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11 octobre 2015 7 11 /10 /octobre /2015 11:04

Il était cadre. Il vient de racheter une entreprise. La quarantaine, très actif. Il doit se tenir au courant de l'activité économique du pays . Les nouvelles lois l' intéressent au premier chef. Malgré cela, il a décidé de ne plus écouter les informations ni à la télé ni à la radio. Depuis trois mois il se contente de vérifier celles qu'il entend.

Lorsqu'on lui demande si les informations quotidiennes ne lui manquent pas, sa réponse est catégorique: " Je ne m' étais jamais porté aussi bien; Je me rends compte aujourd'hui , combien ces informations pesaient sur moi y compris lorsque je les écoutais d'une oreille distraite. Mon inconscient devait être travaillé. Je me sentais lourd et fatigué, portant un fardeau non identifié dont je ne pouvais me débarrasser. Il m'était difficile de me concentrer sur mon travail comme si quelque chose confisquait mon énergie. Je ne captais aucune information précise . Toutes m' écrasaient . Je ne pouvais pas les sélectionner. Aujourd'hui, je me sens léger, plein d' énergie. Je peux me consacrer à l' activité. Ce ne sont pas des arrières pensées qui freinaient mon entrain. C'était la difficulté de ne plus pouvoir penser. J'évoluais dans une sorte de brouillard. Je manquais d' air.

Si aujourd'hui je ne regarde plus les informations, ce n'est pas par manque de temps ou parce que j' ai d'autres priorités. C'est vrai, j' ai beaucoup de travail. Ma décision est thérapeutique. Je laisse de côté ce qui me rend malade et tant pis si cela me dessert un peu , l'information venant parfois un peu tard. Je me retrouve en tant que personne. C'est comme si soudain je pouvais exister, penser. Etre, tout simplement. " Il se met à rire et ajoute "je pense donc je suis".

Ce chef d'entreprise n'est pas le seul à être incommodé par les informations reçues chaque jour. Quelle que soit leur profession ou leur place dans la société, ils sont nombreux ceux qui dé- noncent la manière dont nous sommes informés. Les raisons sont diverses. Pour les uns il y a un réel manque d'objectivité. Leur critique est politique. D'autres regrettent l'insistance sur des faits divers ou des actes et des paroles politiques sans lendemain. "Les médias devraient avoir honte de nous faire entendre les pets de notre personnel politique, pets sans lendemain mais sentant souvent si mauvais qu'ils font perdre la raison" disait cet enseignant.

Un autre ajoutait: "les informations sont si partiales et si partielles qu'elles nous font oublier que le monde est un tout, que les choses sont liées entre elles, qu'il n'est pas possible de les présenter sans tenir compte de ce tout. Les infos sont une trahison de l' info".

La question est bien qu'est-ce qui ne va pas dans la communication de nos médias. Est-ce la méthode? Le contenu? Le trop plein? Bien sûr il y a l' audimat. Le but n'est pas d'informer mais de plaire. Il y a le scoop. Il faut être le premier à sortir la nouvelle et tant pis si l'info manque de rigueur ou de vérité. Les élus sont des habitués . Que de postures ! Leur souci: capter des voix aux élections prochaines. Le discours politique en est totalement discrédité. Le peuple n' y perçoit pas plus de véracité que de vérité. Il y a aussi les intérêts financiers: l'info doit payer!

Il serait maladroit, voire dangereux de porter une critique radicale sur nos moyens de communications et sur le contenu des informations. Il faut savoir apprécier ce qui est porté au grand jour et qui par le passé était tu par manque de moyens et de liberté. Il n'est pas vrai que la liberté "fou le camp". Celle -ci, élargissant le champ des possibles, demande toujours plus d' analyse, de pertinence et de rigueur.

Notre cadre entrepreneur a sans doute le mieux souligné ce qu'il manque à l'information. On ne sait plus ce qui relève d'elle et ce qui relève de la publicité et de la séduction. Tout est mélangé. Il faudrait séparer et bien identifier ces plages là . Les infos manquent de prudence . Quand le reportage se mêle à l' opinion, quand le détail occulte l' essentiel, quand l' analyse est soumise à l' idéologie, quand des intérêts divers suintent sans s'afficher, alors l'homme se sent dépassé , écrasé, voire méprisé. Il ne lui reste plus qu'à fuir.

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Qui suis-je ?

     Titulaire d'une maitrise de théologie et d'un DESS de psychopathologie clinique, j'ai été amené à exercer plusieurs fonctions  et plus particulièrement la mise en place d'un centre socio- culturo- spirituel protestant puis la direction pendant 12 ans d'un centre de cure pour malades alcoliques. J'y ai découvert l'importance d'apprendre à écouter l'humain dans toutes les dimensions qui le constituent. Aujourd'hui, inscrit au rôle des pasteurs de l' Eglise Réformée de France, j'essaie de mettre des mots sur mes expériences et de conceptualiser mes découvertes.
serge soulie

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