Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
23 juillet 2016 6 23 /07 /juillet /2016 21:18

La répétition et l'horreur des attentats en France mais aussi en Europe fait ressurgir le débat sur la peine de mort. Il en va ainsi toutes les fois que des populations innocentes et tout particulièrement des enfants sont tués avec une cruauté dépassant l'imaginable. Ce débat devient d'autant plus vif que des attentats comme celui de Nice semblent imparables.

A y regarder de près, on s'aperçoit vite que la peine de mort ne changerait rien à de telles situations. D'abord parce que ceux qui les perpètrent s'engagent à mourir. Parfois même ils se font sauter alors qu'ils sont seuls lorsqu'ils ont raté leur cible comme au stade de France. Quant à leurs complices capturés vivants, les condamner à mort serait allumer un feu de haine qui ne s'éteint plus. Les traités de paix se terminent toujours par des amnisties y compris pour ceux qui ont tués.

Le désir de vengeance qui est en chaque être s'étaie sur la pulsion de mort . Il doit être entendu si l'on ne veut pas qu'il ronge celui chez qui il s'est installé.

Dans l'ancien Israël, il y avait la loi du talion qui consistait à rendre œil pour œil et dent pour dent. Autrement dit on ne tuait que celui qui avait tué, on n'en tuait pas davantage pour éviter l'escalade. L'application de cette loi permettait de désamorcer le désir de vengeance et la victime pouvait ainsi retrouver la paix son désir de vengeance assouvi..

Revenir à cette loi, autrement dit revenir à la peine de mort serait un recul considérable de la civilisation. Jésus, né dans la société où elle était en vigueur, la condamnait avec force et détermination. Le monde a mis plusieurs siècles à le suivre y compris le monde chrétien. De nombreuses associations se réclamant du christianisme étaient réticentes pour réclamer l'abolition de la peine de mort. Aujourd'hui cette dernière est soutenue par de nombreuses Eglises protestantes et évangéliques aux USA et en Afrique. Quant à l' Eglise catholique elle l'a associée à la lute contre l'avortement au nom du respect de la vie comparant un embryon de 3 mois et une personne consciente des années de sa vie. La position est plus idéologique que réaliste.

Se pose alors la question: comment faire refluer ce désir de vengeance chez celui dont le sentiment d'injustice à son égard est insupportable? La question se pose dans le cas des victimes du terrorisme mais aussi pour des affaires de justice ordinaire et de droit commun.

Voici trois réponses, non exhaustives bien évidement, qui se veulent ouvrir des pistes de recherches.

- Tout d'abord agir au niveau de la prévention. Le discours de Daech invitant à tuer lève les inhibitions de la pulsion de mort qui se manifeste alors sans aucune barrière chez les personnes psychiquement fragiles. De tels propos doivent être éradiqués de la communication publique. Les médias eux mêmes devraient faire preuve de plus de retenue en évitant de rapporter régulièrement de tels propos qui ne sont pas forcément utile à l'information y compris dans un pays démocratique

- Vient ensuite le temps des procédures jusqu'aux décisions. Ce temps est long. L'enquête ne peut être bradée. L'état de droit doit être respecté et défendu. Les politiques, qui pour plaire et rassurer leur électorat voudraient le court-circuiter mettent la démocratie en danger. Il en est un des piliers. Mais, s'il est tout à fait compréhensible que l'instruction pour des crimes préparés longtemps à l' avance, soit longue, on comprend moins que les conditions de détention des terroristes soient plus favorables que celles des autres prisonniers. Ils n'ont pas à être traités différemment selon des régimes spéciaux. Il est tout aussi inacceptable que la prison puisse devenir le lieu du radicalisme. Ce radicalisme est la conséquence de l'oisiveté et de la paresse dans laquelle est placé le prisonnier. Se pose-t-on sérieusement la question sur le but de la prison et ce que l'on attend d'elle?

-Enfin , et ici il y a beaucoup de réflexions à mener, que fait-on des condamnés et plus particulièrement des terroristes puisque le problème est nouveau et qu'il se manifeste à grande échelle. L'inefficacité de la prison est prouvée. Le bracelet électronique devient un gadget. Le suivi (fiche S) est inapplicable tant il faudrait de moyens. La dé-radicalisation parait impossible au vu des spécialistes de la question. Bref, nous sommes sans solution, pris entre le respect des droits de l' homme et la nécessité que ces actes meurtriers cessent.

Et si on se proposait de ramener à la vie réelle tous ces meurtriers? La vie réelle, c'est travailler pour gagner sa vie. C'est payer ce que l'on a détruit. C'est voir comment on peut réparer une partie de ses erreurs sachant qu'elles restent irréparables pour une grande partie. Tuer 84 personnes avec un camion ne se répare pas y compris lorsque l'on est resté seulement complice. C'est accepter les contraintes qui empêchent de faire du mal aux autres lorsque l'on n'a ni la force ni l'intelligence de ne pas le faire par soi même. Ces contraintes peuvent être de nature très différentes. C'est accepter que le prévenu se donne la mort s'il le décide après que le jugement ait eu lieu.

Tout est à inventer mais cela ne sera possible que si on a le courage de dépasser les interdits que l'histoire nous a posés. Prenons un exemple: celui des camps de travail. Depuis la dernière guerre, le mot fait frémir. C'est compréhensible puisque sous ce mot se cachait des camps d'extermination. Le travail servait de torture. Mais soyons raisonnable. On peut dire que notre vie est aussi un camp de travail puisqu'il faut travailler pour vivre. Parfois c'est facile. Parfois c'est plus dur. Il y faut des efforts . Et puis, il y a des moments de loisirs, des moments de repos, des moments de joies et des moments de pleurs. Tous ces moments sont contenus dans un espace temps qui n'est le même pour personne. Ceci varie d'une situation à une autre, d'une classe sociale à l'autre, de la chance ou de la malchance que l'on a eue . Cet espace temps ne sera pas le même pour celui qui a commis des crimes. C'est tout cela la vie. Et cette vie transforme, elle nous change. Elle nous déradicalise parce qu'elle nous fait descendre de l'imaginaire à la réalité. Elle nous oblige à des efforts, pose des contraintes. Nous fait mettre en colère. Bouscule nos affects. Nous rend responsable. Le criminel n'a jamais connu tout cela. Il est temps de le lui faire découvrir.

Partager cet article

Repost 0

commentaires

Qui suis-je ?

     Titulaire d'une maitrise de théologie et d'un DESS de psychopathologie clinique, j'ai été amené à exercer plusieurs fonctions  et plus particulièrement la mise en place d'un centre socio- culturo- spirituel protestant puis la direction pendant 12 ans d'un centre de cure pour malades alcoliques. J'y ai découvert l'importance d'apprendre à écouter l'humain dans toutes les dimensions qui le constituent. Aujourd'hui, inscrit au rôle des pasteurs de l' Eglise Réformée de France, j'essaie de mettre des mots sur mes expériences et de conceptualiser mes découvertes.
serge soulie

Recherche

Blogs Et Sites Amis