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21 novembre 2013 4 21 /11 /novembre /2013 11:20

 

           Si je devais commencer par citer un Nom, en ce moment bien douloureux pour vous la famille et pour nous les amis, je citerai celui de Jésus-Christ. Ce serait je crois la manière la plus fidèle pour témoigner de la vie de Jean Hoibian. D’une part, Jean plaçait au centre de sa vie celui que nous appelons Jésus, le Christ, d’autre part il n’aimait pas les éloges, il n’aimait pas être propulsé au premier plan.  Il avait une préoccupation forte : être témoin de la liberté   auprès des opprimés et des humiliés. Il avait une lecture politique des choses du monde parfois dérangeante, souvent efficace. Il souffrait avec ceux qui souffrent sans espérance et  dans l’attente d’être mis au bénéfice de l’amour de Dieu et du Christ.


            Mais à peine vous ai-je dit combien Dieu, Jésus-Christ, l’Evangile, étaient au centre de la vie de Jean, que j’ai déjà des regrets, non  point que je ne croie moi-même à la force de ces mots,  mais parce que ces mots pourraient éloigner ceux qui ne se reconnaitraient pas en eux. Jean s’adressait à tout le monde, sans exception. Pour lui il n’y avait pas les croyants d’un côté les incroyants de l’autre. Il n’y avait pas de frontière entre les deux. S’il y avait une frontière elle était entre la justice et l’injustice, entre la violence et la paix, entre l’exclusion et l’intégration, entre la reconnaissance et le mépris. Jean ne prêchait pas l’Evangile, il le vivait. Lutter contre tout ce qui asservit l’être humain était sa manière de l’annoncer. Sortir les plus fragiles et les plus démunis de leur enfer était sa préoccupation première.


            J’ai pu mesurer la force de cet engagement lorsqu’ il était aumônier de prison et que parallèlement il avait créé aves trois autres de ses collègues des aumôneries catholiques ou protestantes, une association dont le but était de réfléchir sur les questions de justice et de réinsérer ceux qui avaient séjourné en prison. Jean avait une très grande force de conviction pour entrainer ceux qui allaient travailler avec lui comme pour resocialiser ceux qui avaient été marginalisé. De plus, il pouvait soulever ciel et terre pour rendre la liberté et mettre sur les rails les sortants de prison. Il pouvait contacter les plus hautes personnalités, frapper aux portes de la chancellerie, interroger les  ministres. Il fallait accompagner Jean dans un tribunal ou dans un commissariat de police pour le voir défendre contre vents et marées, malgré l’évidence  des faits un homme pris en flagrant délit. Non il ne mentait pas, il ne trichait pas, il ne niait pas la faute, il ne l’excusait pas. Il n’était pas dupe. Parfois même il s’insurgeait contre ceux qui par idéologie se seraient arrêtés à un pardon sans suite. Mais Pour lui un acte répréhensible ne méritait pas  automatiquement une incarcération si le coupable était suivi en vue d’une réinsertion.  Il y avait toujours possibilité  de se reprendre. Il ne fallait surtout pas condamner et  enfermer mais donner une chance et ouvrir des portes. Il était parfois difficile de  suivre Jean dans la défense de ceux qui empruntaient des chemins dangereux et de violence, envers eux et envers les autres.  Et il me faisait penser à cette veuve qui venait réclamer justice auprès d’un juge inique  qui refusait. Elle n’avait aucune chance  de l’obtenir malgré son insistance. Mais parce qu’elle vient lui rompre la tête nous dit le texte de cette parabole qui se trouve dans l’Evangile de Luc, elle obtint justice. Tel était  Jean devant des policiers qui ne voulait pas lâcher celui qu’ils venaient d’arrêter.


