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6 octobre 2017 5 06 /10 /octobre /2017 15:14

 

               En parlant de victoire de la culture du néo protestantisme au sujet de l'élection d'Emmanuel Macron, Régis Debray n'a pas convaincu tous les protestants. Certains l'accusent de ne pas connaitre en profondeur le protestantisme français, bien différent du protestantisme américain. Pour le philosophe, le Président Macron est porteur de nombreuses attitudes caractéristiques du monde protestant. De Luther soucieux de son salut, il aurait retenu l'examen de conscience qui pousse à la transparence et à la moralisation du politique. De Calvin il aurait pris cette idée forte selon laquelle les intermédiaires ne sont pas utiles puisque tout homme peut "se brancher directement sur le Saint Esprit". De Max Weber , il retient la rigueur et la valorisation du travail au service de l'économie. Pour couronner le tout, le président de la république se réfère à Paul Ricœur avec qui il a travaillé. De lui il retient l'importance du dialogue et du compromis. De là viendrait le fameux en même temps qui permet de penser ensemble les choses les plus hétérogènes comme la libération du travail et la protection des précaires.

            Les remarques de Régis Debray semblent pertinentes. Les Protestants Réformés se plaisent à maintenir une tension entre les oppositions afin d'arriver à un compromis ainsi enrichi. Mais ils retiennent aussi le "ou bien ou bien" de Kierkegaard qui invite à choisir et auquel les protestants se réfèrent au nom du libre arbitre. Par ailleurs, des théologiens avertis tiqueraient sur les extrapolations faites à partir de quelques éléments de la pensée des Réformateurs. Le champion de la transparence et de la moralisation est un certain François Bayrou qui bien que s'intéressant au pays de Navarre ne se réclame pas du protestantisme. Les catholiques connaissent aussi l'examen de conscience y compris sous d'autres formes que celles connues et pratiquées dans les milieux protestants. Chez Calvin le Saint Esprit est là pour éclairer les Ecritures afin que chaque lecteur retrouve la liberté de l'interprétation loin des pensées obligées des clercs. Il n'est pas certain pour autant que le Saint Esprit justifie toute mise à l'écart des corps intermédiaires !

            Notons que Régis Debray reprend ici la thèse de Mark Alizart dans son livre la pop théologie. L'auteur y fait l'inventaire des domaines où la pensée protestante s'est imposée pour être à l'origine des situations actuelles. Désormais nous serions tous des protestants y compris lorsque nous ne le croyons pas!

            Régis Debray ne prend pas en compte les conséquences de l'œcuménisme à savoir la convergence du protestantisme avec le catholicisme. Cette conséquence est confirmée par les enquêtes. Dans les pays d'Europe comme aux Etats Unis, les protestants se considèrent , parfois jusqu'à 80 %, similaires à tous les chrétiens. Ce taux baisse au dessous des 60% chez les catholiques, probablement de par l'importance de leur rites et des dogmes qui restent figés et très spécifiques. De plus en plus nombreux sont les chrétiens pour qui le schisme de plus de cinq siècles est terminé. Pour eux les grands clivages dogmatiques sont atténués, en voie d'être dépassés. Un compromis semble se dessiner pour ce qui est du salut entre les partisans de la bible et des Ecritures d'une part et les partisans de l'Eglise et les traditions d'autre part. Ainsi ce ne sont pas les catholiques qui se protestantiseraient comme semble le dire le notre philosophe mais l'inverse. Le crédo catholique deviendrait celui des protestants par manque d'affirmation et de détermination de ces derniers. Quand il n'est pas d'accord, le protestant ne s'oppose pas, il écoute et se tait.

            Les deux analyses ne s'excluent pas. Debray comme  Mark Alizart ont raison si on considère l'évolution de la société. Cette évolution a fait sienne la plupart des idées fortes du protestantisme. Celui-ci apparait comme une passerelle du religieux à la laïcité. Il est une porte ouverte sur la modernité . Il invite à sortir de nos frontières , celles de la religion, du pays, des institutions, d'une morale figée et immuable, d'habitudes jugées d'un autre temps, mal adaptées au monde actuel. La société c'est donc "protestantisée". Elle est devenue moins religieuse malgré les apparences voulues par des intégristes de tous bords. Elle n'est plus soumise à l'autorité d'un Dieu mais aux droits de l'homme .

            Il en va tout autrement de la religion chrétienne proprement dite. Ici les détracteurs de Régis Debray sont plus près de la réalité. Les protestants de par leur souci d'unité et de fraternité semblent s'être rapprochés des catholiques. Leur esprit d'ouverture, de tolérance, leur souci de faire confiance à l'autre pour qu'il choisisse lui-même et accède à sa singularité les ont empêché d'affirmer clairement leurs positions. Certes ils n'ont pas opté pour le culte des reliques, l'adoration des saints, l'obéissance au pape et le culte marial mais leur silence ne permet plus de les reconnaître. "Catholique ou protestant, c'est pareil" disent ceux qui ne fréquentent pas les Eglises et ne mènent aucune réflexion sur les sujets de la foi. Dans le protestantisme dit évangélique, c'est l'éthique catholique qui est reprise tout particulièrement en ce qui concerne la famille. On s'oppose à l'avortement, au mariage pour tous, à la contraception.  On récupère le salut par les œuvres puisque la foi devient une œuvre obligatoire pour être sauvé.

            L'œcuménisme a cru que la fraternité passait par une imitation de l'autre. Dire son désaccord sur telle ou telle attitude d'une autre religion est devenu religieusement incorrect. C'est probablement une erreur. Respecter, apprécier et aimer son prochain, ce n'est pas chercher à lui ressembler. C'est se réjouir ensemble des différences et de la diversité. Vouloir annuler ces différences, c'est annuler la joie d'être ensemble.

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31 juillet 2017 1 31 /07 /juillet /2017 17:03

         

            Il est tout à fait possible pour un chrétien d’accepter sa religion telle qu’elle est, de croire ce qu’elle dit et de pratiquer selon les habitudes communes à tous.  Il peut même être convaincu personnellement du contraire de ce que son Eglise professe tout en la suivant dans sa pratique. C’est ainsi que l’Eglise est encore sollicitée pour les baptêmes, les mariages ou les enterrements. Les demandeurs sont peu convaincus mais sacrifier à une tradition est une nécessité pour eux pour faire comme tout le monde, peut-être aussi  par superstition, celle-ci témoignant d’une interrogation à la fois profonde et non exprimée. Prêtres et pasteurs ne sont pas dupes, ils parient sur cette interrogation pour faire passer le message sur l’intérêt d’une vie spirituelle.

            Il y a des chrétiens, convaincus que la bible ne tombe pas du ciel et que l’Eglise, avec ses dogmes et ses rites, est une construction humaine, qui  fréquentent régulièrement l’Eglise et participent à ses activités. Ils  ne croient pas au surnaturel tout en se comportant comme s’ils y croyaient. Ils se placent dans une situation d’attente impossible à vues humaines.  Pour eux, les avancées de la science démentent clairement ce que dit leur religion et pourtant, ils font comme si tout cela était vrai.

            Ces chrétiens sont-ils pour autant des imposteurs ? Ce serait méconnaître et nier la complexité  de la nature humaine que de s’en tenir à un tel jugement. Ils ne sont pas dans une attitude d‘imitation ou pire encore, de singerie,  ils hésitent entre prendre parti pour la réalité qu’ils reconnaissent sans le moindre doute et un « on ne sait jamais » qui les interpelle avec malignité. Ce décalage entre ce qu’ils savent de la réalité et ce qu’ils pratiquent n’a rien à voir avec par exemple l’attitude d’un protestant qui participant à un office catholique, fera le signe de croix ou se tournera vers la vierge Marie pour faire comme tout le monde ou par amitié avec ses amis catholiques. Il s’agit dans ce cas d’une imitation conventionnelle qui n’interroge en rien la foi ou la non- foi de celui qui pratique occasionnellement ce geste imitatif.

            Il est toujours possible de répéter un geste rituel sans qu’il traduise pour autant une aspiration profonde et cachée, une sorte de mimétisme superficiel et sans suite. Dans ce cas il n’y a pas de croyances à prendre en compte. Intéressons-nous aux deux possibilités de ceux qui restent fidèles à leur religion sans croire ce que celle-ci professe.

            Notons dans un premier temps que la religion peut servir le  merveilleux dont l’homme a besoin. Elle remplit alors le rôle de la science-fiction. Ainsi, il est tout à fait possible que des chrétiens, bien qu’au courant et convaincus des découvertes concernant la formation de la bible, la nature de Dieu et les dogmes des Eglises, se plaisent à vivre la religion comme un roman de science-fiction. Dans ce cas, leur présenter les Ecritures comme une œuvre, ou Dieu comme une conception humaine, leur est insupportable. Ils ne sont pas niais, ils ont fait un choix. Ce choix pourrait se comparer au choix de ceux qui ont choisi de fumer et qui savent pertinemment que le tabac tue. Ils ont besoin de tabac comme eux ont besoin de croyances loin de toutes réalités.

