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27 mai 2017 6 27 /05 /mai /2017 21:33

Le protestantisme ignoré.

Au moment où l'Europe se penche sur Luther et la Réforme il est pertinent de se demander ce qu'est le protestantisme aujourd'hui et plus particulièrement en France. En effet celui-ci est passé sous silence par les médias qui l'assimilent au catholicisme jusqu'à utiliser les mêmes mots comme par exemple la messe au lieu du culte, l'eucharistie au lieu de la Cène, ou encore l'autel à la place de la table de communion. Le musée du désert, rassemblement protestant annuel est devenu un pèlerinage. Les protestants sont rarement représentés dans les débats y compris ceux concernant les religions comme s'il n'y avait plus de pensées ou de positions protestantes en tant que telle dans le pays.

Les raisons de cette ignorance.

Le peu de place réservé au protestantisme a plusieurs explications. Nous en retiendrons deux.

Tout d'abord le mot protestantisme recouvre plusieurs réalités bien différentes. S'il existe un protestantisme de tradition se référant directement à la pensée des réformateurs comme l'Eglise Luthérienne ou l' Eglise Réformée qui vient de changer de nom, plus nombreuses encore sont les Eglises se réclamant Evangéliques. Parmi elles, celles de la fédérations protestantes de France ne renient pas les liens qui les rattachent à la Réforme et le plus souvent marquent leurs différences par des positions éthiques plus conservatrices et un rapport à la bible très encadré par les doctrines qu'elles se donnent. Il y a aussi de nombreuses communautés indépendantes, agrégées autour d'un homme reconnu comme pasteur, sans qualifications universitaires et puisant, au hasard, dans la bible, des versets sensés servir de guide aux adeptes. L'Eglise catholique désigne ces communautés par sectes protestantes tant elles sont repliées sur elles mêmes, certaines de détenir la vérité et accusatrices de tout ce qui ne leur ressemble pas. Certaines refusent d'être désignées par le mot de protestant dans un souci d'être séparées des autres.

Viennent ensuite les conséquences de l' œcuménisme. Comme nous le précisons à chaque fois, il ne s'agit pas de dénoncer ce qui depuis plus d'un demi siècle a permis d'apaiser des tensions encore vivaces, au sein du christianisme. L'œcuménisme a conduit à libérer les esprits des carcans religieux dans lesquels ils se sentaient enfermés. Catholiques et protestants, dans la plupart des cas, se sont sentis libres de collaborer, de changer d'Eglise, de se marier entre eux, bref de choisir la manière de vivre leur foi sans être soumis aux jugements des Eglises. Certes il existe encore des réticences actuellement renforcées par le retour de l'intégrisme. Notons toutefois qu'une porte a largement était ouverte, il sera difficile de la refermer. Au-delà de cette évidence conduisant à la concorde des catholiques et des protestants, l'œcuménisme a considérablement réduit du moins en apparence les différences qu'il pouvait y avoir entre eux. Que de fois ai-je entendu le refrain: "catholique ou protestant, c'est la même chose". Ma réponse: "Ce n'est pas la réalité, c'est vous qui le réduisez à la même chose". Dans cette réduction, ce sont les mots du catholicisme qui, tout naturellement, ont triomphé de par un protestantisme très minoritaire, tolérant, peu arc-bouté sur ses positions et amoureux de la liberté de penser. Le catholicisme considéré comme la religion du pays voire de la république malgré les lois de séparation de l'Eglise et de l'Etat s'est imposé tel un état de fait. Le protestantisme a été assimilé . Il a perdu sa spécificité au profit du christianisme qui n'est autre qu'un catholicisme qui ne dit pas son nom. Les mentalités ont la peau dure lorsqu'elles sont soutenues par un environnement où la religion est matérialisée et visible (cathédrales, lieu saints, crucifix, statues), et scandé par les rites religieux ( 15 aout, Toussaint) . Les mots faisant les choses, on comprend pourquoi le protestantisme s'effrite en tant qu'Eglise, tout particulièrement le protestantisme issu de la Réforme, le protestantisme évangélique ayant été peu affecté par l'œcuménisme et se définissant contre les autres religions au sein desquelles ils va puiser les nouveaux adeptes.

Trois caractéristiques fortes caractérisent le protestantisme Réformé.

