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7 octobre 2016 5 07 /10 /octobre /2016 14:08

Dans l’actualité de ce mois d’octobre se trouve la fête de la Réformation. Cette fête est justifiée étant donné l’importance de la Réforme dans toute l’Europe. Les affirmations formulées par les réformateurs un peu partout sur ce continent ont ouvert la porte à la modernité.

Le « Dieu seul » a permis à l’homme de s’émanciper de l’autorité de l’Eglise catholique Romaine et de ceux qui étaient considérés comme ses supérieurs. En s’adressant directement à Dieu, il s’affranchissait d’un système hiérarchique qui l’obligeait. Il s’autorisait à poser la question de la nature et de l’existence de Dieu ce que feront les philosophes des lumières tels, Diderot, Bayle, Rousseau arrachant ainsi la philosophie à la scolastique qui faisait de la philosophie la servante de la théologie.

Le « l’Ecriture seule » venait renforcer cette autonomie en invitant chacun à explorer le texte et son contexte. Au-delà même du texte c’est la science dans tous les domaines qui se voyait ouvrir les portes que l’Eglise s’obstinait à fermer jusqu’à bruler vifs les savants dont les découvertes contrevenaient aux vérités établies par les dogmes. L’héliocentrisme en est un exemple remarquable. L’interprétation libre des textes donnait toute sa place à la conscience qui devenait le seul guide de l’homme.

Le « la grâce seule » affirmant que l’homme n’a pas besoin des œuvres pour son salut ,le libère afin qu’il puisse se consacrer à son travail, sa famille, la gestion de la cité. La grâce étant pour tous, l’éthique, autrement dit l’attitude et le comportement de chacun est une réponse à l’amour de Dieu et en aucun cas une discipline et une exigence pour recevoir le pardon et la grâce de Dieu qui sont déjà donnés.

Dans les siècles qui ont suivi, ces affirmations ont eu des développements considérables. Avec Freud, l’être humain pour échapper à ses enfermements, qu’ils soient appelés péché ou névrose, sera orienté vers la connaissance de soi et de son histoire en lieu et place de la contrition et des mortifications. La Réforme a ouvert la porte à la psychanalyse. Avec Darwin la transcendance retrouve sa place dans la nature. Comme Luther, le spécialiste de l’évolution accepte ce que le divin fait de nous. Marx, demande à renoncer à la société capitaliste et à ses fausses lois comme Luther invitait à se méfier de l’Eglise et de ses commandements. La critique devient une nécessité pour éviter l’embrigadement par la majorité ou le repli sur soi par protection et résignation. La liberté ne consiste pas à s’émanciper des lois mais à en créer de nouvelles adaptées à la réalité.

La Réforme a forgé la société jusqu’à aujourd’hui, en France comme en Europe. Elle continue son œuvre. C’est la société toute entière qui a été transformé par elle et pas seulement l’église. Certains vont jusqu’à penser que la société s’est « protestantisée » à l’insu de tous. Quelles sont alors les raisons pour lesquelles la fête de la réformation est ignorée par l’actualité ?

Probablement à cause de l’ignorance des journalistes qui plaquent les mots de la religion catholique sur les pratiques du protestantisme et en détournent ainsi le sens et la particularité. Le culte devient la messe, la table de communion l’autel, le pain l’hostie… Plus encore, les protestants n’osent pas dire ce qu’est l’esprit de la Réforme par crainte de blesser les catholiques. Cette crainte se manifeste dans les réunions publiques et dans le courrier des lecteurs où les protestants s’emploient à minimiser les différences rappelant que l’Eglise catholique a changé et que les protestants sous d’autres formes pensent et disent la même chose. La bible de l’arrière-grand-mère serait une relique et la référence à un pasteur une « canonisation » ! L’occasion de rappeler à ces protestants que la Réforme c’est le triomphe de la raison et la certitude que Dieu ne se manifeste pas dans le sacré et le surnaturel mais dans le réel. Leur dire aussi que la recherche de l’identique rétrécit, celle de la différence élargit. Osons cultiver cette dernière.

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Qui suis-je ?

     Titulaire d'une maitrise de théologie et d'un DESS de psychopathologie clinique, j'ai été amené à exercer plusieurs fonctions  et plus particulièrement la mise en place d'un centre socio- culturo- spirituel protestant puis la direction pendant 12 ans d'un centre de cure pour malades alcoliques. J'y ai découvert l'importance d'apprendre à écouter l'humain dans toutes les dimensions qui le constituent. Aujourd'hui, inscrit au rôle des pasteurs de l' Eglise Réformée de France, j'essaie de mettre des mots sur mes expériences et de conceptualiser mes découvertes.
serge soulie

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