            Le plus vraisemblable pour ces chrétiens pratiquants mais convaincus que la réalité est tout autre, reste toutefois leur difficulté à anticiper une conception des données de la foi autre que celle qu’ils connaissent. Pour eux il n’est pas imaginable que l’on puisse repenser Dieu, Le Christ, les dogmes et les traditions qui ont fondé la religion chrétienne. Dire que la bible est  œuvre humaine, que le Christ est un homme, que Dieu se manifeste par la nature qui nous entoure, qu’il n’y a pas de surnaturel, que Dieu n’est pas un être suprême mais une présence dans la nature, c’est sortir de la religion. Selon eux il n’y a pas d’autres manières d’envisager la religion chrétienne. Celle-ci ne peut se manifester qu’au travers de l’Eglise. Relativiser les écrits de la bible c’est les rejeter, remettre en cause les dogmes et les traditions c’est renier sa foi. C’est ainsi que loin de renouveler la religion ces chrétiens qui auraient la possibilité de participer à ce renouvellement entrent dans la tradition.

Tout notre travail est de rassurer ces chrétiens sur le fait qu’il est possible de penser les fondamentaux de leur foi sans pour autant renier celle-ci. Leur montrer qu’ils ont tout à gagner à faire de leur foi une création personnelle qui les fera entrer dans la sphère de la liberté et de la joie. La religion cessera alors d’être une croyance simplement pour devenir le chantier de la vie à construire, la sienne et celle des autres.  

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11 juillet 2017 2 11 /07 /juillet /2017 09:01

 

Bonjour François,

            J’ai bien rit ce matin en ouvrant mon journal. En effet j’apprends que le Vatican refuse l’hostie sans gluten et tant pis pour les allergiques. Ils auront droit à l’hostie allégée mais pas question de prendre du sans gluten. La raison en est que pour être transformée en corps du Christ il y faut du gluten.  Apprenant cela, je me suis rué sur le résultat des prélèvements sanguins auquel j’ai droit depuis de long mois pour cause de maladie grave et je n’ai vu aucune trace de gluten dans mon sang. Ceci dit, l’affaire est un peu faussée puisque comme  chacun sait, il n’y a pas de transformation du pain en corps charnel chez les protestants. Impossible donc de déceler par analyse s’il y a eu gluten ou pas permettant au pain de devenir corps. J’ai toujours trouvé admirable que notre organisme, suivant qu’il est catholique ou protestant décèle s’il faut transformer le pain en corps du Christ !   

            Ce que je trouve de plus étrange encore est que ce même Vatican décrète que les OGM soient autorisés, sans doute parce que transformable en corps du Christ. Et peu importe s’il y a des doutes sur l’effet des OGM sur la santé. Les cardinaux semblent privilégier le dogme de la transsubstantiation à celui de la bonne santé et aux recommandations scientifiques.

            Un point positif tout de même. Le vin peut être remplacé par du mout sans alcool. Ouf, les anciens buveurs n’auront pas à transgresser l’ordre médical de ne plus toucher à l’alcool afin de ne pas se laisser entrainer à se re-alcooliser. Il est vrai que l’eucharistie ayant la plupart du temps lieu  sous une espèce seulement, l’affaire ne concerne que les prêtres. Ici encore je suis étonné que le vin rouge ne soit pas obligatoire, il parait  tellement plus près du sang.  

            Bien sûr rien de sérieux dans tout cela. Je  n’ai aucune envie d’entrer dans de telles discussions. D’abord par respect aux catholiques qui sont libres   de croire ce qu’ils veulent. Il en est ainsi de toutes les religions aux conditions qu’elles ne cherchent pas à  imposer leurs vues à la société et qu’elles respectent le cadre défini par la  république.  Ensuite parce que je ne partage pas cette théologie de l’eucharistie. Elle fait débat depuis plus de 2000 ans et en toute liberté j’ai choisi une option autre. Enfin parce que ces considérations me paraissent désuètes et d’aucune utilité aux vues des préoccupations de nos contemporains.

            Ceci dit la liberté exige que je puisse m’exprimer à ce sujet. D’abord pour ne pas que de telles préoccupations s’imposent à tous faute de réactions. Si personne ne dit rien c’est parce que c’est juste penseront ceux qui ne sont pas enclins à la réflexion sur le sujet. S’installent alors des habitudes qui peuvent être très dommageables sans jamais remettre en question des pratiques installées. Enfin l’humour laisse une porte ouverte à une multiplicité d’interprétations. Il invite ainsi que tout propos soit pris pour une condamnation. Le propos sera pris au sérieux pour les uns, comme un calembour pour les autres. L’humour protège la liberté de celui qui s’en nourrit.

            Ce qui m’interroge le plus et, pour en finir avec cette correspondance, c’est l’image du christianisme que de telles décisions donnent à celui qui lui est extérieur. Que peuvent-elles lui apporter d’utile dans sa vie ? La religion et la foi, devraient, me semble-t-il, aider l’homme à se construire et acquérir la liberté comme le fait Jésus tout au long de l’Evangile. Je ne vois pas en quoi l’hostie avec gluten obligatoire et les OGM possibles y contribuent. J’ajoute qu’il n’est pas question ici de remettre en cause la théologie de la transsubstantiation à laquelle n’adhèrent pas les protestants. Il s’agit de faire prévaloir la raison sur la superstition pour ce qui est de la vie quotidienne actuelle. On peut comprendre que les dogmes établis il y a plusieurs siècles sur les connaissances  de leur époque, ne puissent pas être remis facilement en question ne serait-ce que par respect envers ceux qui les ont pensé. Il est incompréhensible que des chrétiens responsables et cultivés ne puissent pas prendre en compte les données d’aujourd’hui pour définir les nouvelles possibilités de vivre la foi. Une foi apportant l’épanouissement à l’humain.      

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10 juin 2017 6 10 /06 /juin /2017 11:23

 

          Après plus de six mois de chimio thérapie où les cures se succèdent à un rythme épuisant et où la fonctionnalité de la plupart des organes du corps est en souffrance donnant trop souvent le sentiment que la vie va s'arrêter, je me plais à lire et relire la lettre à Ménécée : "la mort n'est rien pour nous puisque , tant que nous existons nous mêmes , la mort n'est pas, et que , quand la mort existe, nous ne sommes plus". Epicure y soutient que la mort n'est pas à craindre , que hors de la vie, il n'y a rien de redoutable. Pour lui, la connaissance de cette vérité nous rend capable de jouir de cette vie mortelle.

        Au moment où la maladie nous pousse à désinvestir le monde, à nous replier sur soi et à renoncer à jouir de la vie , les propos du fondateur du jardin sont une véritable thérapie. Ils nous invitent, non point à nous préparer à la mort mais à vivre pleinement chaque instant, comme si tout était normal, avec les moyens qu'il nous reste. Il fut lui-même un témoin et un exemple puisqu'il souffrit toute sa vie de maladies chroniques et douloureuses qui l'emportèrent. Deux cents ans plus tard le poète Horace exprimera cette pensée dans son fameux vers épicurien " carpe diem, quam minimun credula postero" (cueille le jour sans te soucier du lendemain). Comment ne pas penser aux paroles de Jésus :"Regardez les oiseaux du ciel, ni ne sèment ni ne moissonnent, ils n'amassent rien dans les greniers mais votre père céleste les nourrit". Et Jésus d'ajouter: "qui de vous par ses inquiétudes peut ajouter une coudée à la durée de sa vie". Il s'agit bien ici de laisser venir la mort sans s'en soucier. La Réforme exprimera la même pensée avec son " sola gracia" (seulement la grâce). Dans tous les cas il s' agit bien de libérer l'homme de la mort et de l'après la mort pour lui redonner la liberté de vivre pleinement sa vie avec le plus de bonheur possible.

       Certains s'offusqueront, fidèles aux traditions et aux dogmes de l'Église plus qu'aux évangiles, de ce que tout soit centré sur la vie terrestre et que soit ignorée la vie Eternelle la porte en étant la résurrection de Jésus. " Si Jésus n'est pas ressuscité alors notre prédication est vaine écrira l'apôtre Paul aux corinthiens". Autrement dit ici, pourquoi la lecture de la lettre à Ménécée d'Epicure serait-elle plus réconfortante et se substituerait à l'épitre de Paul aux corinthiens?

Soyons raisonnables. Une lecture n'exclut pas l' autre. Les deux sont profitables. Elles ont un point commun, chasser l'angoisse devant la mort. Leur démarche est différente.

