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4 avril 2017 2 04 /04 /avril /2017 20:53

 

        Dans un reportage à la télévision une jeune lycéenne de 18 ans participant à un meeting de l’extrême droite pour la présidentielle soupirait de bonheur à l’idée que sa candidate pourrait être élue. Elle pourrait alors payer en francs. Elle y ajoutait pour montrer son allégeance au mouvement la fermeture des frontières et l’aide à l’emploi des jeunes. Mais elle s’empressait d’ajouter que ses parents ne voyaient pas d’un bon œil son choix pour un tel vote. Puis continuant à répondre à l’intervieweur elle soulignait encore qu’elle serait la seule de toute sa famille à voter pour l’extrême droite.

        Une telle insistance laissait clairement apparaitre que son vote était un acte d’émancipation à ses parents d’abord, à sa famille ensuite. Son incapacité à répondre aux raisons qui la poussaient à un tel vote montrait que son choix était dicté par des considérations personnelles ayant trait aux rapports avec les siens. Rien d’étonnant, rien de condamnable dans l’attitude de cette jeune fille. Tout adolescent a besoin, et c’est heureux pour son épanouissement, de s’émanciper des tutelles qui jusque-là lui ont été utiles pour grandir. C’est ainsi qu’il devient adulte et s’exerce aux responsabilités indispensables pour mener à bien sa vie. Celle-ci, par ailleurs, n’est-elle pas un perpétuel combat pour nous détacher de ce qui nous a été nécessaire à un moment donné,

        Ce qui est condamnable, c’est la récupération par un parti politique des stades d’évolution d’un jeune à des fins purement politiciennes. Dans ce même reportage, un responsable du parti ne se privait pas d’exposer cette récupération racontant qu’il avait été dans sa jeunesse dans la même situation et que, depuis, ses parents l’avaient suivi dans ses positions politiques. Sa remarque, à son insu, discréditait ses parents non parce qu’ils avaient opté pour ce parti, c’est leur droit, mais parce qu’ils avaient renoncé aux convictions parentales en s’identifiant à leur fils. Une telle inversion cause chez tout individu, une immaturité regrettable pour lui-même et dangereuse en politique.

        Il est généralement admis que par le passé des rites de passage tels la première communion à l’Eglise, le certificat d’étude, le service militaire ou l’apprentissage de la couture pour les filles servaient à cette émancipation. Il serait bon d’y réfléchir non pour retrouver ces rites anciens mais voir comment on pourrait aider aujourd’hui les plus jeunes à signer le franchissement d’une étape qui comme ces rites servirait de quitus à un passage effectué.

        Ce besoin d’émancipation de nature personnelle pour cette jeune fille, existe sur le plan collectif. La masse -et plus particulièrement celle des jeunes- aspire à sortir de la société. Elle a besoin de croire, pour s’engager à son tour, qu’il est possible de créer du nouveau et de mieux faire. Ce besoin de rupture ne dépend pas de l’état de la société. On pourrait penser qu’il fait suite à une situation devenue impossible. Il n’en est rien. En 68 les jeunes ne voulaient plus de cette société alors qu’elle était plutôt prospère. Les trente glorieuses restent une référence de réussite et d’amélioration de vie pour le plus grand nombre. Le besoin de rupture n’était pas à rejeter pour autant comme l’auraient voulu les plus conservateurs. Il était nécessaire pour que puisse continuer ce qui existait déjà tout en l’améliorant par des voies nouvelles. Notons d’ailleurs que les chefs des contestataires de l’époque se sont parfaitement bien intégrés dans la société existante et qu’ils en sont devenus les cadres supérieurs. Ceci dit, en martelant que la société est au plus mal, les opposants aux gouvernements en place, qu’ils soient de droite comme de gauche, entretiennent et facilitent le besoin illusoire d’une rupture totale et absolue.

        Ici encore, ce qui est regrettable, c’est la récupération par certains responsables politiques du besoin d’émancipation. Ils transforment un besoin légitime de rupture et de changements des peuples en un outil pour assurer leurs propres profits et leur pouvoir. C’est ainsi que les révolutions mettent trop souvent au pouvoir, et au départ avec le consentement du peuple, des dictateurs. Si les cubains voulaient se débarrasser de Batista, ils ne voulaient pas pour autant un système à la Fidel Castro. Même chose pour les allemands qui voulaient sortir de la crise économique et qui se sont retrouvés embrigadés dans le pire régime que le XX siècle ait connu.

        Vous, les politiques de tout bord ne cherchez pas à profiter du besoin d’émancipation des citoyens et des peuples !

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Qui suis-je ?

     Titulaire d'une maitrise de théologie et d'un DESS de psychopathologie clinique, j'ai été amené à exercer plusieurs fonctions  et plus particulièrement la mise en place d'un centre socio- culturo- spirituel protestant puis la direction pendant 12 ans d'un centre de cure pour malades alcoliques. J'y ai découvert l'importance d'apprendre à écouter l'humain dans toutes les dimensions qui le constituent. Aujourd'hui, inscrit au rôle des pasteurs de l' Eglise Réformée de France, j'essaie de mettre des mots sur mes expériences et de conceptualiser mes découvertes.
serge soulie

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