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28 juin 2016 2 28 /06 /juin /2016 10:39

Le succès du référendum sur le brexit amène ses partisans à clamer haut et fort que la démocratie a été appliquée et que le peuple a parlé. C’est ainsi que tous les mouvements populistes d’Europe leur emboitent le pas réclamant pour chacun de leur pays respectif un référendum sur l’attachement à l’Europe et tous autres sujets devenus leur fond de commerce. S’ajoutent à ces mouvements souverainistes des leaders politiques soucieux de leur avenir. En proposant un référendum, ils cherchent à plaire au peuple et à démontrer qu’ils sont plus démocrates et républicains que leurs adversaires.

Dans ce contexte, il est regrettable que si peu de personnes et tout particulièrement parmi les politiques, les médias et les intellectuels, pose la seule question qui vaille par les temps qui courent: le référendum est-il vraiment un instrument adéquat pour que vive une démocratie ? Dit autrement, peut-on dire que le peuple a parlé après un référendum ? Plus précisément encore a-t-il dit ce qui est juste pour défendre la démocratie, avec ce qu’elle porte en elle de plus précieux à savoir la liberté et la justice ?

Notons tout d’abord que ceux qui réclament un référendum sont ceux qui par le biais de nos institutions n’arrivent pas à imposer leur manière de voir. Le référendum devient pour eux l’instrument leur permettant d’arriver à leur fin. Ils ne s’intéressent pas à l’opinion du peuple, ils veulent l’emporter. La création de l’aéroport de Nantes en est la parfaite illustration. Au départ, les opposants demandent un référendum pensant qu’ils vont le gagner. Le référendum après de très longues et nombreuses tergiversations a lieu. Craignant que le résultat du vote ne soit plus en leur faveur les opposants se disent prêt à ne pas respecter le verdict du peuple ce dernier n'étant pas, selon eux, averti des nuisances que créera cet aéroport. Ils contestent aussi le périmètre désignant les votants. Bref, ils ne veulent plus de référendum. Ils veulent que le projet soit annulé et qu’ainsi leur position triomphe.

Prenons l’exemple du premier ministre anglais. Pour emporter les élections il promet aux partisans du brexit un referendum sur l’attachement à l’Union Européenne. Ceux-ci persuadés qu’ils l’emporteront un jour, volent à son secours et l’élisent. En fait, Monsieur Cameron croit que les anglais diront non à une sortie de l’Europe. Il en profite pour arracher à Bruxelles de nouveaux privilèges qui ne suffiront pas, à la surprise générale, à faire triompher le « remain ». Il est pris à son propre piège. Il ne peut que démissionner. Quant à ceux qui ont voulu quitter l’union européenne, les voilà bien embarrassés car leur discours ne visait pas à apporter une autre politique mais à prendre le pouvoir. Les travaillistes avaient bien compris la supercherie et à quelques exceptions comme celui de la députée qui a perdu la vie, ils ne se sont pas battus au côté du premier ministre bien que convaincus qu’il ne soit pas bon pour le Royaume de quitter l’union. Encore une fois, le référendum servait les intérêts politiques de quelques-uns pas ceux du peuple. Les non-dits, les contre-vérités et les promesses impossibles ont fait triompher le « brexit ».

Imaginons maintenant que le président François Mitterrand ait fait un referendum pour ou contre la peine de mort ? Plus de 70% des français auraient voté contre son abolition. Est-ce là la voix de la sagesse et de la civilisation ? Le monde doit-il avancer en éliminant ce qu’ils pensent mauvais ou doit-il travailler à les changer ? Reconnaissons que les foules ont bien du mal à se poser de telles questions et lorsqu’elles se les posent, la peur, le sentiment d’insécurité les fait toujours répondre dans la même direction: éliminer l’autre pour éliminer les risques. De plus, la foule est versatile. Au début du quinquennat de François Hollande 65% des français étaient favorable au mariage pour tous, deux ans après, s’il y avait eu un référendum la possibilité de ce mariage n’aurait pas atteint les 40%. La preuve est faite que dans un référendum on ne vote pas en répondant à une question, on plébiscite ou rejette ceux qui nous gouvernent ou ceux qui proposent le vote.