      -Dans sa lettre à Ménécée, plus de trois cents ans avant celle de Paul, Epicure a une méthode que nous pourrions dire curative. Elle consiste à libérer l'homme des fausses opinions selon lesquelles il y aurait un au-delà et des dieux, s'intéressant aux hommes, maîtres de cet au-delà. La croyance en de telles fausses vérités trouble l'homme et le conduit à redouter la mort et désirer l'immortalité. Or, la consolation et la paix passent par l'ataraxie, autrement dit l'absence de trouble et par une ouverture au présent avec l'accueil des petits et des grands moments de la vie. Le tout avec joie. La mort n'est pas à craindre puisque la souffrance liée aux sensations et à la conscience disparait dès que le dernier souffle est rendu. Pour Epicure, l'âme et le corps, sont constitués d'atomes qui à la mort et après décomposition, rejoignent d'autres atomes pour une nouvelle composition.

      -Pour l'apôtre Paul, la consolation passe par une espérance à la vie Eternelle. Celle-ci n'est pas la continuité de la vie ici bas. Elle n'est pas "immortalité". Elle est une vie autre, dans un monde autre. Une vie céleste, débarrassée des affres et des servitudes de la vie terrestre. Telle est en tout cas l'interprétation que l'Eglise, docile au désir des hommes, a donné aux textes du Nouveau Testament. Cette espérance en une vie éternelle, campée dans un personnage identique à celui que nous étions durant de la vie terrestre, attestée par la résurrection du Christ, est sensée chasser l'angoisse. Ce n'est pas une croyance. C'est, insiste Saint Paul, une réalité basée sur le Christ ressuscité. Une simple croyance, n'aurait pas traversé les siècles selon de nombreux penseurs. Il fallait une preuve matérielle.

      Pour justifier une telle preuve, les chrétiens ont fait de la résurrection un événement historique. De nos jours, les progrès de la sciences, les nouvelles découvertes et l'ensemble des connaissances, rendent difficile la croyance en un événement aussi surnaturel. La sagesse nous conduit à penser la résurrection comme une parabole invitant les vivants à rebondir sans cesse tout au long de la vie et à choisir ce qui va de l'avant sans attendre une nouvelle vie après la mort. La nouvelle vie commence ici, sur cette terre. Chaque jour est un recommencement. Nous y sommes déjà dedans. La mort n'est plus rien. La résurrection est une invitation à se renouveler perpétuellement ici bas parce qu'il n'y a pas d'ailleurs. L'homme est déjà intégré dans ce mouvement, la mort ne peut pas l'en arracher comme c'est le cas dans la pensée d'Epicure pour qui les atomes du corps et de l'âme rejoignent la matière de l'univers pour une nouvelle composition. Autrement dit, la signification de la résurrection rejoint ici la pensée d' Epicure. Les deux nous invitent à jouir de la vie sur cette terre, débarrassés de la crainte de la mort. Quand celle-ci arrive, nous ne somme plus là, elle n' est donc rien selon Epicure. La résurrection se substitue à la mort dès maintenant et renouvelle sans cesse la vie selon les Evangiles.

      Il ne reste plus au malade que je suis, épuisé par la chimio, menacé par la mort que, trop souvent, j'imagine proche, non pas à me battre comme le propose le premier venu, mais à faire confiance à cette force qu'est Dieu. Cette force n'est pas volontaire, elle n'a pas d'intention particulière. Elle n'est ni à craindre ni à supplier . Elle est disponible pour que je vive au mieux les jours qui me sont donnés à vivre. Je ne suis pas le maitre de ma vie. Personne ne l' est. Traitement et soins sont une lutte contre tout ce qui entrave la vie. Ils sont l'espoir que la maladie se retire encore cette fois.

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10 juin 2017 6 10 /06 /juin /2017 11:05

 

             Nous apprenons par les médias que 130 imans de Londres refusent d'officier pour des obsèques religieuses concernant les trois terroristes qui ont tué à London Bridge, avec une voiture lancée dans la foule à plus de 80 Km / heure et avec des couteaux poursuivant leurs victimes jusque dans leur abri. Ces imams considèrent que ces terroristes ne sont pas des musulmans. A leur yeux, seuls le vrai musulman est autorisé à recevoir cet acte religieux.

            En dehors de toutes considérations religieuses, on ne peut qu'apprécier cette position, non parce qu'elle serait juste, je ne suis pas habilité à porter un tel jugement, mais parce qu'elle est utile et nécessaire à la protection de vies futures.

            Tout d'abord parce que ces hommes et ces femmes qui se préparent à tuer au nom de leur Dieu peuvent avoir un sursaut de conscience en se sachant désavoués  par ceux qui croient au même Dieu mais le perçoivent tout autrement, miséricordieux et porteur de paix. Certes la part du religieux dans ces entreprises de meurtres semble mince. Il ne faut pas pour autant désespérer de l'humain et tout faire pour qu'il décide lui-même de changer de direction et découvre la richesse qu'il y a à considérer tout humain comme un frère à respecter et aimer. Le religieux, y compris lorsqu'il est pris en otage pour des intérêts particulier, ici par idéologie, traduit  ce qu'il y a au plus profond de l'homme. Il sert de chape protectrice à tous ceux pour qui l'angoisse existentielle est devenue insupportable. L'histoire nous enseigne que les guerres et les cruautés en reviennent toujours à une source religieuses, quelle que soit la religion concernée. Hitler pour donner de la force et de la puissance à la guerre lui a donné un aspect religieux en s'attaquant aux juifs.            

            Plus encore, cette attitude des imams londoniens peut rassurer ceux qui trouvent que les musulmans ne condamnent pas avec force et détermination de tels actes et de telles personnes. C'est une critique que l'on a souvent entendue en France. On  l'entend aujourd'hui  en Angleterre. Pour beaucoup, les musulmans sont les mieux placés pour repérer ceux qui  glissent vers le terrorisme. Ils doivent être plus vigilants et mieux collaborer avec toutes les forces de sécurité. En refusant d'officier pour des obsèques, la communauté musulmane a enfin manifesté clairement qu'elle désavouait de tels actes et désapprouvait cette conception de Dieu et de la religion. Elle a porté le débat sur le plan religieux. C'était attendu et utile pour convaincre les occidentaux que l'islam est bien une religion de paix qui sait s'adapter au monde occidental. En effet là est la crainte des pays européens en particulier qui perçoivent et comprennent l'islam à travers les pays où il est majoritaire, pays où religion et état ne font qu'un.  

            Peut-on faire pour autant de ce refus d'assurer les rituels des funérailles pour les terroristes un absolu ? Je n'entrerai pas dans les positions particulières de chaque religion. Je sais combien tout refus peut être douloureux pour les familles. En effet tous les parents ne sont pas responsable de ce que leur fils, petit fils ou neveu soit devenu terroriste. Il m'est arrivé d'être sollicité pour les obsèques d'un adolescent de 16 ans qui s'était suicidé. Le prêtre, obéissant à l'évêque m'a-t-il dit, refusait que le corps du suicidé entre dans l'Eglise.  Il ne pouvait pas célébrer les obsèques. Les parents étaient désemparés. En tant que protestant j'ai pu assurer les obsèques et convaincre le prêtre de venir au cimetière ce qui a apaisé les parents. Devant la mort il est important de se situer sur un plan humain avant de passer au plan religieux.

            Dans une société laïque, si les religions doivent garder le droit d'assurer ou pas des obsèques, l' état - la république dans le cas de la France- ne peut que manifester d'une manière ou d'une autre sa présence auprès des familles et veiller à ce que le  corps des défunts soit respecté quelles que soit les causes de la mort. Le contraire serait compris comme une vengeance. Or on ne répond pas au meurtre par la vengeance ,que celle-ci prenne la forme d'une riposte en tuant le meurtrier ou d'un mépris de la dépouille en refusant une inhumation digne.  Respecter l'humain c'est respecter sa vie hormis le cas de légitime défense comme se fut le cas aux attentats de London Bridge. C'est la dépouille qui est alors respectée.   