            Mais il serait injuste de réduire Jean à un homme d’action, et ce n’est pas par hasard si l’association qu’il avait créée  s’appelait association réflexion action prison et justice ; Jean cherchait toujours quelles propositions faire pour repenser le fonctionnement de la justice, améliorer le système pénitentiaire et rendre efficace l’insertion dans notre pays. Nous étions à l’écoute des spécialistes, avocats, juges d’application des peines. Il organisait des conférences, des débats, des ateliers. Il nous a conduit dans différents pays du monde 10,15 jours pour étudier le système pénitentiaire et les structures d’insertion : Canada, Etats Unis, Mexique, plus près de nous Espagne, Allemagne, Angleterre, Hollande, Suède et j’en oublie. Nous y visitions les prisons, les tribunaux, les foyers d’insertion…


                        Je ne vous parle là que d’un moment de sa vie. On ne connait jamais la vie complète d’un être humain. On dit que Dieu seul la connait et Dieu est un savoir, une mémoire que l’homme ne perce pas ou si peu !  Mais ceux qui parmi vous ont côtoyé Jean pendant ses années de retraite savent combien il restait un militant, attaché à l’engagement auprès des exclus, des étrangers (cercle du silence,)  ainsi qu’au renouvellement de la pensée afin de mieux comprendre notre monde (association ensemble, chrétien citoyen) et renouveler la pensée théologique (Protestantisme libéral). Son engagement dans l’œcuménisme s’inscrivait à la suite de l’intérêt qu’il avait porté en leur temps aux  théologies de la libération et au mouvement des prêtres ouvriers. Et il restait attentif à l’évolution et à l’ouverture des Eglises aussi bien protestantes que catholiques.


Jean pouvait reconsidérer des choses qu’il croyait acquise. Non seulement pour améliorer le fonctionnement des domaines dans lesquels il s’engageait  mais aussi pour lui-même. Je l’ai entendu remettre en cause ce qu’il croyait depuis longtemps acquis et indéfectible. Et parfois on sentait que cela lui coûtait parce qu’il voulait  être fidèle à ses convictions et à sa foi, à ses traditions. Mais il arrivait à se surpasser et à repenser les choses. Je pourrais dire qu’il en était ainsi avec son corps et sa santé. Ma première visite pour sa maladie remonte à une quarantaine d’année, depuis il a été opéré plusieurs fois, je ne l’ai jamais entendu se plaindre. Il était accroché à la vie.


            Enfin, et j’allais  oublier de vous le dire, Jean n’était pas un saint. Aucun saint n’a jamais franchi les portes de ce temple. A moins que nous ne le soyons tous. Mais chacun de nous apporte sa pierre à l’Edifice qu’est le royaume de Dieu, Royaume de paix et de justice auquel Jean croyait. Je voudrais maintenant dire à Jean deux mots : à Dieu. Et là qu’il puisse poser toutes les questions qui le tracassaient au sujet de la marche du monde. Moi je garderai de lui la conviction que l’amour du prochain n’est pas seulement un sentiment, une émotion, une proclamation idéologique mais une pratique, un combat. L’amour ne se laisse pas enfermer dans les temples, les églises, les offices, les liturgies, il s’étale dans la rue, change, transforme ceux qu’il touche. Jean se disait lui-même avoir été transformé par lui. L’amour rétablit l’humain dans sa pleine humanité. Il révèle Dieu  et donne sens à la foi.

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Qui suis-je ?

     Titulaire d'une maitrise de théologie et d'un DESS de psychopathologie clinique, j'ai été amené à exercer plusieurs fonctions  et plus particulièrement la mise en place d'un centre socio- culturo- spirituel protestant puis la direction pendant 12 ans d'un centre de cure pour malades alcoliques. J'y ai découvert l'importance d'apprendre à écouter l'humain dans toutes les dimensions qui le constituent. Aujourd'hui, inscrit au rôle des pasteurs de l' Eglise Réformée de France, j'essaie de mettre des mots sur mes expériences et de conceptualiser mes découvertes.
serge soulie

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