Après avoir mentionné deux des raisons qui rendent confuse la réponse à la question qu'est-ce que le protestantisme en France? demandons nous ce qui a jusqu'ici caractérisé le protestantisme Réformé. La trajectoire suivie par Luther, le réformateur le plus connu en Europe, permet de mieux préciser les choses.

Du mal être au bien être

Tout commence par un très grand mal être dans lequel se trouve le personnage. Il a peur de la mort. Comment ne pas voir que son souci du salut post mortem n'est autre qu'un mécanisme de défense contre la mort. Tout événement provoque chez lui une émotion intense comme le décès subit d'un camarade qui lui fait craindre le pire à la suite d'une blessure à la cuisse ou encore ce violent orage dans la forêt où il invoque sainte Anne et lui promet de se faire moine. Un chemin de Damas qui tournera mal, le sien ne menant plus à Rome! Ce mal être, contrairement à une idée reçue , n'est pas que religieux. Il est d'ordre psychologique. Il concerne la personne toute entière. Ce n'est pas par vocation que Luther entre au couvent, c'est en vue d'un apaisement. Son attitude et son comportement sont à ce point empreints d' angoisse qu'au couvent, ses supérieurs s' inquiètent. "Remets-toi à Christ au lieu de te focaliser sur ta propre indignité" lui déclare son confesseur. L'histoire retient avec humour le fameux "ne fais pas un péché de chaque flatulence " du vicaire Staupitz chargé de l'accompagner et ému par ce jeune moine plein de tristesse, de culpabilité et d'actes de contrition. Tous ces religieux faisant fonction de guides spirituels et par la suite sa démarche intellectuelle ont permis à Luther de s'affranchir de ce que nous appellerions aujourd'hui un état névrotique. Bien avant Freud, Luther a pratiqué son auto analyse. En investissant les Ecritures pour la recherche il a donné une autre voie à l'angoisse qui le paralysait. Ce serait une erreur de penser que la problématique de Luther était purement religieuse. Le religieux ne peut pas être séparé de l'être. Corps et âme sont une seule et même chose. Cette chose inclus le religieux . Celui-ci fait toujours écho a des problématiques bien plus larges concernant toute la personnalité.

Nous avons là une des principales caractéristiques de la Réforme: libérer l'être humain. Non seulement des rites et des dogmes, de l'Eglise et de ses chefs, mais le libérer en toute chose et dans tous les domaines. La religion issue de la Réforme devrait pouvoir arracher l'homme à ce qui l'enferme, l'illusionne et le trompe. Elle veille à ce que l'esprit soit à la fois critique et constructif. Elle doit pouvoir créer et inventer pour répondre à toutes les situations. Elle devrait pouvoir réorienter l'angoisse pour qu'elle s'investisse et se transforme dans des objets utiles et nécessaires: le travail, les relations amicales, fraternelles, d'affaires ou diplomatiques , la connaissance, la science l'art ou la culture. Mais alors, peut-on encore parler de religion? Le mot semble tout à fait inapproprié tant il désigne ce qui enferme, rend obéissant et suiveur.

Enseignement et éducation comme priorité

Suivant toujours l'itinéraire de Luther nous découvrons combien cet homme, avant d'entrer au couvent s'adonnait à ses études et cherchait à agrandir son champ de connaissance. Les penseurs grecs, tel Aristote qu'il conteste dès le début n'ont pas de secret pour lui. La philosophie scolastique qui met l'accent sur la toute puissance divine éveille son esprit critique. Il comprend que Dieu n'est pas ce que cette théologie en dit. Il s'intéresse vivement aux penseurs de son temps, synthétise et prolonge leur pensée. Il n'engagera son combat contre l'Eglise romaine et la papauté qu'après ce long cheminement intellectuel et en réponse aux agressions de celles-ci qui tuent ceux qui les conteste.