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7 juin 2017 3 07 /06 /juin /2017 09:53

 

           Notre approche de Dieu nous amène à renoncer à le défendre. En effet si Dieu est "deus sive natura " ( Dieu c'est la nature) comme l'écrit Spinoza ou si pour le dire autrement il est l'âme ou encore la force du monde, le défendre n'a aucun sens. Si tout est en Lui et Lui en tout, son existence n'a pas à être défendue. Ce serait une absurdité. Sa place n'a pas à être gardée , il occupe toute la place. Dieu ne peut pas ne pas être. Nous ne pouvons qu'en revenir à Pascal pour qui Dieu s'éprouve, il ne se prouve pas. Il est là au même titre que l' univers et nous n'y pouvons rien. Notre liberté se limite à le reconnaitre ou à le nier et à l'expérimenter. Si Dieu se définit par l'infinité de sa puissance, de son intelligence et de son cœur, prétendre le défendre c'est nier tout cela ou pour le moins en douter. Vouloir le défendre c'est se placer dans une situation psychologique intenable qui peut conduire à la violence. En effet comment l'être fini que nous sommes pourrait-il défendre un être aux attributs infinis? Le faire serait avouer un doute que l'on cherche à chasser avec violence parce que insoutenable. Le fanatisme serait alors caractérisé non par une absence de doute comme on l'entend dire souvent mais par un doute devenu insupportable. L'acte violent permet de cacher le doute aux yeux des autres. Le croyant qui s'intéresse à l'homme est capable de supporter le doute chez lui et chez les autres. Le croyant qui ne s'intéresse qu' à Dieu est désemparé et s'accroche par crainte de le perdre. Il est dans l'auto persuasion, la répétition, allant jusqu'à la violence. Nous avons tous connu des hommes et des femmes aux attitudes religieuses et aux convictions insupportables devenir subitement les persécuteurs de ce qu'ils ont adoré. L'apôtre Paul était en quelque sorte un de ceux là puisqu'il était un fanatique de la religion juive le conduisant à persécuter ceux qui ne s'y reconnaissaient pas jusqu'au moment où il reconnait en Jésus un modèle pour l'humanité. Paul n'est pas passé d'une religion à une autre comme on le croit trop souvent mais de l'adoration, par le moyen de la loi et des attitudes religieuses, d'une divinité à la reconnaissance de l'humanité révélée de manière pleine et entière en Jésus Christ. L'apôtre qui vivait en vase clos dans sa religion s'est subitement ouvert au monde qu'il s'est mis à parcourir, s'adaptant chaque fois aux populations rencontrées, ce qui lui vaudra les reproches de Pierre et d'autres apôtres d'origine juive soucieux de garder les habitudes et les traditions de la religion juive. Au cours des siècles qui ont suivi, l'Eglise s'attachera à monter que Paul a une révélation divine alors qu'il vient d'avoir une révélation humaine. En effet, c'est Jésus qui lui répond : "je suis Jésus que tu persécutes". Par la suite l'Eglise a voulu faire de Jésus un Dieu.

           Vouloir défendre Dieu est une approche perverse qui ne permet pas de faire l'expérience de Dieu. On peut dire sans risque de se tromper que ceux qui se placent dans une telle position n'ont pas éprouvé Dieu pour reprendre le terme Pascalien. Eprouver Dieu, ce n'est pas aller à sa rencontre, ce n'est pas le protéger ou veiller sur lui, c'est se laisser rencontrer et transformer par lui. Pour reprendre une terminologie Freudienne, nous dirons que le "moi" qui cherche à régner et à dominer en chaque être sans jamais y parvenir, d'où sa nature agressive, se laisse métamorphoser en un "soi" qui est une force, un élan de vie non replié sur l'être même mais tourné vers l'universel et en union avec lui. Nous pourrions dire en quelque sorte qu'il entre en Dieu en s'associant à la vie de tous. Il n'a rien à défendre.

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27 mai 2017 6 27 /05 /mai /2017 21:33

Le protestantisme ignoré.

Au moment où l'Europe se penche sur Luther et la Réforme il est pertinent de se demander ce qu'est le protestantisme aujourd'hui et plus particulièrement en France. En effet celui-ci est passé sous silence par les médias qui l'assimilent au catholicisme jusqu'à utiliser les mêmes mots comme par exemple la messe au lieu du culte, l'eucharistie au lieu de la Cène, ou encore l'autel à la place de la table de communion. Le musée du désert, rassemblement protestant annuel est devenu un pèlerinage. Les protestants sont rarement représentés dans les débats y compris ceux concernant les religions comme s'il n'y avait plus de pensées ou de positions protestantes en tant que telle dans le pays.

Les raisons de cette ignorance.

Le peu de place réservé au protestantisme a plusieurs explications. Nous en retiendrons deux.

Tout d'abord le mot protestantisme recouvre plusieurs réalités bien différentes. S'il existe un protestantisme de tradition se référant directement à la pensée des réformateurs comme l'Eglise Luthérienne ou l' Eglise Réformée qui vient de changer de nom, plus nombreuses encore sont les Eglises se réclamant Evangéliques. Parmi elles, celles de la fédérations protestantes de France ne renient pas les liens qui les rattachent à la Réforme et le plus souvent marquent leurs différences par des positions éthiques plus conservatrices et un rapport à la bible très encadré par les doctrines qu'elles se donnent. Il y a aussi de nombreuses communautés indépendantes, agrégées autour d'un homme reconnu comme pasteur, sans qualifications universitaires et puisant, au hasard, dans la bible, des versets sensés servir de guide aux adeptes. L'Eglise catholique désigne ces communautés par sectes protestantes tant elles sont repliées sur elles mêmes, certaines de détenir la vérité et accusatrices de tout ce qui ne leur ressemble pas. Certaines refusent d'être désignées par le mot de protestant dans un souci d'être séparées des autres.

Viennent ensuite les conséquences de l' œcuménisme. Comme nous le précisons à chaque fois, il ne s'agit pas de dénoncer ce qui depuis plus d'un demi siècle a permis d'apaiser des tensions encore vivaces, au sein du christianisme. L'œcuménisme a conduit à libérer les esprits des carcans religieux dans lesquels ils se sentaient enfermés. Catholiques et protestants, dans la plupart des cas, se sont sentis libres de collaborer, de changer d'Eglise, de se marier entre eux, bref de choisir la manière de vivre leur foi sans être soumis aux jugements des Eglises. Certes il existe encore des réticences actuellement renforcées par le retour de l'intégrisme. Notons toutefois qu'une porte a largement était ouverte, il sera difficile de la refermer. Au-delà de cette évidence conduisant à la concorde des catholiques et des protestants, l'œcuménisme a considérablement réduit du moins en apparence les différences qu'il pouvait y avoir entre eux. Que de fois ai-je entendu le refrain: "catholique ou protestant, c'est la même chose". Ma réponse: "Ce n'est pas la réalité, c'est vous qui le réduisez à la même chose". Dans cette réduction, ce sont les mots du catholicisme qui, tout naturellement, ont triomphé de par un protestantisme très minoritaire, tolérant, peu arc-bouté sur ses positions et amoureux de la liberté de penser. Le catholicisme considéré comme la religion du pays voire de la république malgré les lois de séparation de l'Eglise et de l'Etat s'est imposé tel un état de fait. Le protestantisme a été assimilé . Il a perdu sa spécificité au profit du christianisme qui n'est autre qu'un catholicisme qui ne dit pas son nom. Les mentalités ont la peau dure lorsqu'elles sont soutenues par un environnement où la religion est matérialisée et visible (cathédrales, lieu saints, crucifix, statues), et scandé par les rites religieux ( 15 aout, Toussaint) . Les mots faisant les choses, on comprend pourquoi le protestantisme s'effrite en tant qu'Eglise, tout particulièrement le protestantisme issu de la Réforme, le protestantisme évangélique ayant été peu affecté par l'œcuménisme et se définissant contre les autres religions au sein desquelles ils va puiser les nouveaux adeptes.

Trois caractéristiques fortes caractérisent le protestantisme Réformé.

Après avoir mentionné deux des raisons qui rendent confuse la réponse à la question qu'est-ce que le protestantisme en France? demandons nous ce qui a jusqu'ici caractérisé le protestantisme Réformé. La trajectoire suivie par Luther, le réformateur le plus connu en Europe, permet de mieux préciser les choses.

Du mal être au bien être

Tout commence par un très grand mal être dans lequel se trouve le personnage. Il a peur de la mort. Comment ne pas voir que son souci du salut post mortem n'est autre qu'un mécanisme de défense contre la mort. Tout événement provoque chez lui une émotion intense comme le décès subit d'un camarade qui lui fait craindre le pire à la suite d'une blessure à la cuisse ou encore ce violent orage dans la forêt où il invoque sainte Anne et lui promet de se faire moine. Un chemin de Damas qui tournera mal, le sien ne menant plus à Rome! Ce mal être, contrairement à une idée reçue , n'est pas que religieux. Il est d'ordre psychologique. Il concerne la personne toute entière. Ce n'est pas par vocation que Luther entre au couvent, c'est en vue d'un apaisement. Son attitude et son comportement sont à ce point empreints d' angoisse qu'au couvent, ses supérieurs s' inquiètent. "Remets-toi à Christ au lieu de te focaliser sur ta propre indignité" lui déclare son confesseur. L'histoire retient avec humour le fameux "ne fais pas un péché de chaque flatulence " du vicaire Staupitz chargé de l'accompagner et ému par ce jeune moine plein de tristesse, de culpabilité et d'actes de contrition. Tous ces religieux faisant fonction de guides spirituels et par la suite sa démarche intellectuelle ont permis à Luther de s'affranchir de ce que nous appellerions aujourd'hui un état névrotique. Bien avant Freud, Luther a pratiqué son auto analyse. En investissant les Ecritures pour la recherche il a donné une autre voie à l'angoisse qui le paralysait. Ce serait une erreur de penser que la problématique de Luther était purement religieuse. Le religieux ne peut pas être séparé de l'être. Corps et âme sont une seule et même chose. Cette chose inclus le religieux . Celui-ci fait toujours écho a des problématiques bien plus larges concernant toute la personnalité.

