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29 novembre 2016 2 29 /11 /novembre /2016 11:47

Devenir ce que nous sommes déjà.

            Qui ne connait pas le célèbre aphorisme de Simone de Beauvoir : « on ne nait pas femme, on le devient ». La philosophe voulait montrer que la féminité n’est pas une donnée de la nature mais un produit de la culture et de la civilisation. Pour elle « l’éternel féminin est un mythe » auquel on se réfère pour enfermer les femmes dans des fonctions subalternes et des conditions sociales abêtissantes.

            Elle ne pouvait pas ignorer la déclaration d’Erasme selon laquelle on ne nait pas homme, on le devient. Le grand humaniste voulait dire que l’homme accompli est une construction. Il ne nait pas dans cette situation. JJ Rousseau, laisse penser que tout est dans la nature, la féminité comme l’accomplissement de l’homme. C’est la société qui par son formatage empêche l’éclosion de ce qui est naturellement donné. Autrement dit, là où Beauvoir voit dans la civilisation la possibilité d’améliorer les choses, Rousseau y voit le risque d’un étouffement du meilleur logé en tout humain.

            C’est du théologien carthaginois au IIIème siècle après JC, Tertullien, que vient la formule initiale « On ne nait pas chrétien, on le devient. » Il s’inspirait directement des Ecritures et de la parole de Jésus pour qui tout homme peut naître de nouveau. L’Eglise aujourd’hui en reste à cette formule. Celui qui opte pour vivre avec Christ est un être nouveau. Le « Vieil homme » n’est plus dira l’apôtre Paul qui se donne en exemple depuis qu’il a rencontré Dieu par une révélation sur le chemin de Damas.

            Qu’il s’agisse du féminisme, de l’humanisation ou du christianisme, cet aphorisme décliné sous ces trois formes renvoie à la liberté humaine qui serait capable de transcender les héritages sociaux. Nous sommes là en pleine philosophie Sartrienne. On sait l’horreur qu’éprouvait Sartre devant ce que nous appelons « déterminisme ». Ce dernier ne peut qu’entraver la liberté et aliéner sa conscience.

            On ne peut pas nier que la féminité, l’humanisation ou encore la christianisation d’un être ne soit pas le résultat d’une construction culturelle. L’humain est en formation toute sa vie et ses choix dépendent de cette formation. On voit d’ailleurs l’intérêt à diversifier celle-ci si on veut éviter que tous les humains se ressemblent comme les voitures sortant d’une même chaîne de montage. On ne peut pas parler pour autant de rupture comme le laissent entendre ces proclamations. La vie est un continuum. Il y a un capital de départ qui est naturel, non seulement par les gènes, la biologie mais aussi par l’histoire. Jésus lui-même hérite des gènes de sa mère Marie, de son père Joseph ou d’un inconnu. Il a aussi toute une généalogie qui le précède. Il est l’aboutissement de cet ensemble. Et c’est à partir de là qu’il construira sa vie en s’instruisant à la synagogue, en apprenant un métier, en s’intéressant à la politique de son pays lorsqu’il dira par exemple: rendez à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu. Il est fils de Dieu par continuité et non par rupture. L’élection de Dieu ne l’arrache pas à l’humanité. Il n’est né en Dieu, il meurt et réapparait en Dieu. Il a cru être abandonné dans sa souffrance. Il ne l’était pas.

            Aujourd’hui, ces aphorismes ne doivent pas nous piéger. La femme devient femme à partir de ce qu’elle est. L’homme devient homme à partir de ce qu’il est. Le chrétien le devient à partir de qu’il était. Combien de chrétiens se sont dit chrétiens pour rompre par la suite avec ce qu’ils avaient cru être. Combien d’hommes ayant atteint une stature d’homme pleinement humaine sont devenue des bourreaux, combien de femmes ont épousé la liberté pour se rendre esclave par la suite. Simone de Beauvoir elle-même dans sa correspondance avec son amant en Amérique nous dit combien il est jouisif pour elle d’être l’esclave de celui qu’elle aime. Chez tous la nature a repris ses droits. Ils avaient voulu l’attaquer de front, ils ont échoué. Les passions sont revenues avec plus de force encore. Seuls, tiennent ceux qui savent composer avec les vents contraires sans chercher la rupture. Ils s’adossent à eux pour utiliser leur force éolienne sans se laisser aller dans la direction imposée.

            Il n’est pas possible de violer la situation passée pour construire le présent. Cette situation ne peut qu’être intégrée pour être transformée, sublimée pour reprendre un terme de la psychanalyse. Vouloir une rupture c’est prétendre pouvoir couper les racines à partir desquelles nous avons grandi, c’est sortir de l’« en Dieu » dans lequel nous étions avant même la naissance. C’est aussi perdre une part de liberté puisqu’il s’agit d’échanger un mode de vie contre un autre. Il croit avoir choisi. Ce n’est qu’un leurre. Il y a liberté lorsque l’être domine la situation qu’il est appelé à vivre, lorsqu’il ne se laisse pas emprisonner par elle et qu’il arrive enfin à la dépasser. Le Born gain n’est souvent qu’une fuite, une illusion. Affranchi de cette illusion, il comprend qu’il ne peut que rester inscrit dans le déterminisme de la nature.

            Plagiant nos trois auteurs nous dirons que l’on ne nait pas femme, on ne nait pas homme, on ne nait pas chrétien, on devient ce que nous sommes déjà et qui est encore caché en naissant. La vie heureuse est la vie qui permet que se réalise le potentiel que chacun porte en lui depuis toujours. Ce potentiel se révèle au fur et à mesure que se déroule la vie.

 

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Qui suis-je ?

     Titulaire d'une maitrise de théologie et d'un DESS de psychopathologie clinique, j'ai été amené à exercer plusieurs fonctions  et plus particulièrement la mise en place d'un centre socio- culturo- spirituel protestant puis la direction pendant 12 ans d'un centre de cure pour malades alcoliques. J'y ai découvert l'importance d'apprendre à écouter l'humain dans toutes les dimensions qui le constituent. Aujourd'hui, inscrit au rôle des pasteurs de l' Eglise Réformée de France, j'essaie de mettre des mots sur mes expériences et de conceptualiser mes découvertes.
serge soulie

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