Il apparait ainsi que le referendum est loin d’être un bon outil de la démocratie. Il permet que vivent et s’imposent dans le politique les peurs dominantes et les plus bas instincts. Il ne régule pas, il clive et divise. Il n’harmonise pas, ne cherche pas l’équilibre, il rejette dans un camp ou dans un autre. Il n’apporte aucune solution mais renvoie à des lendemains rendus difficiles par les solutions caricaturales prises par référendum.

Certains voient dans le référendum le modèle de la démocratie participative. Or, cette dernière a pour but d’élaborer des projets avec tous ceux qui du peuple se sentent concernés. Cette élaboration n’est pas à confondre avec la sanction que représente un référendum. Il appartient aux élus, selon les différents niveaux, de prendre en compte les résultats de l’élaboration et après une évaluation de ces derniers sur leur pertinence et leur faisabilité, d’entamer les procédures qui conduiront à l’application de celle-ci.

Dans l’union Européenne 4 pays dont l’Allemagne et la Belgique ne peuvent avoir recours à des référendums sinon pour redéfinir les frontières régionales. Dans 13 pays des citoyens ou des corps constitués peuvent au-delà d’un certain nombre demander un référendum. Enfin dans 10 pays dont la France et l’Angleterre l’état garde la main sur le référendum. Il a donc suffi que le premier ministre anglais le veuille pour que le référendum ait lieu. C’est ainsi qu’il a servi des intérêts personnels avant de servir les intérêts de la réalité du pays.

Le référendum s’inscrit dans une démocratie directe qui, nous semble-t-il, n’est possible qu’à un échelon local et pour des questions très précises dont les réponses sont accessibles à tous. Pour des questions générales, d’ordre social, économique ou politique il appartient à ceux qui savent et connaissent de décider. La démocratie représentative nous parait la meilleure formule. Pour décider il faut connaitre et comprendre. Des hommes et des femmes sont élus pour cela. Le référendum favorise l’ignorance, l’incompétence ainsi que l’influence qui peut être exercée sur le citoyen lorsque celui-ci n’est pas suffisamment armé pour comprendre ou pour résister. Le recours au référendum est une imprudence qui peut remettre en cause la démocratie dont il se réclame. Il est une facilité à la fois dangereuse et illusoire.

Pour ce qui est de la France et pour éviter ce qui vient de se passer en Angleterre, nous devrions nous interroger sur la nécessité de fixer dans la constitution les conditions d’un référendum afin qu’un chef D’état et ses soutiens ne gardent pas la main sur la possibilité d’un référendum et ne puissent y avoir recours. En France, le chef de l’état a, sous certaines conditions, la possibilité de dissoudre l’assemblée si le pays lui parait ingouvernable. Le peuple choisit alors de nouveaux représentants qui votent les lois et accompagnent le pouvoir exécutif. Ils encadrent ainsi le Président de la république qui par le biais d’un référendum flattant les ardeurs du peuple que d’autres auraient éveillées, s’émanciperait de tout contrôle. Il pourrait conduire le pays dans les pires catastrophes. C’est ce que craignent beaucoup d’anglais pour leur pays. Ils commencent à comprendre qu’ils ont été trompés et quelles que soient les insuffisances de l’Europe actuelle, et elles sont réelles, le « brexit » apparait comme n’étant pas une bonne solution pour personne. L’utilisation de référendum est une grave erreur de gouvernance.

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Qui suis-je ?

     Titulaire d'une maitrise de théologie et d'un DESS de psychopathologie clinique, j'ai été amené à exercer plusieurs fonctions  et plus particulièrement la mise en place d'un centre socio- culturo- spirituel protestant puis la direction pendant 12 ans d'un centre de cure pour malades alcoliques. J'y ai découvert l'importance d'apprendre à écouter l'humain dans toutes les dimensions qui le constituent. Aujourd'hui, inscrit au rôle des pasteurs de l' Eglise Réformée de France, j'essaie de mettre des mots sur mes expériences et de conceptualiser mes découvertes.
serge soulie

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