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24 novembre 2016 4 24 /11 /novembre /2016 14:43

          

              A l’approche de Noël, la question concernant la possibilité d'installer une crèche dans un édifice public sans contrevenir à la loi 1905 sur la séparation de l’Eglise et de l’Etat, revient dans l’actualité. Le Conseil d’état appelé à trancher en cassation vient de répondre en date du 9 novembre. Il considère que des crèches peuvent être installées à condition que l'exposition soit temporaire, sans élément de prosélytisme et dans un cadre à caractère culturel, artistique et festif.

             Cette autorisation suppose que la crèche est devenue un élément de notre culture sans signification religieuse. Ce présupposé parait contestable. Pour qu'il soit vrai il faudrait qu'il n'ait plus de signification religieuse. Or comment cela se pourrait-il puisque la crèche est une référence forte dans la tradition et de la théologie de l’Eglise catholique. Elle témoigne de la double nature du Christ : divine et humaine. Elle justifie la piété mariale, Marie étant dite «mère de Dieu ».

              Le protestantisme s'est longtemps tenu à l'écart de la crèche. Peut-être pour se différencier du catholicisme. Plus tardivement pour avoir été convaincu que les récits de la nativité sont une construction plus qu'un événement réel. La présence de ces récits dans seulement deux Evangiles sur quatre va dans ce sens. La nativité serait plus symbole que réalité. Le protestantisme se refuse d'enfermer les symboles dans la réalité d’où son refus du crucifix par exemple.

              Aujourd'hui, l'œcuménisme aidant, la crèche est entrée dans les familles protestantes comme dans les temples où elle prend la place du sapin moins facile à manier. Quant à la théologie catholique, elle s'est largement ouverte, souvent plus qu'un certain protestantisme littéraliste, à l'approche mythologique de ces textes. Elle reste toutefois attachée à la crèche, parce qu'elle représente deux éléments sacrés du catholicisme : la divinité du  Christ et la place faite à Marie.

              Et c'est bien pourquoi, des élus, le plus souvent très à droite veulent installer des crèches dans les mairies ou autres bâtiments de la république. Il s'agit pour eux d'affirmer une identité chrétienne forte. En cela ils sont soutenus par une large partie de la population, celle là même qui voulaient mentionner l’héritage chrétien dans le préambule de la Constitution Européenne. De plus, dans le contexte actuel - c’est là que réside le danger- la crèche à pour rôle de concurrencer l’islam dans ses velléités d'imposer sa manière de vivre à notre société. Elle est utilisée pour dire à cette religion que nous ne voulons pas d’elle.

              Fort heureusement ni les catholiques ni les protestants ne réclament l'installation de ces crèches dans les lieux représentant la république. Encore une fois, à travers la crèche, c'est la religion qui est prise en otage par des politiques  qui cherchent à diviser  la population pour se maintenir au pouvoir. Aujourd'hui en France, les religions respectent dans l'ensemble  la laïcité autrement dit la séparation de l’église (des religions) et de l’Etat. Certains élus de la république ne la respectent pas. C'est un comble !

              Le sacré est fait par les humains. Il a pour rôle d'implanter la croyance officielle du moment. Toutes les religions ont leur "sacré". Il disparait lorsque la religion disparait. A ce jour ni le christianisme ni la crèche n’ont disparu. Celle-ci reste bien une chose sacrée y compris lorsqu'elle est sécularisée à des fins commerciales ou politiques. Des élus l’ont bien compris. Ils se servent d’elle. C'est pourquoi, à notre avis elle n’a pas sa place dans un Hall de mairie, d'hôtel de région, du département, à l’assemblée nationale ou au sénat. Pour sa fonction culturelle et artistique, elle peut être installée dans d’autres lieux.

             Aujourd’hui, la laïcité est implantée dans le pays. Menacée, elle doit y être enracinée. Les halls réservés à la république la symbolisent. Ce sont des espaces sacrés. Leur neutralité garantit à toutes les religions la liberté de leur expression et leur signifie leur limite.

 

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Qui suis-je ?

     Titulaire d'une maitrise de théologie et d'un DESS de psychopathologie clinique, j'ai été amené à exercer plusieurs fonctions  et plus particulièrement la mise en place d'un centre socio- culturo- spirituel protestant puis la direction pendant 12 ans d'un centre de cure pour malades alcoliques. J'y ai découvert l'importance d'apprendre à écouter l'humain dans toutes les dimensions qui le constituent. Aujourd'hui, inscrit au rôle des pasteurs de l' Eglise Réformée de France, j'essaie de mettre des mots sur mes expériences et de conceptualiser mes découvertes.
serge soulie

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