Ce cheminement de la pensée est le deuxième point fort de la Réforme. Comprendre, connaitre, instruire passe avant les deux sacrements retenus, le baptême et la cène qui n'ont de sens que s'ils sont bien compris. Le " petit et le grand catéchisme" sont des outils nécessaires pour instruire le peuple tout entier. L'art et plus particulièrement la musique font partie de cette instruction nécessaire. " Après la théologie, je donne à la musique la première place et le plus grand honneur" écrit Luther. Le protestantisme Réformé est resté attaché à cette nécessité d'avancer dans la connaissance des choses. Faire passer cette connaissance avant les rites, les dogmes , les pratiques est une constante qui se nourrissait de la lecture de la bible comme la pratique le Réformateur. Cette lecture stimule l'intelligence, éveille les consciences et permet à chacun de formuler les principes éthiques utiles à la liberté et à la vie en commun à l'humanité tout entière. Il y a aujourd'hui une méprise sur ce que signifie le "sola scriptura". Lire la bible est devenu une injonction religieuse utile et nécessaire à la pratique de la foi. Les calendriers nous invitent à lire un texte chaque jour comme l'on égrène le chapelet en vue du salut. La lecture de la bible est devenu un rite sans que pour autant cette lecture soit un remue méninge comme elle l'était pour les Réformateurs. A cet égard, je me souviens des arrières grands parents, grands parents et parents qui lisaient la bible selon les moments de leur vies, selon les situations, certainement selon leur questionnement. Mais ce livre n'était ni fétiche, ni sacré. Il était avec d'autres livres , plutôt rares il est vrai, étant donné leur situation sociale très modeste. Ils devaient relire des passages déjà connus comme nous le faisons des livres qui nous ont marqué et nous marquent encore parce que la bible, de par sa composition et la force de certains passages reste actuelle. La lire parce que l'on se dit chrétien et que l'on s'y croit obligé est une servitude, une manière déguisée de forcer le salut à notre avantage. La lire parce que l'on est en recherche est un vrai bonheur. Une telle lecture donne le goût de l'échange, du partage et prépare l' avenir.

De la grâce de Dieu à la construction de soi et à la liberté pour tous.

Enfin et sans que ces trois caractéristiques épuisent ce qu'est le protestantisme Réformé, Luther de par sa trajectoire, nous fait toucher du doigt ce qu'est l'affirmation de soi. Parti d'un mal être qui aurait pu s'avérer très incapacitant et faire de lui un homme asservi à une institution, à des personnes, à une idéologie ou a une religion, il acquiert la liberté et l'autonomie vis-à-vis de tout ce qui l'entoure. Sa théorie du sacerdoce universel n'est pas seulement une prérogative et un pouvoir retirés aux prêtres, c'est l' affirmation que tous les êtres sont égaux et que pourvus d'une solide culture, ils peuvent prendre par eux même les décisions qui conviennent et sélectionner ce qu'il est possible de croire ou de rejeter. Aujourd'hui encore, les femmes semblent être les premières bénéficiaires de cette doctrine . C'est dans les pays à majorité luthérienne qu'elles ont obtenu les premières le droit de vote. Dans l' Eglise catholique elles n'ont toujours pas accès à la prêtrise. Cette autonomie s'étaye comme c'est toujours le cas, sur une relation à la vérité qui place le réformateur en position privilégiée dans tous les contacts humains qu'il a pu avoir. Luther ne se dérobe pas à l'observation de la réalité telle qu'elle se présente à lui. Il ne recule pas devant les difficultés qu'il rencontre et s'oppose à elles, soucieux d'amener au grand jour l'évidence plus souvent tue et combattue qu'ignorée. Il ne fuit pas et n'abandonne rien de ce qu'il a découvert et qu'il défend avec force ne laissant aucune place au doute ou à l'hésitation lorsque la chose est établie dans son entendement. Il est persuadé que le Dieu tout puissant de la scholastique, ne l'est pas par ses décisions arbitraires et liées à nos mérites mais par sa présence et par la grâce permanente dans laquelle baigne le monde. Dieu est une promesse qui siège en chacun sans aucun autre intermédiaire. Un siècle et demi plus tard, Spinoza, juif exclu de la synagogue d'Amsterdam, prolongera cette idée d'un accès à Dieu immédiat en précisant que Dieu est cette force primitive qui pousse chaque chose à persévérer dans son être . . Cette confiance totale à la grâce de Dieu amène le Réformateur à reconnaitre que les deux royaumes, spirituel et temporel sont ainsi institués par Dieu et que par conséquent les deux sont utiles et nécessaires à l' homme. La théorie des deux règnes revalorise les autorités politiques et le rôle du citoyen chrétien amené à participer au fonctionnement de la société dans la paix et l'harmonie. Cette théorie des deux royaumes, il y a 500 ans préfigure déjà la séparation de l'Eglise et de l'Etat. Les protestants issus de la Réforme se reconnaissent encore aujourd'hui dans cette position et continuent à plaider pour une laïcité faisant la place à tous. Ils restent très circonspects lorsqu'une religion veut imposer à l' état sa manière de percevoir les choses. Ils le soutiennent lorsqu'il légifère en vue d'agrandir l'espace de liberté pour tel ou tel groupe de citoyen. L'adoption du mariage pour tous en est un exemple. Il prouve aussi, étant donné les oppositions rencontrées, que tous les protestants ne s'inscrivent plus dans le droit fil de la Réforme y compris lorsqu'ils sont membres d'une Eglise dite Réformée.

