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10 décembre 2015 4 10 /12 /décembre /2015 21:15

A en croire de nombreux chrétiens, le doute serait devenu le critère d'une foi juste, intelligente et vraie. Il nous permettrait de ne pas nous laisser enfermer dans des certitudes et des pensées figées. Il serait une sorte d'agent libérateur et nous permettrait ainsi de rester ouvert aux autres, aux nouvelles idées et à la modernité. Grâce au doute, nous échapperions aux pensées et aux attitudes ringardes.

Le doute nous fait croire que nous sommes à la pointe de la modernité. Il fait de nous des non conformistes, des personnages pas comme les autres qui osent se remettre en question là où les autres suivent la pensée dominante sans autres réflexions ; des personnes qui participent au renouveau de la foi. Bref : vive le doute !

Et si le doute, loin de nous libérer, nous aliénait ! S'il nous déstabilisait pour nous rendre dépendant. Ce n'est peut être pas par hasard si les meilleurs compagnons du doute sont trop souvent les anti dépresseurs et les anxiolytiques, matières pour le moins addictives ! Le doute nous paralyse et nous fait désinvestir le monde. Il nous empêche de regarder la réalité, de la voir et de la comprendre. Il nous rend indifférent comme Pyrrhon, le fondateur du scepticisme qui un jour, passa sans sourciller près d'un marécage où était en train de s'enliser un de ses compagnons. Pris par le doute Pyrrhon ne porta pas secours à son ami qui périt dans la vase. L'apologie du doute est renforcée par ces Chrétiens renommés, tels Mère Thérésa ou l'abbé Pierre, qui l'ont publiquement exprimé. Mais leur engagement et leurs œuvres suffisent-ils à leur donner raison ? Pouvons-nous faire du doute une vertu indispensable à la foi à partir de leur témoignage ?

Et si nous doutions de Dieu parce que nous avons une mauvaise conception de Lui ? Perçu comme responsable de tout ce qui arrive, le bon comme le mauvais, Dieu ne peut que susciter le doute. Le Dieu, à la fois providence et destin, est insupportable à l' homme. Le doute commence lorsque ce que nous attendons de lui ne se réalise pas. Il apparait lorsque soudain, Dieu ne nous apparait plus raisonnable, œuvrant à l' encontre du bon sens, acquiesçant à l' injustice, favorisant le malheur.

Le doute est le fruit de la culpabilité. Est-ce que je fais ce qu'il faut pour convaincre Dieu et déclencher en lui les bonnes réactions ? Ce que je crois, est-ce bien ce qu'il faut croire ? Le doute peut aller jusqu'à mettre en cause l' existence même de Dieu sans qu'il soit possible de penser les modalités de cette existence. Il est destructeur parce qu'il enferme, développe les mécanismes obsessionnels. Il ne permet pas d'accéder à des questions d'ouverture qui faciliteraient la redéfinition des choses y compris du divin. Le doute est la conséquence d'une pensée qui s'est figée et qui ne supporte plus que la chose envisagée ne fonctionne pas. Le doute n'interroge pas le concept même de Dieu. Il l'approuve ou le met d'emblée hors jeu.

Celui qui doute a, nous semble-t-il, tout intérêt à se rapprocher du Dieu des philosophes qui ne se définit pas par des termes relevant de l'anthropologie. Dieu ne supporte aucune comparaison avec l' humain. Il est impersonnel. Sans matérialité possible y compris au niveau des représentations. Il ne peut pas être pensé comme un haut personnage parce qu'il rassemble tous les attributs possibles-ce qui est impossible à l' homme. Quelques uns seulement sont reconnus, retenus et privilégiés. Pour Spinoza Dieu est comme la nature. Tout en elle ramène à Dieu. Le doute est donc impossible. Pour Épicure Dieu a deux caractéristiques essentielles : Il est incorruptible (éternel) et bienheureux (dans la béatitude). Autrement dit, il n' a pas une volonté intentionnelle d'action. Il est exempt de colère et de jalousie et on ne peut trouver en lui qu'un véritable modèle de sagesse. Dieu est un tout. Tout est donné d'avance. Aucun doute n'est possible. Seules des suppositions fausses - celles de la foule selon Épicure- incompatibles avec sa béatitude peuvent semer le doute.

En conclusion Dieu n'agit jamais intentionnellement comme un agent moral . C'est l'idée que nous avons de lui qui peut nous être bénéfique ou dommageable. Le doute apparait lorsqu'on suppose des idées fausses à propos de Dieu. Mère Thérésa et l' abbé Pierre ont été de grands témoins de l'amour de Dieu mais leur doute reste une mauvaise visée du divin.

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Qui suis-je ?

     Titulaire d'une maitrise de théologie et d'un DESS de psychopathologie clinique, j'ai été amené à exercer plusieurs fonctions  et plus particulièrement la mise en place d'un centre socio- culturo- spirituel protestant puis la direction pendant 12 ans d'un centre de cure pour malades alcoliques. J'y ai découvert l'importance d'apprendre à écouter l'humain dans toutes les dimensions qui le constituent. Aujourd'hui, inscrit au rôle des pasteurs de l' Eglise Réformée de France, j'essaie de mettre des mots sur mes expériences et de conceptualiser mes découvertes.
serge soulie

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