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6 mai 2017 6 06 /05 /mai /2017 15:43

 

Pour rendre mon propos plus clair, je dois au lecteur que vous êtes, une confidence importante. Il y a six mois, j’ai appris que j’étais atteint d’un cancer. Dans un premier temps je devais être opéré puis, à la suite d’examens complémentaires en vue de cette opération, il s’est avéré que le cancer s’était étendu. Plus possible de m’opérer. Seul recours possible : une chimio thérapie bien corsée. Après trois cures bien difficiles à supporter mais laissant apparaitre un léger mieux, il m’est demandé de continuer sans aucune garantie de voir disparaitre ce mal qui me ronge.

Au courant de cette mauvaise nouvelle, parents, amis et voisins se sont manifestés. Leurs visites sont toujours un grand encouragement y compris lorsqu’il m’est difficile de les recevoir longtemps. Leurs courriers, par mail ou par lettre sont les traces d’une amitié qui se grave au fond de moi, me modèle et me constitue, toujours et encore. L’humain n’arrive jamais au bout de ce qu’il peut être. Jusqu’au dernier souffle, le corps et l’âme, inséparables par nature, sont enrichis par l’expérience du moment. C’est pourquoi, il n’est pas possible de dire « c’est fini ». L’existence cesse, l’essence continue. Or, l’essence est divine. Si Dieu est en nous, s’il est cet esprit qui nous anime, comment pourrions-nous mourir sans l’entraîner avec nous? Faudrait-il qu’il nous quitte au moment du trépas ? Et s’il mourrait avec nous cela signifierait-il qu’il n’est pas Eternel ? Dieu vit en nous et nous vivons en lui. Rien ne peut défaire ces deux axiomes.

Ces mots qui me sont adressés, par oral ou par écrit, viennent de croyants, comme d’incroyants. Certains font appel à Dieu. D’autres veulent l’ignorer. Peu importe. Ces mots, je les ressens porteur de tendresse. Ils sont comme une caresse sur ce mal à la fois physique et moral. A travers eux, l’interlocuteur se donne comme un frère y compris lorsque ce terme de frère n’est pas reconnu par lui tant ce mot a été utilisé au cours de l’histoire pour tuer la fraternité et faire de l’autre un obligé voire un esclave. L’esclavage n’a pas disparu. Il s’est modernisé. La maladie bouleverse la perception des uns et des autres. Percevoir l’autre comme un esclave ou comme un maitre devient impossible. Il n’y a plus de rapport de force. La maladie est insupportable à celui qui voudrait retrouver ce rapport. Sinon, elle fait de l’autre un prochain. Quelqu’un qui aime et que l’on peut aimer.

Parmi ceux qui font intervenir Dieu dans les propos d’encouragement, certains ont des mots qui touchent. « Dans mon groupe, nous portons votre Nom devant Dieu » écrit une dame. La formule est belle. Le malade a parfois un sentiment de dépréciation. Le Nom le rétablit dans son être. Pour nier l’être de quelqu’un, il suffit de lui enlever le Nom. Les religions s’y emploient encore lorsque leur souci n’est pas la personne mais leur système. L’être n’est plus celui qui est donné par la nature mais celui qu’elles imposent. Ce n’est plus Dieu, le potier qui modèle son pot. C’est leur doctrine et leurs dogmes. Un ami me dit en me quittant : « Je te confie au Seigneur de la vie ». La vie envisagée comme une seigneurie ouvre un espace dans lequel on a envie de rester ou de s’engouffrer pour celui qui aurait le sentiment de l’avoir quittée. Et peu importe qui est le Seigneur si son royaume c’est la vie. Il sera reconnaissable par tous. Il y a aussi celui qui dit « je te bénis toi et tout ce qui t’entoure, les êtres et les choses». Une bonne manière de réhabiliter et régénérer ce que la maladie laisse voir comme enlaidi. Bref, ces formules sont un vrai bonheur. Elles ouvrent de nouveaux horizons.

Mais c’est vrai, il y a aussi ceux qui font intervenir Dieu comme s’il était le responsable, sinon de la maladie, en tout cas de la guérison. Ils laissent entendre qu’il faut prier et que plus nombreux sont eux qui prient, mieux Dieu exaucera les prières. La guérison dépendrait de la foi, celle des malades et de ceux qui l’entourent. Ils font de la foi une œuvre salvatrice. Leur propos s’inscrit dans des attitudes et des croyances religieuses reproduites et répétées. Dieu ne m’a pas donné le cancer. Il n’a pas autorisé un ennemi à me le donner. Implorer Dieu pour la guérison n’a pas de sens. C’est aller à l’encontre de ce qu’est Dieu. Bien sûr, il n’est pas interdit de crier à lui. Il n’est pas interdit de crier « Aïe!» lorsque l’on reçoit un coup de marteau sur les doigts, cela ne guérit pas pour autant. Récemment, une amie s’inquiétait. Elle craignait que je ne perde la foi et ne crois plus en Dieu au vu de la gravité de ma maladie. Mais, à quel Dieu croit-elle ? Dieu n’a pas d’intentions particulières. Il est une source à laquelle je puise sans rien demander. Comme l’air que je respire il m’est donné et me fait vivre. Il est une force mise à ma disposition sans avoir besoin de montages particuliers pour la capter. Dieu ne fait pas la pluie et le beau temps selon son gré.

Ceci dit, je ne veux imposer à personne ce que j’ai été amené à observer, expérimenter, comprendre, penser et croire au cours de ma vie. Ceux qui prient pour moi moi le font selon leur foi du moment. Leur attitude compte avant tout. Elle me fait du bien. Peu importe leurs convictions. Peu importe les miennes. Chacun de nous est amené à faire son chemin. Le bonheur nous vient lorsque nous nous intéressons aux chemins différents des nôtres. Il est plus fort que la maladie. Alors merci pour les paroles, les prières et les encouragements qui me sont adressés. Ils sont pour moi un vrai bonheur.

     

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    Qui suis-je ?

         Titulaire d'une maitrise de théologie et d'un DESS de psychopathologie clinique, j'ai été amené à exercer plusieurs fonctions  et plus particulièrement la mise en place d'un centre socio- culturo- spirituel protestant puis la direction pendant 12 ans d'un centre de cure pour malades alcoliques. J'y ai découvert l'importance d'apprendre à écouter l'humain dans toutes les dimensions qui le constituent. Aujourd'hui, inscrit au rôle des pasteurs de l' Eglise Réformée de France, j'essaie de mettre des mots sur mes expériences et de conceptualiser mes découvertes.
    serge soulie

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