Résumons-nous. Aujourd'hui, être protestant ce n'est pas seulement se positionner théologiquement par rapport aux dogmes, aux doctrines et aux traditions de l'Eglise. C'est opter pour un mouvement qui, à l'intérieur du christianisme et en relation avec l' ensemble des religions comme avec les non-croyants, permet à chacun de s'affranchir de ce qui l'enserre sur le plan individuel comme collectif. C'est mettre tout en œuvre afin que chacun puisse trouver sa place dans la société quels que soient ses choix de vie, ses origines , sa religion. C'est être partie prenante de la laïcité pour assurer la liberté et la démocratie dans le pays et assurer la possibilité d'émancipation de chacun sans aucune discrimination. Enfin, c'est faire passer l'amour du prochain et sa liberté avant toute loi fusse-t-elle attribuée à Dieu parce que le protestant est persuadé qu'instruit, réfléchi et sensible à la vie des choses et des êtres il lui est donné de décider de la bonne attitude à tenir selon les situations. Il sait que par le biais de la recherche et de la connaissance Dieu est en lui et lui en Dieu .

De la recherche à l'exploration de Dieu.

De nombreux croyants et parmi eux des théologiens, soucieux de ne pas apparaitre enfermés dans des croyances de plus en plus rejetées se disent "chercheurs de Dieu ". L'expression a le mérite de ne pas faire du fidèle une "brebis" comme se plait à le dire la vox populi mais une personne active s'interrogeant sur le domaine du spirituel. Sans remettre en cause l'existence de Dieu, ces croyants, chrétiens pour la plupart, s'interrogent sur une perception autre de Dieu. Sœur Emmanuelle refuse de voir en Dieu un interventionniste permanent. Dans le protestantisme, le mouvement libéral refuse un Dieu théiste, extérieur au monde, influencé par la prière des hommes, décidant selon ses appréciations et ses jugements . Cette même expression, laissant penser que l'homme a les moyens de chercher Dieu, fait de celui-ci une entité soumise aux possibilités humaines. Fini les caractères d'infini, d'omniprésence et d'insaisissable du divin. Dieu serait une entité parmi d'autres, un être, à la portée de l'homme. Comment ne pas s'interroger alors sur l'affirmation de la bible selon laquelle Dieu cherche l'homme et non l'inverse. Comment ne pas entendre la proclamation du Coran selon laquelle "Dieu est grand" . Peut-on encore chercher ce qui est plus grand que tout, qui est lui-même le Tout? Le navigateur au milieu de l' Océan cherche t-il l'eau?

Si Dieu est ce grand Tout dans lequel tout prend vie et qui n'a d'autres causes que lui-même, il serait plus exact de dire que nous pouvons être des explorateurs de Dieu. En effet, Dieu n' est pas remis en cause. Il appartient à l'homme de chercher à le connaître comme l'explorateur cherche à découvrir l'antarctique. Connaitre Dieu, c'est naviguer en lui. C'est ce qu'a cherché à initier la Réforme en arrachant Dieu au clergé en faisant de lui un accès direct et sans intermédiaire. Tout être, de ce monde et d' ailleurs, peut entrer en communication avec Dieu puisque Dieu est partout et se donne à tous. Aujourd'hui, et plus précisément encore, c'est ce que devrait demander le protestantisme réformé lorsqu'il invite à creuser le sens d'une vie spirituelle. Il ne s'agit aucunement de revenir pour soi au Dieu que nous aurions perdu, encore moins de ramener à Dieu la brebis égarée comme le laisse entendre, à tort et à regret, le terme d'évangélisation. Il s'agit de regarder la réalité telle qu'elle se présente à nous et de l'analyser avec tous les moyens existants, de formuler des hypothèses, sans les considérer comme des croyances, pour les vérifier et avancer.

