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13 février 2016 6 13 /02 /février /2016 18:58

Cher François,

Voilà bien longtemps que je ne t'ai pas écrit. Pour tout te dire, il y a des périodes où la religion m'agace. Je ne m'intéresse plus à l' Église ni à ceux qui la composent. Il ne cessent pas pour autant d'être mes frères mais comme je te l'ai déjà dit, au même tire que ceux qui ne se réclament d'aucune religion. Je voudrais aussi te rassurer, lorsque je parle d' Église, je parle aussi bien de la catholique que de la protestante. C'est comme en politique, j'ai l'impression que ces gens là ne parlent et n'agissent que dans leur intérêt ou celui de leur groupe. La réalité est souvent niée au détriment de l'évidence et du bon sens.

Attention, ne plus s'intéresser à l' Église ce n'est pas oublier tout ce qui fait sens dans la vie des humains. Ce n'est pas ignorer les questions de spiritualité. Je veux parler des questions sur l' existence sur Dieu, la place des humains et les relations entre eux. Je me passionne pour la philosophie et ceci d'autant plus que ne n'ai pas eu l'occasion de m'y intéresser au cours de mes études. J'ai rencontré des prêtres très férus de philosophie. Ils m'ont fait regretter la maigre place que la théologie protestante lui donne. Les protestants sont victimes de l' idée selon laquelle tout est dans la bible et que toute autre recherche est inutile. S'ils ont reproché avec justesse à ton Église le "hors de l' Église point de salut" , je leur reprocherai le sous entendu protestant " hors de la bible point de salut". Heureusement tous ne sont pas à mettre dans le même sac ni d'un côté ni de l' autre. Certains nous donnent de l' espoir! La psychologie et la psychanalyse me sont plus familières mais je découvre aussi l' intérêt de l' économie, de l' histoire et d'une manière plus générale de la sociologie. Réfléchir et connaitre nous amènent à élargir l'éventail de nos connaissances. Merci à Descartes et Spinoza d'avoir insisté là-dessus.

J'en viens à l'objet de ma lettre. Depuis quelque temps je m'intéresse à la guerre d' Espagne. Je découvre combien j'étais ignorant de ce qui s'est passé à nos portes entre 1935 et 1940 bien qu'ayant rencontré des hommes et des femmes qui avaient fui les troupes de Franco et leurs massacres. La plupart, pour ne pas dire tous, haïssait l' Église et les curés. Je mettais cette haine sur le compte d'un anticléricalisme viscéral comme on peut le rencontrer en France encore aujourd'hui. Les récits historiques nous apprennent qu'il n'en est rien. Certes le combat était politique. Les alliés d'Hitler et de Mussolini sous le commandement de Franco se battait contre les communistes soutenu par Staline et le régime de Moscou qui, par ailleurs, combattait avec la même férocité les anarchistes, utopistes et rêveurs pour préparer l'avenir, mais pertinents, réalistes et en vérité pour analyser le présent. Difficile de dire qui était le plus cruel des deux partis. La différence était le soutien sans faille de l' Église catholique qui bénissait et aidait les troupes du Caudillo. Comment ne pas avoir la chair de poule devant la lettre collective de l' épiscopat espagnol , parue en juillet 1937 et signée par tous les évêques et archevêques qui approuvaient la dictature de Franco qui s'attribuait les forces de Dieu pour lutter contre les forces du mal. Comment ne pas avoir la nausée devant la déclaration en avril 1939 du pape Pie XII qui exprime sa joie et toutes ses félicitations à l' Église catholique d' Espagne pour la victoire qu'elle a remporté de part son héroïsme. On le sait, Franco sera soutenu jusqu'à sa mort par l' Église catholique et les plus hautes autorités. Il finira avec les honneurs du Vatican.

Alors, je m'interroge : L' église ne devrait-elle pas demander pardon pour s'être trompée de la sorte. Elle a voulu répondre au mal par le mal. Elle a fait du communisme une religion qu'il fallait combattre par la force. Que de cadavres d'innocents a-t-elle bénit alors que cinquante ans plus tard, le communisme s'effondrait de lui même . Ce qui est mal bâti s'écroule un jour où l' autre. Le Vatican s'est trompé. Le moment ne serait-il pas venu de reconnaitre la faute et de préparer l'avenir en s'interrogeant sur le comment ne pas recommencer une pareille infamie? Aujourd'hui beaucoup de jeunes sont attirés par les religions et adhèrent en priorité à ce qu'elles ont de plus intégriste. Je crains qu'au travers de la religion ils ne cherchent pas la paix, la concorde entre les humains mais un pouvoir pour imposer leurs points de vue qui même , dans leurs parties les plus justes, ne peuvent être imposés par la force sans retomber dans les pires moments du franquisme, quel que soit le pays concerné, quelle que soit la chose défendue.

Les gouvernements démocratiques sont fragiles y compris dans les pays occidentaux. L’Église devrait veiller à ne pas les déstabiliser pour éviter de tomber dans les gouffres les plus profonds et les plus terribles de l' histoire. Et tant pis si ces gouvernements ne partagent pas l' éthique des religions en général et de l' Église en particulier. Elles n'ont pas le monopole de la vérité. Quoi de mieux que de reconnaitre les erreurs du passé pour ne pas recommencer. Quoi de mieux que d'associer à cette reconnaissance des erreurs l'ensemble des protagonistes. Quoi de mieux que de penser que la vérité ne peut être qu'une recherche commune associant tous les humains sans exception aucune. Bon courage, mon cher François.

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commentaires

Vitry gérald 22/04/2016 17:46

Le conflit syrien et toute l'attitude française autour des réfugiés, le silence de notre président sur la question kurde m'évoque profondément la guerre d'Espagne.

Qui suis-je ?

     Titulaire d'une maitrise de théologie et d'un DESS de psychopathologie clinique, j'ai été amené à exercer plusieurs fonctions  et plus particulièrement la mise en place d'un centre socio- culturo- spirituel protestant puis la direction pendant 12 ans d'un centre de cure pour malades alcoliques. J'y ai découvert l'importance d'apprendre à écouter l'humain dans toutes les dimensions qui le constituent. Aujourd'hui, inscrit au rôle des pasteurs de l' Eglise Réformée de France, j'essaie de mettre des mots sur mes expériences et de conceptualiser mes découvertes.
serge soulie

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