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8 février 2016 1 08 /02 /février /2016 15:46

A dix jours d'intervalle, deux femmes viennent d'être jugées. Les deux avaient un point commun important : elles avaient tué leur mari. Toute leur vie ces deux femmes ont dû souffrir de violences diverses et variées de leur conjoint abusant de l' alcool. Les enfants des couples ont eu, eux aussi à supporter l'agressivité de leur père parfois jusqu'au viol incestueux.

Ces deux femmes ont toujours hésité à dénoncer leur mari aux autorités compétentes ou plus simplement aux services sociaux. Elles ont enduré la violence pendant des années, elles ont supporté les outrages fait à leurs enfants , jusqu'au moment où elles ont craqué : elles ont tué pour que leur enfer cesse.

La première a été jugé deux fois à dix ans de prison ferme. Les circonstances atténuantes n'ont pas été retenues. Aussitôt , une levée de bouclier dans la population. Non seulement les défenseurs de la cause féminine, de nombreux artistes et intellectuels mais aussi une majorité de français selon les sondages s'insurge contre une telle décision injuste qui condamne à la prison une femme qui a eu bien peu de bonheur pendant près de quarante ans. Appel est fait à la grâce du président de la république qui graciera juste ce qu'il faut pour que la condamnée ne reste pas en prison.

Quelques juges, quelques avocats s'insurgent parce que les décisions des jurés ne sont pas respectées. Ils contestent la grâce du président parce qu'il aurait cédé à la vox populi qui ne saurait rien de l' affaire, repoussant, voire humiliant les jurés qui avaient eu en main les données du dossier d'accusation.

Dix jours plus tard, dans une affaire semblable, la deuxième femme jugée pour une affaire semblable, n'écope que de cinq ans de prison avec sursis. La question se pose alors: pourquoi des jurés pour des affaires semblables prennent des décisions aussi discordantes? La réponse est simple: parce que les jurés sont soumis au vent qui souffle. On l'a vu avec les cas de pédophilie. Après les deux cas qui ont secoué la France et la Belgique, les jurés ont maximalisé leur condamnation dans les procès. Ils agissent selon la demande de la foule parce qu'ils la représentent. Et c'est bien ainsi. On ne peut pas le leur reprocher. Ils représentent le peuple. Disons seulement que le peuple n' a pas toujours raison. Il se laisse emporter par ce qui lui semble être l'horreur. Il perd la mesure de la sagesse et du juste milieu.

C'est pourquoi, même si ce droit de grâce est un reliquat du pouvoir royal et arbitraire, il est indispensable pour faire pendant aux excès des jurés qui n'ont pas toujours les moyens de ne pas se laisser emporter par l' émotion de l'horreur. Ils sont sincères, pas forcément justes. Une autre solution peut- être: confier ces jugements à des professionnels. On dira alors : mais où est la justice du peuple? Et on n'entendra plus que le hurlement des foules . Comme il est difficile de juger loin de toutes passions!

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Qui suis-je ?

     Titulaire d'une maitrise de théologie et d'un DESS de psychopathologie clinique, j'ai été amené à exercer plusieurs fonctions  et plus particulièrement la mise en place d'un centre socio- culturo- spirituel protestant puis la direction pendant 12 ans d'un centre de cure pour malades alcoliques. J'y ai découvert l'importance d'apprendre à écouter l'humain dans toutes les dimensions qui le constituent. Aujourd'hui, inscrit au rôle des pasteurs de l' Eglise Réformée de France, j'essaie de mettre des mots sur mes expériences et de conceptualiser mes découvertes.
serge soulie

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