Connaitre Dieu c'est connaitre le monde

Si Dieu n'est plus celui que l'on cherche mais celui que l'on explore en explorant le monde dans lequel il se trouve, l'homme est libéré de la tension qui accompagne la recherche de tout objet perdu. Il n'y a plus de quête, plus de crainte d'échouer pour soi comme pour les autres. Nous sommes ici dans le prolongement de la pensée de Luther pour lequel l'homme n'a pas à lutter pour son salut. Il lui est acquis d'avance. Ce qui importe c'est la connaissance des choses, leur compréhension et l'action pour l'amélioration de ce qui est et l'invention de ce qui n'est pas. Il n'y a pas de place pour le surnaturel, l'illusion et la superstition. Tout mystère peut être levé parce que tout a une cause. Par la suite, les causes s'enchainent. La découverte du fonctionnement de tout ce qui constitue l'univers, les êtres et les choses, est une découverte de la réalité de Dieu. Il n'y a pas de révélation miraculeuse du divin, le divin se révèle à travers les possibilités qui sont données à l' homme. Le croyant n'a pas à recevoir d'instruction pour faire ce qui est bon. Il n'a pas à s'en remettre à une puissance qui viendrait d'ailleurs. Il lui suffit de regarder ce qui se présente à lui et décider de ce qui convient pour l'intérêt non seulement de l'homme mais de tout ce qui compose la nature. Le protestantisme poursuit ce qu'avait initié la Réforme en son temps et cherche à poursuivre cette réforme. C'est ainsi qu'il a souvent été au premier plan dans la lutte pour le respect des êtres en organisant les sociétés avec le plus de justice possible, voir les pays d'Europe du Nord souvent enviés, c'est aussi sa présence pour plus de paix et de conciliation qui marque le monde aujourd'hui. Dieu est dans ces agissements.

Aujourd'hui le  protestantisme devrait aller bien au-delà de la pensée des Réformateurs. Selon l'adage de Luther la Réforme est toujours à Réformer, parce qu'elle doit s'adapter aux nouvelles situations. Les dernières découvertes, le déroulement de l'histoire ont permis d'ouvrir de nouvelles pistes y compris sur la compréhension de Dieu. Les découvertes des deux derniers siècles par exemple ont permis de vérifier ce qui n'étaient que des hypothèses pour les penseurs grecs. L'histoire est linéaire. Le protestantisme s'inscrit dans cette ligne. Il est à l'écoute des humains et ne défend pas des positions qui seraient issues de doctrines ou de dogmes vénérés, qui ont eu leur raison d' être mais qui ne correspondent plus à l'intérêt des humains et de la planète. Dans un pays comme la France qui s'arque boute sur des attitudes induites par une Eglise catholique qui a bien du mal à s'émanciper des doctrines des siècles passés et malgré les progrès de Vatican II, le protestantisme Réformé étonne parfois et scandalise comme sa prise de position au sujet de la bénédiction des couples homosexuels.

L'esprit d'une minorité.

En France être protestant c'est appartenir à une minorité qui tourne autour de 0,5 % si l'on ne retient que le protestantisme issu de la Réforme. Certes il y a eu des moments de l'histoire comme la troisième république très marqués par l'esprit du protestantisme. L'enseignement gratuit et obligatoire avec Jules Ferry en est un exemple. Nous pourrions citer aussi les lois de 1905 avec la séparation de l' Eglise et de l'état où les protestants ont joué un rôle déterminant parce qu'il en allait de leur liberté. Ils surent apporter de la modération dans les négociations là ou d'autres, souvent d'anciens défroqués, voulaient se venger de l'Eglise catholique. Cette présence forte du protestantisme s'explique par un nombre proportionnellement supérieur de protestants dans les milieux intellectuels, à cause de l'insistance sur l'enseignement et l'éducation qui a toujours été une priorité protestante. Dans de nombreux villages, les protestants, bien qu'inférieurs en nombre tenaient les postes clé comme médecins , pharmacien, notaire, instituteurs. Persécutés en France, ceux de la religion prétendue réformée comme on se plaisait à le dire sous Louis XIV prirent l'habitude de s'exiler pour éviter d'abjurer ou pour sauver leur tête. Ainsi non seulement le pays s'appauvrit mais nombre de protestants durent vivre dans une quasi clandestinité. Cette situation forgea leur comportement religieux. Ils apprirent à vivre sans vitrine, dans la discrétion et la vigilance. Durant la dernière guerre et plus particulièrement dans le midi de la France, les protestants se méfiaient à tort ou à raison des catholiques, avec qui ils étaient liés par ailleurs dans la résistance, lorsqu'ils mettaient en place des sauf conduits aux populations juives traquées par le gouvernement de Vichy. Notons au passage que si dans les débuts, les protestants furent trop nombreux à soutenir un tel gouvernement, conduits par leur esprit critique dû à leur situation trois fois centenaire et au respect porté aux juifs à travers la lecture de l' Ancien testament, ils s'opposèrent vite aux décisions du Maréchal Pétain et son équipe de collaborateurs. Etre minoritaire dans une société et une culture donnée aiguise l'esprit d'observation, favorise l'intuition et pousse à la discrétion. C'est la raison pour laquelle les Réformés rechignent toujours devant ce que d'autres appellent l'évangélisation qui consiste à se montrer et à présenter l'évangile sur le modèle de la propagande. Pour le réformé, évangéliser c'est vivre au plus près de ce qui est juste pour tous et pas seulement pour quelques uns. Dieu se découvre dans la qualité de la relation que l'homme peut avoir avec les êtres et les choses de ce mode. Dieu ne se prêche pas. Il n'est pas une morale. Il n'est pas un produit à proposer. Il ne rassemble pas des adeptes. Il surgit des actes et des paroles qui libèrent. Il est une force qui parcourt les êtres et les choses de ce monde. Cette force Jésus-Christ l'appelait "Père" parce qu'elle est génitrice de nouveauté, d'harmonie, d'équilibre. Elle permet à chaque chose, de persévérer dans son être pour qu'éclose sa nature. Elle réorganise le monde en permanence. Elle ne s'arrête pas. Elle n'est pas figée. Elle s'adapte sans cesse.

