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17 mars 2016 4 17 /03 /mars /2016 11:59

Bien cher François,

L'actualité m'amène à reprendre contact avec toi par ce courrier. Il en va comme tu t'en doutes peut être de l'affaire Barbarin qui occupe l' espace médiatique. Deux sentiments m'animent devant une telle situation.

Tout d'abord un sentiment de compassion pour cet homme qui tous les jours voit une nouvelle accusation tomber sur sa tête. Peu importe la véracité de ces accusations. Je ne parle pas ici des victimes pour qui justice doit être faite afin qu'ils puissent se sentir solidaires de notre société. Leur terrible vécu les en exclut pour l'instant. Je parle de l'homme Barbarin qui, coupable ou pas, doit être perçu comme un homme et qui ne peut être remis à sa place dans la chaine de l'humanité que par la justice qui passe. Il est ici logé à la même enseigne que les victimes (mineures ou adultes) qu'il n'aurait pas voulu voir en ne prenant pas en compte les méfaits de leur prédateur.

Je trouve qu'il est naturel et presque sain que l'accusé se défende à sa manière. Ne pas se défendre c'est mourir. Nie-t-il délibérément la vérité ou est-il aveuglé au point de croire qu'il est innocent. C'est à la justice de se prononcer. C'est à ses avocats de le défendre. Faut-il pour autant que l'Eglise soit son avocat? Je la verrai plutôt partie civile ne s'exprimant que dans le cadre du tribunal. Elle est victime elle aussi. Or en s'exprimant publiquement comme le font les évêques pour défendre le cardinal et se défendre l' Eglise, celle-ci apparait comme celle qui a toujours raison et qui se sert en premier. C'est le reproche fait aux politiques. Plus généralement c'est le reproche fait à ceux qui ont le pouvoir et qui se justifie en toute chose. Mais est-ce bien le rôle de l' Eglise de détenir le pouvoir. La référence au Christ conduit semble t-il sur un autre chemin : celui de l'humilité et de la faiblesse. "Quand je suis faible c'est alors que je suis fort" dira l' apôtre Paul. Il poursuit: "les choses faibles confondent les fortes". C'est clair. L' efficacité n'est pas dans le pouvoir.

J'ajouterai ici pour reprendre les propos tenus, par des évêques et selon lesquels de même qu'il y a une" raison d' Etat", il y a "une raison d'Eglise", que ce type de raison relève du pouvoir. Or si le pouvoir doit s'incarner dans l'Etat, peut-on encore accepter qu'il s'incarne dans l' Eglise sans faire un pied de nez à la laïcité censée gérer la place du politique et du religieux? Je crains que l'on assiste ici à la résurgence du vieux démon de l' Eglise : commander à la société tout particulièrement sur le plan éthique.

Pour ce qui est de Barbarin, je ne te cacherai pas combien j'ai été non seulement déçu mais choqué par les propos du cardinal. Qu'un homme si haut placé dans la hiérarchie de l' Eglise puisse faire lors de la mise en place du "mariage pour tous", les déclarations où mariage gay, inceste , polygamie, famille sont mêlés, montre un amalgame dangereux et une pensée confuse sur ce sujet. Je ne doute ni de l'intelligence du cardinal ni de ses qualités intellectuelles. Je doute encore moins de sa bonne volonté. Il ne me semble pas au clair sur la nature des passions. Peut-on le lui reprocher pour autant? Bien sûr que non. Nous ne sommes que le produit de l' environnement qui nous est imposé de gré ou de force. Les vœux de chasteté respectés ou trahis mais néanmoins subis avec ou sans accord, me semblent être un facteur de déstabilisation de l' équilibre de la sexualité pour tout humain et quels que soient les motifs. Certes des hommes et des femmes peuvent opter pour une abstinence sexuelle et le vivre avec bonheur. Mais peut-on imposer cette attitude pour accéder à une fonction ? Plus encore peut-on l'imposer sans possibilité de retour. Toutes ces difficultés rencontrées par de nombreux prêtres à travers le monde montre que la réponse ne peut être que négative. Certes des hommes mariés peuvent être pédophiles et prédateurs. Ce type de pathologie existe parmi d'autres. Toutefois, ne nous cachons pas qu'il y a des situations qui favorisent des comportements inacceptables chez des êtres certainement fragiles mais qui ne seraient jamais passés à l' acte sans des circonstances déstabilisatrices. Ces circonstances peuvent apparaitre comme une bonne cause. C'est le cas pour le célibat des prêtres. Elles peuvent aussi produire ce qu'il y a de pire. Il est temps que l' Eglise y réfléchisse sérieusement, osant mettre de côté le dogme du religieux pour privilégier la condition humaine.

A l'amitié que j' ai pour toi et ta volonté réformatrice, j'ajoute mon incompréhension sur ce sujet . Serge

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commentaires

Vitry gérald 08/04/2016 21:27

Kado pour toi Serge !
"Il est rare que l’on parle des fautes, du péché, du refus, il est rare que l’on ose dire qu’il y a des choses interdites et des choses autorisées, il est rare que l’on reconnaisse qu’il y a une règle morale pour vivre. Notre culture a pensé s’affranchir du poids de cette règle morale, elle a essayé de répandre l’idée qu’il n’y a pas de mal, qu’il n’y a que des malheurs, et en même temps, à mesure que se développait cette conviction, que tout se vaut et que tout est possible. On a vu surgir des cohortes de procureurs, de gens qui font profession de chasser les méchants, comme dans les plus beaux westerns de la grande époque ; « il n’y a pas de loi au-delà du Pecos », mais il y a toujours des juges. Chez nous, la loi morale est affaiblie mais la puissance d’accusation reste entière. Depuis plusieurs jours, les journaux publient, à la honte des contrevenants, des articles qui relatent des infractions financières. Avec quelle jubilation ils nous donnent le résultat de leur enquête, s’il y a eu enquête ! Avec quelle satisfaction les lecteurs entendent ces accusations, comme si le fait de désigner des coupables nous innocentait, comme si, pour être reconnu innocent, nous avions besoin de trouver qui il faut pendre. La machine médiatique et les réseaux sociaux ouvrent à ciel ouvert un tribunal public permanent où les règles habituelles de la justice n’ont pas cours : il n’est pas nécessaire d’établir des faits, il n’est pas nécessaire de prouver quelque chose, il suffit de désigner les coupables. Et plus on a de doutes sur notre propre innocence, plus on est virulent à montrer la faute des autres. Ce monde soi-disant délivré des contraintes morales, qui devrait vivre dans la sérénité des innocents, vit comme un tribunal permanent..."(extrait de laCatéchèse du cardinal André Vingt-Trois de ce Mercredi 6 avril 2016 - Notre-Dame de Paris pour la veillée de prière du lancement des JMJ de Cracovie)

Qui suis-je ?

     Titulaire d'une maitrise de théologie et d'un DESS de psychopathologie clinique, j'ai été amené à exercer plusieurs fonctions  et plus particulièrement la mise en place d'un centre socio- culturo- spirituel protestant puis la direction pendant 12 ans d'un centre de cure pour malades alcoliques. J'y ai découvert l'importance d'apprendre à écouter l'humain dans toutes les dimensions qui le constituent. Aujourd'hui, inscrit au rôle des pasteurs de l' Eglise Réformée de France, j'essaie de mettre des mots sur mes expériences et de conceptualiser mes découvertes.
serge soulie

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