Nous avons là une des principales caractéristiques de la Réforme: libérer l'être humain. Non seulement des rites et des dogmes, de l'Eglise et de ses chefs, mais le libérer en toute chose et dans tous les domaines. La religion issue de la Réforme devrait pouvoir arracher l'homme à ce qui l'enferme, l'illusionne et le trompe. Elle veille à ce que l'esprit soit à la fois critique et constructif. Elle doit pouvoir créer et inventer pour répondre à toutes les situations. Elle devrait pouvoir réorienter l'angoisse pour qu'elle s'investisse et se transforme dans des objets utiles et nécessaires: le travail, les relations amicales, fraternelles, d'affaires ou diplomatiques , la connaissance, la science l'art ou la culture. Mais alors, peut-on encore parler de religion? Le mot semble tout à fait inapproprié tant il désigne ce qui enferme, rend obéissant et suiveur.

Enseignement et éducation comme priorité

Suivant toujours l'itinéraire de Luther nous découvrons combien cet homme, avant d'entrer au couvent s'adonnait à ses études et cherchait à agrandir son champ de connaissance. Les penseurs grecs, tel Aristote qu'il conteste dès le début n'ont pas de secret pour lui. La philosophie scolastique qui met l'accent sur la toute puissance divine éveille son esprit critique. Il comprend que Dieu n'est pas ce que cette théologie en dit. Il s'intéresse vivement aux penseurs de son temps, synthétise et prolonge leur pensée. Il n'engagera son combat contre l'Eglise romaine et la papauté qu'après ce long cheminement intellectuel et en réponse aux agressions de celles-ci qui tuent ceux qui les conteste.

Ce cheminement de la pensée est le deuxième point fort de la Réforme. Comprendre, connaitre, instruire passe avant les deux sacrements retenus, le baptême et la cène qui n'ont de sens que s'ils sont bien compris. Le " petit et le grand catéchisme" sont des outils nécessaires pour instruire le peuple tout entier. L'art et plus particulièrement la musique font partie de cette instruction nécessaire. " Après la théologie, je donne à la musique la première place et le plus grand honneur" écrit Luther. Le protestantisme Réformé est resté attaché à cette nécessité d'avancer dans la connaissance des choses. Faire passer cette connaissance avant les rites, les dogmes , les pratiques est une constante qui se nourrissait de la lecture de la bible comme la pratique le Réformateur. Cette lecture stimule l'intelligence, éveille les consciences et permet à chacun de formuler les principes éthiques utiles à la liberté et à la vie en commun à l'humanité tout entière. Il y a aujourd'hui une méprise sur ce que signifie le "sola scriptura". Lire la bible est devenu une injonction religieuse utile et nécessaire à la pratique de la foi. Les calendriers nous invitent à lire un texte chaque jour comme l'on égrène le chapelet en vue du salut. La lecture de la bible est devenu un rite sans que pour autant cette lecture soit un remue méninge comme elle l'était pour les Réformateurs. A cet égard, je me souviens des arrières grands parents, grands parents et parents qui lisaient la bible selon les moments de leur vies, selon les situations, certainement selon leur questionnement. Mais ce livre n'était ni fétiche, ni sacré. Il était avec d'autres livres , plutôt rares il est vrai, étant donné leur situation sociale très modeste. Ils devaient relire des passages déjà connus comme nous le faisons des livres qui nous ont marqué et nous marquent encore parce que la bible, de par sa composition et la force de certains passages reste actuelle. La lire parce que l'on se dit chrétien et que l'on s'y croit obligé est une servitude, une manière déguisée de forcer le salut à notre avantage. La lire parce que l'on est en recherche est un vrai bonheur. Une telle lecture donne le goût de l'échange, du partage et prépare l' avenir.

De la grâce de Dieu à la construction de soi et à la liberté pour tous.

Enfin et sans que ces trois caractéristiques épuisent ce qu'est le protestantisme Réformé, Luther de par sa trajectoire, nous fait toucher du doigt ce qu'est l'affirmation de soi. Parti d'un mal être qui aurait pu s'avérer très incapacitant et faire de lui un homme asservi à une institution, à des personnes, à une idéologie ou a une religion, il acquiert la liberté et l'autonomie vis-à-vis de tout ce qui l'entoure. Sa théorie du sacerdoce universel n'est pas seulement une prérogative et un pouvoir retirés aux prêtres, c'est l' affirmation que tous les êtres sont égaux et que pourvus d'une solide culture, ils peuvent prendre par eux même les décisions qui conviennent et sélectionner ce qu'il est possible de croire ou de rejeter. Aujourd'hui encore, les femmes semblent être les premières bénéficiaires de cette doctrine . C'est dans les pays à majorité luthérienne qu'elles ont obtenu les premières le droit de vote. Dans l' Eglise catholique elles n'ont toujours pas accès à la prêtrise. Cette autonomie s'étaye comme c'est toujours le cas, sur une relation à la vérité qui place le réformateur en position privilégiée dans tous les contacts humains qu'il a pu avoir. Luther ne se dérobe pas à l'observation de la réalité telle qu'elle se présente à lui. Il ne recule pas devant les difficultés qu'il rencontre et s'oppose à elles, soucieux d'amener au grand jour l'évidence plus souvent tue et combattue qu'ignorée. Il ne fuit pas et n'abandonne rien de ce qu'il a découvert et qu'il défend avec force ne laissant aucune place au doute ou à l'hésitation lorsque la chose est établie dans son entendement. Il est persuadé que le Dieu tout puissant de la scholastique, ne l'est pas par ses décisions arbitraires et liées à nos mérites mais par sa présence et par la grâce permanente dans laquelle baigne le monde. Dieu est une promesse qui siège en chacun sans aucun autre intermédiaire. Un siècle et demi plus tard, Spinoza, juif exclu de la synagogue d'Amsterdam, prolongera cette idée d'un accès à Dieu immédiat en précisant que Dieu est cette force primitive qui pousse chaque chose à persévérer dans son être . . Cette confiance totale à la grâce de Dieu amène le Réformateur à reconnaitre que les deux royaumes, spirituel et temporel sont ainsi institués par Dieu et que par conséquent les deux sont utiles et nécessaires à l' homme. La théorie des deux règnes revalorise les autorités politiques et le rôle du citoyen chrétien amené à participer au fonctionnement de la société dans la paix et l'harmonie. Cette théorie des deux royaumes, il y a 500 ans préfigure déjà la séparation de l'Eglise et de l'Etat. Les protestants issus de la Réforme se reconnaissent encore aujourd'hui dans cette position et continuent à plaider pour une laïcité faisant la place à tous. Ils restent très circonspects lorsqu'une religion veut imposer à l' état sa manière de percevoir les choses. Ils le soutiennent lorsqu'il légifère en vue d'agrandir l'espace de liberté pour tel ou tel groupe de citoyen. L'adoption du mariage pour tous en est un exemple. Il prouve aussi, étant donné les oppositions rencontrées, que tous les protestants ne s'inscrivent plus dans le droit fil de la Réforme y compris lorsqu'ils sont membres d'une Eglise dite Réformée.

Résumons-nous. Aujourd'hui, être protestant ce n'est pas seulement se positionner théologiquement par rapport aux dogmes, aux doctrines et aux traditions de l'Eglise. C'est opter pour un mouvement qui, à l'intérieur du christianisme et en relation avec l' ensemble des religions comme avec les non-croyants, permet à chacun de s'affranchir de ce qui l'enserre sur le plan individuel comme collectif. C'est mettre tout en œuvre afin que chacun puisse trouver sa place dans la société quels que soient ses choix de vie, ses origines , sa religion. C'est être partie prenante de la laïcité pour assurer la liberté et la démocratie dans le pays et assurer la possibilité d'émancipation de chacun sans aucune discrimination. Enfin, c'est faire passer l'amour du prochain et sa liberté avant toute loi fusse-t-elle attribuée à Dieu parce que le protestant est persuadé qu'instruit, réfléchi et sensible à la vie des choses et des êtres il lui est donné de décider de la bonne attitude à tenir selon les situations. Il sait que par le biais de la recherche et de la connaissance Dieu est en lui et lui en Dieu .

De la recherche à l'exploration de Dieu.

