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1 août 2016 1 01 /08 /août /2016 10:52

Bonjour Pape François,

Je comprendrais que mes remarques te paraissent tout à fait inconvenantes. Sachant que tu es un homme d'écoute et de compréhension je me permet de te les confier. Je pense même que rien de ce que je vais te dire ne t'a échappé. Et si mes propos ne te heurtent pas , ils peuvent en heurter beaucoup et je me garderai de porter un jugement . .

Je ne reviendrai pas sur le crime affreux perpétré dans cette Eglise de Saint Etienne du Rouvray. Nous sommes tous en émoi et nous le resterons longtemps encore avec cette crainte que de pareilles horreurs se reproduisent. Mais voilà, depuis qu'est apparu le visage de ces deux tueurs il monte en moi un esprit de compassion à leur égard. J'ai cru déceler le même sentiment dans le témoignage des deux religieuses .Je me trompe peut être .En effet j'ai toujours été émerveillé par la tendresse et la bienveillance des religieuses qui nous ont accueillis dans des circonstances très diverses en groupe comme en famille. Depuis elles m'apparaissent toutes sensibles à l'humanité qui peut se cacher derrière des monstruosités. Était-ce le cas ce matin là devant les deux tueurs? Ont-elles vu en eux ceux-là même qui ont crucifié Jésus sans raison et auxquels Jésus a pardonné? Étaient-elles préparées à mourir comme Jésus lui-même? Voyait-elles dans la mort injuste et ignoble du prêtre un accomplissement de l'amour total que risque celui qui est empli de l'esprit de Dieu? Je ne sais pas. Elles m'ont semblé être prises à la fois de la plus grande tristesse et de la pitié la plus sincère.

Quoiqu'il en soit, leur témoignage m' a conduit à porter sur ces deux hommes un regard qui ne soit pas seulement une diabolisation. Il me revient aussi cette remarque de ma mère qui me disait "n'oublie jamais que derrière le plus grand criminel, il y a toujours cette partie d'humanité que Dieu aime". Et oui! derrière ces deux personnages assassins il y a la partie que Dieu aime, ce Dieu à qui nous donnons des noms différents selon les religions et les cultures. Le penser, le dire , l' écrire, me donne des frissons. Ce qu'à dit et fait Jésus Christ m'y oblige. Il a demandé au Père de pardonner à ses bourreaux.

Ces deux jeunes avaient 19 ans. Un âge bien tendre. Si tendre que cela vous donne envie de pleurer comme c'est le cas lorsqu'à la guerre on tue de jeunes soldats. On les appelait "chair à canon". C'est l'âge où la personnalité se cherche, l'âge où elle veut s'affirmer, devenir adulte. Les médias parlent de ces deux jeunes comme deux hommes. C'étaient des hommes du point de vue du genre, mais ils étaient en formation, ils étaient stagiaires en humanité, pas encore accomplis. Que leur a-t il manqué, qu'ont-ils vécu pour que cet accomplissement ne soit pas possible autrement que d'aller chercher la mort pour eux comme pour les autres? Où la société, la famille, l'entourage, l'école ont-ils été défaillants? Il ne s'agit pas en posant ces questions de chercher des coupables mais de réfléchir et voir comment de telles situations pourraient être évitées

Selon le témoignage des religieuses, l'un de ces deux hommes est revenu sur la divinité du Christ qu'il contestait. Peu importe la réponse donnée. La religieuse n'a pas craint de maintenir sa conviction. C'était courageux dans une telle situation. Elle a osé sa vérité et cette vérité avait le mérite de ne pas tromper son interlocuteur. D'autres chrétiens ne reconnaissent pas un Dieu en Jésus Christ. Pour eux, être Dieu et être fils de Dieu n' est pas la même chose Tous les humains sont fils de Dieu sans être Dieux eux-mêmes. Une telle réponse aurait-elle pu changer quelque chose chez le jeune homme qui venait de tuer? Je ne le pense pas. Sa remarque montre seulement le désarroi spirituel dans lequel il était. Il y avait chez lui une quête de vérité qu'il n' a pas pu mener jusqu'à la fin parce qu'il ne supportait plus la différence entre ce qu'il pensait croire et ce qu'il cherchait. Il craignait de le trouver. La vie lui était devenue insupportable, la sienne et celle des autres.

Ce terrible événement me renvoie à cette parole de Jésus: "Aimez vos ennemis, bénissez ceux qui vous maudissent, faites du bien à ceux qui vous haïssent et priez pour ceux qui vous maltraitent et vous persécutent". Comme c'est difficile. Mais aimer ce n'est pas approuver. Ce n'est pas vouloir changer l'autre. C'est être fils de Dieu. L'amour n'est pas conditionné.

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Qui suis-je ?

     Titulaire d'une maitrise de théologie et d'un DESS de psychopathologie clinique, j'ai été amené à exercer plusieurs fonctions  et plus particulièrement la mise en place d'un centre socio- culturo- spirituel protestant puis la direction pendant 12 ans d'un centre de cure pour malades alcoliques. J'y ai découvert l'importance d'apprendre à écouter l'humain dans toutes les dimensions qui le constituent. Aujourd'hui, inscrit au rôle des pasteurs de l' Eglise Réformée de France, j'essaie de mettre des mots sur mes expériences et de conceptualiser mes découvertes.
serge soulie

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