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8 mai 2017 1 08 /05 /mai /2017 14:02

Bonjour François,

Hier soir à l'annonce du président élu pour notre République, je nageais dans le bonheur. Les français avaient repoussé la candidate de l'extrême droite sans programme et avec un seul objectif: déconstruire l'Europe et la France pour imposer la dictature de son parti. Tu auras surement l'occasion de rencontrer Emmanuel Macron. J'espère seulement qu'il refusera d'être chanoine du Latran. En effet un président de la république se doit, dans sa fonction, de se tenir à la même distance de toutes les religions afin de sauvegarder la liberté que leur accorde la République. Croyance ou incroyance ne doivent pas déborder de sa vie privé. Le peuple n'a pas à être au courant.

J'ai été très étonné de ta remarque selon laquelle tu ne connaissais pas l'histoire de ce candidat. En effet, j'imagine que tu ne peux pas connaitre tous les candidats aux plus hautes fonctions de l' Etat de tous les pays où le catholicisme est présent. Alors pourquoi cette remarque? J'ai cru comprendre que par cette pirouette tu esquivais la possibilité de prendre position dans les élections françaises. C'est exactement ce que les évêques de France ont fait. Ils ont évité de donner des consignes de vote.

Cette position semble raisonnable. L'Eglise ne doit pas s'immiscer dans la politique. Toutefois c'est au nom de la responsabilité citoyenne que les autorités religieuses protestantes, juives et musulmanes ont appelé ,dans leur communiqué commun , à voter pour Emmanuel Macron. Dans le village où j'ai été élevé, catholiques et protestants vivaient en parfait accord. Je n'ai entendu qu'un reproche fait à l'Eglise catholique, c'est d'avoir un curé qui disait à ses paroissiens, qui d'ailleurs ne le suivaient pas toujours, pour qui ils devaient voter. Il était très à droite ce qui désespérait les protestants plutôt à gauche. C'est clair, il est préférable que les religions ne se mêlent pas de politique. C'est le principe même de la laïcité qui a posé en 1905 la séparation de l' Eglise et de l' Etat.

En même temps, dans notre pays, les religions ont tout intérêt , mais aussi l'obligation de défendre la république. Or dans le cas de l'élection française au deuxième tour, la candidate de l'extrême droite non seulement ne défendait pas la République mais la dénigrait. Elle ne se soumettait pas aux convocations des juges, elle écartait de ses meetings la presse qui ne lui était pas favorable, elle faisait naître et attisait la haine vis-à-vis de ses adversaires les faisant siffler dans les meetings, et semble t-il, elle était au courant des réseaux sociaux qui accréditaient dans le pays des mensonges sur son concurrent, le diffamant régulièrement. Je passerai sur des valeurs chrétiennes comme l'accueil de l' étranger ou le respect et l'amour du prochain qui ne peuvent pas être pris ici en considération lorsqu'elles restent valeur d'une religion seulement. L'Eglise catholique a manqué à son devoir en laissant le libre choix à ses membres. Les évêques n'ont pas été très courageux.

Si on en croit les enquêtes d'opinion, 38% des catholiques pratiquants ont voté à l'extrême droite et plus particulièrement lorsque la droite classique est éliminée au premier tour comme c'était le cas. Les évêques auraient donc eu peur de perdre des fidèles et de surcroit, les plus fidèles! Leur inquiétude peut se comprendre mais ne peut justifier une telle position, dangereuse pour la république et en contradiction avec la recherche de la vérité demandée par l'Evangile. Par cette attitude, les évêques se sont joints à ceux qui, des leaders politiques, ont eu la même position pour des intérêts personnels et partisans, peu soucieux de notre devise républicaine liberté, égalité fraternité.

Certes, me dit-on, quelques évêques courageux ont été plus explicites. Ils ont clairement invité à voter pour M. Macron. Nous ne pouvons que les soutenir. Ils ne peuvent toutefois pas servir de faire valoir à une Eglise qui pour ne pas perdre des fidèles prend le risque de nous faire perdre la République qui nous protège. La mission de l'Eglise n'est pas de se protéger elle-même, elle est de protéger les autres y compris lorsqu'elle a le sentiment qu'elle disparait. Rien ne dit qu'elle doit être éternelle. Elle ne peut pas se substituer au Royaume des cieux.

Bien à toi.

 

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Qui suis-je ?

     Titulaire d'une maitrise de théologie et d'un DESS de psychopathologie clinique, j'ai été amené à exercer plusieurs fonctions  et plus particulièrement la mise en place d'un centre socio- culturo- spirituel protestant puis la direction pendant 12 ans d'un centre de cure pour malades alcoliques. J'y ai découvert l'importance d'apprendre à écouter l'humain dans toutes les dimensions qui le constituent. Aujourd'hui, inscrit au rôle des pasteurs de l' Eglise Réformée de France, j'essaie de mettre des mots sur mes expériences et de conceptualiser mes découvertes.
serge soulie

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