De nombreux croyants et parmi eux des théologiens, soucieux de ne pas apparaitre enfermés dans des croyances de plus en plus rejetées se disent "chercheurs de Dieu ". L'expression a le mérite de ne pas faire du fidèle une "brebis" comme se plait à le dire la vox populi mais une personne active s'interrogeant sur le domaine du spirituel. Sans remettre en cause l'existence de Dieu, ces croyants, chrétiens pour la plupart, s'interrogent sur une perception autre de Dieu. Sœur Emmanuelle refuse de voir en Dieu un interventionniste permanent. Dans le protestantisme, le mouvement libéral refuse un Dieu théiste, extérieur au monde, influencé par la prière des hommes, décidant selon ses appréciations et ses jugements . Cette même expression, laissant penser que l'homme a les moyens de chercher Dieu, fait de celui-ci une entité soumise aux possibilités humaines. Fini les caractères d'infini, d'omniprésence et d'insaisissable du divin. Dieu serait une entité parmi d'autres, un être, à la portée de l'homme. Comment ne pas s'interroger alors sur l'affirmation de la bible selon laquelle Dieu cherche l'homme et non l'inverse. Comment ne pas entendre la proclamation du Coran selon laquelle "Dieu est grand" . Peut-on encore chercher ce qui est plus grand que tout, qui est lui-même le Tout? Le navigateur au milieu de l' Océan cherche t-il l'eau?

Si Dieu est ce grand Tout dans lequel tout prend vie et qui n'a d'autres causes que lui-même, il serait plus exact de dire que nous pouvons être des explorateurs de Dieu. En effet, Dieu n' est pas remis en cause. Il appartient à l'homme de chercher à le connaître comme l'explorateur cherche à découvrir l'antarctique. Connaitre Dieu, c'est naviguer en lui. C'est ce qu'a cherché à initier la Réforme en arrachant Dieu au clergé en faisant de lui un accès direct et sans intermédiaire. Tout être, de ce monde et d' ailleurs, peut entrer en communication avec Dieu puisque Dieu est partout et se donne à tous. Aujourd'hui, et plus précisément encore, c'est ce que devrait demander le protestantisme réformé lorsqu'il invite à creuser le sens d'une vie spirituelle. Il ne s'agit aucunement de revenir pour soi au Dieu que nous aurions perdu, encore moins de ramener à Dieu la brebis égarée comme le laisse entendre, à tort et à regret, le terme d'évangélisation. Il s'agit de regarder la réalité telle qu'elle se présente à nous et de l'analyser avec tous les moyens existants, de formuler des hypothèses, sans les considérer comme des croyances, pour les vérifier et avancer.

Connaitre Dieu c'est connaitre le monde

Si Dieu n'est plus celui que l'on cherche mais celui que l'on explore en explorant le monde dans lequel il se trouve, l'homme est libéré de la tension qui accompagne la recherche de tout objet perdu. Il n'y a plus de quête, plus de crainte d'échouer pour soi comme pour les autres. Nous sommes ici dans le prolongement de la pensée de Luther pour lequel l'homme n'a pas à lutter pour son salut. Il lui est acquis d'avance. Ce qui importe c'est la connaissance des choses, leur compréhension et l'action pour l'amélioration de ce qui est et l'invention de ce qui n'est pas. Il n'y a pas de place pour le surnaturel, l'illusion et la superstition. Tout mystère peut être levé parce que tout a une cause. Par la suite, les causes s'enchainent. La découverte du fonctionnement de tout ce qui constitue l'univers, les êtres et les choses, est une découverte de la réalité de Dieu. Il n'y a pas de révélation miraculeuse du divin, le divin se révèle à travers les possibilités qui sont données à l' homme. Le croyant n'a pas à recevoir d'instruction pour faire ce qui est bon. Il n'a pas à s'en remettre à une puissance qui viendrait d'ailleurs. Il lui suffit de regarder ce qui se présente à lui et décider de ce qui convient pour l'intérêt non seulement de l'homme mais de tout ce qui compose la nature. Le protestantisme poursuit ce qu'avait initié la Réforme en son temps et cherche à poursuivre cette réforme. C'est ainsi qu'il a souvent été au premier plan dans la lutte pour le respect des êtres en organisant les sociétés avec le plus de justice possible, voir les pays d'Europe du Nord souvent enviés, c'est aussi sa présence pour plus de paix et de conciliation qui marque le monde aujourd'hui. Dieu est dans ces agissements.

Aujourd'hui le  protestantisme devrait aller bien au-delà de la pensée des Réformateurs. Selon l'adage de Luther la Réforme est toujours à Réformer, parce qu'elle doit s'adapter aux nouvelles situations. Les dernières découvertes, le déroulement de l'histoire ont permis d'ouvrir de nouvelles pistes y compris sur la compréhension de Dieu. Les découvertes des deux derniers siècles par exemple ont permis de vérifier ce qui n'étaient que des hypothèses pour les penseurs grecs. L'histoire est linéaire. Le protestantisme s'inscrit dans cette ligne. Il est à l'écoute des humains et ne défend pas des positions qui seraient issues de doctrines ou de dogmes vénérés, qui ont eu leur raison d' être mais qui ne correspondent plus à l'intérêt des humains et de la planète. Dans un pays comme la France qui s'arque boute sur des attitudes induites par une Eglise catholique qui a bien du mal à s'émanciper des doctrines des siècles passés et malgré les progrès de Vatican II, le protestantisme Réformé étonne parfois et scandalise comme sa prise de position au sujet de la bénédiction des couples homosexuels.

L'esprit d'une minorité.

En France être protestant c'est appartenir à une minorité qui tourne autour de 0,5 % si l'on ne retient que le protestantisme issu de la Réforme. Certes il y a eu des moments de l'histoire comme la troisième république très marqués par l'esprit du protestantisme. L'enseignement gratuit et obligatoire avec Jules Ferry en est un exemple. Nous pourrions citer aussi les lois de 1905 avec la séparation de l' Eglise et de l'état où les protestants ont joué un rôle déterminant parce qu'il en allait de leur liberté. Ils surent apporter de la modération dans les négociations là ou d'autres, souvent d'anciens défroqués, voulaient se venger de l'Eglise catholique. Cette présence forte du protestantisme s'explique par un nombre proportionnellement supérieur de protestants dans les milieux intellectuels, à cause de l'insistance sur l'enseignement et l'éducation qui a toujours été une priorité protestante. Dans de nombreux villages, les protestants, bien qu'inférieurs en nombre tenaient les postes clé comme médecins , pharmacien, notaire, instituteurs. Persécutés en France, ceux de la religion prétendue réformée comme on se plaisait à le dire sous Louis XIV prirent l'habitude de s'exiler pour éviter d'abjurer ou pour sauver leur tête. Ainsi non seulement le pays s'appauvrit mais nombre de protestants durent vivre dans une quasi clandestinité. Cette situation forgea leur comportement religieux. Ils apprirent à vivre sans vitrine, dans la discrétion et la vigilance. Durant la dernière guerre et plus particulièrement dans le midi de la France, les protestants se méfiaient à tort ou à raison des catholiques, avec qui ils étaient liés par ailleurs dans la résistance, lorsqu'ils mettaient en place des sauf conduits aux populations juives traquées par le gouvernement de Vichy. Notons au passage que si dans les débuts, les protestants furent trop nombreux à soutenir un tel gouvernement, conduits par leur esprit critique dû à leur situation trois fois centenaire et au respect porté aux juifs à travers la lecture de l' Ancien testament, ils s'opposèrent vite aux décisions du Maréchal Pétain et son équipe de collaborateurs. Etre minoritaire dans une société et une culture donnée aiguise l'esprit d'observation, favorise l'intuition et pousse à la discrétion. C'est la raison pour laquelle les Réformés rechignent toujours devant ce que d'autres appellent l'évangélisation qui consiste à se montrer et à présenter l'évangile sur le modèle de la propagande. Pour le réformé, évangéliser c'est vivre au plus près de ce qui est juste pour tous et pas seulement pour quelques uns. Dieu se découvre dans la qualité de la relation que l'homme peut avoir avec les êtres et les choses de ce mode. Dieu ne se prêche pas. Il n'est pas une morale. Il n'est pas un produit à proposer. Il ne rassemble pas des adeptes. Il surgit des actes et des paroles qui libèrent. Il est une force qui parcourt les êtres et les choses de ce monde. Cette force Jésus-Christ l'appelait "Père" parce qu'elle est génitrice de nouveauté, d'harmonie, d'équilibre. Elle permet à chaque chose, de persévérer dans son être pour qu'éclose sa nature. Elle réorganise le monde en permanence. Elle ne s'arrête pas. Elle n'est pas figée. Elle s'adapte sans cesse.

 

De la messe au culte : le retour du religieux.

