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23 octobre 2017 1 23 /10 /octobre /2017 09:03

 

            Les trois religions monothéistes se réfèrent à un livre: la Thora pour les juifs, la bible pour les chrétiens et le Coran pour les musulmans. Pour la plupart ce livre est considéré comme sacré. Beaucoup de protestants refusent ce terme pour qualifier la bible.  La pratique en fait toutefois un livre sacré. Il est la base quasi exclusive de la liturgie et du culte.  La constitution de ces livres s'est faite sur plusieurs années. Plus de cinq siècles pour l'Ancien testament, un siècle pour le nouveau et au moins deux siècles pour le Coran. Les livres ne sont pas tombés du ciel, ils sont faits de mains d'hommes. A la base il y a eu un ou plusieurs hommes : pour la Thora Moise et les prophètes, pour les Chrétiens , Jésus et les apôtres, pour le Coran Mahomet et d'autres encore. Ces hommes disent avoir reçu, d'une manière ou d'une autre, ces textes par révélation ou par inspiration à l' exception de Jésus qui comme Socrate trois siècles avant lui n'a jamais écrit ou prétendu recevoir directement des dieux ce qu'il avait à dire. Les apôtres comme Paul dans ses épitres feront la différence entre ce qui vient d'eux et ce qui vient de Dieu.

            Au cours de l'histoire, ces textes ont souvent été mis à mal, non seulement pour leur interprétation mais pour la place acquise ou non au sein du canon. De nos jours, celui-ci  parait de moins en moins contesté. Les textes qui y sont insérés sont l'assise indispensable à la stabilité de la religion qu'ils représentent. Seuls quelques chercheurs s'intéressent aux textes non canoniques. Tout l'enjeu est l'interprétation des textes. A travers les diverses interprétations chaque religion veut montrer qu'elle est la plus conforme à la vérité , à la modernité et à l'espérance des humains. Certains pensent que ces interprétations conduiront à un moment donné à une vision et une réconciliation de toutes les religions.   Nous en sommes encore loin, mais ce désir d'une religion universelle est un puissant moteur pour lutter contre les intégrismes de tout bord et pour rapprocher croyants et incroyants au nom d'un humanisme commun à tous. Le dialogue inter religieux est devenu un cheval de bataille pour une paix universelle.

            Jusqu'à la fin du siècle dernier les religions considéraient qu'à travers ces textes Dieu s'adressait aux hommes et les guidait dans le droit chemin pour ceux qui voulaient le suivre.  Il y avait les lois de Dieu, elles étaient irréfutables. Elles passaient largement avant les lois des hommes. Ces lois façonnaient la société et indiquaient la manière de vivre. Elles étaient le plus souvent appliquées avec contrainte, parfois avec violence. L'Eglise du moyen âge s'est  ainsi déshonorée. Aujourd'hui certaines branches de l'islam sont tout aussi cruelles pour appliquer la charia selon leur interprétation.  En Birmanie ce sont les bouddhistes qui persécutent les  musulmans.  Ne nous laissons pas aller toutefois au pessimisme. Il est évident que dans de nombreuses régions du monde les choses se sont améliorées. Les droits de l'homme sont reconnus dans de nombreux pays et s'ils ne sont pas toujours respectés reconnaissons qu'ils modèlent nos sociétés tout particulièrement pour ce qui est du monde occidental.  L'abolition de la peine de mort, le droit à l'avortement ou encore le mariage pour tous en témoigne sans oublier le combat pour le droit des femmes présent dans de nombreux pays.

            Dans un interview au Nouvel observateur l'islamologue Rachid Benzine regrette que le mouvement féministe musulman cherche à s'appuyer sur quelques versets choisis du coran comme si ceux-ci "contrôlaient l'ensemble du corpus textuel" ou comme s'ils avaient été mal interprétés jusqu'à aujourd'hui. Selon lui, ces féministes font de Mahomet un féministe avant l' heure alors que les textes du Coran sont truffés de normes patriarcales selon lui.  Pour l'auteur - avec le rabbin Delphine Horvilleur, de "des milles et une façon d'être juif ou musulman", vouloir à tout prix "magnifier" le texte et "sauver Dieu" pose un problème de méthodologie. Une déconstruction des textes est absolument nécessaire dans un premier temps afin de saisir et comprendre la norme du contexte social, politique et historique dans lequel le texte a été produit. Cette déconstruction permet de quitter le texte pour ne pas enfermer l'émancipation  voulu par le féminisme dans le religieux uniquement .