 

De la messe au culte : le retour du religieux.

En France à la différence de l'Allemagne et des pays d'Europe du Nord le culte s'est souvent pratiqué dans la clandestinité , dans les bois, les grottes ou chez l'habitant. Ainsi ce culte est devenu d'abord un lieu de rencontre et d'échange où les participants s'encourageaient, se soutenaient et s'entraidaient. C'était bien la volonté de Luther qui reprochait à la messe de ne pas impliquer les fidèles, de maintenir l'assemblée passive et d'être célébrée en latin, langue que peu de fidèles comprenaient. Il voulait aussi que ce soit un lieu où le public est enseigné et instruit. Dans les assemblées en France cela allait de soi. L'enseignement tenait toute la place avec les chants et la prière. Pas de liturgie élaborée, pas de resacrifice du Christ.

Aujourd'hui, ce protestantisme centré sur l'enseignement a fait place à des liturgies aux formules peu renouvelées. La cène, célébré il y a encore un demi siècle aux fêtes carillonnées devient hebdomadaire comme s'il ne pouvait plus y avoir de culte sans eucharistie. Bref, le protestantisme est devenu religieux. Il s'est replié sur lui-même. Peut être par influence dans le cadre de l'œcuménisme, sûrement parce que le religieux revient au galop dès que la vigilance cesse. Il cherche à s'installer partout. Il sacralise tous les domaines. Le sport et la politique en sont des exemples flagrants. Il rassure, évite l'engagement et l'effort de compréhension. Il unit de manière facile mais illusoire. Si aujourd'hui, dans notre pays, le protestantisme est en perte de vitesse, on peut se demander si la cause n'est pas ce glissement vers le religieux avec son surnaturel, ses superstitions et son invitation à la paresse au détriment de la raison et de la connaissance. Il n'est pas impossible que nous soyons à l'aube d'une nouvelle Réforme attendue mais non encore formulée par ceux qui se détachent des Eglises chrétiennes qu'elles soient catholiques ou protestantes. Cette Réforme là portera une vision renouvelée de Dieu comme du Christ. De par sa radicalité, il sera difficile d'y voir le prolongement de l'ère chrétienne bien que celle-ci l'ait en quelque sorte engendrée.

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Qui suis-je ?

     Titulaire d'une maitrise de théologie et d'un DESS de psychopathologie clinique, j'ai été amené à exercer plusieurs fonctions  et plus particulièrement la mise en place d'un centre socio- culturo- spirituel protestant puis la direction pendant 12 ans d'un centre de cure pour malades alcoliques. J'y ai découvert l'importance d'apprendre à écouter l'humain dans toutes les dimensions qui le constituent. Aujourd'hui, inscrit au rôle des pasteurs de l' Eglise Réformée de France, j'essaie de mettre des mots sur mes expériences et de conceptualiser mes découvertes.
serge soulie

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