En France à la différence de l'Allemagne et des pays d'Europe du Nord le culte s'est souvent pratiqué dans la clandestinité , dans les bois, les grottes ou chez l'habitant. Ainsi ce culte est devenu d'abord un lieu de rencontre et d'échange où les participants s'encourageaient, se soutenaient et s'entraidaient. C'était bien la volonté de Luther qui reprochait à la messe de ne pas impliquer les fidèles, de maintenir l'assemblée passive et d'être célébrée en latin, langue que peu de fidèles comprenaient. Il voulait aussi que ce soit un lieu où le public est enseigné et instruit. Dans les assemblées en France cela allait de soi. L'enseignement tenait toute la place avec les chants et la prière. Pas de liturgie élaborée, pas de resacrifice du Christ.

Aujourd'hui, ce protestantisme centré sur l'enseignement a fait place à des liturgies aux formules peu renouvelées. La cène, célébré il y a encore un demi siècle aux fêtes carillonnées devient hebdomadaire comme s'il ne pouvait plus y avoir de culte sans eucharistie. Bref, le protestantisme est devenu religieux. Il s'est replié sur lui-même. Peut être par influence dans le cadre de l'œcuménisme, sûrement parce que le religieux revient au galop dès que la vigilance cesse. Il cherche à s'installer partout. Il sacralise tous les domaines. Le sport et la politique en sont des exemples flagrants. Il rassure, évite l'engagement et l'effort de compréhension. Il unit de manière facile mais illusoire. Si aujourd'hui, dans notre pays, le protestantisme est en perte de vitesse, on peut se demander si la cause n'est pas ce glissement vers le religieux avec son surnaturel, ses superstitions et son invitation à la paresse au détriment de la raison et de la connaissance. Il n'est pas impossible que nous soyons à l'aube d'une nouvelle Réforme attendue mais non encore formulée par ceux qui se détachent des Eglises chrétiennes qu'elles soient catholiques ou protestantes. Cette Réforme là portera une vision renouvelée de Dieu comme du Christ. De par sa radicalité, il sera difficile d'y voir le prolongement de l'ère chrétienne bien que celle-ci l'ait en quelque sorte engendrée.

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10 mai 2017 3 10 /05 /mai /2017 15:25

 

      Après le succès, bien que relatif, du front National aux dernières élections législatives beaucoup s'interrogent sur les raisons qui, d'élections en élections font monter ce parti politique d'extrême droite. Les causes avancées sont les difficultés rencontrées par un certains nombre de citoyens en proie au chômage, aux bas salaires ou aux conditions de travail. Cette analyse reste vraie en partie. Les régions les plus touchées par ce phénomène sont les régions désindustrialisées du nord et de l'est de France ou de nombreux sites pourvoyeurs d'emplois ont dû fermer. L'autre cause le plus souvent citée serait l'insécurité dans le pays à la suite des attentats terroristes perpétrés sur le territoire ces dernières années.

     Ce serait une erreur de réduire la montée de ce parti à ces deux causes. Notons tout d'abord que l'extrême droite a toujours était présente dans notre pays comme dans beaucoup d'autres, en Europe en tout cas. Certes son succés varie selon les époques mais ces thèmes sont toujours les mêmes . Il semble qu'elle cherche moins la contestation juste et la prise de pouvoir qu'à répondre au besoin qui est le sien de semer la division et la haine parmi la population. Là est sa finalité pourrait-on dire, la raison de son existence. Elle sait qu'elle n'est pas en capacité de gouverner y compris lorsque le pouvoir lui est offert. Au moment où celui-ci se présente à elle, des forces contradictoires la submerge. Tout se déroule de telle façon qu'il n'est plus possible au pouvoir d'advenir. C'est ce qui s'est passé à cette élection pour la présidentielle. Le débat entre sa candidate et son adversaire illustre parfaitement le chaos dans lequel se retrouve le parti au porte du pouvoir. Là est la cause de ce fameux plafond de verre dont tout le monde parle sans jamais le définir.

     Remarquons aussi en se penchant sur la carte des régions, que le Front National ne s'implante pas seulement dans les régions déshéritées. Le sud est de la France où il est très présent est une région riche. Il suffit de regarder les meetings de la présidentielle pour constater que les participants ne viennent pas tous des milieux populaires et ouvriers, loin s'en faut. Nombreux sont ceux qui vivent dans l'aisance, muni d'un bon bagage intellectuel et culturel et à qui la vie a souri et sourit encore.

     Enfin n'ignorons pas l'évidence. C'est dans la ruralité que ce parti a fait les meilleurs scores. Or, les ruraux ne sont pas en majorité des paysans bien ou mal lotis. Ce sont des français travaillant dans les services, les petites entreprises, artisanales ou de commerce, et dans ce qui reste des services publics. Ils ne sont pas particulièrement exposés à l'insécurité le terrorisme choisissant des cibles plus médiatiques. Ils ne sont pas soumis à la pression des étrangers puisqu'il n'y en a pratiquement pas.

     Les causes qui conduisent à voter Front National sont certes diverses et peuvent varier selon les endroits et les situations. J'en retiendrai deux qui me paraissent essentielles.

     La première est la disparition des services publics dans de nombreux territoires: plus de poste, plus d'école, plus de transports. C'est aussi la disparition des centres des villages, des gros ou moyens bourgs. Plus de commerces, d'artisans , de médecins. Le désert fait peur à ceux qui ne l'ont pas choisi comme lieu de vie. Ils ont un sentiment profond d'abandon, de vide alors qu'ils ont un emploi, un logement et un voiture pour les déplacements. Il leur semble que plus rien ne va.

    Enfin et c'est le plus important. Les partis politiques traditionnels sont les principaux responsables de la montée de l'extrême droite. Ils passent leur temps, par leurs discours, les images qu'ils donnent à se critiquer et à vouloir détruire ce que l'autre fait. Ils entrainent le pays dans la dépression, le nihilisme. La gauche comme la droite , depuis cinq ans ne cessent de tirer sur le gouvernement et le président de la république comme si tout allait mal. Ils parlent de quinquennat désastreux, catastrophique. Seuls, eux, peuvent redresser le pays. A peine un nouveau président élu et ils sont déjà, avant même qu'il n'ait posé le premier acte, dans une opposition radicale et absolue. Ils sont dans la revanche comme si le choix des électeurs étaient illégitime. Comme si les minorités devaient l'emporter sur les majorités.

     Tous ces abus de langage et de positions sont dangereux parce que loin de la réalité. Ils ne s'intéressent pas aux faits, aux situations présentes. Ils sont purement et absolument idéologiques. L'alternance qui pourrait être l'occasion d'une amélioration et d'un changement est devenu un outil de destruction de ce qui a précédé. Tout pouvoir a besoin de critiques parce que tout peut être amélioré. Le progrès est une marche en avant. Confondre critique et destruction ne peut que conduire au désastre et au chaos. Le parti d'extrême droite en était là lors de ces élections. Le peuple a dit non pour cette fois. Sera-t-il entendu ?

 

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8 mai 2017 1 08 /05 /mai /2017 14:02

Bonjour François,

Hier soir à l'annonce du président élu pour notre République, je nageais dans le bonheur. Les français avaient repoussé la candidate de l'extrême droite sans programme et avec un seul objectif: déconstruire l'Europe et la France pour imposer la dictature de son parti. Tu auras surement l'occasion de rencontrer Emmanuel Macron. J'espère seulement qu'il refusera d'être chanoine du Latran. En effet un président de la république se doit, dans sa fonction, de se tenir à la même distance de toutes les religions afin de sauvegarder la liberté que leur accorde la République. Croyance ou incroyance ne doivent pas déborder de sa vie privé. Le peuple n'a pas à être au courant.

J'ai été très étonné de ta remarque selon laquelle tu ne connaissais pas l'histoire de ce candidat. En effet, j'imagine que tu ne peux pas connaitre tous les candidats aux plus hautes fonctions de l' Etat de tous les pays où le catholicisme est présent. Alors pourquoi cette remarque? J'ai cru comprendre que par cette pirouette tu esquivais la possibilité de prendre position dans les élections françaises. C'est exactement ce que les évêques de France ont fait. Ils ont évité de donner des consignes de vote.

Cette position semble raisonnable. L'Eglise ne doit pas s'immiscer dans la politique. Toutefois c'est au nom de la responsabilité citoyenne que les autorités religieuses protestantes, juives et musulmanes ont appelé ,dans leur communiqué commun , à voter pour Emmanuel Macron. Dans le village où j'ai été élevé, catholiques et protestants vivaient en parfait accord. Je n'ai entendu qu'un reproche fait à l'Eglise catholique, c'est d'avoir un curé qui disait à ses paroissiens, qui d'ailleurs ne le suivaient pas toujours, pour qui ils devaient voter. Il était très à droite ce qui désespérait les protestants plutôt à gauche. C'est clair, il est préférable que les religions ne se mêlent pas de politique. C'est le principe même de la laïcité qui a posé en 1905 la séparation de l' Eglise et de l' Etat.