            La remarque de l'islamologue concernant  le féminisme en milieu musulman peut-être étendue à la relation des chrétiens avec la bible, tout particulièrement pour les protestants qui font de cette relation le fondement de leur foi. Les exégètes cherchent à défendre le texte, à le justifier quitte à lui donner une interprétation très lointaine de ce qu'il semble dire. C'est particulièrement vrai avec les épitres où la pensée de Paul, sur les femmes par exemple,  va à l'encontre des droits de l'homme.  Chez les chrétiens , ce comportement  va de pair avec leur volonté à vouloir "sauver Dieu  et Jésus-Christ" en cherchant à éliminer tout ce qui cherche à les discréditer, oubliant au passage que ce n'est pas l'homme qui sauve Dieu mais Dieu qui sauve l'homme comme le suggèrent  avec force les Evangiles. Si les chrétiens ne se réfèrent plus au blasphème comme le fait l'islam,  leur attitude correspond parfois à la lutte contre le blasphème. Dans le domaine de l'art tout particulièrement, ils interviennent afin d'interdire ce qui n'est pas conforme aux habitudes religieuses.

            Dépassons la pensée de Rachid Benzine. En effet, s'il affirme que le texte ne porte pas en lui-même l'émancipation , on peut se demander pourquoi il faut le privilégier de manière aussi exclusive que ne le font les religions. Est-il nécessaire de s'y référer systématiquement lorsque des positions nouvelles doivent être prises? Je me souviens de ce conférencier qui au sujet de l'abolition de la peine de mort refusait de chercher à la justifier par des passages tirés de la bible ou par les décrets des religions.  Elle "doit être- disait-il en se référent à Cesare Beccaria qui a été  au 18eme siècle un des premiers juriste à renoncer au modèle de l' Eglise,  parce qu'elle nous est commandée par l'humanité elle-même sans en passer par Dieu".  L'actualité lui donnait raison. Beaucoup de chrétiens étaient et sont encore  pour la peine de mort. Elle est toujours en vigueur dans de nombreux pays où la lecture des livres dits "saints" fait partie des habitudes. Aux U.S.A elle est en vigueur dans de nombreux états à majorité chrétienne. Quant aux pays musulmans elle y apparait tout à fait naturelle. En France, l' ACAT, association contre la torture, a mis plusieurs années pour prendre position contre la peine de mort alors qu'Amnesty international sans références religieuses explicites, militait pour son abolition. Les décisions à prendre pour répondre à la modernité n'ont pas toutes besoin d'être confrontées aux textes religieux. Ils ne disent rien sur les possibilités d'une modernité qu'ils ne connaissaient pas. Or cette absence de connaissance donne lieu a des interprétations conservatrices, parfois délirantes y compris lorsqu'elles sont examinées de manière collégiale , par la hiérarchie comme dans l' Eglise catholique qui s'oppose encore à l'avortement, à la PMA, à la GPA, au mariage pour tous... Elle s'exprime à mots couverts sur la contraception , elle maintient le culte des morts.

            Osons le dire, les textes dit sacrés ne sont pas les seuls utiles et nécessaires à la guidance de l'humain. Comme tant d'autres textes ils entrent dans un ensemble de données qui nourrissent la pensée et conduisent à prendre les décisions utiles pour l'élévation de l'homme.  Par ailleurs notons qu'ils ne sont pas le seul accès possible à Dieu. Ceci fait l'objet d' un autre développement.

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Qui suis-je ?

     Titulaire d'une maitrise de théologie et d'un DESS de psychopathologie clinique, j'ai été amené à exercer plusieurs fonctions  et plus particulièrement la mise en place d'un centre socio- culturo- spirituel protestant puis la direction pendant 12 ans d'un centre de cure pour malades alcoliques. J'y ai découvert l'importance d'apprendre à écouter l'humain dans toutes les dimensions qui le constituent. Aujourd'hui, inscrit au rôle des pasteurs de l' Eglise Réformée de France, j'essaie de mettre des mots sur mes expériences et de conceptualiser mes découvertes.
serge soulie

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