré d' aujourd'hui se veut un sacré sauvage contre le sacré domestiqué des Eglises". Le sacré qu'ils ont institué et qui devient une nouvelle institution les rassure et les crédite de modernité et d'avenir puisqu'a travers ce sacré ils manifestent qu'ils feraient les choses autrement et se tourneraient vers l'avenir. On est bien loin du sacré domestiqué des Eglises que l'on reçoit par héritage, qui appartient à d'autres, ici le clergé , et qui renvoie à un passé révolu qu'il faut définitivement abandonner. Le nouveau sacré est né de l'imagination, de l'invention et de la participation active de tous là où le sacré de l' Eglise laissait chacun dans sa passivité.  


            L'efficacité et l'utilité de ces nouveaux rites mis en place par les équipes sollicitant le suffrage de leurs concitoyens sont très contestables. Ils s'effriteront avant les prochaines élections municipales. Quand bien même ils tiendraient le coup, ils n'empêcheraient pas l'imagination de s'enliser et le programme élaboré de sombrer dans l'archaïsme des choses déjà  vues.


            On peut  toutefois s'interroger sur les raisons qui amènent des équipes à s'inventer un nouveau sacré. L'explication selon laquelle l'humain a besoin d'un sacré institué qu'il ne trouve plus dans les Eglise est insuffisante. Il nous faut regarder du côté du fonctionnement de la démocratie municipale. Celle-ci ne s'emploie pas à écouter ses propres électeurs. Elle ignore la culture du consensus. Elle ne sait pas responsabiliser les citoyens qui n'ont d'autres possibilités que de s'enfermer dans une opposition sacramentelle et peu efficace. C'est le bien être de la vie de tous les villageois qui s'en trouve affecté.

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Qui suis-je ?

     Titulaire d'une maitrise de théologie et d'un DESS de psychopathologie clinique, j'ai été amené à exercer plusieurs fonctions  et plus particulièrement la mise en place d'un centre socio- culturo- spirituel protestant puis la direction pendant 12 ans d'un centre de cure pour malades alcoliques. J'y ai découvert l'importance d'apprendre à écouter l'humain dans toutes les dimensions qui le constituent. Aujourd'hui, inscrit au rôle des pasteurs de l' Eglise Réformée de France, j'essaie de mettre des mots sur mes expériences et de conceptualiser mes découvertes.
serge soulie

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