En même temps, dans notre pays, les religions ont tout intérêt , mais aussi l'obligation de défendre la république. Or dans le cas de l'élection française au deuxième tour, la candidate de l'extrême droite non seulement ne défendait pas la République mais la dénigrait. Elle ne se soumettait pas aux convocations des juges, elle écartait de ses meetings la presse qui ne lui était pas favorable, elle faisait naître et attisait la haine vis-à-vis de ses adversaires les faisant siffler dans les meetings, et semble t-il, elle était au courant des réseaux sociaux qui accréditaient dans le pays des mensonges sur son concurrent, le diffamant régulièrement. Je passerai sur des valeurs chrétiennes comme l'accueil de l' étranger ou le respect et l'amour du prochain qui ne peuvent pas être pris ici en considération lorsqu'elles restent valeur d'une religion seulement. L'Eglise catholique a manqué à son devoir en laissant le libre choix à ses membres. Les évêques n'ont pas été très courageux.

Si on en croit les enquêtes d'opinion, 38% des catholiques pratiquants ont voté à l'extrême droite et plus particulièrement lorsque la droite classique est éliminée au premier tour comme c'était le cas. Les évêques auraient donc eu peur de perdre des fidèles et de surcroit, les plus fidèles! Leur inquiétude peut se comprendre mais ne peut justifier une telle position, dangereuse pour la république et en contradiction avec la recherche de la vérité demandée par l'Evangile. Par cette attitude, les évêques se sont joints à ceux qui, des leaders politiques, ont eu la même position pour des intérêts personnels et partisans, peu soucieux de notre devise républicaine liberté, égalité fraternité.

Certes, me dit-on, quelques évêques courageux ont été plus explicites. Ils ont clairement invité à voter pour M. Macron. Nous ne pouvons que les soutenir. Ils ne peuvent toutefois pas servir de faire valoir à une Eglise qui pour ne pas perdre des fidèles prend le risque de nous faire perdre la République qui nous protège. La mission de l'Eglise n'est pas de se protéger elle-même, elle est de protéger les autres y compris lorsqu'elle a le sentiment qu'elle disparait. Rien ne dit qu'elle doit être éternelle. Elle ne peut pas se substituer au Royaume des cieux.

Bien à toi.

 

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6 mai 2017 6 06 /05 /mai /2017 15:43

 

Pour rendre mon propos plus clair, je dois au lecteur que vous êtes, une confidence importante. Il y a six mois, j’ai appris que j’étais atteint d’un cancer. Dans un premier temps je devais être opéré puis, à la suite d’examens complémentaires en vue de cette opération, il s’est avéré que le cancer s’était étendu. Plus possible de m’opérer. Seul recours possible : une chimio thérapie bien corsée. Après trois cures bien difficiles à supporter mais laissant apparaitre un léger mieux, il m’est demandé de continuer sans aucune garantie de voir disparaitre ce mal qui me ronge.

Au courant de cette mauvaise nouvelle, parents, amis et voisins se sont manifestés. Leurs visites sont toujours un grand encouragement y compris lorsqu’il m’est difficile de les recevoir longtemps. Leurs courriers, par mail ou par lettre sont les traces d’une amitié qui se grave au fond de moi, me modèle et me constitue, toujours et encore. L’humain n’arrive jamais au bout de ce qu’il peut être. Jusqu’au dernier souffle, le corps et l’âme, inséparables par nature, sont enrichis par l’expérience du moment. C’est pourquoi, il n’est pas possible de dire « c’est fini ». L’existence cesse, l’essence continue. Or, l’essence est divine. Si Dieu est en nous, s’il est cet esprit qui nous anime, comment pourrions-nous mourir sans l’entraîner avec nous? Faudrait-il qu’il nous quitte au moment du trépas ? Et s’il mourrait avec nous cela signifierait-il qu’il n’est pas Eternel ? Dieu vit en nous et nous vivons en lui. Rien ne peut défaire ces deux axiomes.

Ces mots qui me sont adressés, par oral ou par écrit, viennent de croyants, comme d’incroyants. Certains font appel à Dieu. D’autres veulent l’ignorer. Peu importe. Ces mots, je les ressens porteur de tendresse. Ils sont comme une caresse sur ce mal à la fois physique et moral. A travers eux, l’interlocuteur se donne comme un frère y compris lorsque ce terme de frère n’est pas reconnu par lui tant ce mot a été utilisé au cours de l’histoire pour tuer la fraternité et faire de l’autre un obligé voire un esclave. L’esclavage n’a pas disparu. Il s’est modernisé. La maladie bouleverse la perception des uns et des autres. Percevoir l’autre comme un esclave ou comme un maitre devient impossible. Il n’y a plus de rapport de force. La maladie est insupportable à celui qui voudrait retrouver ce rapport. Sinon, elle fait de l’autre un prochain. Quelqu’un qui aime et que l’on peut aimer.

Parmi ceux qui font intervenir Dieu dans les propos d’encouragement, certains ont des mots qui touchent. « Dans mon groupe, nous portons votre Nom devant Dieu » écrit une dame. La formule est belle. Le malade a parfois un sentiment de dépréciation. Le Nom le rétablit dans son être. Pour nier l’être de quelqu’un, il suffit de lui enlever le Nom. Les religions s’y emploient encore lorsque leur souci n’est pas la personne mais leur système. L’être n’est plus celui qui est donné par la nature mais celui qu’elles imposent. Ce n’est plus Dieu, le potier qui modèle son pot. C’est leur doctrine et leurs dogmes. Un ami me dit en me quittant : « Je te confie au Seigneur de la vie ». La vie envisagée comme une seigneurie ouvre un espace dans lequel on a envie de rester ou de s’engouffrer pour celui qui aurait le sentiment de l’avoir quittée. Et peu importe qui est le Seigneur si son royaume c’est la vie. Il sera reconnaissable par tous. Il y a aussi celui qui dit « je te bénis toi et tout ce qui t’entoure, les êtres et les choses». Une bonne manière de réhabiliter et régénérer ce que la maladie laisse voir comme enlaidi. Bref, ces formules sont un vrai bonheur. Elles ouvrent de nouveaux horizons.

Mais c’est vrai, il y a aussi ceux qui font intervenir Dieu comme s’il était le responsable, sinon de la maladie, en tout cas de la guérison. Ils laissent entendre qu’il faut prier et que plus nombreux sont eux qui prient, mieux Dieu exaucera les prières. La guérison dépendrait de la foi, celle des malades et de ceux qui l’entourent. Ils font de la foi une œuvre salvatrice. Leur propos s’inscrit dans des attitudes et des croyances religieuses reproduites et répétées. Dieu ne m’a pas donné le cancer. Il n’a pas autorisé un ennemi à me le donner. Implorer Dieu pour la guérison n’a pas de sens. C’est aller à l’encontre de ce qu’est Dieu. Bien sûr, il n’est pas interdit de crier à lui. Il n’est pas interdit de crier « Aïe!» lorsque l’on reçoit un coup de marteau sur les doigts, cela ne guérit pas pour autant. Récemment, une amie s’inquiétait. Elle craignait que je ne perde la foi et ne crois plus en Dieu au vu de la gravité de ma maladie. Mais, à quel Dieu croit-elle ? Dieu n’a pas d’intentions particulières. Il est une source à laquelle je puise sans rien demander. Comme l’air que je respire il m’est donné et me fait vivre. Il est une force mise à ma disposition sans avoir besoin de montages particuliers pour la capter. Dieu ne fait pas la pluie et le beau temps selon son gré.

Ceci dit, je ne veux imposer à personne ce que j’ai été amené à observer, expérimenter, comprendre, penser et croire au cours de ma vie. Ceux qui prient pour moi moi le font selon leur foi du moment. Leur attitude compte avant tout. Elle me fait du bien. Peu importe leurs convictions. Peu importe les miennes. Chacun de nous est amené à faire son chemin. Le bonheur nous vient lorsque nous nous intéressons aux chemins différents des nôtres. Il est plus fort que la maladie. Alors merci pour les paroles, les prières et les encouragements qui me sont adressés. Ils sont pour moi un vrai bonheur.

     

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    Qui suis-je ?

         Titulaire d'une maitrise de théologie et d'un DESS de psychopathologie clinique, j'ai été amené à exercer plusieurs fonctions  et plus particulièrement la mise en place d'un centre socio- culturo- spirituel protestant puis la direction pendant 12 ans d'un centre de cure pour malades alcoliques. J'y ai découvert l'importance d'apprendre à écouter l'humain dans toutes les dimensions qui le constituent. Aujourd'hui, inscrit au rôle des pasteurs de l' Eglise Réformée de France, j'essaie de mettre des mots sur mes expériences et de conceptualiser mes découvertes.
    serge soulie

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